Un Ariégeois en Artois
Propos recueillis par Christophe Delattre 12/06/04
Il y a deux jours, nous avions pu vous offrir, en exclusivité, les premiers mots " lensois" du nouveau meneur de jeu du Racing. Nous vous offrons aujourd´hui, l´intégralité de l´interview accordé aux radios, le lendemain, par Eric Carrière à l´issue de la conférence de presse donnée à l´occasion de son arrivée en Artois. Interview accompagné de quelques clichés de la première matinée du natif de Foix à la Gaillette d´Avion.
Eric Carrière, qu’est-ce qui vous a poussé à choisir le Racing club de Lens ?
L’envie, déjà, du Président de me faire venir. J’étais dans une position, à Lyon, qui n’était pas inconfortable non plus puisque Lyon est un grand club qui a des bons résultats, où, même si j’ai moins joué la saison dernière, j’ai quand même joué pas mal. Et donc je ne souhaitais pas partir de Lyon uniquement pour partir. Surtout que je m’entendais bien avec le président de Lyon. Tout allait bien. Mais j’avais envie de repartir pour une expérience nouvelle, avec un temps de jeu supplémentaire puisque j’étais quand même un petit peu frustré. Tant qu’à partir, je souhaitais aller dans un club où vraiment je sentais qu’il y avait une insistance pour que je vienne, un grand intérêt. Cela a été le cas. Cela s’est manifesté par des entrevues et pas mal de coups de fil. J’ai vu Joël Muller, et cela s’est très bien passé au niveau du contact. Le plus important, quand on veut s’amuser, prendre du plaisir, vivre de sa passion, c’est de sentir qu’il y a de la confiance autour de soi. C’était ce que j’avais envie de retrouver. Non pas que je n’en avais pas du tout à Lyon, mais j’en avais moins, je pense. Voilà pourquoi je suis venu ici.
Vous entretenez des rapports privilégiés avec le Président Gervais Martel depuis déjà quelques mois ?
Oui, oui, oui, oui, oui… Un feeling était passé – Je crois que cela ne s’explique pas trop – lorsque j’étais en équipe de France. Sans trop se parler, on s’entendait bien. Cela s’est concrétisé sur les dernières semaines, et puis là dernièrement. En général, j’ai eu la chance d’avoir des présidents avec qui je m’entendais bien, qui sont intelligents. Notamment le Président Aulas, Kléber Bobin à Nantes, avec qui j’avais de très très bon rapports. Je crois que ça facilite ensuite le dialogue lorsqu’il y a des souhaits de départ. J’espère que cela s’est bien passé entre les deux présidents. Apparemment, c’est le cas. Je pense que c’était aussi lié à ça.
Vous allez récupérer le numéro d’un partant : le numéro 10 de Daniel Moreira. Un numéro 10, cela veut dire que vous allez être celui qui va inspirer le jeu lensois ?
Je l’espère mais je ne pars pas du principe que c’est moi qui vais faire le jeu. Je suis quelqu’un qui a vraiment – et je pense que vous allez apprendre à me connaître – vraiment l’esprit très collectif. Et " collectif", cela veut dire qu’il n’y a pas seulement un seul joueur ; Il y en a beaucoup, avec pour chacun ses qualités. C’est sûr que j’aspire à toucher beaucoup de ballons, mais c’est pour essayer de les redonner à mes partenaires. C’est ce que je ressentais moins à Lyon où l’on était plusieurs joueurs à être créateurs, et ce n’était donc pas toujours simple. Certainement que cela ira dans ce sens, je pense, lors de la saison qui va arriver.
Depuis qu’Antoine Sibierski est parti, il n’y a plus de meneur de jeu dans cette équipe lensoise. Il y a une mission qui va vous être confiée, et un public qui va attendre beaucoup de vous…
Oui, mais de toutes façons, je le rassure : j’attends aussi beaucoup de moi ( Ndlr. sourire). Je suis quelqu’un de très professionnel, de très passionné, qui met tout de son côté pour réussir du mieux possible. Après, les performances sportives, on peut les maîtriser un petit peu, mais on ne maîtrise pas tout. Il y a tout un ensemble. Mais je suis conscient que les supporters vont beaucoup attendre de moi. En tous cas, ils auront un retour de ma part. Au niveau émotionnel, il n’y aura pas de soucis. Quant aux performances sportives, je vais tout faire pour aussi.
Vous êtes parti de Lyon sans être fâché avec Paul Le Guen, bien au contraire…
Je suis quelqu´un qui relativise beaucoup. Je me mets à sa place. Je serai peut-être un jour entraîneur. Un entraîneur qui possède vingt joueurs, ne peut pas les faire jouer tous en même temps. Je n´ai pas toujours été d´accord avec lui. Il le sait. On en a parlé. Au téléphone, on s´est remercié mutuellement à propos des deux saisons passées mais je n´ai pas toujours été d´accord sur ses choix de jeu. Cela a aussi été le cas avec Denoueix ( Ndlr. à Nantes). Mais un joueur n´a pas son mot à dire par rapport à ça. Et heureusement, sinon ce serait un peu le " bordel". Donc, cela s´est bien terminé. En plus de cela, je n´ai pas trop à me plaindre puisque j´ai joué pas mal de matches. Quand il est arrivé, j´étais là. Donc, ce n´est pas lui qui m´a choisi. Dans l´ensemble, tout s´est très bien passé. Et puis c´est quelqu´un de très humain. Mais il n´y avait pas que lui à Lyon. Il y avait d´autres personnes aussi avec qui je m´entendais bien à Lyon. C´est un départ qui se fait dans de bonnes conditions. C´est tant mieux.
Vous participez, avec le Président Martel, au recrutement ? Vous avez votre mot à dire ?
Oui, je vais vous dire qui va venir… Non, je plaisante ( Ndlr. sourire). Il m’en a parlé un petit peu. Moi, j’ai posé quelques questions parce que c’est vrai que, par rapport au profil de l’équipe, c’est important. Maintenant, je crois que vous vous êtes aperçu que je suis la première recrue. Je n’ai donc pas attendu de savoir qui allait venir. J’ai très envie de venir ici, et c’est ce que je lui ai dit. Quelle que soit l’équipe. Parce que je sens qu’il y a un feeling, des valeurs proches des miennes. Vous ne connaissez peut-être pas mon parcours, mais je suis quelqu’un qui vient du terroir. Cela me correspond : le fait que le Racing club de Lens est un club qui a de grosses ambitions. Moi aussi. J’ai gagné pas mal de titres, et cela veut dire que j’ai des ambitions. Un club qui en même temps est familial. Cela colle bien. Et concernant les recrues, il y aura les recrues qu’il y aura. C’est vrai qu’il y a des joueurs que j’aime bien. Mais je ne suis pas Directeur sportif. Je ne suis pas Président. Ce n’est pas moi qui fais les chèques. Je n’ai donc aucun mot à dire là-dessus.
Votre palmarès est impressionnant : vous restez sur quatre titres de Champion de France. Il y a un beau challenge, là, à disputer avec le Racing club de Lens ?
Très beau challenge. Ce qui ne veut pas dire que l’objectif est d’être Champion de France,m ais j’ai vu les objectifs que le Président s’est fixé sur les cinq années à venir. On va donc essayer de s’y attacher. De toutes façons, moi, les objectifs, ça me fait sourire parce que, en tant que joueur, quand on commence un match ou une saison, quelque soit la compétition, on met tout de son côté pour la gagner. Donc, en championnat, on va faire du mieux possible, match après match, et puis on verra, au niveau de l’équipe, si un équilibre se crée, une osmose, pour aller chercher quelque chose. Par expérience, je sais que le talent est important mais il y a aussi l’esprit d’équipe. Alors, on va voir ça.
Un petit mot sur la région. Vous la connaissez ?
Je commence un peu à la connaître mais je n’ai pas encore passé beaucoup d’heures ici. On m’en a dit beaucoup de bien, ça c’est sûr… Je ne vous cache pas que lorsque l’on est du Sud-Ouest, venir dans cette région cela fait un petit peu drôle, quand même. Mais bon, au premier abord, les gens que j’ai vus sont très chaleureux. En plus, cela n’a pas l’air faux. Parce qu’il existe des régions où l’on peut être chaleureux mais où, réellement, on peut ne pas l’être aussi. Ici, ça a l’air de bien se passer. Au niveau familial, avec mon épouse, on n’en a pas mal parlé. Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. On est paré pour venir avec nos enfants… qui ne sont pas encore au courant. Alors il faudra ne pas trop l’ébruiter ( Ndlr. rires). Mais on va leur expliquer cela tranquillement.