Pour ceux qui veulent savoir, ou ne se souvienne plus de l'évolution de cette dualité, on peut voir comment cela évoluera dans ce texte de Naked : https://www.jeuxvideo.com/forums/1-8173-2929669-874-0-1-0-0.htm#message_3126000 lorsqu'il infiltrait la base des PAtriotes en Australie, en Août 2028, il surprends une conférence du comité (encore en vie à l'époque) ainsi qu'une altercation à la fin étonnante... Ce fut le point de départ qui m'a inspiré le texte juste au dessus !
Sinon, pour le final d'Add-ons, j'ai décidé d'attendre un peu avant de le publier, histoire de voir les réactions de ceci d'abord, et puis parce que comme je sais que je n'aurais pas de critiques avant le week-end, j'ai tout mon temps xD.
Un nouveau Texte avant les Vacances... Vu que ma 1ere semaine, je pars en Rep Dominicaine
Mais bon, en Espérant que Manhattan aime le Soleil
![]()
Ok, vivement alors ! ![]()
Bon, comme je ne serais pas là du week-end, j'ai décidé de ENFIN posté le final de Add-ons. D'après mes calculs il devrait faire 11 postes. Il n'est pas peaufinné à 100%, aussi j'espère qu'il vous surprendra suffisement malgré tout ! Enjoy !
Précédemment :
(an 2014, page 901 - corrigé)
Fox n´engageait (…) jamais de mercenaires, je compris donc vite que cette mission était officieuse... On m´assigna un équipier, membre officiel de son état, un certain Pliskin (…) L´objectif consistait à infiltrer une base au Chili (…) Rien de très compliqué (…) si ce n’est que peu après notre sortie, l´alarme se déclencha (…) nous mettant quinze soldats sur le dos. (…)
- Pliskin ! Pliskin ! Criai-je en courant vers lui.
Je tâtai son pouls. Plus rien. La balle l´avait tué sur le coup. (…)
- Je crois qu´il a un fils…
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(an 2028, page 1374)
- Francis (…) est mort durant la guerre civile, à la fin des années 90 (…) Nous n’avons pas de date exacte, car nous ne connaissons pas les circonstances. Il y a juste à savoir que c’est une autre des victimes des Patriotes.
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(an 1998, page 1374)
- Monsieur Lutti ! Répondit Evans. Nous ne vous attendions pas de sitôt. Tout se passe bien au sein du comité ? (…)
Une certaine division régnait au sein du comité depuis, ce fut la programmation à la lettre d’U-155 et sa rébellion qui leur fit rendre compte de leur erreur (…) Mais Lutti était différent, ce ne fut pas l’I.A qui le tua plus tard, mais le comité lui-même. Car cet homme, d’origine italienne et maffieuse, s’était servi (…) de son pouvoir au sein du comité pour commanditer moult opérations personnelles. Et la constitution d’une armée de jeunes hommes renforcés aux gènes des meilleurs soldats du siècle était une de ses premières manœuvres clandestine, et j‘en faisais parti contre ma volonté...
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(an 2035, page 1423)
- C’est là qu’elles ont commencé. Les expériences. Par le Docteur Evans. (…) il me fit une espèce d’anesthésie locale sur mon estomac. Il sortit son scalpel… Et il m’ouvrit le ventre, Togo, en direct, on me forçait à regarder tout. (…) Je le voyais faire, mais j’étais immobile, à moitié drogué.
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Il était blessé, couvert de sang sur sa poitrine, mais surtout, c’était…
- …Marcus !
- C’était (…) Na… Nathan (…) Prends garde… Il… Il n’est pas… Il n’est pas…
- Il n’est pas quoi, Marcus ? Dis-moi !
Ses forces cédèrent, et il tomba dans l’inconscience (…)
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- …Tu es bien curieux, Nathan Phillips. (…) Tu tortures comme le pire des bourreaux, tu t’infiltres jusqu’au fin fond des marais floridiens par un moyen de locomotion introuvable, et tu réussis à poignarder le seul homme qui a pu te surprendre alors qu‘aucune arme n‘a été retrouvée sur toi… Tout ce mystère autour de ton excellence pour finir attaché comme un déchet dans des toilettes d’avion à la merci de ton ennemi, après avoir succombé à une simple barre de fer… (…) Madame veut savoir (…) c’est qui ce clone de moi ? C’est quoi cette bombe dans mon estomac ? Et que diable fout Evans au Chili ? Mise à part la position d’un serveur qui pour autant que je sache se porte à merveille, je ne vois pas l’intérêt qu’aurait U-155 de vous envoyez là-bas.
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Cette personne, c’était moi. L’autre moi, celui aperçu dans les médias. Vêtu d’une simple chemise déchirée et d’un pantalon de ville, son regard semblait moins ferme et plus fatigué que ce que j’avais pu apercevoir la veille. (…)
- Alors, c’est toi… (…)
Ma réplique fut brève :
- Moi quoi ?
(…) - Eh bien… Mon clone bien sûr…
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(‘Vrai’ Ripple)
- U-155 veut récupérer ce qu’il y a à l’intérieur de cette chambre forte à tout prix, et seul Toi peut y parvenir, 316…
- A cause des nanomachines des Patriotes dans mon crâne, c’est ça ? (…) Je veux savoir ce qu’il y a derrière cette porte (…) Des serveurs informatiques ?
(…) - Ces serveurs représentent un flux d’informations uniques sur la plupart des sujets militaro-socio-économiques que les Patriotes puissent traiter sur le territoire latino-américain… Comme tu le sais, U-155 a quasiment achevé sa mainmise sur la totalité du continent… Et tout ceci devant toi est la pièce manquante de son puzzle. En incorporant ses serveurs à l’unité centrale de l’I.A située prêt d’ici, - et que d’après ce que je sais sur ton passé, tu connaîtrais plutôt bien, - U-155 pourra enfin concurrencer l’occident des Patriotes, pour, qui sait, l’écraser lors d’une guerre proche
(…) Felipe venait de charger l’avant-dernier serveur dans le camion (…)
- Evans était dans le camion ? Réalisa enfin mon double, ainsi que tous les autres, visiblement.
- Oui ! Hurlai-je en prenant le M-16 de Togo sans même le lui demander. Il n’y a plus un instant à perdre, si on veut l’avoir, c’est maintenant !
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(an 2035, page 1427, ce passage est POSTERIEUR au texte qui va suivre)
L’alchimie était là. Les sentiments, les premières fois de chacune de toutes ces petites choses euphorisantes qui font un futur couple, puis un couple en lui-même…
(…) - Ton message m’a inondé de plaisir Melissa. Il était sincère, tendre… Et beau ! (…) Je l’envoi à Jebediah dès demain.
- J… Jebediah ? Bégaya-t-elle la bouche grande ouverte.
- Oui, poursuivis-je d’un ton serein, Jebediah Evans, l’homme qui t’a sauvé la vie à la fin de la guerre civile au Moyen-Orient quand tu n‘étais encore qu‘une enfant. (…) Celui qui a finit par s’éprendre de toi une fois que tu avais raisonnablement atteint l’âge adulte (…)
Melissa fit un pas en arrière (…) Deux balles partirent en plein dans le tronc de la femme mûre (…) Elle mourut sur le coup.
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Ripple Effect - Saga/Mission « Add-ons »
- Chapitre 8 - Final -
58. ‘Terminer Maintenant’
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I. ‘ Aide et support’
- 16 novembre 1978, quelque part en Guyana, Amérique du Sud -
Le jeune lieutenant du MI-6 s’assit sur la chaise à roulettes de son exquis mais modeste bureau de paille avec moins d’aisance que d’habitude. Cela était sans doute du à la présence de son supérieur, qui s’assit face à lui suite à l’invitation de son subalterne.
- … Un suicide collectif ? Répliqua le dit patron à la déclaration de son employé. Vous délirez, Irving !
- Je vous assure, Monsieur Lutti, je ne suis certes en poste ici que depuis quelques mois, mais cette fois-ci, les bruits qui courts semblent bien concrets : Le révérend Jones semble déterminé, à croire qu’il veut que cela se sache jusqu‘à Port Kaituma. Les États-Unis nous l’ont d’ailleurs confirmé via les infos reçues de l’enquête du député Ryan : Sa secte ne sera bientôt plus que cadavres d’hommes, femmes et enfants pourrissant dans ce qu’ils appellent leur havre de paix.
Lutti alluma un de ses cigares les plus fins, avant de répondre après une légère bouffée :
- Je veux bien admettre que le Temple du Peuple est une organisation instable, voire dangereuse… Mais de là à aller jusque… Non, cette idée semble vraiment absurde. Il vous faut vérifier vos sources, Irving, vous n’êtes pas du MI-6 pour rien.
L’agent se retrouvait devant un supérieur visiblement si obstiné qu‘il en remonta les bretelles sur sa chemise. C’était sans compter que Monsieur Lutti ignorait que son subordonné en savait plus sur la situation qu’il ne le laissait croire.
- Cessez de faire la sourde oreille, Monsieur, enfin ! Je suis au courant ! D’accord ? Je sais…! Je sais que cette organisation a, durant ces derniers mois, acheté et vendu du matériel et des études médicales douteuses en passant par des organisations pharmaceutiques plus ou moins liées à votre actionnariat. Je sais que vous profitez de votre assignement dans ce pays avec vos petits copains de la CIA pour entre autre faire des affaires discrètes et prolifiques avec les membres du Temple…
Il reprit son souffle, ému par son accusation, et poursuivit après avoir reprit un regard professionnel :
- … Ce n’est cependant pas le problème, tout le monde a ses petits secrets… Mais vous savez que mon instinct s’est souvent révélé bon, et je sais que vous ne laisserez personne mourir uniquement pour de l’argent. Au contraire même, vu que s’il s’avère que j’ai raison, leurs morts vous seront tout sauf profitables…
Monsieur Lutti, qui venait de souffler une nouvelle bouffée, tentait de ne pas montrer le fait d’avoir été découvert. Aussi il restait stoïque et silencieux durant quelques instants. Le fait était qu’il était homme à laisser des personnes mourir pour de l’argent, mais il avait tout fait pour que rien n’en paraisse au milieu de son entourage professionnel en Guyana, et il fallait que cela continue le plus longtemps possible, tout comme son petit commerce. Menace de suicide ou pas… Ainsi en avait-il décidé alors que son cigare avait fini de se consumer. Il fallait donc laisser s’endormir la découverte du jeune lieutenant :
- Vous avez raison, Irving, avoua-t-il. Il faut s’en occuper. Mais un vrai agent s’assure de la véracité de ses sources avant d‘agir, c’est pourquoi je vais moi-même leur parler, à vos sources, pour ensuite prendre une décision qui mènera éventuellement à l’inculpation de ce cher révérend-gourou qu’est Jim Jones… Vous m’aviez dit que vos indicateurs les plus fiables venaient de la secte elle-même ?
- Oui Monsieur, fut soulagé d’entendre le jeune lieutenant, des Britanniques naturalisés. Un couple de cousins qui ne veut pas voir leur fils de neuf ans se faire massacrer avec les autres.
Lutti fut tout de même surpris à l’entente de cette révélation :
- Un couple de consanguin… ? Cette secte fait vraiment froid dans le dos… Je les verrais donc personnellement demain à la première heure, et seul… Comment s’appellent-ils ?
Irving referma son dossier tout en se relevant :
- C’est la famille Evans, Monsieur.
- Parfait, à demain donc.
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II. ‘ Changement d’Utilisateur’
Ripple Effect
- 10 janvier 2035, sur une autoroute prêt de Santiago, Chili -
Sarah me regardait comme si un fantôme était en train de conduire le volant, se rendant compte que l’Autre personne qu’elle avait côtoyée ces cinq derniers jours n’était autre qu’une copie, un clone… Voire un objet de menace. Elle se rendit aussi compte que c’était la première fois qu’elle me retrouvait vraiment après toutes ces années.
- Peux-tu arrêter de me fixer comme ça s’il te plaît ? C’est bien moi, Sarah !
- Si tu le dis…
Elle se retourna vers Togo, troisième et dernière personne à se trouver dans le 4x4 qui roulait à toute vitesse sur le bitume chilien, esquivant les voitures ankylosées du trafic.
- C’est donc vrai, Togo ?
- … Je crois bien que oui, affirma mon ami sans trop de convictions… On aura la réponse quand il aura fait la peau à Evans. Vu la haine qu’il dit porter pour lui, ce sera pour moi une preuve suffisante de son… « Authenticité », dirons-nous.
Sarah baissa les yeux, mais elle ne diminua pas son ton pour autant :
- Et… Si…
Togo brisa le malaise par sa franchise, et par l’un de ses sourires idiots :
- Et s’il ment, il nous piègera tous dans une trappe en plein serveur d’U-155 en criant ‘Mouhaha ! Vous êtes tombé dans mon piège, bande de cons !’ et… On aura tous l’air cons.
Sarah soupira tout en baissant les yeux, elle ne souhaitait pas prendre le sujet sous l’angle de l’humour.
- … Logique.
Elle hocha les épaules en se retournant, figée du regard. Vexé par l’ambiance, je m’emportai :
- C’est pas bientôt fini de déblatérer sur moi, oui ? Je vous signale que je suis juste là !
Sarah afficha un regard d’excuses, Togo celui d’un chien battu. Ma leçon de moral reprit :
- Vous voulez quoi au juste, comme preuve ? Que je déballe nos souvenirs personnels ? Sarah, j’ai failli te serrer une fois quand on était saouls mais tu as refusé car tu veux faire ta vie avec John. Togo, tu appelles tous tes hommes des ‘Marcus’ suite à un pari contre moi où tu pensais que je reviendrais avec au moins une blessure de ma mission en Chine, ce qui ne fut pas le cas… Ca vous va, maintenant ? On n’a pas que ça à faire de discutailler je vous le rappelle… ! Est-ce qu’on a des nouvelles des autres dans le fourgon ? Je ne les vois plus d’ici… Et Pliskin, où est-il ? Il devait nous rejoindre rapidement, a-t-il dit. Mon œil oui !
- …Parce que tu penses vraiment qu’ils auraient tous pu nous suivre à la vitesse dingue à laquelle tu vas ?
J’avais en effet préféré un autre véhicule pour cette poursuite : la Jeep des mercenaires d’Evans semblait tout à fait appropriée pour arrêter cette ordure de commettre ses méfaits de fin du monde. La violente esquive que je fis afin d’éviter de me crasher contre une Chrysler, neuve de surcroît, confirmait ma détermination. Togo et Sarah dévièrent à leur tour sur la droite suite à la brusquerie de mon mouvement, mais je ne me souciais plus vraiment de mes compagnons retrouvés, ni même de mon double, qui conduisait le fourgon dans lequel ils étaient tous venus à quelques kilomètres derrière moi. Comme pour lui, seul le Docteur comptait, et fort heureusement, je ne connaissais que trop bien la destination de ce dernier, puisque vingt ans plus tôt, j’avais déjà pris cette route. Cette fichue route bondée, morne, encerclée de sable et de rochers et sans aucun fichu camion de marchandises en vue, jusqu’à ce que j’entende un :
- Là-bas ! Hurla Sarah. Ce n’est pas…
- Le poids-lourd de notre cher Jebediah !
- … Et de son acolyte Felipe, ne l’oublions pas, compléta mon ami d’un ton académique.
- Merci de l’info, Togo, raillai-je.
- Pas de quoi, mais je suis trop bon… Dire que tu as failli te faire Sarah, je n’arrive pas à le croire… Qu’Odin te traite comme tu le mérite !
Un sourire tout aussi décidé que ma conduite fit suite à sa remarque, renforcé par l’appui de mon pied sur l’accélérateur. Evans ne devait pas atteindre le serveur, ceci à aucun prix. Mais le fait qu’il prit juste après la sortie la plus proche, me fit me rendre compte que le repaire du Serveur d’U-155 n’était plus très loin de notre position.
- On a fait vite de les rattraper je trouve, remarqua mon ami, le regard redevenu sérieux.
- Ce n’est pas encore fait, Togo…
- Quand bien même, Ripple, on a vraiment fait vite…
Sans prêter attention à cette répétition de remarque, je sortis mon arme de la boite à gant, me préparant à transformer les voies routières des Andes en champ de bataille.
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(xD me suis trompé de pseudo)
III. ‘Nouvelle fenêtre’
- 27 décembre 2013, quelque part dans le Maine -
Les deux frères se regardèrent durant un long moment, dans les yeux d‘abord, puis le long du corps… Ils étaient certes encore sous le choc des circonstances de leurs retrouvailles, mais cela restaient des retrouvailles malgré tout. Un semblant de joie se mêlait donc à la tristesse ambiante qui régnait.
Chacun était assis sur l’un des confortables fauteuils délicatement brodés de la salle annexe du funérarium. Les doux bavardages des proches mêlés à la musique insipide qui indiquait que l’après-cérémonie battait son plein, ne s’entendaient qu’à peine depuis ce refuge cloîtré. Les deux frères qui voulurent s’isoler dans ce dernier s‘en contentèrent, afin de garder un silence respectable durant ce crépuscule au recueil, et crépuscule tout court.
- … Elle n’a jamais vraiment su surmonter la mort de Papa, dis l’un.
- Oui… Confirma l’autre en déboutonnant le bouton haut de sa chemise blanche.
Ils n’avaient pas l’habitude de porter des costumes si serrés.
- Et toi, alors ? Reprit le plus jeune. Où étais-tu passé tout ce temps ? Tu ne peux toujours pas en parler ?
L’aîné répondit sèchement :
- Non. Pas tant que tu refuseras l’offre d’emploi que je t’ai proposé il y a maintenant deux ans… Et qui tient toujours, au passage.
L’autre gronda :
- Encore ça… Je ne le sens pas ton travail, Nate, c‘est pourtant simple à comprendre, non ? Et passer d’agent d’intervention du FBI à garde du corps pour scientifique à deux sous, je n’appelle pas ça une promotion.
L’aîné, outré, se releva si rapidement qu’il en fit tomber sa kippa au sol :
- N’ose plus jamais parler du Docteur Evans ainsi, Cassidy ! Après la mort de Papa, il nous a aidé, protégé… C’est un grand homme, à l’intellect surprenant. Quoiqu’il fasse, j’aurais toujours une totale confiance en lui.
Son doigt pointait toujours vers l’extérieur plusieurs secondes après sa déclaration inspirée, sa voix rauque et inhibée résonnait du mieux qu’elle pouvait quand il ajouta peu après :
- …Contrairement à tous les salauds et arrivistes qui sont dans la pièce à côté, lui ne trahira jamais notre famille. Et moi, il ne me laissera jamais tomber, jamais !
Le jeune se leva à son tour, plus lentement que son frère cependant.
- Il n’a pas empêché Maman de se suicider, en tout cas. Dieu seul sait pourquoi elle en est arrivée là...
- Mets-lui ça sur le dos tant que tu y es ! Tu devrais plutôt le remercier pour ce qu’il a fait en premier lieu. Sans lui, Maman aurait fait ce qu’elle a fait trois ans plus tôt au moins !
- Si tu le dis… Le fait est que j’ai toujours trouvé ce type pas clair, tout comme son intérêt pour toi… Et pour moi. N‘en rajoute pas, Nate, je suis bien comme je suis, ma situation me convient… Et je suis sur que Maman serait d’accord avec moi. Tout comme elle, tu verras que ton cher Docteur finira bien par te lâcher comme une merde.
Nathan, contenu, se rassit lentement, tout au bout de la pièce cette fois. Tapis dans l‘ombre qu‘offrait la toiture de grenier, il ignorât la querelle qu’aurait pu provoquer l’insulte de son petit frère, encore sous la colère de la perte. Il décida donc de passer à l’étape suivante… Tout en s’aidant de ses talents d’orateur uniques :
- Je sais que tu t’es fait virer, Cass, lui lança-t-il enfin.
Cassidy, troublé mais surtout découvert, fit quelque pas dans l’annexe suite à cette remarque, utilisant l’humidité de son front pour se recoiffer discrètement :
- Alors tu m’espionnes maintenant ? En quoi ce sont tes affaires, nom de dieu ?! Mais va-t-en donc d‘ici ! Retourne d’où tu viens, Nathan, prêt de ton cher Jebediah, peu importe où diable cela puisse être ! Laisse-moi à mes malheurs, à mes échecs… ! Et à mon deuil !
Nathan se releva de l‘ombre, souriant. Il avait réussi à briser les défenses de son cadet. Il fit quelques pas sur le parquet plus grinçant que vieillissant, d’une lenteur plus stressante qu’apaisante, et posa sa main rêche sur l’épaule de Cassidy. Puis, de sa troublante voix, il prit un ton sincère :
- Excuse-moi de t’avoir offensé… Je… C’est vrai que j’ai peut-être été discret sur mes activités toutes ces années, et tu ne l’as jamais apprécié, soit. Bien que tu ne puisses sans doute jamais percevoir la bonté d’un homme comme celui que je considère comme étant mon mentor, je veux malgré tout t’aider. Tu es mon frère Cass, et absent ou non, je ne veux que ton bien… Surtout quand je sais que tu es dans la merde.
Cassidy prit un moment pour évacuer son souffle, et répéta :
- Je ne bosserais pas pour Evans, point.
- Oui… Je m‘en doute bien. Mais j’ai un autre piston à te proposer, un des supérieurs indirects du Docteur cherche un garde du corps personnel. Salaire à cinq zéros l’année, tout frais inclus. Qu’en dis-tu ?
Le cadet tourna la tête vers celle de son frère.
- Et… C’est qui ce type ? Encore un scientifique ?
- Non… Un conseiller politique, ou un industriel, un truc dans le genre. Il se localise à D.C d’ailleurs, pas loin de chez toi. On ne se verra que peu, mais tu auras la sécurité… Ta nouvelle petite amie en sera ravie ! Alors, qu’en penses-tu ?
- J’en dis que j’espère que c’est à toi que je dois cela, et non au Docteur Evans… Merci Nate.
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IV. ‘Orienté Objet’
The ‘Other’ Ripple Effect
- 10 janvier 2035, autoroute chilienne -
Le fourgon de commandos Carabineros que nous avait tantôt cédé Morgan était plus adapté aux transports qu’à la poursuite, aussi je perdis vite de vue la Jeep de mon homologue en chemin, rageant de voir se retarder le moment culminant menant à la mort d’Evans… Mal à l’aise aussi de me retrouver avec uniquement Jean et Nathan inconscient dans ce fichu fourgon. Aussi je me défoulais sur le klaxon pour éviter toute confrontation directe :
- Bouge de là, gros tas ! Aller !
- Arrête ! Intervint Jean. Tu vas attirer les flics.
- Rien à faire ! Ce n’est pas eux qui m’arrêteront. Aller ! Bouge !
- Arrête, répéta-t-elle…
Sa voix douce portait ce ton compatissant qui lui allait si bien. Elle savait que je cachais mon choc quant au fait que je n’étais qu’en vérité qu’une simple création biologique de ce maudit Docteur. J’arrêtai donc mon chahut. Elle reprit :
- Bon, ce serait hypocrite de retarder le moment culminant de la mise au point, alors je me lance, parce que je n’en peux plus, là…Que ressens-tu au juste ?
Encore des questions sur ce que je ressentais. C’était décidément un des sujets récurrents de cette foutue journée… Je pris un tournant vers une sortie tout en esquissant une réponse, après avoir adopté un autre tournant, dans mon ton cette fois, beaucoup moins agressif, mais toutefois plus passif que celui emprunté tantôt dans l’avion :
- Je ne sais pas trop, Jean… Une crise identitaire, j’imagine. Mais je tiens le coup, j’ai vu tous les films de Van-Damme où il y a des doubles dedans…
Elle n’osa pas rire. Moi non plus à vrai dire.
- Et… Tu te sens toujours être… Toi ?
- Oui… Je crois. J’ai tous mes souvenirs, aucun doute là-dessus. Je… Je ne sais pas comment il s’y est prit pour que ce soit le cas, mais… Je suis bien moi. Enfin, Nous sommes la même personne, avec les mêmes souvenirs… Mise à part…
- Mise à part quoi ? Cette bombe en toi ?
Je complétai sa réponse :
- Oui, mais en plus de ça, les… Souvenirs liés à elle : Quand j’étais sous le joug d’Evans, je me souviens encore de lui m’ouvrant le corps comme un vulgaire récipient. Il en jouissait de me montrer mes propres tripes, le salaud… C’est ce qui m’a le plus traumatisé dans mon séjour chez lui.
Une sorte de haut-le-cœur semblait affluer en Jean. Un semblant de pitié aussi, dans ses paroles.
- Mon dieu… Je ne savais pas que ça avait été si…
- C’est bon, la scindai-je, j’ai déjà eu ma dose de consolation quand j’ai tout révélé à Togo avant-hier, même si depuis que je sais qui je suis vraiment, j’ai relativisé… Mon raisonnement tenait juste à dire que je ne pense pas que l’Autre ait vécu ces fameuses opérations, en tout logique. Il n’y a que moi, donc. Ces souvenirs m’appartiennent… Comme ce qui a suivit après ça.
Jean ne disait plus rien. Elle était encore sous le contrecoup de la révélation, même si son professionnalisme ne la fit pas craquer pour autant.
- …Ne t’inquiète pas, la rassurai-je, je commence à savoir comment vivre avec tout ça. Après tout, ces tortures n’étaient pas très loin des expériences qu’il m’avait fait subir quand j’étais môme, au Moyen-Orient, quand il était sous les ordres de ce Lutti.
- Lutti ? Se remémora-t-elle. Ce Patriote italien un peu maffieux ?
- … Littéralement tronqué en deux par ses propres congénères pour toutes les atrocités similaires qu’il a pu entreprendre sans l’aval du comité. A défaut de ne pas l’avoir tronqué moi-même, je faisais parti de ceux qui ont rapatrié son cadavre, quand j’étais sous les ordres de Stone, il y a bien longtemps déjà… C’était lui qui était bel et bien derrière tout cela, derrière Evans... Mais ceci date maintenant, et ne me concerne plus, puisque ce n’est même pas à moi à qui tout cela est arrivé, techniquement, comme je viens si bien de l‘apprendre. Maintenant, c’est comme si j’étais quelqu’un d’autre, voire comme si je l’avais toujours été, qui sait ? Mine de rien, tout ceci me donne un semblant croissant de liberté.
Jean, déprimé par mon petit discours de démuni optimiste, soupira de tristesse. Quant à l’arrière, on entendait Nathan reprendre enfin ses esprits suite au choc du camion ayant servi à la fuite de son patron. Il se redressa à l’arrière du véhicule.
- C’est un très bon raisonnement tout cela, Ripple Effect. Et que vas-tu faire maintenant, construire ton identité là-dessus ?
Il eut un rire gras, disjoint par un coup de mon coude gauche, le faisant trébucher à l’arrière du van et le ramenant à nouveau dans l’état d’inconscience.
- Tu l’as entendu ? Peut-être qu’il en sait plus sur ta nature qu’il ne veut le faire croire, on devrait…
- Fini de discuter, me repris-je sans avouer la crainte d‘une réflexion dans cette voie. Je crois enfin voir le camion de Jebediah là-bas, trois rangées plus loin à gauche, tu le vois ? Les autres doivent être entre nos deux véhicules… Par contre, je ne vois pas Pliskin, qu’est-ce qu’il peut bien foutre ? Il devait nous rejoindre, a-t-il dit…
- Aucune idée, répondit Jean. Il n’a plus sa radio avec lui.
- Tant pis alors, fis-je en sortant une arme de ma combinaison, je sens qu’il va falloir improviser. Il ne faut surtout pas qu’Evans arrive au serveur… Surtout que nous y sommes bientôt.
- Tu connais la zone ? S’étonna-t-elle.
Je dus creuser dans ces souvenirs qui n’étaient pas les miens pour lui répondre.
- …A mon grand malheur oui, j’avais autrefois déjà infiltré ce serveur pour le compte de Fox-Hound, soit des Patriotes, il y a de cela 21 ans. C’était avec le père de Pliskin, pour tout te dire, comme quoi on a tous des liens… C’est d’ailleurs peu après cette mission que je fis la connaissance de Jack et de Togo.
- Vraiment ? Et comment s’est-elle terminée, cette fameuse mission ?
J’étais trop absorbé par le poids-lourd qui s’éloignait de mon champ de vision pour répliquer, ceci malgré son regard me rappelant l‘amour qu‘elle portait pour moi, et qu‘elle osait enfin montrer à nouveau. Aussi n’eut-elle que le bruit du véhicule en guise de réponse, tout aussi tragique soit-elle…
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V. ‘Mise en veille’
- 14 janvier 2014, désert chilien -
Je poussais le cadavre d’Iroquois Pliskin jusqu’au trou que j’avais enfin fini de lui creuser. Il tomba sur le ventre, d’une posture tout sauf noble. Pauvre type. Après tout ce qu‘on avait surmonté ensemble, mourir ainsi s‘assimilait à un sacré gaspillage de ressources, des plus fiables de surcroît. Nous avions à la perfection organisé l’infiltration de la base. J’y avais étudié et affronté tous les obstacles possibles avec lui. Grâce à son aide, j’étais devenu l’être le plus compétent sur terre pour accomplir une mission pareille. Tout ça pour le voir mourir d’une balle perdue… Tout ça pour rien. Ou presque : J’avais, de mon côté, tout de même appris quelque chose d’utile de tout ce drame, de tout ce carnage : L’existence des Patriotes. Il me semblait évidemment que désormais ma vie allait à présent prendre un tout nouveau tournant… Et cela me fichait une trouille pas possible.
Après avoir enfin rebouché la fosse suite à un dernier coup de crosse, je me saisis d’un épais bâton environnant et le plantai profondément afin d’y marquer le lieu. J’avais pensé à l’orner de ses plaques militaires que je tenais fermement dans ma main transpirante depuis déjà deux bonnes heures. Mais il m’avait dit qu’il avait un fils de dix ans qui attendait fièrement chez lui le retour de son paternel de combattant. C’était donc à lui qu’elles reviendraient, et non à la nature… Une fois de retour à Fox, j’irai faire mon rapport et me renseigner sur les coordonnées de Pliskin fils.
Une question me restait cependant en tête, une interrogation indigne du mercenaire impartial que j’étais : quel était donc cette base souterraine qu’on nous avait fait infiltrer ? Que représentait-elle vraiment pour mes employeurs, et pour les Patriotes ? A tenter que ces deux parties soit vraiment deux éléments distincts…
Je me tins droit, esquissai un bref salut militaire, et regardai droit devant moi.
- Repose en paix, soldat.
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VI. ‘Vitesse estimée’
Ripple Effect - The ’Real’ one -
- 10 janvier 2035, sur une petite route de campagne -
Mais que faisait donc Pliskin ? Nous avions besoin de lui sous la pluie torrentielle de coup de feu que nous subissions. Surtout peu après que Felipe eut touché et percé le pneu avant de la Jeep, depuis le siège du conducteur d’où il était assis. L’escarmouche routière tourna donc vite court, nous dérapâmes sur une bonne dizaine de mètres, dans un tourbillon ensablé, frôlant au passage une Chevrolet de justesse. Le véhicule s’emportait si puissamment que Togo s’y cogna maladroitement la tête contre la vitre gauche.
- Aïe ! Saloperie !
- Je t’avais dit de mettre ta ceinture !
- J’aurais bien voulu si elle n’était pas trop courte pour moi !
- Mais quel gros lard, ma parole ! Ris-je tout en essayant de contenir mon euphorie quant au fait d’avoir enfin retrouvé mon meilleur ami, et malgré les secousses qui meurtrissaient mon épaule touchée.
La partie d’auto-tamponneuse enfin terminée, nous reprîmes nos esprits, et sortirent tant bien que mal à l‘extérieur de la voiture. La route faisait pâle figure face au vaste désert environnant, et le couché de soleil imposait davantage au tableau… Celui de notre défaite. Ma défaite… Après diagnostic, nous conclûmes que le pneu était irrécupérable, et pour ne pas arranger le tout, aucun cric ne se trouvait dans le coffre pour parfaire le remplacement.
- C’est pas vrai ! M’emportai-je. Et nous sommes à moins de dix kilomètres du Serveur ! Il nous faut ce camion avant qu’il y parvienne ! Si Evans installe l’add-on sur U-155, on court droit à une quatrième guerre mondiale !
Sarah tentait de me calmer :
- Les autres ne sont pas loin derrière, ils pourront…
- Le van est trop lourd pour les rattraper avec un écart pareil ! Même face à un poids-lourd comme celui-ci ! Ah, Nom de dieu ! Dire qu’on était à deux doigts de…
- Arrête de faire ton gamin Ripple, intervint enfin Togo. On va les avoir et tu le sais ! Je te le promets, OK ?
- Ah oui, et comment, Père Noël ?! Comment souhaites-tu t’y prendre à présent, avec ça ?
Il regarda derrière lui :
- Eh bien… Avec ça.
Une Harley Davidson noire et scintillante vint dans notre direction à une vitesse folle. Pliskin avait enfin trouvé, dieu sait comment, le moyen de locomotion qu’il quêtait pour la poursuite, à défaut de nous accompagner dans l‘un des deux véhicules que nous avions emprunté. Il s’arrêta parallèlement à la Jeep, semblait avoir rapidement compris la situation, puis souleva la visière de son casque :
- Je t’amène faire une ballade, Ripple ? Ca te coutera un arrêt des plans diaboliques d’U-155.
J’affichai un sourire fraternel et grimpa sur l’engin sans répondre. Togo ajouta toutefois une remarque alors que nous avions déjà démarré :
- Tes blagues sont trop sophisti…
Le moteur de la Harley eut raison de sa voix et de nos rires brefs. John allait si vite que le camion fut vite à portée de balles. Mon Beretta à nouveau entre mes mains, j’ajustai le canon vers mon objectif, aidé par l’espace désertique que permettait la discrète route de campagne sur laquelle nous roulions. J’y vidais mon chargeur dans tous les sens, espérant que l’un des projectiles atteignent le cœur sans âme d’Evans. La destruction des pneus-arrière durent s’avérer suffisants pour égaliser provisoirement les scores. Le poids-lourd dans son glissement quitta la route de campagne vers les rocheuses avoisinantes. Nous lui avions rendu la pareille en matière de dommage.
- Bien visé, Stan, me complimenta Pliskin.
Leur véhicule percuta de plein fouet une butte de roches avoisinant la chaussée désolée. Surpris par la puissance du crash, Pliskin arrêta la Harley à quelques mètres du point d‘impact, laissant loisir au silence sableux de régner.
- Bordel de merde ! Fit-il en relevant sa visière tout en descendant de la Harley, admirant au loin le camion encore fumant.
Je l’imitai, le regard prêt à conclure l’affaire… Enserré par ma combinaison d’assaut noire, mon arme pointée vers l’avant, les yeux plissés par le vent poudreux, la bouche tordue contenant ma douleur par balle, je m’avançais. Lentement. M’approchant du camion quasi-détruit, j’étais paré au moment décisif qui s‘approchait enfin. Et Pliskin, à deux mètres derrière moi, se tenait d’une posture tout aussi prudente que la mienne… Mais sans arme.
- Où est ton M9 ? Lui chuchotai-je.
- Je l’ai laissé dans le fourgon, répondit-il accompagné d’un mouvement désolé de la tête, tout en reposant délicatement son casque noir au sol.
Certes, de mon côté, il ne me restait que sept balles, et j‘étais mal placé pour juger un tel manque de prudence... Mais j’étais trop déterminé pour qu’une telle chose puisse faire obstacle à mon objectif : il n’y avait aucune issue pour Felipe et Jebediah désormais.
Je fis signe à Pliskin de faire le tour de la butte, au cas où l‘un d‘entre eux voulait nous prendre à revers. De mon côté, j’arrivais enfin sur le flan droit du camion au capot broyé, et tournai d’un geste brusque sur la gauche, les mains tendus vers l’avant, précédant le canon de mon Beretta : pas un chat en vue. Et encore moins de rats. Le creux du bas de la butte, formé par l’accident, s’entourait d’une fumée mécanique qui diminuait légèrement mon champ de vision. Aussi je n’étais pas certain de mon diagnostic et fis deux pas supplémentaires vers la tranchée embrumée.
Felipe avait profité de cette dernière pour s’embusquer lors de mon arrivée, ce qui lui permit de tirer une bonne rafale de MP5 dans ma direction. Je sautai immédiatement vers les rochers au-delà du creux en question pour me couvrir, endolorissant davantage mon épaule blessée suite à l’atterrissage.
- Ne cherchez pas à résister, Evans ! Hurlai-je. Vous êtes foutu tous les deux et vous le savez, acceptez-le !
Pas de réponse. Pliskin m’avait rejoint entre temps, il n’avait rencontré personne sur le chemin. Le Docteur était donc bien tapi avec Felipe derrière le capot du poids-lourd. A ma portée.
Une nouvelle rafale de balles nous survola, nous forçant à nous mettre entièrement ventre à terre derrière les roches. Ceci pour peu de temps tout du moins : J’avais mémorisé la position de Felipe peu avant le dit plongeon. Ceci m’incita à vider mon chargeur à l’aveuglette dans sa direction, perçant à ma joie, et plus par expérience que par chance, son torse de trois jolies balles. J’étais certes à présent désarmé, mais cela n’allait pas pour autant m’empêcher de régler son compte à Jebediah.
Triomphant, je me levai pour me diriger vers le corps inerte de son homme de main afin de récupérer son arme, quand j’aperçus le pied du cruel mercenaire esquisser un mouvement. Je compris vite qu’il feintait la mort, probablement grâce à l’aide d’un quelconque gilet par balle, afin de mieux nous atteindre. Peine perdue pour lui comme pour moi, je plongeai de nouveau derrière notre barricade improvisée, percutant violemment Pliskin au passage, et échappait une nouvelle fois à une seconde bourrasque de métal.
- Coriace, l’enfoiré, dit Pliskin. On fait quoi maintenant ? La situation devient répétitive et on a plus de balles !
- On en aurait si tu n’avais pas encore ces foutus principes, râlai-je.
Il me regarda fixement, se souvenant que je n’étais pas la personne avec qui il avait passé ces quatre derniers mois :
- Qui te dit que je les ais encore ?
Felipe, en train de recharger paisiblement, interrompit notre conversation d‘un ton rieur qui ne roulait que trop les R :
- C’est fini pour toi, O’hara ! Tu es foutu et tu le sais !
- Je rêve où il pique mes répliques ?
Pliskin raillai :
- Oui. A la différence que lui semble avoir raison.
- On ne défie pas si facilement le Docteur Evans ! Reprit Felipe, il…
Un bruit l’interrompit dans son plaidoyer : C’était le moteur du fourgon piloté par mon double. Ce dernier, nous ayant repéré, arriva à son maximum de vitesse vers la butte de rochers… Droit vers la position de Felipe.
Dans un dernier hurlement de rage, le mercenaire sans éthique mourut écrasé à la verticale, entre la camionnette et la roche, payant pour tous les innocents assassinés par sa faute ce matin. Le silence qui suivit fit office de gong victorieux.
Mon alter-égo fut le premier à enfin sortir du van, suivi de Jean. Il se dirigea prudemment vers ma direction :
- Désolé, je sais que tu te l’étais réservé… Où est Evans ?
- En vie. Là-bas.
Un hochement de tête lui fit comprendre la position de notre Némésis. Je vis aussitôt Jean se mettre en position de l‘autre côté du camion pour le prendre à revers, suivie de Pliskin. Tandis que le tandem que je formais avec mon clone se dirigeait tout droit pour s’apprêter à enfin faire la peau à l’origine de nos tourments. Enfin.
C’était ce que nous pensions, si, ébahis, nous ne vîmes que le sable en lieu et place de la blouse blanche. Il n’y avait personne aux alentours, et après vérification, les sièges avant du véhicule étaient tout aussi vides.
- RAS ! Entendions-nous Jean crier de son côté.
Le regard plus amer que surpris, fixant le corps de Felipe que Pliskin fouillait, je n’osais affronter la vérité, et les yeux de mon double arboraient les mêmes déboires. Où diable pouvait-il être ? Quand finira-t-il ce maudit jeu du chat et de la souris avec nous - ayant pour seul intérêt de nous prouver son intelligence, pour qu’il puisse enfin s’abandonner à l’issue fatale qui, il le savait, mènerait au paiement de tous ces crimes ?
John, qui avait trouvé une carte magnétique dans la jambière du mercenaire latino, interrompit mes élans de pensées désabusées en prenant la parole :
- On dirait que sa puce vient d’être chargée… Il n’y a rien d’écrit dessus, à part derrière, au marqueur noir… « ST-U-155-S ».
- « Santiago U-155 Servor » ? Devina Jean.
Mais moi comme mon alter-ego n’écoutions plus. Frappant presque en même temps la carcasse du poids-lourd, nous ne comprenions toujours pas comment Evans avait pu nous faire faux bond aussi facilement… A moins que…
- L’arrière…
Mon double avait eu la même idée que moi et nous atteignîmes le dos du véhicule trente secondes après coup. Evans avait très bien pu ordonner à Felipe de s’arrêter sur une quelconque aire d’autoroute l’espace d’un instant, le temps de se mettre lâchement à l’abri au milieu de sa cargaison informatique, prévoyant la fusillade qui allait suivre... L’idée qu’il pouvait être tapi là-dedans, apeuré et prêt à notre assaut final, attira également l’attention des autres, en plus d’augmenter mon euphorie vengeresse à son paroxysme. C’était la seule échappatoire possible et logique pour lui. Et le meilleur moyen de capture pour nous.
Couvert par le M-16 en joue de Jean, mon double et moi ouvrîmes après un effort conséquent la double portière du camion… Pour y découvrir une chose plus décevante que surprenante.
- … Vide ?
Pliskin mit notre étonnement sous parole.
- Le fait qu’Evans ait pu s’enfuir est une chose, mais…
Mon double termina :
- … Où sont passés tous les serveurs ? L’add-on d’U-155, où est-il ? Tu nous avais pourtant bien dit que les serveurs étaient là-dedans !
Les mains sur la tête, éhonté et outré d’avoir été doublement berné, je compris, et je rageai. Jebediah nous avait eus :
- … Ce n’est pas le bon camion ! L’ordure ! Il devait y avoir un deuxième similaire qui l’attendait sur la route pour jouer le rôle de leurre. C’est pour ça qu’on l’a rattrapé si vite !
- … Et c’est Felipe qui fut chargé de la besogne de nous attirer ici, conclut Jean. Ce qui veut dire…
- … Ce qui veut dire qu’Evans doit être en train de décharger l’Add-on dans la base d’U-155 à l‘heure qu‘il est, et qu’on devrait se grouiller de le rattraper avait qu‘il ne soit activé, sinon on se retrouvera tous dans une belle merde.
Pliskin se ressaisit vite, comme le reste d‘entre nous :
- La carte magnétique pourrait nous aider.
- Parfait, fit Jean, mais d’abord nous devons aller récupérer Togo et Sarah sur la route, ils ne doivent plus être très loin. Vers où se trouve le serveur, Ripple ?
Je regardais mon clone. Nous nous souvenions tous les deux de notre morbide repaire que nous avions planté autrefois, et qui, par un hasard incroyable, se trouvait juste derrière la fameuse butte. Nous fîmes quelques pas vers l’endroit en question, suivi par Pliskin. Je commençai mes indications :
- Le Serveur se trouve pile au Nord-Nord-Ouest à partir de ce bâton planté au sol.
Jean s’étonna :
- … Tu savais qu’il se trouvait là ?
- Qu’est-ce que c’est, cet endroit ? Demanda John.
Mon ton se fit grave :
- Ca, Pliskin, c’est la tombe de ton père… J’espère d’ailleurs qu’à l’époque, tu avais bien reçu ses plaques que je t’avais envoyé.
La bouche de John prit un angle obtus, il observait le bâton d’un air effrayé, puis osa s’approcher de lui alors que je m’éloignais.
- Je pense que nous devrions le laisser seul une minute, annonçai-je à mon double qui me suivit.
- Très bien, répliqua-t-il… Je vais faire prendre l’air à Nathan pendant ce temps, on aura peut-être besoin de lui pour infiltrer le serveur.
Je restai figé sur place suite à sa déclaration :
- Nathan… ? Nathan est ici ?
L’autre moi-même et Jean se regardèrent, se rendant compte que personne ne m’avait informé de ceci.
- Oui… Balbutia mon ex-femme. Il avait infiltré la base de Togo… On l’a fait prisonnier et amené ici, pour le forcer à nous aider…
Mon clone le sortit du fourgon Carabineros. Il était enveloppé de sang séché, menotté, le regard empli de défaite. J’esquissais un sourire presque heureux jusqu’à ce que Jean ne termine sa phrase, du même ton confus :
- … C’est d’ailleurs lui qui a, on ne sait pas trop comment, poignardé Marcus au point de le mettre dans le coma.
Un souffle effrayé sortit de ma bouche. Marcus… Il était là-bas, en Floride… Mourant. Et il était possible que je ne le revoie jamais…? A cause de lui !
Sans rien dire, je pris Nathan à mon double et le mit à terre pour le rouer de toutes sortes de coups, les yeux humides.
- Espèce de salaud ! Toi et ton Docteur de merde n’en n’avez pas eu assez avec Francis, hein ? Il a fallu que tu t’en prennes à lui aussi ?
L’autre Ripple m’arrêta net, Nathan suffoquait tellement qu’il ne parvenait même plus à parler. Mon bourreau, ici, était à ma merci. Et l’on m’empêchait de le tuer, on m‘empêchait de me venger…
- Arrête, me fit l’Autre d‘un ton bas et rassurant. On a encore besoin de cette ordure. On se chargera de lui plus tard, que les autres soit d’accord ou non… Tu peux compter sur moi là-dessus.
- En es-tu si sur ? Sanglotai-je. J’ai comme l’impression que tu éprouves de la compassion pour lui…
- Moi ? Tu plaisantes ? Je te rappelle qu’il a fait autant de mal à moi qu’à toi… Si ce n’est plus.
Sa réponse semblait logique, et il avait de toute manière raison. Mais en regardant Pliskin au loin, à genou devant un vulgaire bâton à moitié pourri, je me posai sérieusement la question quant à donner des sursis aux agents d’U-155, au vu de tous les malheurs pour lesquels ils étaient responsables envers l’Humanité....
Le petit sourire rassuré qu’affichait Nathan à ce même moment n’aida guerre, ce déchet humain savait pertinemment qu’Evans avait tout prévu pour qu’il ne lui arrive rien. Que jamais il ne le laisserait tomber. Que jamais il ne le trahirait… Ou peut-être que non.
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VII. ‘Vider la Corbeille’
- 02 juillet 2019, Barcelone, Espagne -
Cassidy n’était plus le même homme depuis qu’il travaillait pour un Patriote. Ses journées semblaient de plus en plus longues, et sa vie de plus en plus courte. Il n’avait plus grand-chose à laquelle il pouvait s’accrocher… A vrai dire, il ne lui restait qu’une seule chose à laquelle s‘accrocher, et ce n’était sûrement pas le verre de whisky qu’il était en train de se verser pour conclure cette fin de journée, après avoir agressivement desserré sa cravate noire. Il s’était finalement habitué au costume plus vite qu’il ne le pensait.
Ce fut après la seconde gorgée qu’on sonna à l‘entrée… Vivant dans l’annexe de son patron et n’ayant dit presque à personne où il vivait, le fait que quelqu’un se trouve au seuil de sa porte augmenta sa méfiance, c’est pourquoi il remit son arme dans son holster avant de se lever pour répondre.
La lumière du porche s’alluma automatiquement au moment de l’ouverture, augmentant davantage la clarté de la blouse blanche de son visiteur.
- D… Docteur Evans ? C’est vous ?
Jebediah afficha un sourire.
- C’est moi… Bonjour, Cassidy.
Le Docteur choisit de s’assoir sur le plus modeste siège présent dans le living du cadet des frères Phillips. Ce fut après cette minute de courtoisie que le garde du corps posa machinalement ses questions :
- Comment saviez-vous où me trouver ?
Evans répondit d’une voix calme et sobre.
- Ton patron me l’avait dit, autrefois.
- Je vois… Répliqua Cassidy, intrigué. Et… Vous êtes venu seul ? Nathan n’est pas avec vous ?
Jebediah se mit à admirer l’ensemble de la pièce en répondant :
- Non. Il est en congé…
Il termina son regard droit vers les yeux de Cassidy, et conclut :
- …Tout comme toi, si je ne me trompe pas.
Le garde du corps confirma machinalement :
- En effet, Raul… Enfin, Monsieur Espinosa, a prit son avion pour le Caire tout à l‘heure, avec une équipe de protection locale… Ce qui me fait une jolie semaine de vacances. Mais… Venez-en au fait, Docteur, que faites-vous donc ici ?
L’interlocuteur soupira :
- Eh bien… Je suis venu te rendre visite, mon garçon. J’étais dans le coin et je souhaitais prendre de tes nouvelles, depuis le temps.
- Ah…
- Nathan m’a appris que ta femme…Brenda, je crois… Était décédée l’année dernière…
Le cadet baissa la tête.
- Oui… Quelques mois après avoir mit notre fils au monde. Il ne me reste que lui maintenant… J’allais d’ailleurs me préparer à le border quand vous aviez sonné.
Jebediah acquiesça :
- Et… Tu n’as pas peur qu’avec le métier dangereux que tu fais, il finisse par se retrouver orphelin ?
Cassidy ne resta immobile que trois secondes suite à cette remarque. Il se souvenait à quel point le Docteur pouvait être morbide dans son élocution.
- Eh bien, avoua-t-il après une autre gorgée, pour tout vous dire, j’y pense chaque jour que Dieu fait. Monsieur Espinosa m’a promis de veiller sur lui si jamais il m’arrivait quelque chose, ça m’aide à persévérer…
Le Docteur acquiesça de nouveau :
- C’est bien… C’est très bien. Et… N’as-tu jamais reconsidérer la question de venir travailler avec moi ? J’ai toujours pensé que tu étais un élément très précieux, Cassidy.
Le jeune garde du corps se leva :
- Nous y voilà…
Le Docteur l’imita, d’une manière moins brusque. Cassidy reprit :
- Peu importe ce que vous me proposez, Docteur Evans, je dirais toujours non. Mes tripes reniflent à 10 000 Mètres que vous pratiquez des activités malsaines, et le fait que vous mêliez mon frère à tout ça m’écœure encore davantage. Alors pourquoi ne pas quitter ma propriété sur-le-champ avant que mes quatre vérités ne deviennent physiques ?
Il tendit son bras vers la sortie. Evans mit sa main sur son biceps, plus nerveux qu’à l’habitude.
- Mais j’ai besoin de toi Cassidy, tu comprends… ! Tu es exceptionnel ! Toi et ton frère le sont, mais surtout toi ! Tes gênes ont ces propriétés uniques que je recherche depuis si longtemps, et…
Cette fois, Cassidy devint physique, il était temps de vider les ordures… Il dégagea le Docteur au point qu’il faillit tomber au sol :
- Je n’en ai rien à faire de votre jargon de savant fou, pauvre vieux ! Cassez-vous de chez moi ! Je ne veux plus jamais vous revoir, jamais !
Evans tentait de se redresser dignement, il s’approcha une dernière fois de Cassidy :
- Très bien.
Sans crier gare, à peine sa phrase terminée, il sortit de sa blouse une seringue qu’il planta directement dans la gorge du jeune garde du corps, qui s’écroula instantanément, éprit de convulsions.
- De gré ou de force, reprit Evans, je me servirais de toi pour mes expériences. Ton idiot de frère ne devra évidemment rien savoir de tout cela, donc autant te faire taire directement et exploiter par la suite ton cadavre à loisir.
Les mots de Cassidy s’étouffaient dans sa gorge :
- Je… Savais… Que vous… Etiez… Une pourriture ! Nathan… Nathan va…
Le pied de Jebediah plaqué sur le cou du garde du corps empêcha ce dernier de terminer ses vaines menaces.
Après un rapide coup de torche par la fenêtre de sa part, une équipe de trois mercenaires entra dans la villa, deux minutes plus tard. Evans releva son pied :
- Prenez-le délicatement et mettez-le dans la cuve à l’arrière de la camionnette. Et vite !
Les hommes de mains s’exécutèrent bruyamment au point que les pleurs du nourrisson à l’étage exprimaient un réveil inattendu.
- On s’occupe aussi du môme ? Fit l’un des hommes qui transportait les jambes de la nouvelle victime du Docteur.
- Non, répliqua majestueusement ce dernier. Son destin à lui semble tout tracé... Allons-y.
La jeune garde du corps se vit traîner hors de sa demeure. Il sentait la vie quitter son corps. Cela ne l’empêchait pas d’entendre les pleurs de son fils, et de murmurer une dernière fois son nom, avant de fermer les yeux…
- … Warren.
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VIII. ‘Afficher tous les caractères’
The ‘Other’ Ripple Effect
- 10 janvier 2035, désert chilien -
Ce fut une fois tous réunis, Togo et Sarah inclus, que nous nous éloignâmes de plusieurs mètres de la fourgonnette afin de faire le point, et ébaucher notre plan grâce à mes connaissances :
- La base possède un avant-poste à 5 kilomètres à l’Ouest d‘ici, les briefai-je. Il est la clé pour infiltrer cet endroit. En effet, depuis cet avant-poste, on peut tout bonnement et simplement, et à l’aide des engins de décodage adéquats, ouvrir à loisir les principales portes blindées de l’intérieur de la base… Tant que l’alarme d’intrus ne se déclenche pas.
- … Ce qui exclut qu’on se fasse repérer dans l’avant-poste tout comme dans la base elle-même, conclut Togo.
- Oui, confirma mon alter-égo qui se mit à continuer les explications sans mon approbation. Il faudra être synchronisé pour éviter tout risque, et donc se diviser en deux équipes, comme je l’avais fait autrefois avec Iroquois… Enfin… Comme Nous l’avions fait autrefois avec Iroquois.
Il s’était rendu compte avec humilité de son initiative, et afficha un regard d’excuse. Je repris donc, après une similaire approbation :
- Il n’y a qu’un seul petit problème. Contrairement à… Nous il y a vingt ans, nous n’avons cette fois aucun moyen de décoder les cryptages donnant accès au système d’ouvertures des portes.
- Et la carte magnétique ? demanda Jean en montrant l‘objet. Celle prise sur Felipe. Après tout, c’est un homme d’U-155, et il s’apprêtait à se rendre dans la base du serveur… Sa carte doit bien ouvrir l’accès au système d’ouverture, en toute logique.
- … A moins que son accès soit minime et qu‘elle ne puisse en ouvrir qu‘un certain nombre, intervint Sarah. Après tout, Felipe n’était qu’un sous-fifre.
- … Elle devrait donc au moins nous suffire pour les premiers niveaux, fis-je, après… Après ça il nous faudra trouver un autre moyen. Sinon tout est perdu… Evans doit être à l’heure qu’il est en train de transporter tous les serveurs au dernier sous-sol à l’aide d’une équipe de soldats Opium le prenant pour un demi-dieu.
- Euh… C’est quoi, un soldat Opium ? Questionna Sarah, débutante dans ce genre d‘excursions freelance.
- Des hommes-soldats morts au combat, ressuscités par U-155 pour mieux le servir, expliquai-je… Le Gardien doit en être un également.
La compagne de John était davantage perdue dans mes précisions :
- Un… Gardien ?
Mon Moi original prit de nouveau la parole à ma place :
- Chaque serveur de l’I.A contient un ‘Gardien’ spécifique en guise de dernier recours, pour empêcher quiconque de pénétrer au cœur du serveur. C’est souvent un soldat ramené à la vie, extrêmement fort et extrêmement compétent…
Sarah, tentant de tout replacer dans son contexte, secoua la tête :
- Vous ne trouvez pas que ça fait un peu donjon de contes fantastiques tout ça ? Des niveaux, des gardiens…
- Si c’est le cas, sourit Togo, tu serais au niveau 1 avec toutes tes questions !
- Peut-être… Mais au moins j’arrive à mettre une ceinture !
- Humpf ! Sale petite…
Jean calma les fausses disputes en nous ramenant à la réalité :
- C’est bien beau toutes ses explications, mais ça ne nous dit pas comment va-t-on faire pour ouvrir les accès une fois que la carte de Felipe nous sera devenue inutile… Ripple ?
Elle fut perturbée de voir deux visages se tourner vers elle suite à son appel, aussi elle utilisa le pluriel avec prudence :
- Vous… Vous ne pouvez pas utiliser le savoir des Patriotes via la glande contenue dans… Vos cerveaux ? Ce… Ripple-là nous a bien dit qu’Evans l’avait forcé à décrypter des codes Patriotes grâce à elle, dans le Night-club. Peut-être que les codes d’U-155 seront similaires… Après tout l’I.A est bien à la base une création du comité.
- Elle a raison, déclarai-je, avec nos savoirs dans nos crânes et en regardant les cryptages affichés grâce à la carte magnétique, l’on pourrait…
- …Avec Mon savoir tu veux dire ! Me coupa soudainement mon sosie.
Je me retournai, les sourcils froncés et la bouche béatement ouverte, il reprit son raisonnement :
- Je ne cherche pas à t’offenser en me différenciant de toi, Stan, mais étant donné que je suis… L’original, seul moi possède la glande connectée aux fameux 64% du savoir des Patriotes… A moins que depuis ta libération tu ais ressenti un quelconque flash similaire à ceux que j’ai… Que Nous avons subi par le passé, je ne pense pas me tromper.
Après un reniflement en guise de réplique, je répondis faiblement, me rendant compte de son argumentation malheureusement exacte.
- Non, en effet…
- Très bien, termina Pliskin, dans ce cas là, Ripple « l’original » devra aller avec l’équipe de l’avant-poste, pour décoder le cryptage. Je viendrais avec lui, pour tout souci informatique qui pourrait se présenter à nous…
- Je viens aussi avec vous, intervint Togo toujours souriant, histoire de vérifier l’authenticité de notre ancien Ripple…
- Très bien, acquiesçai-je un peu contrarié, de mon côté, j’irais donc au cœur du Serveur avec Jean et…
Je regardais le van au loin avant de terminer ma phrase :
- … Et avec Nathan. Il nous sera utile, ne serait-ce qu’en tant qu’otage, le moment venu. Sarah, quant à toi, tu monteras la garde de nos véhicules, et tu nous tiendras au courant au cas où des escadrons venus d’on ne sait où décideraient de pointer le bout de leur nez.
L’ex-agente se vexa légèrement :
- Très bien. Ca sent la recommandation de Pliskin à plein nez, mais je suivrais le plan… En espérant que la portée des radios soit suffisante pour atteindre les sous-sols de la base en cas de problème…
Mon alter-égo mit fin à la mise au point :
- Parfait, nous sommes donc parés. On a plus de temps à perdre, la nuit va tomber. Jean et… Toi, allez chercher Nathan. On vous préviendra par trois clics radios quand on sera prêt à ouvrir la première porte de la base, située dans l’aile Nord. Faites de même quand vous serez en position d‘entrer… Et rappelez-vous : Evans reste tout autant la priorité que l’add-on.
Je fis un signe approbatif de la tête alors que Jean baissa son regard, déçue de voir la même soif de vengeance habiter mon vrai Moi. Ce fut donc silencieux que nous prîmes elle et moi la route vers la fourgonnette, après avoir esquissé un bref salut à mes camarades de combat, tout en leur souhaitant bonne chance… Aucun des deux groupes n’avait plus de chances de survie que l’autre, et c’est le ventre à demi-retourné que commença la mission pour chacun.
Mon ex-femme paraissait se sentir plus à l’aise depuis notre discussion sur la route, par rapport aux derniers jours écoulés. Aussi elle prit ce ton léger, mais lourd de beauté, et qui la caractérisait si bien quand elle me demanda :
- Tu n’as pas peur qu’en vingt ans, cette base ait pu changer ?
- Non… Je ne pense vraiment pas que ça soit le cas. U-155 a toujours prôné des méthodes non-évolutives dans ses buts, et le père de John et moi sommes les seuls à avoir un jour jamais réussi à infiltrer cet endroit… Ils n’ont pas du tant que ça refaire leur système de sécurité depuis, mises à part peut-être quelques hommes, quelques caméras, et quelques capteurs thermiques en plus… Il suffira de garder la même prudence et le même type d’équipement électromagnétique que j’avais à l’époque, et tout devrait bien se passer.
Elle sourit :
- Tu as l’air sur de toi, et pourtant…
- Pourtant ?
- Pourtant je suis persuadée que quelque chose cloche dans toute cette histoire… Mais je ne vois pas quoi.
Nous venions d’arriver vers l’arrière du fourgon. J’ouvris les portes et retirai le bâillon de Nathan, suivit du reste de sa personne hors de la fourgonnette.
- Il y a toujours quelque chose qui cloche… Mais bon, l’heure tourne et nous n‘avons vraiment pas de temps à perdre. Qu’est-ce qui te fait dire ça, au passage ?
- Tout va un peu trop… Vite. Je ne saurais vraiment pas te dire pourquoi… Mais peut-être que lui le sait ?
Nathan sourit. Il savait que dans l’urgence de la situation, cette dernière ne prêtait pas à la torture… Cela n’empêcha pas un soupir révélateur de ma part, amenant à un court interrogatoire musclé tentant en vain de tirer les choses au clair, car il était en effet temps de se poser les bonnes questions :
- Dis-le-nous, ordure. A ton avis, Evans nous prépare-t-il quelque chose ? Souhaite-il nous voir débarquer au serveur ? Et pourquoi voudrait-il une chose pareille ?
Toujours souriant, il répondit :
- Tu crois vraiment qu’il me l’aurait dit ? Imbécile… Pour cette assignation, j’ai juste été chargé d’infiltrer la base de ton ami, comme je te l’ai déjà dit. Le Docteur Evans n’est pas idiot au point de faire foirer ses plans au dernier moment !
Un direct de ma part en plein abdomen le fit vaciller, mais il n’eut pas le temps de se morfondre davantage, je relevai son menton, menaçant par une élocution lente :
- Ne joue pas sur les mots avec moi, Nathan. Tu es de l’autre côté du supplice maintenant… Je ne te demandais pas ce que tu sais, mais ton avis sur la question, toi qui dit connaître Jebediah mieux que personne… Alors, je te la repose, cette question : à ton avis, qu’est-ce que Evans nous prépare ?
L’âme damnée d’Evans affichait un regard inquiet. Il savait qu’à ce stade, ne pas se rendre utile pourrait lui être fatal… Ou tout du moins très douloureux.
- Je… Je sais que le Docteur souhaite satisfaire U-155 à tout prix, tout comme moi. Et je sais que cette histoire d’add-ons était très importante pour lui… Le seul intérêt que j’entrevois dans le fait de te faire venir à la base, est d’offrir ta tête à U-155, mais…
- Mais quoi ? Accouche !
- Rien. Si ce sont vraiment ces plans, ça ne me paraît pas logique, c’est tout. Tu es l’obstacle le plus menaçant à la réussite du plan du Docteur Evans, vouloir te faire venir dans la base, volontairement j’entends, serait bien trop dangereux pour lui comme pour U-155, aussi… Je ne vois pas du tout ce qu’il pourrait attendre de vous tous, s‘il en attend vraiment quelque chose… Et s’il appréhende vraiment votre venue, ce serait plutôt entouré d’un escadron Opium armé jusqu’aux dents qu’autre chose… Mais comme tu l’as si bien dit Ripple Effect… Ce n’est que mon avis.
Jean me prit à l’écart :
- J’en ai assez entendu de ses paroles qui explorent tous les possibles, faisons appel à notre bon sens, Ripple. Evans sait qu’on va venir de toute façon, puisqu‘il sait que tu sais où se trouve la base, il n‘est pas idiot… Je pense que Nathan a raison sur au moins son dernier point : Il va nous attendre, et avertir la base pour qu’ils nous éliminent à la moindre occasion…Il faudrait peut-être réfléchir à deux fois avant de foncer tête baissée dans la gueule du loup. Et revoir le plan depuis le début, guerre mondiale imminente ou non.
- De ce que je sais des points faibles de cet endroit, répliquai-je rassurant, ça m’étonnerait qu’ils puissent ne serait-ce que détecter notre présence, même s’il y a toujours un risque. Et puis tu l’as dit toi-même, on n’a pas de temps à perdre, la situation est urgente… J’ai confiance en nos compétences pour la réussite de cette infiltration, Jean.
- … Surtout que le Docteur n’a pas assez de pouvoir pour mobiliser la base ainsi, termina Nathan, qui nous avait entendus malgré la distance.
Je le tirai par l’épaule, et refermai la porte arrière du fourgon.
- En attendant, souris-je, tu viendras avec nous ! Tu feras un parfait bouclier humain en cas de pépin.
- Je commence à me faire vieux, railla-t-il d‘un air désespéré, je ne sais pas si je te serais si utile que ça. Mais bon, je crois avoir perdu ma dernière cote valide, alors à ce point-là…
Il s’exécuta, le regard inquiet mais malgré tout fier de voir les plans de son vénéré Docteur engendrer les évènements à merveille, par je ne sais quel machiavélisme à l’origine inconnue… Ou peut-être pas tant que ça.
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IX. ‘Mettre en Favoris’
- 18 novembre 1978, quelque part en Guyana -
Monsieur Lutti marchait paisiblement parmi les cadavres étalés sur toute la surface de la ville de Jonestown. Le Havre de paix était devenu un aller direct vers l’enfer. L’assignement se terminait par un fiasco, le fameux suicide collectif avait eu lieu : plus de 900 morts, dont 200 enfants, certains de gré, d’autres de forces. Le député américain chargé de l’enquête également assassiné… Et l’instigateur de tout cela, toujours en train de siéger sur son trône, s’était tiré une jolie balle en pleine tête.
Les commandos du MI-6 scrutaient le village, arme au poing, à la recherche des potentiels survivants. Mais ces derniers ne s’averraient qu’être bien que trop peu.
Monsieur Lutti, à défaut d’y envoyer son jeune second, qu’il avait renvoyé au Pays suite à ce drame, commandait l’opération depuis son costume trois pièces. Ceci dans le but premier de retrouver la maison du couple Evans, afin de s’assurer - dans l’optique où ils eurent survécus - qu’ils ne parlent jamais. Fernando Lutti, tout comme ses amis de la CIA, souhaitait que ce qui se tramaient vraiment ici… Se retrouve enterré à jamais. Tout comme ce qui aurait pu être empêché.
Il entra dans le modeste bungalow que lui avait indiqué son second sur la carte. Deux corps s‘étalaient sur l‘ensemble du parquet primaire, tués par des flèches en plein torse. C’était bien eux. C’était bien les Evans.
Monsieur Lutti esquissa un sourire. Satisfait du travail, il s’apprêtait à prendre la sortie… Quand de discrets bruits de pleurs lui parvinrent. Après s’être retourné hâtivement, il aperçut immédiatement la petite ombre tapie dans le coin de la bâtisse : C’était le petit des consanguins. Ses petits yeux fins, sa peau mate et sa longue formation crânienne renforçait son air de victime, surtout quand il vit Monsieur Lutti s’approcher de lui.
- … Tu n’as plus rien à craindre, mon petit, rassura-t-il d’un ton probant.
Le garçon sanglota encore quelques instants alors que Fernando sortit discrètement l’arme silencieuse de son dos, se préparant à effacer l’ultime preuve de ses petites affaires locales. Mais il fut stoppé par la voix du petit :
- Il nous avait promis ! Il nous avait promis que moi et mes parents sortiraient d’ici vivant !
Il se remit à pleurer. Lutti, curieux, l’interrogea sur son exclamation :
- De qui parles-tu ?
- … De l’agent Irving… Ils nous avaient promis qu’on pourrait tous partir d’ici vivant ! Et maintenant je suis tout seul, sans rien… Je le déteste ! Tout est de sa faute ! Je le hais !
Évidemment, le petit garçon ne pouvait deviner que le véritable fautif ayant permis à un tel massacre de se produire se trouvait face à lui. Mais Monsieur Lutti, animé par la fureur qu’il entrevoyait dans l‘enfant, décida de ranger son pistolet pour s’accroupir prêt du garçon :
- Ne t’inquiète pas, mon petit, je vais m’occuper de toi… Tu peux m’appeler Monsieur Lutti… ! Et toi ? Comment t’appelles-tu ?
- … Jebediah, dit le garçon dans un dernier pleur.
- Eh bien viens, Jebediah. Je vais t’apprendre à exploiter ta soif de vengeance au point que personne, homme ou dieu, ne pourra t’arrêter.
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X. ‘Afficher l’Historique’
Ripple Effect - The ‘Real’ one
- Quinze minutes plus tard, à quelques mètres de l’avant-poste -
Le M9 de Pliskin avait fait des miracles, plus qu’une seule sentinelle de ronde subsistait aux alentours de la bâtisse. Cette dernière s’était fait réserver par Togo, qui avait eu l’idée de s’en servir comme puits d’informations.
L’homme ne comprit pas la provenance de l’épais bras noir de mon ami qui l’encercla soudainement, pas plus que celle du couteau de chasse qui se rapprochait dangereusement de son visage. Il esquissa le cri le plus fort qu’il puisse dégager malgré son étouffement, puis Togo commença l’interrogatoire :
- Parle !
- Euh… De quoi ?
- Ah oui c’est vrai… Répondit-il d‘un air idiot alors que nous nous débusquions à notre tour. Dis-nous combien d’hommes se trouvent à l’intérieur et je me contenterais de t’endormir !
Le soldat était terrorisé, ce n’était qu’un jeune mercenaire qui ne faisait visiblement pas parti du projet Opium. Ce dernier devait couter trop cher à l’IA pour qu‘il soit répandu jusqu‘aux simples sentinelles extérieures. Le soldat se mit à bégayer sa réponse :
- Le… Le …
- Leuleu quoi ? S’énerva Togo. On te demanda un chiffre, bordel !
- Le… Le Gardien…
Mon meilleur ami fut si surpris qu’il relâcha une partie de la pression de son bras. Pliskin posa à haute voix la question que nous nous posions tous tout bas :
- Mais qu’est-ce que le Gardien du serveur ferait hors de la base, dans un simple avant-poste ?
- C’est la nouvelle procédure, dit la sentinelle en toussotant. Cet avant-poste est le point faible de la base, c’est pourquoi il est assigné de garde ici… S’il vous plaît, ne me tuez pas…
- Il est peut-être possible qu’Evans les ait déjà prévenu de notre possible incursion, fis-je, faible influence ou non…
Togo repoussa le soldat vers l’avant.
- Quoiqu’il en soit, brave sentinelle, comme promis, tu ne mourras pas aujourd‘hui… Pliskin ?
Une micro-seringue sortit du M9 de l’ex-agent de la CIA pour atteindre la cuisse du cafard. Celui-ci s’écroula quelques secondes plus tard pour un long séjour aux pays des cauchemars. Mon meilleur ami et moi-même vérifions une dernière fois nos armes :
- Je lance la Chaff Grenade, et on fonce, ça te va ?
- Ca ressemble à un plan, Togo, répliquai-je satisfait.
- …Il faudra faire attention de ne pas abimer l’équipement informatique qui…
Mon mercenaire d’ami coupa Pliskin d’un ton coléreux :
- … Tu pourrais éviter de tout gâcher quand on sort des répliques de films d’action, s’il te plaît, John ? Par Thor !
Pliskin eut un petit rire :
- Tu ne changeras donc jamais, Togo N’Colent.
- Ni ici, ni au lit… Allons-y !
La porte de l’avant-poste, bien que renforcée, sortit instantanément de ses gonds. Le ton était donné… Nous nous attendions à faire face à l’être massif que nous nous étions mentalement préparés à affronter, quand nous ne vîmes ce qui nous semblait n’être qu’un simple analyste, confortablement assis dos à notre position, devant les moniteurs du poste de sécurité. Avec pour tout arme un ridicule petit stylo à bille qu’il tournoyait dans sa main droite.
Lorsqu’il tourna enfin sa chaise dans notre direction - d’un air des plus décontractés, seul Pliskin et moi fûmes ébahi de reconnaître son visage, toujours aussi fin, toujours aussi jeune. Aussi il prit la parole en premier :
- Ripple, et Johnny… ? Quelle surprise de vous voir réunis ici !
Seul John osa répondre à l’homme, d’un ton presque enfantin :
- … Papa ?
C’était bien lui, il n’y avait aucun doute.
Togo sursauta, l’arme en joue :
- Quoi ? Tu es train de me dire que l’I.A s’est servit du corps de…
- … D’Iroquois Pliskin, complétai-je, pour créer son Gardien.
- C’est tout à fait exact, répondit ce dernier… Je vois que tu as bien grandi depuis tout ce temps, John…
Mon compagnon d’arme regardait son géniteur, l’arme en joue également, troublé, confus, comme je l’avais été de nombreuses fois face aux manigances des Patriotes et d’U-155... Il fallait qu’il se ressaisisse :
- Ne l’écoute pas, Pliskin, cet homme n’est pas ton père, tout au plus un corps avec une personnalité dénuée de…
- … Au dernier noël auquel nous avions assisté toi et moi, me coupa-t-il, je t’avais offert cette panoplie d’archéologue. Tu t’en souviens, Johnny ? Tu m’avais tanné toute l’année durant pour l’avoir…
Le M9 tremblait, voire vacillait :
- Ce n’est pas possible… Cette voix, ces expressions… Ces gestes !
Je m’emportai, refusant de voir une nouvelle victime tombée à nouveau dans le typique panneau des illusions :
- On n’a pas le temps pour ça ! Les autres attendent ! Togo, descends-le !
- Mais vous êtes fous ! Reprit le Gardien, son stylo-bille en l‘air. Je ne suis même pas armé !
Après une once d’hésitation, mon ami fit le point sur les priorités et inséra son doigt dans la gâchette pour tirer trois balles de son M-16. Aussitôt après, Iroquois pointa son stylo dans la direction de Togo et cliqua une fois sur l’interrupteur à son sommet : Une vague d’onde Ionique en sortit par un effet presque magique, et s’avéra suffisamment puissante pour repousser les balles de mon ami, ainsi que lui-même hors de l’avant-poste par la même occasion.
- Togo ! M’inquiétai-je sans pour autant baisser ma garde.
- … Conception spéciale d’U-155, railla Iroquois. Avec déviation de la vélocité des balles en prime.
Ma riposte de se fit pas attendre et je tirai une nouvelle rafale vers lui. Cette fois-ci, après s’être retourné de seulement quelques degrés vers ma position, il cliqua deux fois sur l’engin qui ne devait visiblement pas contenir qu’une bille à encre. La parade créée à partir de mes projectiles virevolta dans tous les sens possibles, pour finir par s’écrouler de part et d’autre de l’avant-poste. Je fus à mon tour projeté contre un mur de béton au point de m’en briser quelques cotes… La situation semblait mal partie, mais je me refusai de mourir ainsi, si prêt du but. Si prêt d’Evans.
- John ! Hurlai-je à mon ami pétrifié tout en me tordant de douleur. Tire-lui dessus ! Son engin n’arrêtera pas les fléchettes de ton M9 !
Sans même qu’il puisse tenter une riposte, Pliskin tira sur son propre père. La fléchette de sédatif l’atteint droit au cœur… Et n’afficha aucun effet immédiat sur sa personne. La résistance des soldats d’Opium était sans pareil... Iroquois s’approcha de sa progéniture et l’assomma du plus puissant des directs.
- Ta punition viendra plus tard, lui dit-il sèchement avant de revenir dans ma direction, son maudit stylo à nouveau pointé dans ma direction.
Grinçant ma faiblesse des dents, brûlant mon ennemi du regard, je m’apprêtais, dans un geste désespéré, à lui plonger dessus au risque de me prendre le choc Ionique en pleine face et y laisser ma peau. Quand l’idée me fut précédée par Togo, fraîchement ressaisit, bondissant de l’extérieur de la bâtisse sur le Gardien. Son arme en tomba, et les deux opposants se mirent à farouchement se débattre sur le parterre.
Togo parait les coups d’Iroquois tant bien que mal, au point de s’en prendre la moitié d’entre eux en pleine figure. Étourdi par le cocktail de frappe, il sortit de son dos un de ses derniers recours : son fameux Sigma doré… Qui voltigea de sa main bien trop rapidement à l’aide d’une parade bien placée. Ce fut presque instinctivement que mon ami sortit, à peine une seconde plus tard, son magnifique et épais couteau de chasse qui ne servait qu’en cas de conditions extrêmes. Mais le Gardien repoussait de toutes ses forces les deux mains de Togo qui pointait la lame tremblante vers son visage, jusqu’à ce qu’un mouvement brusque de la part d’Iroquois fasse dévier mon meilleur ami sur le sol, laissant échapper l’arme blanche prêt de son Sigma. Togo, désemparé, vit alors Iroquois se retourner sur lui pour un dernier assaut des plus sauvages… En bon guerrier, mon ami fouillait n’importe quoi dans ses vêtements qui pourrait lui servir d’arme, il ne semblait plus avoir d’idée, quand il finit par miraculeusement sortir de sa poche droite… Un stylo à bille. Ce dernier parvint à aller droit dans la gorge du Gardien suite à un coup fagoté d‘un cri rugissant. Meurtri, ensanglanté, Iroquois se releva, suivit de Togo. Les yeux exorbités du Gardien caractérisaient bien l’absence d’âme des soldats d’Opium :
- Tu vas le regretter, ragea-t-il en retirant lentement l’objet de sa blessure.
- Désolé, Iroquois.
J’avais profité de la séparation des deux adversaires pour enfin atteindre le Gardien avec sa propre arme. Pliskin père fut projeté sur plusieurs mètres à l’opposé de la pièce, et tomba inconscient… Ce fut seulement après un moment d’essoufflements vainqueurs avec Togo que je m’approchai à nouveau de lui, pour tirer à nouveau un choc d’onde Ionique sur sa personne, perforant au passage une partie du sol de l’avant-poste, et détruisant partiellement l’intérieur du tronc de mon adversaire.
- … Vraiment désolé.
Jetant l’arme au sol car devenue trop brulante pour qu’on puisse la tenir plus longtemps, je me dirigeai vers John, qui revenait au pays des conscients, et m‘accroupis à son niveau…
- Il… Il est mort ? Demanda-t-il d’une voix enfantine.
- Oui, John… Il y a vingt ans de cela.
Togo fit un sourire satisfait malgré ses blessures, son stylo toujours à la main :
- Comme quoi, les anciens modèles auront toujours raison des récents…
J’acquiesçai d’un sourire serein :
- Aller… Aide-moi à le relever. Et préviens les autres que l’avant-poste est désormais sécurisé.
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XI. ‘Créer un raccourci’
The ‘Other’ Ripple Effect
- Quarante minutes plus tard, dans le fin fond d’une base en plein désert chilien -
- Avance, sac à merde ! Dit agressivement Jean aux fesses de Nathan se trouvant devant elle.
- Je fais aussi vite que je peux ma jolie, ce n’est pas si évident avec des menottes aux poignets !
- Je n’en ai rien à faire, débrouille-toi et va plus vite, on étouffe ici !
Il était vrai que l’étroitesse du conduit d’aération que nous parcourions depuis déjà une vingtaine de minutes portait à la claustrophobie, surtout avec Nathan aussi prêt de Jean et moi, plus précisément entre nous deux, pour éviter toute fuite de sa part.
- Tu es sûr de ton chemin, O’hara ? Me fit notre prisonnier. J’ai l’impression que nous tournons en rond…
Je m’arrêtai sans répondre à sa remarque volontairement provocante, pour admirer l’ouverture de bouche d’aération qui se tenait juste en dessous de moi :
- Elle est toujours là, souris-je.
Je sortis le tournevis automatique afin d’ouvrir l’habitacle, et posa ce dernier devant moi avant de reprendre, en chuchotant :
- Nous devrons prendre un autre conduit après celui-ci, deux salles plus loin. Cette deuxième embouchure nous mènera droit à la bouche d’ascenseur, que nous pourrons emprunter pour aller directement au cœur du serveur, là où se trouvera ton ordure de Docteur, Nathan… Et tout ceci sans n’avoir croisé aucun soldat.
- Mouais… Pour le moment, Ripple Effect.
Ignorant sa réplique, je jetai un rapide coup d’œil aux alentours en fourrant ma tête hors du conduit, m’informant de l’absence de toute sentinelle, puis descendis prudemment en premier de la bouche, dans une pièce qui ne m’était curieusement pas familière. Jean m’aida à faire glisser Nathan, puis descendit à son tour, avant de me demander après avoir remarquer mon attitude :
- Ca ne va pas ?
- On aurait du tomber dans un vestiaire, normalement. Ils ont refait la pièce on dirait…
Nous admirions tous la salle, puis la suivante, qui ressemblait davantage que la précédente à une gigantesque baignoire. Des deux côtés de la pièce se trouvaient deux portes vitrées comme il y en avait dans tout le reste de la base… Et absolument rien d’autre de particulier.
- Je… Je crois qu’on dirait une cuve de purification, conclut Jean, probablement pour purifier une partie de l’eau lourde de la base en eau potable…
Elle se retourna, et ajouta :
- Qu’en penses-tu, sac à merde ?
Nathan n’eut que le temps de tourner la tête avant qu’une curieuse alarme orangée ne retentisse.
- Nom de… Fis-je.
- L’alarme à intrus ? demanda Jean.
- Non, je ne pense pas…
- Je suis bien d’accord, intervint mon ex-bourreau, avant de subitement courir vers la sortie la plus proche.
Jean eut le réflexe foudroyant de sortir son tazer à temps pour tirer sur le dos de Nathan. Celui-ci fut électrocuté pendant sa glissade sous la porte vitrée qui se refermait au même moment, lui permettant malgré le coup de passer juste à temps de l’autre côté, avant de tomber inconscient suite au choc de l’arme de mon ex-compagne.
Voyant les accès se restreindre, nous nous précipitâmes à toute vitesse vers la seconde porte, avant que celle-ci ne se referme à son tour, bien avant que nous ayons pu la traverser.
- C’est pas vrai ! Me déchainai-je, et l’autre qui est là-bas ! Que va-t-il se passer maintenant ?
Sans que Jean puisse emmètre de théories, des conduits électriques s’ouvrirent tout autour des recoins du plafond, pour laisser s’échapper quelques secondes plus tard des centaines de litres d’eau lourde, remplissant la pièce à une vitesse foudroyante.
- La pièce est hermétique ! Cria Jean pour couvrir le bruit des flots. Il faut qu’on sorte de là avant qu’elle ne soit pleine, sinon on mourra soit noyés, soit empoisonnés par le processus de purification…!
Tentant de supporter la température glacée qui encerclait mes tibias, je mis ma main à ma radio :
- Togo, tu me reçois ? Il faut que tu localises où nous sommes pour ouvrir les portes présentes dans la pièce, on a un sérieux problème, là !
- On voit ça ! Répliqua immédiatement mon ami. Pliskin fait ce qu’il peut mais il semble qu’il y ait une protection de sécurité empêchant toute ouverture… Et la carte de Felipe n’a pas le niveau requis pour contrer ça… Et… C’est quoi ce bruit ?
- La pièce se remplit d’eau ! Hurlai-je. On a cinq minutes, pas plus !
Mon alter-égo prit la parole par la radio :
- Je suis en train d’étudier l’algorithme avec John, ça risque de prendre un peu de temps, mais on va tester toutes les combinaisons possibles et tenter de vous sortir de là à temps !
- Ca promet, fis-je à Jean en arrêtant la communication.
L’eau avait atteint le niveau de notre taille, je regardais le corps de Nathan au-delà de la vitre, puis Jean, nerveux…
- On ne peut pas mourir ici, Jean. On ne peut pas… Il y a trop de choses à accomplir encore.
- Je sais Ripple, je sais…
Elle m’avait répondu les sourcils froncés, pensant encore que je ruminais ma vengeance envers Jebediah. Il était temps de lui faire comprendre que ceci n’était pas l’unique chose que je devais encore accomplir, et de réparer un faux pas commis quelques jours plus tôt :
- C’est Stan, pour toi.
Elle afficha un air ébahi, surpris, puis presque heureux. Mais ce qui surplombait son attitude restait sa beauté. Elle s’apprêtait à dire quelque chose, quand elle remarqua qu’elle n’avait plus pied.
- Putain ! Jura-t-elle.
Je l’imitai à mon tour en me mettant à nager sur place après avoir largué mes armes au sol. La vitesse à laquelle la cuve se remplissait était phénoménale, et le froid qui nous mordait n‘aidait pas à ternir l‘angoisse… Et si j’allais mourir après tout ? Seul un miracle aurait pu nous sauver à ce stade, cela semblait évident quand je vis le regard de Jean montrer une terreur que je n’avais encore jamais entrevue chez elle.
C’était donc ainsi ? J’allais enfin rejoindre tous mes proches qui me manquaient tant. Olga, Samaëlle, et puis surtout…
- …Francis.
Une larme se mêla à l’eau lourde. Ce qui restait d’espoir se mélangea au reste.
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XV. ‘1 résultat(s) trouvé(s)’
- Au même moment, quelque part dans les sous-sols du Serveur -
Je défonçai avec hargne la façade métallique du conduit tournant dans lequel nous étions pelotonnés, la plaque de fer chuta sans bruits dans le tunnel sans fin qui formait la bouche d’ascenseur.
- Pas possible, dit Jean, cette bouche d’aération passait donc bien par-là.
- Oui, confirmai-je d‘un air fier, comme je l’ai dit, l’ascenseur qui passe par ici mène directement au cœur du serveur, exactement comme à l‘époque… Il suffit de l’attendre, maintenant… Et de sauter au bon moment. Toute cette infiltration sans rencontrer un seul garde… Pas trop déçu de voir ton Docteur perdre, Nathan ?
L’âme damnée soupira :
- Cela reste encore à voir, « 316 ». Je ne connais pas bien cette base, certes, mais j’ai une totale confiance en Evans pour être suffisamment rassuré par la situation. Et puis, traite-moi d’idiot si je me trompe mais, si on ne peut qu’accéder à l’ascenseur quand ce dernier est occupé, cela n’inclut-il pas d’y rencontrer des gardes, finalement ?
- Tu as raison, grognai-je en chargeant mon Beretta, mais la bonne nouvelle est que comme tous les autres, ils ne nous attendront pas.
Ce fut au tour de Nathan de bougonner alors que nous aperçûmes l’élévateur descendre dans le conduit.
- Jean, il faudra être synchro et rapide. A trois, on prend le sac à merde en même temps et on le balance avec nous, d’accord ?
- Hein ?! Se réveilla Nathan.
Je ne pus empêcher mon dernier rire de s‘échapper, Nathan avait toujours été surmené par son flegme sur-joué au point d’y accentuer son inattention, comme toujours… Comme toujours ?
- Maintenant ! Hurla Jean.
Le timing fut si parfait que nous roulâmes presque sans bruits au-dessus de la cage descendante, mais je ne fus pas rassuré pour autant en voyant le regard pervers de l’âme damnée de Jebediah. Ce ne fut que quelques secondes après notre saut qu’il frappa de toutes ses forces le haut de l’ascenseur sur lequel nous étions afin d’y prévenir ses occupants de la présence d’intrus.
- Espèce de… Rageai-je en le châtiant d’un bon coup de pied en plein visage.
L’attention des occupants de l’élévateur avait été attirée. Il ne nous restait que trois secondes pour agir, et l’on n’avait plus le temps de faire dans la discrétion. Je pris en plus de mon arme le vieux P250 de Jean, tirai deux de ses balles sur les coins de la trappe de l‘ascenseur, et y glissai le haut de mon corps aussitôt après, tête la première. Deux soldats aux regards béats regardèrent ma moitié de personne se balancer : il fallait réagir avant ces zombies. Les balles de mes deux armes se vidaient dans leurs torses par une précision redoutable, à l’exception prêt qu’ils ne semblaient subir aucun dommage ou presque…. Foutus soldats Opium. Je tirai à nouveau une rafale, dans leurs têtes cette fois-ci. Mais l’un des hommes, ayant eu le temps de reprendre ses esprits, avait tout de même eu le réflexe de tirer quelques balles dans ma direction avant de s’écrouler, dont l’une d’elle percuta violemment mon épaule, faisant vaciller mon tronc qui faillit emporter le reste de mon être à l’intérieur de l’ascenseur. M’évitant fort heureusement le choc, Jean me ressaisit sur le toit de la cage et s’occupa de ma blessure.
- C‘est pas si méchant que ça en l‘air, heureusement, s’inquiéta-t-elle en sortant la trousse de soins. C’est dingue, tu es blessé exactement au même endroit que l’autre… Ce n’est même plus de la ressemblance à ce point-là !
- Bien joué en tout cas… Ajouta Nathan, toujours chagriné par la situation.
Mon sourire augmenta son état d’esprit, puis je fis le point :
- J’ai vu le compteur d’étages. L’ascenseur vient de passer le 24e sous-sol, le cœur du serveur se trouve au… 155e. Il nous reste environ quatre minutes avant d’arriver à l’étage final… Et à Evans.
- On prochède comment ? Demanda Jean, une épingle à la bouche, toujours en train de me soigner.
- On reste au-dessus de la cage pour le moment, pour plus de sécurité, et tant pis pour les paliers de pressurisation. Il paraît évident qu’une trombe de soldats nous attendra en bas, c’est le seul moyen qu’aurait Evans de nous arrêter de placer l’add-on…
Nathan me regardait fixement, je ne l’avais jamais vu aussi défaitiste. Il tenta vainement de relancer ma méfiance une dernière fois :
- Tu ne te méfie pas assez, Ripple Effect. Il est vrai que je t’ai sous-estimé durant tout ce séjour, mais là… Ca en devient presque idiot de foncer à ce point-là vers la mort…
Toujours en train de me faire la leçon celui-là, pensai-je les sourcils froncés… Toujours ?
L’ascenseur s’arrêta brusquement, provoquant la caractéristique secousse. J’étais enfin arrivé à l’étape finale de mes tourments. Il était temps de faire payer l’homme pour mes coups, pour mes tortures, pour mes insomnies et mes crises, pour cette fichue bombe, pour ce traumatisme identitaire, et pour cette fin du monde qu’il préparait, probablement sûr de lui.
- … J‘arrive, Jebediah, marmonnai-je en glissant ma tête à nouveau dans l’habitacle, voyant la porte de l’ascenseur grande ouverte.
Personne ne se trouvait dans les couloirs apparents. Je descendis enfin d’un silence félin, suivi de mon ex-compagne et de notre prisonnier. Je rendis son arme à Jean, puis sortit de l’ascenseur dans le fin couloir qui s’offrait à moi, regardant dans tous les sens possibles, arme au poing. Ma première impression s’était avérée bonne : il n’y avait pas un chat à l’étage… Et comme tantôt, pas un rat non plus.
Mes vieux souvenirs revinrent, la grande salle circulaire donnant au bric-à-brac informatique formant le principal serveur chilien d’U-155 se trouvait juste au bout de cette dernière porte vitrée, au fond de ce long et maudit couloir tout droit sorti de nouvelles de science-fiction datant du siècle dernier.
Teinté de méfiance au vu de l’absence de gardes, je pris brutalement Nathan par l’épaule.
- Tu viens avec moi, toi… Jean, reste derrière nous.
Nous avançâmes tous les trois, aux aguets. Le dernier portique ne contenait qu’un simple interrupteur d’ouverture, tout comme il y a vingt ans. Je l’actionnais, toujours aussi prudent. Un aspect plus clair de la fameuse pièce s’entrevit alors, j’y poussai Nathan en premier, et fit un premier pas à mon tour dans la salle, puis un deuxième. Je jetai un rapide coup d’œil vers Jean pour lui faire signe de nous suivre, quand je la vis mettre sa main à son oreille, stupéfaite.
- Qu’est-ce que c’est ? La questionnai-je.
- C’est… Mon Codec.
- Hein ? Tu plaisantes ?
- Non, attends, m’arrêta-t-elle d’un signe de la main. C’est…
- C’est qui ?!
Elle en lâcha la main de son oreille, ébahie, puis répondit enfin :
- C’est Marcus…
- Marcus ?! M’exclamai-je.
Mais elle n’eut pas le temps d’en dire plus, le portique vitré s’était refermé entre nous deux. Je repoussai Nathan au point de le faire tomber, et frappai comme un forcené sur le verre.
- Jean !! Hurlai-je.
- Radio, me lança Nathan, nonchalant.
Sans afficher mon orgueil atteint, j’appuyai sur le bouton transmetteur :
- Jean, qu’est-ce qui se passe ? Togo, tu es là ?
- Oui, me fit mon meilleur ami, impossible de déverrouiller le système de cette porte-ci !
Jean répéta à l’assemblée, je voyais ses lèvres bouger derrière le verre :
- J’ai… J’ai Marcus sur mon Codec, il… Il s’est réveillé.
- Marcus ? Entendis-je les voix multiples de Pliskin, Togo et de l’autre Moi s’étonner.
- Oui, reprit mon ex-femme, il… Il dit qu’il a quelque chose de vital à nous dire à tous. Je connecte mon PDA à nos radios pour qu‘on puisse le recevoir tous, ça va prendre une minute.
Empli d’angoisse, je tournai autour de moi-même, faisant les cent pas… Quand je me rendis enfin compte de la pièce où je me trouvais : En plein au cœur du Serveur chilien d’U-155... Un décor technologique grisâtre à souhait, des centaines de serveurs connectés entre eux du sol au plafond, et ce dernier localisé à une hauteur considérable… Et, au centre de tout cela, une console à plusieurs interfaces, précédé d’un gigantesque écran plasma, affichant de perpétuelles données inconstantes. A vrai dire, c’était exactement le même type de décor que celui de Barcelone, l’I.A n’aimait pas tant que ça la variété… Seule une chose porta vraiment mon attention, je la fis part à Nathan, paralysé par mon constat :
- Il n’y a personne ici…
- L’on dirait bien, fit l’âme damnée en se relevant.
Il se rapprochait d’une des consoles, je poursuivis, ahuri.
- Aucune trace de Jebediah, ni des serveurs qu’il a subtilisé… Qu’est-ce que cela veut dire… ? Ce n’est pas normal ! Il faut forcément passer par le cœur pour établir de telles connexions de flux…
C’était alors que Nathan, tel un enfant curieux, tripota les systèmes de communications… Lorsque qu’une voix se fit entendre à la radio sans que je puisse intervenir.
- Ils t’ont roulé, Stan. Ils nous ont tous roulés, je ne sais pas pourquoi !
Jean avait réussi à établir la connexion avec mon frère.
- Marcus ?! C’est bien toi ? Tu vas bien ?
- Oui Stan, je tiens debout. Mais ce n’est pas l’important ! L’important c’est que vous sortiez tout d’ici, et vite !
Je m’apprêtai à lui demander des explications, quand les mouvements de Nathan sur le clavier semblaient s‘animer davantage, malgré ses menottes qui le gênaient toujours autant.
- Écarte-toi d’ici, toi ! Le menaçai-je de mon arme.
Il leva immédiatement les mains en l’air suite à ma menace, mais il avait déjà terminé sa manœuvre : sur l’écran apparu un processus de communication, puis un long visage pixélisé. Toujours aussi neutre et terne… Le Docteur Jebediah Evans.
La taille de sa figure avait triplé sur le gigantesque cadre de plasma, et la nuit étoilée le précédait… Il n’était même pas à l’intérieur du Serveur.
- … Je ne fais qu’établir un contact, rien de menaçant, expliqua Nathan d‘un air sournois, toujours les mains en l’air.
- Evans… Marmonnai-je.
J’appuyai à nouveau sur la radio, tout en regardant Jean, les mains sur la vitre. Puis j’expliquais aux autres :
- Evans n’est pas dans le Serveur, il vient d’apparaître sur l’écran géant de communication.
- Il n’a jamais essayé de s’y risquer ! Reprit mon frère.
- Qu‘est-ce que tu dis ? S’y risquer ?
La voix du Docteur intervint enfin, résonnante dans l’immense pièce, glorieuse et digne, mais surtout robotique.
- Aurais-tu compris avant l’heure ce qui se trame ici, 316 ?
- Marcus vient tout juste de se réveiller Docteur, dit Nathan à son Maître.
Ne comprenant rien à la situation, je m’emportai :
- Qu’est-ce que c’est que ce bordel, Evans ? Où sont les add-ons ? Les serveurs que tu as volés ? Pourquoi ne supervises-tu pas leur installation afin d‘accomplir tes projets de malade mental ?
Et là, le Docteur prit un ton cérémonieux :
- Parce que, pauvre marionnette que tu es, il n’y a jamais eu d’add-on à ce Serveur… Et ni moi, ni Nathan n’avions jamais eu l’intention d’améliorer la puissance de l’I.A !
Un sourire surprenant apparu chez Nathan, il regardait son Docteur avec ferveur et fierté. La situation semblait surréaliste.
- Comment ?! Hurlai-je presque.
La réponse au mystère qui m’animait suivit juste après, au point de m‘en retourner ce qui me restait d‘estomac :
- Nous n’avons jamais été du coté d’U-155, Ripple Effect. Les Patriotes ont accepté de nous accorder une seconde chance, pour rejoindre à nouveau leur camp.
- … C’est ce que j’essayais de t’expliquer, Stan, compléta mon frère à la radio. Quand j’ai surpris Nathan à la base, il était en communication radio avec Evans, et j’ai entendu leur conversation ! Tout avait été prévu pour que nous croyions qu’ils travaillent pour U-155, alors qu’ils n’ont jamais quitté le camp des Patriotes ! C’est un piège !
- Il faut que tu sortes d’ici, Stan ! Cria Jean, qui frappait à son tour la vitre désormais. Marcus ! Il est coincé dans la salle du serveur, la vitre est blindée !
Les larmes qui apparaissaient à ses yeux dévoilaient le danger qu’elle pressentait, tout comme les jurons de mon frère à la radio. Mais moi, je ne comprenais toujours pas. Je tournai à nouveau ma tête vers l’écran géant, alors que Nathan faisait les cent pas autour de moi, toujours aussi admiratif et excité devant ce dénouement inattendu.
- Mais pourquoi avoir créé une telle supercherie, Evans ? Tout ça ne colle pas.
Evans racla sa gorge, et je ne sais comment, parvint à me regarder droits dans les yeux.
- Et pourtant si, mon brave 316... Vois-tu, la condition que le comité nous a émise pour que nous rejoignions leur camp à nouveau était simple…
Nathan compléta presque automatiquement l’aveu :
- … Il fallait que nous détruisions l’un des serveurs d’U-155...
Mon Beretta dévala de sa ligne de mire :
- Dé… Détruire ? Mais comment ? Et quel rapport avec moi ?
Un rire encore plus faux que ceux que j’avais pu entendre de sa part sortit de la bouche du Docteur.
- Réfléchi donc, sombre imbécile ! Tu as la réponse en toi !
Jean, qui entendait tout, arrêta soudainement de frapper la vitre, ou d’appuyer sur le bouton. Elle avait compris, elle aussi. Tremblant, je mis la main à mon ventre, comprenant l’enjeu de tout cela, entrevoyant les ficelles du plan machiavélique.
- … Ma bombe.
Nathan continuait à jubiler tel un enfant, tenant enfin sa revanche, Jebediah reprit.
- Tout à fait…! Mais il n’y a pas que cela. En plus d’un explosif très puissant, il nous fallait le moyen de le faire rentrer à l‘intérieur du cœur du Serveur. Et ce moyen, c’était toi, 316... Stanley O’hara était le seul homme encore en vie à avoir jamais réussi à infiltrer ce serveur de manière presque parfaite. Il me fallait ce savoir, pour atteindre mon but, et j’ai équipé l’outil de ma réussite d’une bombe H, tout simplement.
J’eus un haut-le-cœur, j’entendis Togo à la radio.
- Nom de dieu…
Il ne jurait plus les Scandinaves.
- Seul problème, continuait le Docteur, il était impossible d’intégrer une bombe dans un organisme humain sans le tuer… J’ai donc choisi l’un de mes nombreux cadavres qui congelaient dans ma petite morgue personnelle et qui te correspondait le mieux - enfin, au véritable Stanley O’hara - afin de lui insérer un générateur à fission nucléaire dans l‘estomac. Le reste ne fut pas si compliqué : changement d’apparence à l’aide d’une version modifiée de la formule Spira, permettant aux organismes de combattants du sujet de maintenir les gènes de l’apparence de O’hara de manière quasi-permanente, et enfin, pour la mémoire, un simple transfert de souvenirs fut nécessaire à l’aide d’une glande de nanomachines, alimentées en permanence par ce générateur incrusté en toi… Le tour était joué, j’avais enfin mon petit Stanley explosif, avec tout ce qu’il fallait dans son crâne pour pouvoir infiltrer le serveur… Jusqu’à son cœur !
C’était donc pour cela, pensai-je, c’était pour cela que je ne me sentais pas être entièrement moi-même depuis tout ce temps, tel un autre être qui m’habitait : le véritable propriétaire de ce corps, qui qu’il puisse être…
(SUITE de la Partie XV)
Le pire dans toute cette manipulation immaculée de tout raturage, vint juste après, quand le Docteur termina :
- Bien sûr, étant de ceux qui connaissent le mieux ta psychologie, menacer simplement tes amis afin de te forcer à infiltrer le Serveur n’aurait pas suffit. Tu aurais fini par refuser de m’obéir en te rebellant, animé par l‘un des tes principes trop extrêmes laissant tes proches de côté pour le bien de la planète, et fait saboter mes plans… Un peu comme l’a fait ton vrai Toi, au Night-Club… Non, il fallait que l’infiltration se fasse par TON initiative, avec cette rage de guerrier que tu as autrefois utilisée pour infiltrer cet endroit il y a vingt ans de cela. Il me fallait un Ripple indépendant, libre, et plein de bonnes volontés… C’est pour cela que j’ai organisé ton évasion, après avoir fait passer le mot à ce crétin de Saladin que mon repère appartenait à U-155. Le tout se joua au fur et à mesure ensuite : Tu étais enfin autonome, te croyant libre de tes mouvements, à la recherche de tes amis, persuadé que je travaillais pour cette stupide I.A…
Les morceaux commençaient à se recoller, je regardai Jean à nouveau, en complétant :
- … Et une fois que je les ai trouvé, tu as envoyé Nathan me surveiller pour veiller à ce que tout se passe comme prévu, et tu m’as attiré au Chili en faisant en sorte que je vois mon double dans les médias, probablement en les ayant prévenus toi-même durant la prise d‘otages… Puis jusqu’au Serveur en nous poussant à te suivre avec ta fausse menace d‘add-on et de guerre mondiale… Tu savais que la tâche d’atteindre le cœur allait m’incomber, vu que l’autre Ripple devait forcément rester à l’avant-poste… Car tu avais bien pris soin au Ready de faire en sorte qu’il prenne compte de ses capacités à pouvoir décrypter les systèmes top-secret…
- … Ta perspicacité est sans pareille ! Rit le Docteur. La discothèque appartenait en fait à U-155, et non aux Patriotes, leur algorithme de décodage sont bien similaires... Ce n’était qu’une filiale de cette base, et les serveurs que j’y ai volé correspondaient à des infos vitales que les Patriotes souhaitaient récupérer avant la chute du Serveur principal. Je me suis ensuite servi de l’algorithme que ton double a décodé là-bas pour créer une carte magnétique permettant l’accès à la base, qui je savais allait finir par te revenir, comme toutes les miettes de pain que je t‘avais laissées jusque là… Mais ton piratage à la discothèque m’a surtout servi à infiltrer le système du Serveur, afin que je puisse « t’aider », en cas de pépin… Eh oui, 316, c’était bien moi qui t’es sorti de la cuve à temps, car il fallait absolument que tu réussisses… Et tu l’as fait à merveille… ! Je pense que tu sais tout… A présent que tout est dit, il faut Terminer Maintenant !
L’autre Stanley criait à la radio :
- Espèce de salaud, Evans ! J’aurais ta peau ou que tu sois ! Ton stupide plan a échoué de toute manière… J’ai désactivé sa bombe dans la discothèque, ne l’oublie pas ! Elle n’est plus opérationnelle à présent et toutes tes manigances n’auront servit à rien !
- Tu n’as pas tout à fait tort, soupira le Docteur qui avait très bien entendu la radio. Mais là où je suis plus malin que vous deux, c’est que j’avais prévu deux solutions de secours, la première…
Il sortit une télécommande de sa poche, l’écran fit un zoom arrière, nous vîmes Evans de tout son corps, prêt de notre Jeep… En train de menacer Sarah ligotée, une arme pointée vers son crâne.
- … C’est celle-ci, au cas où vous viendraient l’idée de ne pas vous laisser faire, elle mourra. Oh ! Ceux de l’avant-poste peuvent courir pour me rattraper, tout ceci sera fini bien avant et j’aurais déjà fui dans ce bel hélicoptère juste derrière moi. La deuxième solution de secours, qui permet de faire sauter la bombe, c’est mon plus fidèle serviteur ici présent, qui a tout fait pour que tu l’amène partout où tu le souhaite, brave Nathan…
Je me retournai vers le sus-nommé.
- … Lui ? Cette épave souriante ?
- Oui… Sourit le Docteur. A travers les nanos dans son crâne, j’ai pu observer à mon plus grand plaisir une bonne partie de votre épopée… Nathan s’est infiltré dans votre base de manière plus que furtive, à l’aide d’un F-16 à camouflage optique crée par mes soins, qui au passage détruira la base de ce cher Togo, si lui aussi décide de jouer les têtes brûlées dans le simple but de me désobéir.
Toujours à la radio, j’entendis mon ami gémir. Tous devaient être en train de rejoindre Sarah et Evans au trot. Mais Jebediah n’avait pas fini sa tirade, aussi je demandai :
- Quel rapport avec tout ceci et le fait de pouvoir me faire sauter ?
- Ha ! C’est là que viens le meilleur, 316 ! Ne t’es-tu pas demandé comment mon cher Nathan a-t-il pu survivre à une flopée de coups de barre de fer en pleine tête sans la moindre hémorragie interne ? Ou comment a-t-il pu parvenir à se faire parachuter les mains liées sans aucune blessure grave ? Ou mieux encore, comment arrive-t-il à tenir debout au moment où je parle, avec toutes ses cotes de cassées ?
Je regardai Nathan, réfléchissant à mes trois derniers jours avec lui…J’avais mis tout cela sur la résistance de l’homme en question, même si pour quelqu’un approchant de la soixantaine, cela faisait un peu beaucoup. Le fidèle serviteur prit enfin la parole, d’un ton révélateur et significatif, après avoir enfin cessé de me tourner autour :
- Tu n’es pas le seul à avoir reçu des add-ons sur ton corps, Ripple Effect !
Aussitôt après, il parvint je ne sais comment à briser sa paire de menottes, hurlant de toute sa puissance, et par je ne sais quel phénomène scientifique, sortit de l’épiderme du haut de ses deux avant-bras, deux longs et épais aiguillons métalliques, fait d’un curieux matériau, d‘un mètre de longueur chacun. A côté de cela, tout son corps semblait se renforcer, se régénérer à ce moment, tout comme sa musculature qui semblait gagner en puissance… Ce n’était plus le bourreau attrapé qui s’approchait sereinement de ma position, mais bel et bien une nouvelle création monstrueuse du Docteur Evans. J’entendis mon frère hurler une nouvelle fois :
- C’est aussi là-dessus que je voulais te prévenir ! C’est avec ces trucs qu’il a réussi à me poignarder sans que je ne me rende compte de rien ! C’est ça que j’essayais de te dire avant te tomber inconscient, Stan. Il n’est pas…
-… Il n’est pas humain…
- Eh oui, reprit le Docteur, tu l’auras compris : Ce n’est pas non plus le véritable Nathan que tu as en face de toi, mais bel et bien un autre clone de ma création. Ce genre de chose coûte cher, certes, mais les Patriotes ont bien accepté de me fournir leurs technologies afin d’en créer un deuxième… Surtout que ses dards d’aciers renforcés en radio-isotopes ont la particularité intéressante de pouvoir déclencher n’importe quelle fission nucléaire après contact. Cela se passera une fois que le générateur de ta jolie bombe aura croisé dans ton sang ces particules que Nathan devrait planter dans ton corps d’ici quelques instants, à l‘aide de ces magnifiques lames de ma conception… Et ceci, pour la plus grande gloire des Patriotes !
- Ooooh… Ris-je en admirant le supposé fidèle serviteur s’approcher encore. Ce n’est pas encore fait, Jebediah ! Je n’ai pas l’intention de me laisser faire, tu oublies mes fameux principes extrêmes !
Je relevai alors mon arme et vidai tout mon chargeur sur mon bourreau. Les balles percutèrent son tronc, sa tête, ses jambes… Mais ne créèrent que des étincelles de collision, le faisant à peine reculer de quelques mètres. Nathan était devenu une immondice de métal prête à m’éventrer.
Mon instinct de conservation ayant pris le dessus, additionné à l’envie de faire s’échouer le plan d’Evans - menace de proches ou pas -, je me retournai aussitôt vers Jean, l’arme pointé vers la vitre, et lui fis signe de se baisser… Trois balles suffirent à me convaincre que je ne pouvais rien faire pour la détruire le verre blindé. Je mis la main à ma radio :
- Va-t-en, Jean… Ca peut devenir dangereux ici !
Cette fois-ci, elle pleurait vraiment
- Je ne peux pas, pas comme ça…
Je la regardai avec le plus de franchise possible, un léger sourire aux lèvres :
- Je te jure que tu me reverras, je te le promets… Maintenant fonce ! Tu es la plus proche de la position d’Evans si tu quitte la base par l’ascenseur tout de suite ! Il faut que tu sauve Sarah avec les autres, et que tu neutralise Evans ! Vas-y !
- Très bien, d’accord, accepta-t-elle en remettant son arme à son dos, je vais… Attention !
Son avertissement suffit à ce que j’esquive l’une des griffes de Nathan, qui s’était déjà ressaisit. Je reculai rapidement, prêt à un nouvel à un affront, et me retournai une dernière fois vers mon amour de toujours, la radio toujours à la main :
- Va-t-en maintenant ! Aller !
L’entrevue de son départ en larmes suffit à me rassurer quant à son sort, et à porter l’intégralité de ma concentration sur Nathan, qui, alourdit par ses nouvelles griffes d’aciers, esquissai dans ma direction des gestes d’empalements lourds mais puissants. Un seul coup bien placé de sa part et s’en était fini de ma personne. J’entendais avec écœurement le Docteur Evans rire à pleins poumons devant son spectacle de gladiateurs personnel, alors que je vidais mes dernières balles sur la copie démesurée de son âme damnée, dont la situation avait décuplé le fanatisme. Nathan posa un genou à terre, j’en profitai pour le raisonner… Sans que je sache pourquoi ni comment, j’avais des arguments à lui soumettre. J’en étais persuadé…
- Ne fais pas ça Nathan, qu’adviendra-t-il de toi après cela ? Tu exploseras avec moi ! Tu souhaites dont mourir ?
- Je ne suis qu’une copie obéissant au Docteur, répliqua-t-il en se relevant.
- … Moi aussi je suis une copie, tentai-je de jouer la carte des points communs. Il n’en est pas moins que j’ai toujours le désir de vivre !
Il eut une réaction auquel je ne m’étais pas préparé malgré mon argument : un nouveau rire de sa part.
- A la différence qu’à ma mort, Ripple Effect, les nanomachines de mes souvenirs seront immédiatement transmis à mon véritable Moi ! Ma conscience subsistera à jamais ! Le Docteur me l’a promis !
- Promis… ?
Je fronçai un sourcil, voyant sa bêtise reprendre le dessus… Comme autrefois… Autrefois ? De quoi ? Pourquoi étais-je étonné…? Nathan était le plus fidèle et dévoué laquais de Jebediah, pourquoi étais-je si persuadé de ce que j’avançai à cet instant :
- … Il te ment.
- Ben voyons ! Cria Nathan en fonçant dans ma direction. Ne te fatigue pas, Ripple Effect, ta seule issue sera la mort !
L’un des dards frôla ma combinaison au point de la déchirer sur toute sa largeur, sans pour autant me blesser, à mon grand soulagement. Il suffisait qu’il parvienne à mélanger une goutte de mon sang avec le matériau de ses add-ons, comme il les nommait si bien, et s’en était finit du Serveur, et bien entendu de mon être. Vint ensuite une nouvelle vague d’assauts piquants… Mais éreinté par toute cette maudite infiltration, je les esquivai au minimum, sans trop de soins… Je tenais absolument à ouvrir les yeux de Nathan, sans trop comprendre pourquoi.
- Il te ment, te dis-je ! C’est évident, j’en suis sûr !
- Ne l’écoute pas, Nathan ! Hurlait le Docteur à l’écran. Sers-moi avec fierté, comme tu l’as toujours si bien fait !
- C’est faux, Nathan ! M’emportai-je. Il se joue de toi, comme de nous tous !
L’âme damnée criait à chacun de ses assauts, il fallait passer à un stade supérieur dans mon argumentation… Rageur, je parvins à saisir l’un de ses bras, et à lui briser le coude gauche, lui provoquant à ma surprise qu’une douleur minime. L’un de ses deux aiguillons devint malgré tout inutilisable. Nathan continua bon gré mal gré ses offensives, imperturbable :
- …Tu parles comme si tu le connaissais ! Mais il n’y a que moi qui connaisse le Docteur Evans pour ce qu’il est vraiment !
A ce moment, une puissance qui ne m’appartenait pas atteint mes poings devant cet aveuglément.
- Non !!
Esquivant la dernière griffe du serviteur, je le frappai au corps, encore et encore, d’une flopée de mes plus puissants directs, à tenter qu’ils soient vraiment les miens. Car contrairement à mes précédentes frappes que je lui avais porté durant ce combat, ceux-ci lui faisaient mal, vraiment mal… Une souffrance que je n’avais jamais vu en lui, et une puissance que je n’avais jamais eu en moi.
- C’est faux ! Répétai-je encore. Tu n’es qu’un ignorant borné, un mouton qui obéit sans réfléchir, comme tu l’as toujours été !
Suite à une prise bien habile, je le saisis à nouveau par l’arrière et pris son bras invalide afin de tenter de le poignarder au dos avec sa propre lame. Il résistait de toutes ses forces, cambrant son corps, renforçant sa puissante musculature, et faillit se disloquer l’épaule en se retournant à son tour pour se mettre face à moi, poussant son second bras vers mon abdomen, que je retenais de toutes mes forces à l’aide de mon deuxième bras à moi, légèrement arqué suite à sa parade… L’outil de meurtre de chacun se trouvait à un pouce de leur cible, les pressions qu’ils subissaient les faisaient vibrer d’une vélocité peu commune. Nos deux visages étaient face à face, à cinq centimètres de distances, transpirant, tout aussi tremblant, les forces commençaient à manquer… Au moins une des lames allait atteindre son but. Nathan eut tout de même suffisamment de réserves pour me parler, grognant des dents, comme outré par mes accusations :
- Comment oses-tu prétendre le connaître mieux que moi… ? Comment oses-tu prétendre me connaître moi ?!
Comment… ?
- …Parce que…
La pression de la confrontation atteignant son paroxysme, l’épaule de Nathan se disloqua à ce moment précis. Le contrecoup de la force que chacun donnait à vouloir poignarder l’autre eut raison de nous deux. La lame que je tenais atteint le foie de Nathan, et celle de son autre bras perça le flan de mon ventre prêt de mon appendice. Un double gloussement liquide se fit alors entendre, annonçant les irrégularités sanguines qui s’échappaient de nos lèvres, donnant à la fin de ma phrase un goût amer et saumâtre… Pour moi, mais surtout pour lui.
- …Parce que je crois… Que je suis Cassidy.
Un silence laissant Nathan grossir des yeux passa. J’entendis l’autre Moi gémir à la radio :
- Qui… ?
Je repoussai puissamment l’âme damnée vers l’arrière, les aiguillons glissèrent hors de nos chairs, laissant à leur tour s’échapper quelques gerbes de sang. Davantage pour Nathan que pour moi, qui n’était au final que superficiellement blessé… Mais ceci était loin d’être une victoire.
Nathan tenait ses deux mains à son ventre, encore sous le choc. Désemparé. Je repris :
- Il m’a tué, moi, ton propre frère, uniquement pour le bien de ses foutues expériences, en te cachant tout de ses véritables intentions et en te manipulant comme le dernier des imbéciles…Je me souviens de tout à présent, ma blessure à l’épaule m’a vider de quelques nanos… Il t’a toujours menti, Nate, comme je n’ai jamais cessé de te le répéter.
Je fermai les yeux l’espace d’un instant, humant à nouveau l’air de ma vie retrouvée. En les ouvrants, je vis Nathan s’écrouler sur ses genoux, avant de murmurer, une toute dernière fois, les sourcils froncés :
- Cass… ?
Puis son corps tomba vers l’avant, inerte. Je l’avais tué… Evans l’avait tué.
Ce fut à mon tour de pleurer…
(Suite de la P. XV)
Je ne comprenais plus qui j’étais vraiment, mes deux personnalités s’entremêlaient dans ma tête, leur unique point commun était ma haine pour le Docteur... Je me retournai vers l’écran, titubant, pressant mon hémorragie à la main… Jebediah avait adopté une expression neutre, comme toute la haute société romaine le faisait une fois qu’elle se rendait compte de l’horreur du massacre qu’elle avait soutenu.
- Tu es satisfait maintenant, ordure… ?
- En un sens, oui, fit Evans. J’avais toujours voulu que Nathan sache la vérité avant de mourir.
Je ris. Mes soupçons se confirmèrent bel et bien :
- Il n’y a jamais eu de deuxième clone, n’est-ce pas ?
- Eh bien, à vrai dire, l’on peut dire que oui ! Les Patriotes m’ont bien permis de créer un deuxième clone, mais… Ce n’est évidemment pas un double de Nathan qu’ils m’ont autorisé à mettre sur pied, surtout l’inutilité qu’il était devenu au fil des ans… Non, ce Nathan là était bien le seul et unique Nathan Phillips… Fort heureusement, j’en ai des centaines comme lui, comme tu as pu le voir… Des Felipe, des Khalid, et tellement d’autres… Nathan n’était que ma plus belle création, et je suis fier qu’il s’en soit allé sous un rôle aussi décisif.
Il parlait des évènements comme s’ils avaient été écrits des années à l’avance, comme si à aucun moment il n’avait douté de la réussite de son fichu plan. Je regardai la flaque de sang encercler Nathan. Encercler mon frère. Puis, je lançai un dernier affront au Docteur :
- … Tu sais qu’un jour… Tu vas payer pour tout cela n’est-ce pas ?
Et là, pour la première fois, telle une chose impossible, un vrai sourire apparu à la bouche de Jebediah Evans :
- Et toi… Tu sais que tu vas exploser, n’est-ce pas ?
Sous cette attitude presque euphorique, inédite au savant fou, je remis sa personnalité en doute… Et le considérai comme un être normal l’espace d’un instant :
- Mais pourquoi Evans… Pourquoi moi ? Pourquoi Stanley O’hara, et ses frères ? Ce n’est pas possible que la soif de progrès scientifique puisse mener un homme à autant d’immondices, à autant d’acharnement sur une seule personne ! Je refuse de croire que ça soit l’unique raison de tout ce que tu as commis jusqu’ici !
Son sourire se dissipa de moitié, quand il répondit :
- Il y a bien quelque chose en plus… Il y a bien une… Autre raison. Mais vu ta situation, tu ne la sauras jamais, 316. Pas Toi en tout cas.
Je sentais en effet mon corps chauffer subitement. Les radio-isotopes contenus dans la lame de Nathan commençaient à atteindre le générateur de la bombe…
- Salaud ! Grognai-je en posant un genou à terre, me tordant de douleur.
Je me sentais si seul à cet instant, je n’étais ni Stanley, ni Cassidy… Mais fort heureusement, comme les pires défaites, la solitude ne dure qu’un temps :
- Ripple, ça va ?
C’était l’autre Moi.
- Écoutez ! Tous ! Criai-je essoufflé, il… Il ne me reste plus beaucoup de temps…
J’entendis Togo pousser un gloussement, Jean gémir… Ils avaient tout entendu, depuis le début… Les transmetteurs radio de cette base n’amenaient pas que du bon. Je m’approchai de la console où Evans continuait de m’admirer… Il voulait me voir sauter, le sadique.
- Stan, repris-je à la radio, écoute-moi bien.
- Je t’écoute, fis mon double d’un ton ferme. Il avait très bien compris l’urgence de la situation.
Il était temps de léguer ma vengeance comme il se doit :
- A la base de Togo se trouve des dossiers personnels que j’ai récupéré… Je veux que tu porte ton attention sur le paquet de Melissa Harisson et les autres dossiers qui l‘accompagnent… Si nous sommes vraiment identiques, tu comprendras en temps voulu pourquoi ils sont importants, et fera ce qu’il faudra avec...
Le Docteur Evans eut de nouveau un sentiment humain, mais de surprise cette fois, surtout face à mon sourire mauvais, courbé par la douleur.
- Melissa ?! Et Mes…? Comment as-tu…
- A charge de revanche, abruti de consanguin! Le coupai-je après avoir éteint la console, fier de mon héritage... Son visage hideux disparut aussitôt de l‘immense écran plasma.
Mon double me rassura :
- … Je… Je t’en fais le serment.
- Parfait donc, acquiesçai-je toujours aussi essoufflé, la température de mon corps devant atteindre les 40° celsius.
- Togo…
- Je suis là, Stan ?
C’était la première fois qu’il m’appelait par mon prénom, à mon grand étonnement. Je lui fis part de ma confession :
- En Chine, le pari qu’on avait fait… J’avais triché. Je m’étais blessé à une de mes cotes.
- Salaud va, je me doutais bien ! Se força-t-il à rire en même temps que moi.
- Il faudra que l’autre te rende des comptes maintenant... Marcus, tu es toujours là ? Continuai-je.
- Euh, oui… Mais je ne comprends pas, le…
- Merci de t’être occupé d’elle, l’interrompis-je.
Mon frère mit un instant avant de répondre à nouveau.
- Il n’y a pas de quoi, je… Merci de m’avoir pardonné, toi.
- Je l’ai compris grâce à Jean, tout à l’heure. Au passage, Jean… Je crois qu’on s’est déjà tout dit, tu ne crois pas… ?
Des gémissements répétés se firent entendre à la radio, elle avait même du mal à appuyer sur l’interrupteur :
- Ne pars pas ! Cria-t-elle. Je t’en supplie Stan, ne pars pas !
J’entendis mon autre moi souffler, s’interrogeant sur le sac de nœud dans lequel il était réapparu. Quant à moi, je ne sus rassurer Jean que de la manière la plus logique.
- Je n’ai pas trop le choix… Et puis, ça vaut mieux…La base de Togo était menacée, et Sarah aussi… Retrouvez-là et récupérez-là, vite !
Togo intervint une dernière fois :
- On y sera dans cinq minutes, Ripple, on l’aura, je te le jure !
Un râlement puissant de ma part suivit juste après cette déclaration rassurante, je vis mon abdomen virer au rouge, il ne devait me rester qu’une minute.
- Au fait Pliskin, bramai-je un dernier coup… Tout à l’heure, avant d’entrer dans le fourgon. Quand tu critiquais ma manière d’être, ma manière d’agir… Tu voulais me dire quoi… Avant que l’on soit coupé ?
John fut ramené dans notre monde suite à ma phrase. Il repensait à tout ce qu’Evans venait de nous faire subir. Puis il repensa à son père… Et répondit :
- Je voulais te dire… Que tu avais raison, Stan. Sur toute la ligne.
- Dans ce cas, m’écroulai-je presque, rieur… Je… Je peux partir en paix, non ?
Personne ne répondit… Je relevai mon torse, toujours à genou. Cette fois, la chaleur tripla, et atteignit l’intégralité de mon être. Les poings serrés, à moitié levés, je sentis la réaction nucléaire se dérouler au point d‘hurler de tout mon cœur…
- Warren… !!
Je ne pus m’arrêter de crier, la douleur devint trop forte, tout mon corps se rougit alors. Je pensais une dernière fois à tous mes camarades que j’avais enfin retrouvés, pour finir par les perdre à peine quelques jours plus tard, en un éclair… Comme le confirmait la lueur étincelante qui engloutit l’ensemble de mon champ de vision, avant que je me sente me désintégrer. C’en était fini de moi… Et du Serveur d’U-155.
Evans gagnait bel et bien toujours, dirait-on.
¤¤¤
XVI. ‘Espace Libre’
- Trente secondes plus tôt, à la surface du Serveur -
Jean était encerclée, désemparée, mais sûrement pas désarmée. Elle tira les dernières balles de son M-16 dans toutes les directions où des soldats étaient présents. Sortir par la grande porte était l‘option la plus rapide, mais sûrement pas la plus simple. Malgré les horreurs qu’elle avait vécue ici bas, une envie sauvage de survivre l’imprégnait presque entièrement, au-delà de toutes autres envies.
Au dernier chargeur, elle décida de sortir de son repaire pour tenter le tout pour le tout et foncer vers la sortie. Mauvais calcul de sa part : déjà trois hommes l’avaient dans sa ligne de mire et s’apprêtai à tirer. Il était temps que je lui envoie un dernier cadeau.
L’explosion provoquée par mon corps fit trembler la surface de la base, faisant trébucher la plupart des soldats. Jean, s’étant préparée au choc, avait désormais le terrain libre pour fuir sous le feu de l’ennemi et sortir dans la nuit désertique. Elle escalada la dernière grille à emprunter pour enfin quitter cet enfer, mais les sentinelles extérieures ne souhaitaient lui laisser aucun répit. Sa course dans le sable nocturne fut vite interrompue par une rafale de balles qui passât trop prêt d’elle, et qui la forçât à se mettre ventre à terre. Elle retentât juste après un nouveau départ, mais elle entendait déjà les armes se recharger, tout allait donc se jouer à la chance… Et les balles partirent… Du côté de Togo, Pliskin, et l’unique Stanley à être encore de ce monde. Ils avaient atteint le niveau de la base à temps pour faire tomber tous les hommes qui poursuivaient mon ex-femme.
- Ca va ? Demanda Togo.
- Oui, je… Il faut retourner à la Jeep, vite ! Sarah…
- Elle a raison, lança John, allons-y. Heureux que tu ailles bien, Jean.
- Vous tous aussi… Et injectez-vous des doses anti-radiations, on ne sait jamais au cas où elles pourraient parvenir jusqu’à nous.
Tout le monde s’exécuta. L’autre Moi, encore confus, ne dit rien et suivit le mouvement. Les dernières larmes de Jean humidifièrent le sable chilien une dernière alors qu’elle suivait le groupe sans dire mot également. Stanley O’hara était là, tout prêt d’elle… Et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de penser que son vrai Stan était mort, explosé au fin fond de cette maudite base, et qu’elle était désormais seule pour de bon, à nouveau…Elle venait de comprendre ce que j’avais vraiment voulu lui dire en lui promettant que Je la reverrais, et elle en rit nerveusement. Devait-elle donc laisser une chance à l’Autre, comme elle le nommait à présent dans sa tête ?
La Jeep était enfin en vue… Illuminée par l’hélicoptère d’Evans qui volait déjà haut dans le ciel nocturne… On apercevait tout de même la blouse blanche d’en bas, admirant le spectacle… Admirant l’attroupement qui se dirigeait vers la petite Sarah, étalée au sol…
- Elle est vivante ! Cria John pour couvrir le bruit de l’hélico, tout en contrôlant son pouls.
Togo et Stanley rassurés, ils n’attendirent pas plus longtemps pour vider à leur tour leurs chargeurs sur l’hélico. Mais le vent et la nuit étaient des obstacles conséquents.
- Evans !! Hurlait Stanley de tout son être. C’est pas vrai, il va s’en tirer !
- Attends… Fit Togo en prenant le lance-roquettes attaché à son dos. Un petit cadeau de l’avant-poste…
La roquette partie droit vers l’engin volant, Jebediah la regardait sans crainte, sûr de lui… Et l’admira se dévier de sa course, pour finir par s’écraser dans les rochers lointains, donnant un aspect d’apocalypse à cette détestable nuit.
- Il a un brouilleur à projectiles, murmura Sarah qui reprenait ses esprits, toujours au sol.
C’en était trop pour mon autre Moi. Ne pouvant supporter davantage l’éventualité de voir son pire ennemi lui filer entre les doigts aussi facilement, il sortit de son être toute la haine qu’il lui portait, devant le regard de Jean :
- Tant que tu seras de ce monde Evans, refusant de te soumettre, je détruirais tout ce qui a un pu un jour former ton existence, ton entourage ! Dussé-je utiliser tes propres méthodes pour cela, je fais le serment de te délivrer de ta famille, de tes amis, de tes amours… Jusqu’au tout dernier ! Je les tronquerais en deux comme tes Patriotes l’ont fait autrefois avec ton cher Lutti, ordure ! Quand j’en aurais fini avec toi, tu ne seras plus rien qu’un être sans passé, sans identité ! Je te le jure !!
L’hélicoptère était déjà loin à la fin de la tirade haineuse, et Jean avait entraperçu ce que son amour d’autrefois était capable de faire aujourd’hui… Et conclut que son vrai Stan, le seul à avoir véritablement atteint la rédemption et la paix intérieure, était bien mort, dans tous les sens du terme. Avec Marcus l’attendant en Floride, elle refusa intérieurement de vivre une nouvelle fois ce même conflit, surtout pour cet homme qu’elle ne reconnaissait plus. Et elle souhaitait appliquer son deuil comme il se doit, en silence, et seule…
Ce fut sa dernière pensée avant de s’endormir à l’arrière de la Jeep qui retournait vers Santiago.
¤¤¤
XVII. ‘Enregistrer sous’
The ‘Only’ Ripple Effect
- Le lendemain, quelque part en Floride -
Je regardai mon frère dormir paisiblement, assis à ses côtés. Il n’avait que peu changé au fil des années, et semblait toujours tenir la forme, malgré la situation. C’est pour cela que j’eus un sourire discret, qu’il aperçut tout de même une fois ses yeux ouverts :
- Salut Marc’…
- Stan ! Tu es là ! Vous êtes rentrés ! Mais que s’est-il passé ? Par quel miracle es-tu toujours en vie ?! Je ne comprenais rien à la situation, à la radio, je pensais que tu… Que tu étais mort, explosé par cette fichue bombe !
- Doucement, le calmai-je, le Docteur Robertson dit que tu as encore besoin de te reposer, et sûrement pas de t’exciter.
Il prit une longue inspiration, et élargit le contexte :
- Où est Jean ?
Je me grattai le front, confus, mais surtout triste :
- Elle est… Partie. Sans se retourner. Elle s’est séparé du groupe à Santiago…Elle a dit qu’elle ne reviendrait pas…Je n’ai pas réussi à l’en dissuader. J’avais l’impression qu’elle m’en voulait…
Marcus baissa du regard, triste d‘avoir perdu sa compagne. Même si la situation lui était confuse, il avait compris.
- C’est à cause de nous deux, c’est ça hein ?
- Entre autres choses, répondis-je en pensant à l’Autre qui avait du lui dire tout ce qu‘il avait sur le cœur, au Serveur. Entre autres choses, Marc‘… Vous deux étiez donc bien ensemble alors ?
Mon frère fronça les sourcils :
- Eh bien… Oui. Tu l’avais compris pourtant.
Je raclai ma gorge, penaud. Mais aussi légèrement irrité du sort de celle qui, sans trop me l’avouer, j’aimais toujours.
- …Je n’en étais pas sûr. J’ai du le deviner par moi-même, en fait. Mais ce n’est pas grave, j’ai eu le temps de méditer là-dessus, dans l’avion… Ce n’est pas grave…
Marcus comprit enfin :
- Nom de… Tu es l’Autre, c’est ça ? Robertson m’a parlé d’un double aperçu dans les médias ! Qu’est-ce que… ?
- … Tout ce que tu as à savoir, le coupai-je, c’est que je suis bien le frère avec lequel tu as grandi… Et que l’autre, malgré sa condition, malgré sa situation… Est mort en héros. Contrairement à Nathan, qui est mort également… Il ne reste qu’Evans à attraper maintenant, qui est toujours dans la nature.
Mon frère prit un moment pour encaisser toute la chose, et reprit :
- Je ne suis plus trop où j’en suis, Stan… Ce malade d’Evans ! Tu sais comment tu vas t’y prendre pour le retrouver ?
Je regardais le dossier de Melissa Harisson posé sur mes genoux, gardant mes intentions pour moi, et répondit, tout souriant :
- J’ai ma petite idée sur la question, mais le temps ne presse pas…
Mon frère remarqua mon regard rempli d’inimitié.
- Ca va, Stan ? Tu as l’air… Différent, tout d‘un coup.
- Non, non, ça va… Je pensais juste à mes futures actions… Je suis content de te retrouver enfin, Marc‘. On va enfin pouvoir tout reprendre comme avant… Ou presque.
Je me levai, le dossier à la main, et terminai :
- Repose-toi maintenant, on aura tout le temps de recoller les morceaux tout à l’heure.
Et je sortis de la tente, échafaudant mes futurs actes... Certes, j’ignorais la raison de l’acharnement d’Evans sur ma personne, mais j’étais bien conscient de la mienne.
¤¤¤
XVIII. ‘A propos de…’
- 24 heures plus tard, quelque part dans une base au Nicaragua -
Assis paisiblement devant sa longue table de laboratoire, encerclé par des tubes remplit de substances chimiques à l‘origine plus que douteuse, le Docteur Evans saisit son vieux téléphone d‘époque, et composa un numéro à douze chiffres. On décrocha.
- Oui, fit Jebediah, c’est moi.
L’interlocuteur lui répondit d‘un salut, Evans continuait.
- Oui… C’était pour vous dire que tout s’est bien passé comme prévu. Le Serveur chilien a sauté, et Nathan est mort…
L’interlocuteur esquissa une phrase moqueuse.
- Oui, répondit Jebediah ! Cet idiot pensait vraiment être un double… Comme si les Patriotes allaient dépenser des millions pour lui. Oui… La personne de Mikhaïl fera un bien meilleur clone à exploiter que Nathan, pour eux comme pour nous, c’est évident.
L’homme au bout du fil lança un rappel à l’ordre.
- Oui, rassurez-vous. Maintenant que j’ai regagné la confiance des Patriotes, tout est prévu pour que je monte dans leur rang sereinement, afin de préparer votre vengeance à l’aide de nos alliés déjà en place... Cet utopiste de Davis et ses acolytes ne s’en sortiront pas si facilement, et vous retrouverez enfin votre pouvoir perdu, Monsieur Lutti… Bientôt viendra le temps où vous pourrez enfin sortir de cette tombe que vous vous êtes fabriquée !
L’homme, satisfait, lança un salut.
- Oui, au revoir, Monsieur. Je vous tiendrais au courant de la marche à suivre, je n’ai pas l’intention de lâcher les O’hara si facilement… Vous mieux que moi savez pourquoi.
Et Jebediah raccrocha... Tout en s’étirant sur sa vieille chaise, il saisit depuis la table carrelée, le regard plus âpre qu‘à son habitude, ce bout de papier que Monsieur Lutti lui avait autrefois donné et qui l’avait poussé à commettre un atroce infanticide, il y a plus de trente ans de cela… C’était la première page d’un dossier personnel. Celui d’un homme, né en 1952, marié à une certaine Michelle, avec qui il avait eu trois fils, Marcus, Stanley, et le petit Francis… Un ancien agent du MI-6 ayant démissionné suite à un assignement en Guyana, avant de décéder en 2004 d‘une cirrhose mal traitée : Irving O’hara. « L’autre raison » des agissements de Jebediah, de son acharnement… Le point de départ de la vengeance du Docteur qui le rendait plus humain qu’il ne prétendait être, tout chercheur scientifique froid qu’il était.
- MGHS -
- FIN DE ‘ADD-ONS’ -
Et voilà, vivement qu'on fasse notre saga commune après coup !
En vous attendant je ferais quelques textes intermédiares je pense !
PS : Oubliez pas de commentez Ab Aeterno aussi ! ![]()
Salut !
Encore un texte immonde Ulti ! ^^
Je passe faire un coucou, quoique, ces derniers temps j'ai envie de revenir à mes premiers amours, puisqu'après tout c'est ici que je me suis vraiment mis à écrire.
Quoiqu'il en soit je trouve ça beau que ce fofo avance encore, toujours sur la même trame, tenant son sujet jusqu'au bout.
Impressionant !
Oh, un mort ! ![]()
Kenneth à Ripple :
Je suis mitigé en ce qui concerne Ab Aeterno...
D'un côté, j'aime, parce que je retrouve ce côté mystique, dual, si puissant qu'on avait dans l'intro de Lost, et qu'il semble que cela se prête bien à l'intro de MGHS.
Mais d'un autre côté, cette scène Lostienne était tellement magnifique à mes yeux, que celle-ci ne peut qu'en pâtir, étant par définition, moins bonne mais calquée sur la même idée.
J'ai lu la scène en m'imaginant précisément Jacob et Esau, avec les mêmes tons de voix, etc... mais du même coup, tout ce que tu as rajouté me semble en deçà, c'est dommage.
En bref : j'aime bien parce que ça reprend avec pas mal de justesse une scène magnifique dans ses dialogues et sa vision de la dualité, mais je suis dérangé par les mêmes raisons; c'est inspiré de Lost, mais un peu trop, du coup ça ne s'en détache pas et tout ce que tu as ajouté fait "intrus".
Néanmoins, même si c'est l'idée que je conteste, c'est toujours très bien écrit sur la forme ( t'as quand même réussi à retranscrire par écrit une superbe scène de Lost, c'est pas rien ! ), et cet aspect mythologique crée par le titre et l'impression de dualité rendent le tout puissant et mystérieux à souhait. ![]()
Salut Saladin ! Un p'tit Briefing avant ?
Kenneth : Je comprends tout à fait ce point de vue, à la base ce texte n'était que le premier passage d'un long texte que je préparais, et je l'ai mis ici comme bouche trou en attendant.
D'autres surprises étaient à venir aussi ! ![]()
Faut prendre cette intro plus à la légère qu'autre chose, ce que j'attends surtout, c'est vos critiques de la fin de 'Add-ons' ! ![]()
Yo. J'ai pas lu ni les textes d'Alex ni l'énorme pavé de Ripple, mais j'aimerais quand même revenir sur le texte d'intro parce que c'est important. Et que je suis pas satisfait, personnellement. J'explique.
Primo, je pense que vu que la fiction se concentre plus sur nos personnages que sur les Patriotes (même si ça se rejoint au final), c'est pas forcément une bonne idée de commencer directement en parlant des hautes instances. Mais bon tu as expliqué que c'était justement là pour introduire les personnages dans l'intro en générale, donc pas de prob ici.
Un intro plus caricaturale à la limite aurait été plus judicieuse, le but étant d'attirer le lecteur.
Ce qui m'amène au point numéro deux, et celui qui est vraiment important, en fait. C'est pas attirant. Je dis pas que c'est mauvais, mais c'est une conversation dont on ne comprend absolument rien et qui, pour un lecteur qui se pointerait sans rien savoir de la fic serait juste indigeste. Parce que c'est deux types dont on ne connait rien, qui parlent d'autres types dont on ne connait rien, dans un contexte dont on a aucune idée. Cette conversation aurait sa place dans n'importe quelle autre partie de la fic mais là ça me dérange, les gens vont pas crocher à cet espèce d'ambiance tellement mystérieuse qu'on y comprend que dalle. Pour tout dire, ça m'a vraiment fait penser à Incompréhensible de Kad et Olivier...
Point numéro trois, discutable. C'est juste que, justement, ça ressemble plus à de la série américaine qu'à une intro d'une fic qui se veut calquée sur MGS. Faudrait sentir, au moins au texte du départ, que y'a un truc en rapport avec MGS, parce que le but c'est d'attirer des fans aussi. Je vous dis ça parce que justement de mon côté j'ai moins cette ambiance américaine et peut-être plus MGS, parfois à la limite du plagiat, mais entre du plagiat de série américaine et de MGS, je prends MGS.
D'autant plus que je supporte de plus en plus mal la consommation puissante qu'on fait avec ces séries, y'en a plus beaucoup actuellement qui ressemblent à quelque chose. Bref. C'est HS ça.
Le petit paragraphe de la fin est top, par contre.
Bref. Je veux pas créer de tensions inutiles, mais j'aimerais juste une intro qui fasse le pont entre MGS et la fiction, et qui attirerait les gens. Là c'est trop risible parce que pas assez concret, et le ton va déjà bien trop loin pour une intro.
Ouais je viens de relire dans les grandes lignes ce que j'ai écrit, je suis un peu dur quand même. Mais c'est dans l'idée, je trouve ça trop américanisé et pas top en matière d'intro.
A part ça, je viens de relire un bout d'un texte de Nab datant de Fox Down. Il était bon, ce con, il aurait dû rester un moment.^^
Yop !
Alors, pour ton premier point, ben j'ai rien à dire car tu l'as contrer par toi-même xD, l'intro globale finira en effet par introduire les persos.
Pour le deuxième point en revanche, je pense que comme Kenneth, tu n'as pas compris que ce n'était pas un texte indépendant, il n'est pas fini du tout ce texte xD !
Ce n'est qu'en fait que le DEBUT de l'intro que je comptais continuer (pour présenter Ripple entre autres, mais pas que), et où tous les mystères que tu as cité allait être expliqué.
Bon c'est vrai, c'est en partie ma faute que tu n'as pas compris, j'ai mal présenté le texte en ne précisant pas ce point. A la base je l'ai posté (trop tôt probablement) uniquement pour vous donner une IDEE de ce que j'avais en tête (et pour passer à la page suivante.^^)
Mais il faut prendre ce texte comme il est : comme le premier passage d'un début de texte, comme je ferais de Ripple par exemple (si tu prends le premier passage de mon final, bah ça en fait pas mon final hein !) Le début d'un texte, PAS une intro générale de ma part, dieu soit loué sinon ce serait bel et bien bof.
Je précise bien tout cela car contrairement à ce que tu penses, dans ce que j'ai l'intention d'écrire pour faire suite à ce début que j'ai posté, j'ai BIEN l'intention de rendre le tout BIEN plus accessible au lecteur lambda, puisque, comble du comble de nom de dieu, c'est pour cela que je me suis mis à l'écrire, cette foutue intro xD. Alors m'accuser de faire dans le côté complexe à peine accessible pour vous alors que je voulais faire l'opposé - que cette ébauche ne présente pas encore - c'est le must ! ^^
Sans trop spoiler mais pour rassurer quand même : le type de l'autre côté de la vitre n'est autre que Ripple, la suite que je voulais faire de ce début de texte devait raconter en FB le recrutement de Conrad par Hans, le fonctionnement de plus en plus marginal des Patriotes au fil des ans, et comment la guerre contre U-155 a fini par se concrétiser. (si je l'avais fait, je vous en aurait parlé avant of course)... Tout ceci en liant les events un max avec MGS.
BREF, ce que j'ai posté là, faut plus la prendre comme la première scène d'un épisode (grand public donc) qu'un épisode en lui-même (dans cette métaphore, les autres épisodes seront écrits par vous, je pensais que vous comprendrez le but uniquement en lisant ce début). Les débuts de fictions grand public peuvent souvent être incompréhensibles, ça s'est vu des dizaines de fois... Même dans Metal Gear ! ![]()
Bon je pavote mais j'espère que tu as compris mon but^^. Quand j'en aurais l'envie je posterais une suite histoire de mieux faire comprendre mes intentions.
En gros, ce texte ne représente pas du tout ce que je voulais vous faire voir, mais juste une ébauche - mystérieuse certes - que j'ai posté comme ça, histoire de. Rien de décisif !
Pour le troisième point, en revanche, je l'admets, tu marques un point. Je parle dans le sens de l'esprit MGS, ce passage en est en effet dépourvu et c'est ce qui manque. Et c'est peut-être pour cela que si je continue ce foutu début, je le ferais plus dans cet esprit... Mais sans pour autant ternir ma façon d'écrire, je trouverais le juste milieu.
Car en effet dans la manière dont je vois les choses, nous sommes ici pour poser notre pâte dans la vision que nous avons de MGS, pas de simplement continuer MGS, et c'est ça qui rend notre fic si unique je trouve, d'ailleurs. Et c'est pour cela qu'une fois ce texte fini (ou même avant) vous devrez à votre tour en écrire, de ces intros, histoire que nos styles si mêlent bien entre eux en un texte.
A propos de ce que tu dis des séries, le plagiat de Lost que représente ce passage est plus un délire qu'autre chose, et tu me connais, je n'en fais pas beaucoup, mais ça ne veut pas pour autant dire que l'esprit Series US est pas Top car les séries sont aujourd'hui de moins en moins bonnes (là dessus je confirme). Moi par exemple, grâce à cet esprit que j'ai souvent utilisé, je pense avoir apporté beaucoup à l'ensemble du scénario de la fic, et donc à MGS, qui d'ailleurs ne s'est parfois pas privé de ce genre d'effet pour narré son histoire (les coups de théâtre sur les persos, etc..).
Et c'est d'ailleurs ça qui me plait surtout dans MGS, en plus du contexte 'crédibilisable' que j'essaye aussi d'exploiter à fond, car j'ai aussi toujours eu un peu de mal avec l'autre face de MGS : la puérilité à la japonaise dans certaines narrations, tout comme certains persos (des The Fury, des Fatman, et même des Otacon, oserais-je) si on prends un de tes textes à toi qui est dans cet esprit par exemple, celui de l'apparition de l'enchaîné caractérise hyper-bien cet esprit, et perso je trouve ça incohérent, gamin, et... Putain mais d'où il sort cet enchaîné ??? XD
DONC, Pour résumer ce point 3 : Chacun ses gouts dans la manière d'interpréter la fic donc, MAIS je suis d'accord pour faire en sorte que la suite de ce texte, si je l'écris, ressemble davantage à l'esprit MGS, car c'est de là que part la fic, et donc son intro.
Je dis bien plus haut la suite de mon texte, la CONTINUITE, PAS un nouveau texte, car comme je l'ai précisé dans le point 2, ce texte n'est PAS mon intro en soi, mais qu'un tout petit début amenant à amorcer une intro bien plus grand public que ce passage ne transparait pas (encore) !
Enfin pour Pliskin, son retour serait en effet le bienvenue, surtout que mon dernier texte parle toujours beaucoup de son perso. Je remplacerais juste le " Il était bon, ce con, il aurait dû rester un moment.^^" par un "Il aurait du écrire un moment" histoire tout de même de re placer les choses dans leur contexte !
Et enfin, j'attends mes comm !!!! ![]()