Chose promise, chose due.
Extrait d'un journal local.
La solitaire.
Une peintre dont le nom est désormais connu de tous est décédée avant-hier dans l'après-midi.
Elle s'appelait Adèle. Elle est née et a vécu dans notre village jusqu'à devenir une jeune adulte ; puis elle s'est éprise de l'art de peindre et finalement a été bannie. Mais quand elle est partie, le malheur a continué à s'abattre sur nous (la preuve par la guerre qui est encore gravée dans nos esprits). Nous fûmes bien obligés d'admettre qu'elle n'était pas coupable. Malheureusement, lorsque il a été décidé de dépêcher des hommes pour la chercher, elle était déjà bien loin et ne se doutait sûrement pas que nous désirions qu'elle revienne.
Sa vie entre son départ et son retour reste un grand mystère. D'aucuns prétendent que l'artiste a passé sa vie sur les routes et laissant ça et là des traces, sous forme de peintures, dans son passage.
A son retour inespéré, elle était à bout de forces et nos guérisseurs se sont appliqués à la soigner de leur mieux. Sa santé s'améliora progressivement et elle s'est trouvé un compagnon de même âge qu'elle. Pendant sa convalescence (et probablement parce qu'elle se trouvait au village qui l'avait rejetée), elle ne peignit pas. Il fallut beaucoup de temps pour que l'inspiration lui revienne. Un jour, raconte son conjoint, je suis revenu et je l'ai trouvée assise dans l'herbe, les jambes croisées, en train de mettre en couleur le paysage qu'elle contemplait si souvent par la fenêtre.
Quand elle fut totalement guérie, elle réalisa nombre de tableaux magnifiques - selon les dires de la seule personne qui les ait vues - mais qui, selon la volonté de l'artiste, ne seront jamais exposés au public.
Bien que tous les gens qui l'entouraient l'appréciaient, Adèle n'a jamais eu d'amis après son retour. La seule personne qui semblait avoir jamais été proche d'elle, en dehors de son mari, était une femme qui est décédée il y a très longtemps. Elle vécut finalement dans une sorte de solitude souhaitée.
Avant-hier dans la soirée, son compagnon l'a trouvée couchée sur le lit et, pensant qu'elle dormait, n'essaya pas de la réveiller. Ce n'est que le lendemain, à son réveil, qu'il constata qu'elle ne respirait plus, que son teint était livide et son corps rigide. Pourtant, sur son visage était dessiné un sourire paisible ; celui d'une personne qui savait que sa tâche était terminée et bien terminée. Elle est partie en paix, tranquillement et visiblement satisfaite.
Il n'y eut qu'une seule personne à son enterrement.