Et voila pour vous les parties 3 et 4. La trois est très petite, alors j'en mets deux. Après la 4, il n'en reste plus qu'une.
Milo
a vrai dire, j'ésperais que ce ne soit pas trop mièvre. Je ne veux pas que mon texte provoque des émotions artificielles comme les séries dramatiques débiles genre Santa-Barbara (--Oh, John! Comment as-tu pu me cacher que tu avais un enfant avec Barbara, ma meilleure amie?! -- Oh! Suzan! Je suis désolé. Je ne suis qu'un faible homme. Mais toi aussi tu es coupable! Tu m'as trompée avec mon père!! etc...) Je ne veux pas tomber dans des émotions creuses. Dis-moi que ce n'est pas de ça qu'il s'agit!!!
Journal de Adèle. 7 avril
Aujourd'hui, c'est une belle journée. J'ai réussi à faire le ménage dans la maison, lorsque Roland était absent. Au matin, je suis à peine parvenue à me lever. Mais une fois que ce fut fait, j'étais comme portée par mes jambes. Roland est revenu au soir. Il m'a apporté du baume. Mais ça reste quand même difficile. Chaque jour j'essaye de faire un peu plus que la veille et aujourd'hui, j'ai fait un bond de géant pour retrouver l'entière mobilité. Je suis beaucoup tombée, mais je suis habituée maintenant, je n'ai plus mal. Alors, je me couche heureuse.
Elle se lève. Elle essaye en tout cas. Ses yeux s'ouvrent, mais, à partir de la taille, il n'y a pas de mouvement, même pas le plus imperceptible déplacement d'orteil. Elle élève son tronc au dessus de ses jambes avec un air solennel ; dans cette lumière du matin, on la prendrait pour quelque idole. Commence alors une gymnastique : ses mains parcourent les mollets et remontent vers les cuisses en exécutant des mouvements rotatifs, comme pour ramollir de la pâte pour le pain. Au bout d'une heure d'exercices divers, elle parvient à se lever complètement, chancelante sur ces pieds, mais déterminée dans son regard. Sur son lit, est visible l'emprunte d'un corps qui n'est pas celui d'une femme.
Elle se prépare à manger, assise sur une chaise qui émet un bruit atroce à chaque fois qu'elle la déplace. Après quelque repos, elle décide de se saisir d'un balai et s'évertue de son mieux à chasser la poussière pour installer une ambiance plus vivante. Elle tombe quelquefois. Chaque chute est précédée d'un mouvement de sa main gauche vers son nombril ; de ce fait, il est facile de prévoir quand elle perdra pied. S'il y avait quelqu'un avec elle, il pourrait se précipiter pour la retenir ou la relever. Mais probablement, elle refuserait son aide, car on voit qu'elle est intime avec la solitude et donc fière de ne pas avoir besoin d'une main pour la soutenir.
Après avoir balayé la maisonnette, elle s'assied près de la fenêtre et regarde l'eau tumultueuse avec un air de fatigue, comme si elle attendait quelque chose ou quelqu'un. Un chevalet avec une toile blanche est posé derrière elle. Mais elle ne jette même pas un coup d'œil à sa passion.
Il revient. Elle tente de s'extirper des bras confortables du fauteuil pour courir à sa rencontre mail n'y arrive pas. Il lui dit de ne pas trop forcer, s'approche d'elle, l'embrasse sur le front, puis sur les lèvres ; et par ces gestes, on voit qu'il l'aime tendrement, passionnément, véritablement.
Il lui tend un pot d'argile et lui murmure des mots d'amant dans l'oreille. Elle répond par un sourire bref mais chaleureux – car il n'y a pas besoin de mots – avant de se replonger dans la contemplation du paysage et des nuages qui s'amoncellent et qui annoncent des intempéries.