Claude Meunier – Les Voisins
G Pis j’t’ai rien dit encore, hein. En plus de laver, ça nourrit ton toit. L’idée en arrière, pour être simpliste là, c’est que c’t’un peu d’la vitamine de vinyle. J’sais pas si tu me saisis ?
Fernand, le voisin de Bernard, arrive derrière la haie avec un filet de piscine. Il est en costume de bain.
F T’es encore dans ta haie, toi ? Si ça continue, tu vas ben déménager dedans.
B N’empêche que si ça continue, c’est ça qu’y va falloir que j’fasse. (Il montre le frisbee à Fernand.) Quen : r’garde-moi ça ! As-tu déjà vu ça un affaire de même, toé ?
F Ben certain ! C’est mon frisbee, ça…
B Ah oui ?…
G (en riant) Oh boy ! J’espère que vous avez des bons intestins.
F Pardon ?
G Non non… Rien, rien… (Clin d’œil à Bernard. Il tend la main à Fernand.) Permettez-moi : enchanté.
F De rien.
Ils se serrent la main.
B Ah oui, c’est vrai. Georges, Fernand. (À Georges : ) Y viennent juste de déménager à côté. (Il pointe la maison de Fernand.) Ça fait quoi ? Deux mois ?
F Un an et demi…
B C’est ça…
G Oui oui… On s’était déjà parlés mais pas officiellement, hein ?
F Ah bon ! (Petit temps.) Euh… Chose, ma femme me disait ça t’à l’heure. Ç’a l’air qu’y fait beau c’t’effrayant.
G (En farce) Aussi ben en profiter pendant que ça passe.
Georges rit avec entrain, les deux autres le suivent par politesse.
Petit temps.
B Ouan, m’a dire comme c’te gars…
F J’comprends donc… (À Bernard : ) Pis les assurances, comment ça marche ? Ça roule-tu, les accidents ?
B Ah ! Numéro un… C’est tranquille un peu, mais j’me dis que ça va revenir.
F Bah, ça donne rien de s’en faire…
G Surtout quand ça va mal.
B D’abord qu’on est heureux, c’est ça qui compte.
G Énormément.
F On a rien pour rien.
G Surtout pas les fraises ; c’est rendu quasiment deux piastres le casseau. (À Fernand : ) Vous vendiez pas des chars usagés, vous ?
F Ah ! J’en vends encore.
G Comme ça, ça marche bien. De toute façon, des chars usagés, y’en aura toujours.
F Tant qu’il y en aura des neufs, oui. Vous, que c’est que vous faites, déjà ? Vous travaillez pour des dentiers, c’est ça ?
G C’est en plein ça, oui.
F Comment vous vous appelez, déjà ?
G Denturologue.
F Pis votre prénom, c’est quoi encore ?
G (en blague) Georges Denturologue !
F Georges Denturologue… Faudrait ben que j’envoie ma femme vous voir avec son dentier. A ben de la misère à manger du blé d’Inde en épi avec. Est obligée de le mâcher avec le dentier din mains. (Il fait le geste) Bernard doit ben avoir votre adresse ?
G Moi-même je l’ai.
F Ataboy ! Mais vous, là, étiez-vous en Europe au moment de Bernard ?
G Non, nous autres, l’Europe, on attend avant d’y aller.
F Bah, ça va être pas mal la même chose quand même. Ça change pas tellement, l’Europe.
G Pas tellement, non. (À Bernard : ) C’est vrai, j’t’ai pas encore parlé de ton voyage en Europe, toi. Excuse-moi, mon vieux.
B Y’a pas de quoi.
F (À Bernard : ) Pis, mon Bernard, tu m’as pas dit ça… Qu’est-ce qu’y ont d’l’air, les petites femmes, là-bas ?
B (En farce : ) Ah ! Y sont pas juste petites. Y en a des grandes avec.
F Tu le regrettes pas d’être allé avec ta femme ?
B Ah non ! Elle a ben aimé ça.
F Es-tu allé voir des strip-teases, au moins ?
B Euh… Pas à ma connaissance, non…
F Eh ben !
B Qu’est-ce que tu veux, t’as pas le temps de rien voir là-bas. Même le Louvre, on est pas allés, ç’a l’air que ça prend des mois à visiter.
F Ben oui, mais un strip-tease ça dure pas trois mois.
B J’peux pas te dire.
Petit temps.
G En tout cas, faudrait ben que tu montres ça, ton voyage, un bon jour.
B Ben pourquoi tu viens pas faire un tour avec Laurette, à soir ? Ça vous engage à rien.
G Faudrait que j’en parle à Laurette pour voir si a l’a le goût.
B Laisse faire ça, on va vous attendre.
F J’pense à ça : Moi non plus, je l’ai pas vu votre voyage.
B (Ne voulant pas l’inviter : ) C’tu vrai ?
F Ben non.
B Eh ben !…
F Remarque, on a un party de vendeurs de chars de prévu, mais on pourrait toujours aller chez vous après…
B Oui, ou pas venir… C’est comme tu veux.
J´ai ça à apprendre en français. Chu Fernand (F) 