La suite, comme prévue
Le chemin s’avère long et pénible. Après de longues minutes de marche, en pleine ombre, nos amis distinguent enfin le bout de la forêt. En fait, ils arrivent dans une grande clairière, où coule une jolie fontaine, là où madame Cristalline vient souvent s’abreuver.
R : Faisons une pause, je suis las.
T : J’ai soif.
R : Bah va boire, y a de l’eau fraîche, là.
A : Cette eau est sacrée, tu ne peux pas la boire. Il est dit que quiconque vient s’abreuver à la source de dame Cristalline repart la tête pleine de mauvaises images.
T : M’en fout, j’ai soif, je veux boire.
A peine avale-t-il une goutte de l’eau enchantée qu’une lumière aveuglante s’abat sur lui.
T : Mais… Cette lumière ! Je n’y vois rien !
A : C’est pour avoir le temps de se cacher les yeux ! Fais-le vite avant qu’elle ne s’estompe !
Naturellement, cet idiot ne le fait pas, et aussitôt la lumière disparu, dame Cristalline, charmante femme obèse avec des croûtes partout et qui dégage une odeur fétide, lui demande :
D : Viens prendre un bain avec moi !
T : NON ! Elle est horrible ! !! Sauvez-moi !
D : Tes deux compagnons ont su utiliser correctement leur cervelle, et se sont tirés, mon vieux ! Maintenant, buvons un verre avant que je me fâche tout rouge !
T : Un verre de quoi ?
D : Attends…
Elle saisit un gobelet en plastique, acheté à moitié prix, et le rempli avec un liquide jaunâtre semblant sortir d’un trou noir entre ses deux jambes.
D : Bois ça !
T : Non ! Je ne veux pas ! Tu es laide, tu es moche et tu es… euh… pas belle ! Et moi, je veux partir !
Il sortit de son petit sacotin un rouge à lèvres Maybelline, et maquilla l’horrible diablesse.
D : NON ! Ma laideur ! Je deviens belle ! ARGH ! !!!
Voilà, c’est comme ça qu’on se débarrasse d’un méchant. Bon, c’est toujours comme ça dans les histoires. Le pote au héros qui joue les Mac Gyver, te bricole un petit truc et sauve sa vie.
N’empêche que Tartin s’en sort entier, mais il est tout seul, c’te nul…
Quand aux deux autres trouillards, ils sont déjà sortis de la forêt, et on rejoint la ville.
R : Tu crois qu’il va s’en sortir ?
A : Non, personne ne résiste à la Cristalline. Ton ami est devenu le mec de cette saleté, il passera sa vie à lui arracher les croûtes qu’elle a sur le corps.
R : Pour une fois qu’il a un boulot à vie… Ca le changera un peu.
A : Tu n’as donc pas de cœur ? Tu abandonnes un ami qui t’est cher, mais ça ne te fait rien.
R : C’est pas un ami, c’est un pion et un pot de colle. En plus, pour une fois qu’il rencontre une femme qui lui ressemble, il devrait être content.
A : Bien, achetons du matériel et reposons-nous un peu. Le voyage est encore long.
R : Mais tu avais dit que tu t’arrêtais ici.
A : Ah ? J’ai dit ça ? Bah j’ai changé d’avis. Tu vas sauver une princesse, je veux être de la partie. En plus, avec toi, elle ne sera pas heureuse, ton vermisseau reproducteur n’a même pas la taille de mon pouce.
R : Tu estimes avoir mieux à lui offrir ? Rien qu’à voir les mamelles qui te servent de tétons, on te prendrait pour une vache masculine.
A : Oui, mais j’en ai dans le pantalon, moi.
R : C’est celui qui en parle le plus qui en a le moins.
A : Bah la preuve que tu en parle beaucoup.
Tout en se prenant la tête pour savoir qui serait le plus apte à faire frémir la chaudâsse de princesse, qui pionce comme une dingue pour le moment, nos deux vaillants guerriers s’apprêtent à partir, quand un inconnu se pointe à l’horizon.
A : T’es qui, toi ?
R : Il ressemble à un nain alcoolique qui s’est pris un coup de pied dans la tronche. Et sa tenue me fait penser à la nappe fleurie de ma cuisine.
? ?? : Stop !
A : Quoi stop ? Si tu ne nous laisses pas passer, on va t’arranger le portrait, mon gaillard.
R : Déjà qu’il est salement amoché…
? ?? : Je ne vous laisserais pas aller plus loin. La route vers Chaudassland est trop dangereuse pour deux microbes armés d’un bout de bois et d’une hache émoussée.
A : Bon allez, bouge de là, sinon on va devoir se battre, machin. Et crois-moi que ma hache sera impitoyable avec toi.
? ?? : La ferme, stupide gringallet.
R : Laisse-nous passer, on se moque du danger, on a une mission à remplir et des gosses à faire. Mais au fait, coquin, quel est ton nom ?
? ?? : Je me nomme Krang, je suis un magicien. Et vous ?
A : Je ne te donnerais pas mon nom. Pas à un jeune sorcier de pacotille qui s’imagine me donner des ordres.
K : Jeune ? Eh mon bonhomme, je te signale que j’ai connu ton arrière grand-mère. Alors si ça c’est jeune, toi, tu n’es même pas né.
R : Moi, c’est Ryu.
K : Ah… Le dragon, n’est-ce pas ?
R : Euh non, le navet plutôt. Dans mon village, on m’a toujours dit que Ryu voulait dire navet, et que je portais bien mon nom.
K : Je les comprends un peu…
A : Allez vieux schnock ! Casse-toi maintenant ! On doit passer !
K : Je viens avec vous.
R : L’hospice, c’est à gauche, vieillard.
K : Bon, je vais devoir me faire entendre d’une autre façon, alors.
Un combat sans merci débuta. Le vieux croûton, malgré que ses os claquaient à chaque mouvement, ne se laissa pas faire. Nos deux héros non plus. L’issue du combat était déjà prévisible, le vieux ne pouvait pas perdre.
La suite bientôt 