Haine et espoir.
Telle un loup, elle fixait sa proie dans le noir. Un garde endormie devant l’arsenal qu’elle comptait s’approprier. La lame au poing elle s’élança. Sa vitesse était bien trop élevée pour une simple humaine. Un sang chaud coula le long de ses lèvres et ses yeux s’illuminèrent à la clarté du jour naissant. Le jeune garde eut pour dernière image un grand œil jaune pénétrant dans sa gorge.
La lame était propre et elle était à présent rassasiée. Elle força la lourde porte pour entrer dans le hangar. Un grand sourire machiavélique s’étendit sur son visage lorsque la porte fut ouverte. L’arsenal tant convoité était bien celui espéré.
De grandes étagères s’étendaient à pertes de vue, et des armes y étaient entreposées par milliers. De l’arme lourde à la simple dague. Elle caressa doucement une grande rapière qui reflétait le peu de clarté qui venait s’infiltrer par la porte.
Hasaki sent le changement. Elle sort doucement de ce rêve où elle peut enfin espérer, soulève la trappe qui la protège du monde. Il fait jour depuis peu, mais l’obscurité de la ville ne laisse pas entrer ce jour en elle. Elle baille, les yeux à moitié clos elle sort d’un coma dans lequel elle serait bien restée. Rouvrant doucement les yeux elle soulève un léger hoquet, l’odeur qui s’infiltre en elle n’est pas la bienvenue. La puanteur de la ville se fait chaque jour plus forte.
Sortant dans la rue elle attrape au vol une bouteille d’alcool laissée contre le coin d’un bâtiment.
La douce fraîcheur de sa lame contre sa cuisse lui remémore son rêve. Elle sourit machinalement comme si tout pouvait devenir possible avec son envie.
Mais à droite un sans-abri tente d’apercevoir le ciel, un homme passe, mais rien ne lui apporte l’espoir que son cœur désire.
Accroupie, elle se laisse enivrer par cet alcool, caressant sa cuisse car sous son vêtement elle sent cette lame qui pourrait la laisser sortir de ce cauchemar.
Elle sait que les armes ne sont pas légales, elle sait qu’elle peut mourir à chaque instant, mais peut lui importe car cette lame est la seule qui lui permet de ne pas se soumettre à cette ville qui prend possession peu à peu de tous les esprit.
Elle pense, elle se souvient d’un glorieux passé qu’elle n’a vécu qu’en rêve. Elle pose la bouteille sort de ses rêves pour se laisser aller, emporter par le flot de ténèbres. Seule le froid contre sa peau la tien consciente. Elle sait. Elle peut s’en sortir, peu importe sa solitude.
Elle maudit chaque passant, elle haït la ville, son regard perçant tente de détruire chaque parcelle de cette misérable espace.
Depuis quand vit-elle ? Pourquoi est-elle là ? N’existe-t-elle que pour voir ? Non, elle désire agir… agir…
Ce mot semble flotter dans son esprit, ses yeux se ferment pour laisser entrer en elle un flot de haine.
Dans la rue principale, les autorités s’agitent emportant un corps que la ville a rejeté. Ils le traînent sans gène et le lance dans le camion qui maintient un ordre corrompu.
Plus rien ne fonctionne, son cerveau est envahi par la haine…
Sa main est passée sous son miteux pantalon, le froid a pris possession de son corps, la peur est rejetée.
Elle ne réfléchit plus… A quoi bon, à quoi bon…
Au bout de son bras ballant, l’éclat argenté se renforce. Elle bondit, elle saute, transperce le porteur du malheureux, se retourne avec une vivacité inhumaine.
Tuer le mal.
Mais tout est noir, ni les détonations ni les cris ne la réveilleront, elle bondit, envoie toute sa haine contre cette autorité qui ne doit pas être.
Moins ils seront, et plus la ville pourra aller vers la lumière.
Babylone, ville mère.
Un, deux, trois… Les têtes roulent, le sang coule… La lame est étincelante, pas encore souillée par le sang. Son corps est son arme, la lame n’est qu’un déclencheur, c’est sa volonté qui est dans cet éclat.
Mais tout est si noir, la haine s’affaiblit.
A terre, ses yeux ne fixent plus que le ciel qui lui parait plus proche que jamais.