-Abomination! Bon à rien! Tu n´es qu´une horreur! Un monstre! Je te hais! Pourquoi es-tu rentré dans ma vie? Tu l´as gâchée! Je te hais, monstre! Que pourrais-tu être d’autre, Syreno !
Encore une fois…encore ces mots blessants, plus que les coups qu’elle lui donnait parfois. Une claque fait mal, mais la douleur part vite. Les mots, au contraire, s’enfonçaient au plus profond de son cœur, le recouvrant de profondes plaies qui n’auraient pu être guéries qu’au contact d’une seule chaleur au monde. Mais le petit garçon devait se douter que ce n’était pas aujourd’hui qu’il recevrait un peu d’affection, de toute façon, il ne savait même pas ce que c’était. Tout ce que ces yeux rouges verraient, encore une fois, ne serait qu’une haine profonde et blessante.
-…
Son silence lui valut une gifle retentissante, qui fit vaciller le petit garçon maigre et frêle qu’il était. Ses jambes se dérobèrent sous lui et Syreno rencontra douloureusement le sol de pierre, son corps maigre et pâle s’écrasant sur les pavés. Aussi durs que le cœur de cette femme, qu’il considérait comme sa mère. Après tout, il ne connaissait personne d’autre. Et il est connu que les enfants ont besoin d’adultes. Alors ils s’attachaient facilement aux gens qu’ils connaissent, même si ces derniers étaient plus cruels qu’autre chose.
-Réponds moi, quand je te parle!
Qu’aurait-il pu dire ? S’il répondait, ce sera encore pire. Il avait déjà essayé, voilà de bien nombreuses années. Plus jamais il ne l’a retenté. Syreno ne savait même plus comment faire. Sa gorge, verrouillée par un cadenas de peur, n’était plus capable d’émettre le moindre son. Alors qu’un nouveau soufflet lui brûlait la joue, le petit garçon baissa la tête, ses cheveux noirs un peu trop longs lui dissimulant le visage. Ses petits bras tentaient vainement de le protéger de ces cris qui agressaient ses sens. Il aurait tant voulu que cela s’arrête !
-…
Mais on ne l’aurait pas compris.
Alors que cette femme amorçait un nouveau mouvement pour le gifler, la porte d’entrée de la maison s’ouvrit à la volée, l’interrompant dans son geste.
C’était un vieil homme, à la stature noble et droite. Ses beaux habits de mage violacés étaient faits de belles étoffes. Dans son regard sombre, accentué par la pâleur de son visage, on pouvait y lire sa profonde sagesse et sa terrible puissance. Il s’appuyait sur une canne d’acajou, dont le bruit mat retentissait sur le sol. Ses cheveux blancs, à moitié dissimulés par un large chapeau noir montraient bien qu’il avait bien vécu et qu’il lui faudrait bientôt retourner auprès de la Déesse. Tout en lui respirait la force et le savoir.
-Nermi, que fais-tu? Lui demanda le mage.
-Je corrige ce monstre… Je le hais, je le hais! Cria-t-elle.
-Tu aimerais t´en débarrasser, n´est ce pas?
-Que veut tu dire?
-Je voudrai qu’il vienne avec moi. Je te l´achète.
-Tu es sérieux? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir?
Cette femme, Nermi, exprimait maintenant une béatitude, mêlée d’euphorie. Cela troubla le petit garçon, qui ne l’avait jamais vu ainsi.
-Non, pas du tout. Je mourrais bientôt, et cet enfant à du potentiel. Ce sera un bon apprenti.
-Combien m´en donnes-tu? 4 000 écus?
-50 000.
-Entendu.
Elle était si heureuse de s’en débarrasser. Et à bon compte en plus ! Si le mage n’avait pas proposé de lui donner de l’argent, elle lui aurait quand même dit de l’emmener avec lui. Le vieil homme s’approcha du petit garçon, le souleva brutalement par le bras et le traîna jusqu’à la porte d’entrée. En passant devant la dame qui l’avait élevé, Syreno lui jeta un coup d’œil. Elle semblait plus heureuse que jamais. Peut-être, se disait-il, que si je n’étais pas là, elle aurait été toujours comme ça, souriante.
Cette dernière était, malheureusement pour elle, une femme qui ne laissait pas passer la moindre occasion de se faire de l’argent. C’est ce qui la perdit.
-Et mes 50 000?
-Oh oui, j´allais oublier.
Le vieil homme tendit la main, comme s’il souhaitait lui donner la bourse. Mais au dernier moment, ses doigts s’ouvrirent brutalement pour laisser apparaître une boule de flammes.
-Adieu, Nermi.