-Parlons de vous, maintenant, Monsieur Alex Caladrius, les ailes du destin, fit le sous-directeur tout en partant d´un petit éclat de rire moqueur.
-J´en ai tué quelques uns pour ça... , répondis-je sobrement.
Le Trouffion se tût immédiatement, et ravala une gorgée de salive. Sans même le regarder, Alex visualisa le petit frisson qui parcourait l´échine de l´homme, les gouttes de sueur qui perlaient sur ses tempes tremblotantes, les petits yeux fureteurs qui passaient de moi-même à la porte, et à la silhouette floue du vigile derrière le double-vitrage. Il savait probablement que je pourrais le tuer avant même que la porte ne s´ouvre. Voyant qu´il avait du mal à reprendre contenance, je commençai de moi-même le récit de ma courte vie.
-Mon nom complet est Alex Colyn Codderton. Je suis né à Zanarkand il y a 22 ans et quelques de cela. Famille aisée. Mon père était propriétaire, manager et entraineur d´une équipe de blitball de seconde zone. C´était un gouffre financier et il dilapida dedans quasiment tout ce qu´il possédait, et ce que ma mère tenait de son héritage. Elle ne travaillait pas. Pourtant, elle a accepté ce qui était une véritable folie, parce qu´elle aimait mon père. Il a ensuite trouvé la perle rare. Un attaquant d´exception, qui a mené l´équipe jusqu´en première division, et qui a remporté ainsi tous les championnats et toutes les coupes qui se sont succédées pendant 5 ans. A l´époque, j´en avais 7. Mon père, est ainsi, grâce à un contrat à toute épreuve, devenu riche, célèbre et j´en passe. C´est là qu´il a abandonné ma mère.
Malgré la haine viscérale que je portais à mon géniteur, ma voix ne portait nulle trace de tremblement, ni de sarcasme. Il y avait bien longtemps que le mot colère n´avait plus de signification pour moi...
-On s´est donc retrouvés, ma mère et moi, sans le sou, et jetés à la rue d´une maison dont ma mère était la propriétaire légale. Mais peu importait pour la justice. Que valait-elle contre l´entraineur des Zanarkand Abes, qui faisait la fierté de la ville ?
Rien probablement, si ce n´est moins. J´ai donc du me mettre à travailler, histoire de gagner assez d´argent pour nous nourrir et effacer les dettes que ma mère contractait à tous les bars du coin... Pendant 6 ans, 5 mois et 19 jours, j´ai maudit mon père à chaque minute, chaque seconde. C´était sa faute si on se retrouvait à la rue. Sa faute si ma mère était ivre morte tous les soirs, et si je devais travailler comme vendeur de journaux, mendier ou voler les passants. Sa faute si tout le mal qui pouvait exister dans l´Univers semblait croiser notre route... Et j´en suis venu à détester aussi le joueur vedette des Zanarkand Abes. C´était sa faute à lui si mon père s´était enrichi et était devenu célèbre. S´il avait délaissé ma mère... Oui... Tout était sa faute. Alors, quand à une semaine à peine de mon 13ème anniversaire, on m´a proposé d´aller l´assassiner pour empêcher qu´il fasse gagner son équipe lors de la finale de la coupe, j´ai aussitôt accepté. Celui qui m´a embauché voulait un gosse, pour qu´il se fasse passer pour un fan du joueur. Il avait entendu parler de ma discrétion, et de ma haine envers le joueur. J´ai dit oui, j´y suis allé, je l´ai tué. Le couteau l´a traversé comme du beurre. Il n´a jamais su réellement pourquoi il était mort ce soir-là. Moi oui. Il était la première étape de la vengeance contre mon père. Grâce à la forte récompense de la prime, j´ai trouvé un appartement décent pour ma mère et moi. Je ne lui ai jamais dit où j´avais gagné l´argent, et de toute façon, elle aurait été trop ivre pour le comprendre. J´ai éxécuté encore quelques contrats. L´homme qui me les proposait avait remarqué en moi je ne sais quel don. Les cibles changeaient du tout au tout. Le second, c´était un vieillard qui devait mourir pour laisser l´héritage au fils prodigue. Le troisième, un jeune homme qui avait surpris son patron avec la secrétaire, et qui avait voulu le faire chanter. C´est lui qui a chanté quand il a reçu la lame dans l´estomac. La suivante, une mère de famille qui allait témoigner dans une affaire de trafic de chocobos... Je ne me suis jamais fait attrapé, et avec les récompenses, je me suis acheté deux magnifiques katanas. C´est là que mon père est revenu. Depuis la mort de son joueur vedette, il avait perdu beaucoup. L´équipe ne gagnait plus ses matchs, et son train de vie fastueux pesait de plus en plus lourd sur ses finances. Sans compter la blonde platinée qu´il avait épousé. Les créanciers sont arrivés et ont tout embarqué. C´est alors qu´il a entendu dire que ma mère et moi, on s´en sortait pas si mal. Il a osé venir chez nous. J´étais pas là à ce moment-ci. Ma mère lui a ouvert, il lui a dit qu´il s´excusait... C´est la voisine de pallier qui m´a raconté après. Il voulait tout recommencer, elle a refusé. Il s´est énervé et il l´a tuée. Quand j´ai appris, je l´ai poursuivi, et je l´ai tué. J´avais 14 ans et des poussières.
J´ai continué mon boulot d´assassin ensuite. J´étais sacrément bon. A tel point que je menais bientôt la grande vie, couvrant mes richesses par des pseudos-paris sur les matchs de blitzball. Avec mon tragique passé, on ne chercha pas plus loin.
A 17 ans, j´ai rejoins les Vipères Assassines, un gang d´assassins redoutables. On m´y a donné une magnifique arbalète. J´étais le plus jeune membre, paraissait-il. J´ai continué mon job pendnat deux ans, jusqu´au jour où je me suis fait arrêté, trahi par mon propre gang. J´ai tout balancé. Accusation de multiples meutres, je crois d´ailleurs qu´ils les comptent encore, blablabla... J´ai été envoyé ici et ça fait 3 années que j´y passe. Et là, vous me proposez un boulot qui va me sortir de cette merde.
J´ai bien résumé non ?
Ah oui, j´oubliais ! Pendant mon séjour chez les Vipères Assassines, j´ai connu un mage très expérimenté. Il m´a fait don le jour où je lui ai sauvé la vie d´une entité particulièrement puissante. Enfin, puissante, c´est lui qui le dit. Parce qu´elle est peu efficace, mais il m´a dit qu´elle s´améliorerait en même temps que moi. J´aurais du me prendre un chien, au moins ça rapporte ce que tu lances... Et il m´a aussi donné la faculté de créer des portails des Ténèbres. Même si je ne les ai jamais utilisés. Ils ne me servaient pas à grand-chose, et ici, ils ne fonctionnent pas... Voilà, c´est tout.
Je me levais, la gorge un peu sèche d´avoir tant parlé. L´homme s´était de nouveau plongé dans la feuille que j´avais rempli. Je ne pu m´empêcher d´ajouter:
-Au fait, si vous m´avez trouvé bavard, c´est normal, pour deux raisons. La première, c´est que ce passé ne me sert plus à rien, et que je devais m´en débarasser. La deuxième, c´est que je sais que ce que vous écrirez, ou rapporterez à je ne sais qui sera tout autre.
Le sous-directeur leva la tête brusquement, avec un regard d´incompréhension.
-Je vous demande pardon ? , fit-il.
-Vous avez bien entendu. Vous allez marquer un truc plus creux. Si ce que vous avez entendu vient à s´ébruiter, vous mourrez.
-Vous me menacez !? ! , s´insurgea le Trouffion, assez blême.
-Tout à fait. Et je pense que vous avez suffisament entendu de choses sur moi pour ne pas prendre cette menace à la légère. Le dernier à avoir parlé de quelques menues informations sur mon passé est mort 31 minutes et 28 secondes plus tard. Si vous vous estimez capable passer outre, tâchez de faire mieux. Compris ?
-Ou... Oui, articula t-il faiblement.
J´avais omis de préciser que je n´avais pas tuer l´homme en question. C´était tout simplement un de mes collègues des Vipères Assassines, et il s´est fait tué durant une mission commune, la seule que j´ai faite d´ailleurs. Mais bien sûr, le Trouffion n´avait pas besoin de le savoir. Celui-ci d´ailleurs, se mit en tâche de ranger ses papiers, de frapper la chemise de carton sur la table pour bien aligner le tout, et de se lever. Il me tendit alors une carte en papier glacé sur laquelle était marqué en italique:
Those That Never Was.
Un 2 était inscrit sous le nom, et tout en bas de la carte, une adresse était indiquée. Le sous-directeur me dit quelques mots avant de partir.
-Demain, vous serez libre. Venez à cette adresse. Je m´arrangerais pour que vos affaires vous parviennent. Ne perdez pas de temps. A demain, M.Caladrius.
Il quitta la salle sur ces mots, sans doute d´un pas un peu trop précipité. Le vigile entra dans la pièce, me lança un regard oscillant entre le cruel et le sadique, me remit mes menottes et me ramena en cellule.
Le lendemain, j´étais sorti.