Bon, voyons, quel truc déjà…? J´ai déjà raconté la bataille des inadaptés piquiers lybiens, si je fais dans l´éléphants only, ça va paraître un peu uniforme.
Oh, allez, concentrons-nous sur la famille du général. Prenons donc son frère qui a repris Carialis au prix de sa vie ( j´ai pas envie de faire le premier débarquement façon Dieppe, trop hâtif, mal soutenu logistiquement parlant). Mais comme il faut bien varier un peu, je vais alterner romains et carthaginois.
Carialis ! Ville si petite et si disputée pour son importance stratégique ! Petit bourg où les maisons sont encore souillés du sang de ces maudits puniques ! Rien n´a pu l´enlever, même la chaux étalée sur les murs est partie… J´ai pris ces murs, j´ai mené l´assaut final jusqu´en haut de la butte. Mais aujourd´hui le doute m´assaille car j´ai vieilli. Combien de temps s´est écoulée depuis que le vieux Gracchus m´a chassé avec mission de s´emparer de la ville pour servir sa cause, même dans ma déchéance et mon exil ? Vingt ans je crois, et je ne suis jamais revenu en grâce, même auprès de ses héritiers, trop occupés à leur conquête du pouvoir et effrayés par ma réputation, sans doute. Je suis un homme fatigué, je porte les stigmates de mes batailles sur mon visage, et mes soixantes ans se rappellent à moi. Ma dernière fierté est Carialis, que mes ennuis avec les chefs n´ont pas pu faire renforcer. Je dispose d´hommes grisonnants, des princeps pour la plupart, j´ai fait battre le rappel de quelques paysans, mais l´absence de velites se fait cruellement sentir…
Carialis ! Je dois réussir ! Mon père est mort il y a deux ans déjà, et c´est ma seule chance de repasser au premier plan de l´échiquier politique. Mon frère ne viendra me renforcer que dans six mois, à sa majorité. il est prometteur, mais jeune. Si j´échoue aujourd´hui, je peux dire adieu aux honneurs. Et je n´ai qu´une milice urbaine à peine dégrossie pour épauler mon infanterie ibérique. Pas plus de cinq cents hommes, voilà ce que le conseil a jugé suffisant pour prendre une place forte commandée par le plus grand des généraux romains. Vieux, et furieux contre sa famille, mais le vieux lion peut compter sur son petit miller de soldats de métier pour le défendre avec bravoure. Je ne dispose que d´un bélier, s´il dispose d´archers puissants, même la muraille de bois sera infranchissable…
J´ai en face de moi un jeune loup qui veut s´imposer dans son conseil de grabataires. Quelle ironie ! je ne me trompais guère ! Cette ville a une importance tactique très grande, mais sur un plan purement politique. Une sortie ne servira à rien. je vais masser quelques princeps devant les portes pour l´empêcher de les franchir trop facilement. Je les soutiendrai avec les paysans et les gardes civils. Quand je dis soutenir, ce sera plutôt l´inverse, mais il faudra attendre qu´ils remontent la pente pour lancer ma charge.
Vais-je leur faire un discours ? Oui, sur leur vaillance, sur la haine qu´il faut vouer aux Romains, ces maudits, qui nous ont volés cette ville et y ont tué leurs pères. Des mots creux ! Ils ne leur serviront pas à grand-chose quand ils connaîtront pour la première fois la mêlée ! J´ai emmené des troupes pas plus vieilles que moi à la boucherie pour satisfaire mes ambitions ! Que suis-je donc ?
Plus le moment d´haranguer mes vétérans. Je dois agir. Déjà, les autres commencent d´enfoncer le portail. Si je les repousse, il faudra penser à le réparer vite, ils ne laisseront pas passer un tel affront. Voilà, les princeps ont lancé leurs pilums. Quelle vision atroce de la vieillesse ! La moitié n´ont pas eu assez de forces pour les jeter au-delà des ventaux. L´autre n´a pas dû faire plus d´un ou deux morts chez mes adversaires. Voilà qui va galvaniser mes ennemis et décourager mes propres troupes.
A quoi joue le vieux lion ? Il m´oppose ses meillleures troupes devant la porte, sans tirailleurs pour les soutenir, et ceux-ci ne peuvent même pas jeter un pilum ? ! Je vais lancer un assaut plus frontal, pour tester l´endurance des ennemis, mais je garde la moitié de mes forces en réserve pour contenir une éventuelle contre-attaque. Voilà, ils sont passés ! Le combat s´engage, il y a beaucoup plus de monde que je ne pensais. Je charge à la tête de mes cavaliers. Debout, debout, fils de Moloch ! Je vous mène jouer avec votre père le dévoreur d´âmes !
Il a enfoncé ma première ligne avec facilité. mes princeps n´ont pas pu lui opposer de vraie résistance. Quelle catastrophe ! Je suis forcé d´aller les aider avant même que les réserves adverses ne se soient engagées. Le combat ne va pas tarder à mon avantage. Ah, il a fait volter sa garde, il se réservé pour une nouvelle charge. Ma foi, s´il veut ménager ses bêtes, il va être déçu ! En avant, en avant, cavaliers ! La mort nous attend, nous et nos assaillants !
Que fait-il ? Seul un fou chargerait maintenant ! A moins que… à moins qu´il n´ait pas d´autre ressource ! Je dois l´avoir affaibli plus que je ne pensais. Les Ibères se portent déjà à sa rencontre, mais je dois les appuyer, sans quoi, ils se feront écraser ! Moi qui pensais épargner les montures pour une charge vers le sommet de la colline… Nous sommes furieusement engagés, il se retire, ses princeps me chargent, je dois laisser mon infanterie les bloquer pour les prendre à revers.
Il balaye systématiquement mes défenses. Il ne va bientôt plus trouver de résistance. Tant pis, je réserve l´ensemble des troupes survivantes et les débris des autres unités sur la place. Je dois abandonner les autres, qui tentent déjà de refluer et sont pris au piège par sa cavalerie qui les a contournés.
Nous sommes maîtres des murs ! je… Aaah ! Un des derniers princeps luttant m´a jeté son pilum dans les côtes et seule mon armure m´a évité la mort. Mais il tombe sous les coups comme les autres, mes troupes se réorganisent et entreprennent de gravir la butte. Je m´attends à chaque instant à une contre-charge mais rien. Enfin, nous arrivons au sommet de l´oppidum et le combat reprend de plus belle. Ses hommes sont moins fatigués mais leur moral est mauvais tandis que les miens semblent inspirés par Baal tout puissant. Au loin, vers la mer, j´aperçois de la fumée. C´est le signal ! Mes galères ont coulé celles qui amenaient du renfort au vieux lion. Carialis peut tomber maintenant ! Rien ne s´opposera à mon ascension dans le conseil !
Il ne s´en est pas rendu compte, mais il m´a frappé au foie tout à l´heure. Il me l´a sans doute crevé et je meurs à petit feu. Je ne vivrai pas pour voir la cité, mon orgueil, anéantie. Je me rue au combat, insensible maintenant à l´âge qui engourdit mes membres. A peine si je sens le pilum d´un des princeps lancé maladroitement me transpercer la nuque. Je m´abats lourdement, pour ne plus jamais bouger.
La victoire est acquise, le lion est mort, tué par ses propres troupes. Une dernière charge par derrière pour leur briser le moral définitivement et c´en est fini d´eux. Mais que ? Mon cheval roule sous moi, s´effondre, je suis projeté au sol, ma jambe se rompt, je vois le soldat s´approcher pour m´achever… Dans un nuage rouge, je le vois s´écrouler, la tête en sang, le crâne brisé par un coup de sabot, l´épée en avant, pointée vers ma poitrine, à l´endroit même où la cuirasse m´a sauvée il y a quelques minutes. Je pense à mon frère dans un râme d´agonie. Vont-ils le tuer et briser mes espoirs de triomphe ? ou saura-t-il s´imposer et faire admettre mon projet de, continuer l´œuvre de mon père. Aaah ! Moloch, engloutis-moi, je ne peux plus supporter cette douleur !