Au deuxième rang des constructeurs américains après General Motors, et au cinquième rang mondial, l’entreprise Ford doit son succès et sa renommée aux techniques de production initiées par son fondateur, Henry Ford. Sous son impulsion, la firme de Deaborn ( Michigan) a longtemps imposé ses standards de production à l’ensemble du secteur automobile et plus largement à toute l’industrie dès le début de ce siècle.
Ford commercialise aujourd’hui ses véhicules sous différentes marques ( Ford, Lincoln, Mercury, Jaguar et Aston Martin), tout en nouant des alliances avec des concurrents asiatiques ( notamment avec le Japonais Mazda). Le constructeur a diversifié son activité en s’assurant le contrôle du leader mondial de location de véhicules, la société Hertz, et en créant une filiale dédiée au financement de prêts automobile, Ford Credit, qui occupe également une position dominante dans ce créneau.
2 LES DÉBUTS
Henry Ford, ingénieur chez Edison Illuminating Company à Detroit, s’exerce à la construction de moteurs pendant ses loisirs et, en 1896, conçoit sa première automobile, la Quadricycle. Le véhicule, équipé d’un moteur à deux cylindres et monté sur un châssis supporté par quatre roues de bicyclettes, atteint la vitesse, enviable pour l’époque, de 40 km/h. Dès 1899, Ford améliore considérablement son premier prototype, désormais équipé de freins. Conscient de la valeur des innovations que présentent ses premiers véhicules, et après deux tentatives infructueuses pour constituer sa propre société, Ford, associé à une dizaine d’investisseurs, fonde, en 1903, la Ford Motors Company. L’histoire retiendra que parmi ses premiers associés figurent les frères Dodge, qui créeront leur propre compagnie.
Au cours des quinze premiers mois d’exploitation, l’usine Ford produit 1 700 unités d’une automobile baptisée Modèle A, dont la qualité première est la fiabilité. Les cinq années suivantes, Ford et ses ingénieurs produisent d’autres modèles — dont certains sont restés purement expérimentaux —, désignés par une simple lettre, allant de B à S. Le plus populaire de ces modèles est le Modèle N, une petite voiture à quatre cylindres vendue au prix de 500 dollars. Le Modèle K, modèle de luxe à six cylindres vendu au prix de 2 500 dollars, sera un échec commercial.
3 SUCCÈS DU MODÈLE T
Ford Model T Henry Ford est le plus célèbre des pionniers de l´industrie automobile. Son modèle T, que l´on voit ici à sa sortie de la chaîne de montage, illustre parfaitement l´orientation du développement de la construction automobile vers les productions en grande série. Entre 1908 et 1924, Ford fabriqua plus de 10 millions de modèles T.UPI/Corbis
Le succès du Modèle N persuade Ford que l’avenir de son entreprise, et plus largement du marché de l’automobile, repose sur la production de voitures économiques destinées à un marché de masse. En 1908, Ford commercialise le Modèle T, robuste voiture équipée d’un moteur quatre cylindres, à l’esthétique élégante, dont la vitesse excède les 70 km/h. Vendue à un prix attractif, le nouveau modèle séduit un large public et atteint, dès la première année, des sommets en matière de vente. Afin de pouvoir répondre à une demande sans cesse grandissante, Ford rationalise les techniques de travail qui ont cours sur les chaînes de montage de ses usines. Appliquant les enseignements de Frederick Winslow Taylor en matière d’organisation du travail, Ford réorganise la manière dont sont produites ses automobiles. L’organisation scientifique du travail, qui consiste à isoler et à faire exécuter de manière répétitive chacune des opérations d’un processus de production, fera du taylorisme et du fordisme un modèle universel d’organisation de la production industrielle.
Parallèlement, dès 1914, il initie une politique sociale, novatrice pour l’époque, en réévaluant substantiellement le salaire horaire des ouvriers employés dans ses usines. Ford voit là le moyen de lutter contre une rotation trop rapide du personnel, dont il stigmatise les effets néfastes. Il en fera surtout l’élément d’une politique, que l’on qualifierait volontiers de nos jours de paternaliste, afin que les ouvriers de Ford puissent rouler en Ford et non dans le véhicule d’un constructeur concurrent. Un succès commercial d’une grande ampleur viendra convaincre Ford de la justesse de ses vues : en 1922, la moitié du parc automobile américain est composé de Ford T. Cette position de leader lui permet, la même année, de racheter son concurrent Lincoln Motor Company.
4 LANCEMENT DU MODÈLE A
Toutefois, malgré les quinze millions d’unités vendues, la concurrence s’intensifie et contraint le constructeur à améliorer les qualités de ses véhicules. Le Modèle A élaboré en 1927 répond à ces exigences : plus performant que la Ford T, le nouveau modèle est équipé des premiers amortisseurs hydrauliques, d’essuie-glaces automatiques, d’un indicateur de vitesse ainsi que d’une jauge d’essence. Quatre ans après sa commercialisation, près de cinq millions d’exemplaires du nouveau modèle seront vendus.
5 DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE AUX ANNÉES SOIXANTE-DIX
La crise des années trente marque un ralentissement de l’activité de la firme alors qu’elle est confrontée à des conflits sociaux difficiles, d’autant plus mal vécus, que jusqu’à cette date les revendications ouvrières, notamment salariales, avaient été absentes de l’entreprise. L’entrée des États-Unis dans le second conflit mondial ralentit le développement de Ford, dont la production est entièrement tournée vers le soutien de l’effort de guerre. Ford produira, entre autres, des chars, des moteurs d’avion, ainsi que des véhicules blindés destinés aux forces armées.
Au début des années cinquante, la société reprend son activité de constructeur, mais connaît ses premières déconvenues. Le demi-succès qui vient sanctionner le lancement du modèle Thunderbird, cabriolet de sport biplace sera insuffisant pour compenser les pertes abyssales de l’Edsel ( qui emprunte son nom à celui du fils de Henry Ford), qui s’élèveront à près de 250 millions de dollars. La société renouera avec le succès au milieu des années soixante avec le lancement de la Ford Mustang, qui se vendra à près de 500 000 exemplaires l’année de sa commercialisation.
6 L’HISTOIRE RÉCENTE
Dès le début des années quatre-vingt, le marché américain de l’automobile est confronté à une concurrence très rude en provenance de l’Asie. Les Japonais Toyota et Mitsubischi conquièrent des parts de marché jusque-là détenues par des constructeurs américains, dont Ford. Entre 1980 et 1982, la société perd 3,2 milliards de dollars. En 1985, toutefois, la nouvelle Taurus sera le véhicule le plus vendu aux États-Unis, avant que la Ford Escort, qui connaîtra un remarquable succès, ne fasse son apparition. Avec une rentabilité retrouvée, Ford mène une politique de croissance externe ambitieuse, la firme prenant le contrôle coup sur coup de deux des plus prestigieux constructeurs britanniques : Aston Martin en 1987, et Jaguar deux ans plus tard. Cette société aux 250 millions de véhicules produits, montre ainsi clairement sa volonté de demeurer l’un des principaux constructeurs mondiaux, le dernier exemple de cette stratégie de croissance externe étant la prise de contrôle récente ( février 1999), pour un montant de 6,5 milliards de dollars, du constructeur suédois Volvo