Re-petite precision 
Afin de découper l´histoire en périodes cohérentes, les historiens ont tenté de s´appuyer sur des événements majeurs illustrant ou provoquant une modification profonde de la politique et de la société. Mais il est rare qu´il y ait un consensus sur telle ou telle date pour définir une limite de période. C´est le cas en ce qui concerne les limites du Moyen Âge, particulièrement son commencement. Les plus communément admises vont de la chute de l´Empire romain d´Occident en 476, jusqu´à 1492, date de la ( re)découverte du continent américain par Christophe Colomb et de la chute de Grenade ( fin de la Reconquista).
Mais d´autres dates repères sont possibles :
pour le début du Moyen Âge, la bataille d´Andrinople ( 378) sanctionne l´avènement de la cavalerie lourde et le déclin des troupes d´infanterie, marquant ainsi le commencement d´un millénaire de supériorité de la cavalerie sur l´infanterie ;
la reconnaissance par Théodose du christianisme comme religion d´État ( 396), correspond également à la date de la séparation entre l´Empire romain d´occident et l´Empire romain d´Orient, qui survit au Moyen Âge ;
antérieurement, la conversion de l´empereur Constantin au christianisme — survenue à sa mort, en 337 – annonce le triomphe de cette religion aux dépends du paganisme antique.
chemin de ronde du château de CaenCes différentes options indiquent combien une césure événementielle claire est difficile à trouver pour marquer le début du Moyen Âge : par certains traits, l´empire romain avait déjà fortement changé avant la fin de l´Antiquité. Par exemple, les empereurs du IIIe siècle abandonnent la toge et les tuniques classiques, adoptant les braies des légionnaires, majoritairement d´origine celte ou germanique. C´est également au IIIe siècle que l´amphore est abandonnée pour le tonneau, bien plus économique. Enfin, c´est à cette époque que nombre de peuples barbares deviennent fédérés, établissant des relations durables avec le monde romain. L´empire romain avait donc déjà perdu certains caractères antiques.
Aussi, certains historiens – en premier lieu l´historien allemand A. Riegl au début du XXe siècle – ont repoussé la limite d´une période dénommée « Antiquité tardive » ( Spätantike), en mettant justement l´accent sur la permanence de traits caractéristiques de la fin de l´Antiquité jusqu´au règne de Charlemagne. Une telle conception s´est d´abord imposée chez les historiens des « franges » du monde romain, où sa pertinence était plus évidente. À l´inverse, en France, il fallut attendre 1977 avec Henri-Irénée Marrou ( dans Décadence romaine ou Antiquité tardive ? ) pour qu´on s´interroge sur l´utilité d´une telle période, notamment pour mettre fin à l´appellation péjorative de « bas Empire ». Et aujourd´hui encore, histoire ancienne et médiévale se partagent la connaissance des temps qui vont du IIIe siècle au VIIIe siècle.
Pour la fin du Moyen Âge, d´autres dates que 1492 ont été proposées, mais fondamentalement elles ne remettent pas en cause la limite supérieure de la période : parmi celles-ci, on peut citer la date de la chute de Constantinople, en 1453, qui est la date de la fin de l´Empire byzantin ( utilisée en histoire de l´art surtout); ou 1456, date de l´invention de l´imprimerie à caractères métalliques mobiles par Gutenberg ( privilégiée par l´historiographie allemande) ; ou encore, 1517, date de la promulgation par Martin Luther de ses 95 thèses. Ce dernier événement marque les débuts de la Réforme qui fera voler en éclats la relative unité religieuse de l´occident médiéval