Football, Paris Première, 22 h 25/ Tapie se lâche chez Ardisson
« 93, faubourg Saint-Honoré »
INVITEZ BERNARD TAPIE à un dîner en ville et c´est l´ambiance assurée. Thierry Ardisson en a fait l´expérience dans son « 93, faubourg Saint-Honoré », diffusé ce soir, à 22 h 25, sur Paris Première ( câble et satellites). L´animateur a eu l´idée de convier l´ex-ministre et acteur de théâtre autour d´un bon repas de Guy Martin aux côtés, entre autres, de Basile Boli, André Bercoff et Eugène Saccomano.
Dès l´apéritif, Tapie se lâche. Devant ses camarades pliés de rire, l´ancien président de l´OM dévoile notamment certaines de ses méthodes pour mener son équipe à la victoire. « J´avais des manières de management qui n´avaient rien à voir avec ce qui se fait dans le foot, prévient-il. On sait tous que, quand des équipes viennent la veille d´un match à Paris, tous les joueurs se barrent la nuit pour faire les cons. Moi, la veille d´une finale de Coupe de France contre Monaco, j´ai dit aux joueurs : Vous bougez pas, j´amène le matos à l´hôtel. Je suis allé mettre du tranxène dans la purée de Goethals ( NDLR : entraîneur de l´époque). A 9 heures, il était couché. J´ai fait monter une gonzesse par chambre, seuls deux ou trois joueurs n´ont pas voulu. Une heure après, je suis monté, et ils étaient tous dans la même chambre, ça s´est fini en partouze géante ! »
Robert Louis-Dreyfus, « C´est un mec dramatique » Eclat de rire général. « Ces gens-là ( NDLR : les joueurs) ont besoin de sécréter tous leurs éléments naturels comme la cortisone ou l´adrénaline pour être au top, poursuit-il le plus sérieusement du monde. Le lendemain, on en a mis quatre à Monaco. » En fait, cette année-là ( 1991), l´OM s´était incliné 1-0... Tapie refait l´histoire à sa sauce, et cela devient franchement saugrenu quand il affirme être à l´origine du redressement des autres clubs français. « On a changé la nature des choses. Comme je savais que c´est le niveau de la concurrence qui fait le niveau du leader, j´ai fait entrer Aulas à Lyon et c´est moi qui ai convaincu Canal + d´investir dans le PSG. » Plus tard, il s´en prend vertement à l´actuel président de l´OM, Christophe Bouchet : « Son dernier livre a bien marché, c´était comment faire du fric sans rien savoir. Il a appliqué la méthode à lui-même et, maintenant, il prend 100 000 € net par mois alors qu´il ne sait rien et qu´il mène le club dans le mur. » Robert Louis-Dreyfus, principal actionnaire de l´équipe marseillaise, n´échappe pas à la rafale : « C´est un mec dramatique. » S´il récupère la coquette somme qu´il réclame au Crédit lyonnais, Tapie promet sans rire qu´il « rachète le club » et que Louis-Dreyfus aura alors « huit jours pour partir ». Tout le monde en prend pour son grade, même l´attaquant Didier Drogba, qui n´a rien demandé. « On est en train de faire de Drogba une star mondiale, se lamente Tapie. Mais vous rigolez ! Les espoirs qui deviennent les meilleurs du monde à 26 ans, je me méfie. » Ardisson jubile et demande : « Bernard, tu regrettes le ballon ? » Réponse de l´intéressé, qui a complètement occulté son deuxième passage à l´OM : « De toutes les activités, c´est celle qui me manque le plus. » Basile Boli, très mesuré, glisse à son ancien président : « Tu ne pourras jamais refaire ce que tu as fait. »
Bernard Tapie. ( PARIS PREMIÈRE.)
Stéphane Bouchet et Laurent Perrin
Le Parisien , mardi 16 mars 2004