Bonjour à tous,
Bien que je n’ai pas les talents d’écrivains de Redologna, je vais m’essayer à une petite narration de ma campagne des macédoniens contre les brutii. Nous sommes en – 235 av. JC ( Jésus Christ, pas Jean-Claude Convenant lol).
Straton souffla sur les braises de son feu de camp pour réchauffer ces doigts engourdis par le froid de l’hiver. Il en avait connu de bien plus sévère dans sa région natale du Pyrhée, mais les années dans l’armée au service du roi commençaient à se faire sentir sur sa charpente vieillissante. Il se remémorait encore avec douceur ces jeunes années à Appolonie, la capitale de sa région. Le royaume avait été rattaché à la Macédoine le jour de ces 10 ans et il vivait avec sa famille dans la quiétude et l’insouciance de la jeunesse, sur de la protection d’un des plus grands et des plus puissants royaumes du monde. Bien sur, il savait que des conflits existaient sur son continent mais Sparte était loin pour lui et l’alliance que nous avions avec les brutii nous permettait de voir l’avenir sereinement.
Ce fut 5 ans après qu’ils débarquèrent. Au début, les grecs avaient pensés que ces troupes n’étaient destinées que pour la guerre en Sparte, mais ils se trompaient lourdement, les romains étaient bien décidés à conquérir toute la Grèce et pour çà, ils leur faudraient mettre à bas notre royaume en commençant par notre région.
Straton se souvient encore du discours prononcé par les hommes du gouverneur Tibulle qui battait la campagne à la recherche de volontaires pour défendre la mère patrie contre ces barbares. Son père et son frère n’avaient pas hésité une seconde et rejoignirent l’armée. Ils le laissaient avec la responsabilité de sa mère et de sa jeune sœur qu’il devait amener en sécurité à Thessalonique. Il ne le savait pas encore, mais ce fut la dernière fois qu’ils les verraient. Il n’apprit ce qui c’était passé là bas que bien plus tard en croisant un des seuls survivants.
« C’était au début du printemps qu’ils s’assemblèrent au pied de nos murs. Cela faisait déjà 6 mois que nous étions assiégés et la faim commençait à se faire sentir. Nous espérions tenir le plus longtemps possible, dans l’attente des renforts qu’on nous annonçait imminent, mais les jours passant, je savais bien que cette nouvelle était fausse et qu’elle n’était là que pour éviter un trop grand découragement dans nos rangs. Nous savions qu’ils étaient plus nombreux que nous et que nos murs de bois ne résisteraient pas longtemps à leurs assauts. Le gouverneur avait réussi à réunir en 2 unités de phalange milicienne de 160 et une unité d’archer. J’étais prêt à mourir pour mon pays et à en chasser ces barbares de romains. On entendit avancer les romains ( 3 unités de vélites, 1 d’Hastatis, 1 d’équites, plus la garde rapprochée du général romain Lucius), les vibrations de leurs pas cadencés se propageant par le sol jusqu’à nous. Puis vint le grincement caractéristique des roues des béliers qui se rapprochaient lentement de nos murs. Notre gouverneur fit placer la première phalange face au mur que les romains attaquait déjà à coup de bélier, mais on voyait bien, dans la difficulté à exécuter la manœuvre, toute l’inexpérience de ces braves paysans formés en à peine 10 jours à manipuler la sarisse et à former les phalanges. Moi et la deuxième phalange nous positionnâmes en face de la porte qui fléchissait déjà sous les coups de boutoir des Brutii. J’entendais des murmures et des tremblements dans la voix de mes compagnons qui, comme moi, n’avaient jamais connu le combat. Les officiers hurlaient de garder la formation et de serrer les rangs. Nos corps étaient comprimés les uns contre les autres, les volées de flèches tirées par nos archers passaient au dessus de nos têtes fauchant une rangée de vélites à chaque fois. Puis un craquement se fit entendre, puis un deuxième, suivit d’un énorme hourra poussé par des centaines de voix. Le son nous fit tremblé et je dois dire que si les officiers n’étaient pas là pour maintenir les rangs et sans la présence de notre général, stoïque sur son cheval, plus d’un dont moi, je l’avoue, aurait pris ses jambes à son cou pour s’enfuir. Les vélites romains lancèrent avec force leurs javelots sur nos lignes y creusant des sillons sanglants mais notre formation tint bon. Je regardai à ma droite l’autre phalange qui elle aussi tenait bon mais dont les rangs étaient plus clairsemés que les nôtres.
Puis se fut la charge. Les vélites nous chargèrent avec fougue et s’empalèrent sur nos sarisses déjà rouges de sang. Les jointures de mes doigts blanchirent sur ma sarisse pendant que j’empalai mon troisième vélite. La sueur coulait sur mes yeux, embrumant mon regard, je réagissais comme un automate martelant la masse grouillante des vélites auxquels s’étaient joint les hastatis.
« Continuez soldats, défendez la terre que nous a donné Zeus ! » hurlait notre général sur de notre victoire en voyant les rangs des ennemis s’éclaircir. Ce fut la débandade dans les rangs romains des vélites et des hastatis et j’hurlais ma joie, lorsque soudain, sur ma droite, j’entendis un bruit de sabots martelant le sol. Je pouvais suivre le mouvement de la charge à l’oreille, elle s’orientait vers le trou béant de la muraille face à la première phalange. Le cor retentit suivit d’un énorme « ROMA VICTOR » hurlé par 150 cavaliers lancés en pleine charge. Et là, l’inconcevable arriva. La phalange eut un mouvement de flottement et reforma sa ligne en plein pendant la charge. Les cavaliers tombèrent sur eux à bras raccourcis alors que leurs sarisses étaient relevées et ce fut le massacre. Les corps des miliciens volèrent dans tous les sens et la phalange explosa sous le choc de la charge après quelques minutes de courageuse défense mais vaine des survivants. Notre phalange se porta désespérément à son secours mais fut elle aussi emporté dans la tourmente de la charge. Je vis le cheval d’un romain se précipiter sur moi, je pris son poitrail en pleine épaule ce qui me fit rouler sur le côté et m’étourdit. La dernière image que je vis, fut celle de mon général dont le visage était défiguré par la haine et par la frustration d’être passé si près de la victoire chargeant désespérément la masse des corps entremêlés.
Quand je me réveillai, la nuit était en train de tomber et tout autour de moi n’était que désolation. Les romains avaient quitté la place pour laisser les flammes de l’incendie rongées jusqu’au fondation même de la ville. J’étais entouré de corps sanguinolents enchevêtrés les uns avec les autres, unis par Hadès dans la mort. Le passeur allait avoir du travail ce soir. Le corps de mon général gisait parmi eux, empalés sur la lance d’un ennemi dont le cou était percé de la lame d’acier de l’épée de mon général.
Je parti, titubant, et réussis, je ne sais comment à rejoindre les montagnes du nord. C’en était fini de la place dominante de la Macédoine dans cette partie de la grèce. Mais je savais que je reviendrai, et que je ne serai pas seul ! »
Suite au prochaine épisode si vous avez aimé lol 