Décrire une scène de retrouvaille entre deux personnes très proches (deux amis, deux amants, deux personnes de la même famille [père/fils par exemple] bref vous êtes libres en ce qui concerne le choix de ces personnes). Il faut donc miser beaucoup sur l´émotion, avec des dialogues profond et touchants, une situation mouvante par rapport à des histoires bien choisies concernant les personnages. L´action peut se situer dans les remémorations qui ont eu un impact sur la perte de vue des deux protagonistes.
Doc-X VS The_Big_Monarch
Phobos, le troisième soleil de Gaïa, était sur le point de se coucher, poursuivant sa course effrénée établie par les lois universelles du temps, que les Mannerians attribuaient à Chronos. Sa luminosité étant de plus en plus faible, les corps dispersés à même le sol rocheux et ensanglanté se transformaient progressivement en des ombres mystérieuses, dangereuses ; des ombres qui effraient les enfants dans les contes, des ombres qui effraient les grandes personnes dans leur folie grandissante. Tous les corps humains (aussi bien ceux des Dieux que ceux des Mannerians) qui avaient piétiné l’herbe verte et innocente avaient changé la verdure en rocaille, la vie en mort et la matière concrète en une peur infondée (les têtes pensantes des Dieux constateraient alors qu’il était fort regrettable de pouvoir changer la vie en mort mais de ne pas arriver à transformer le plomb en or, ce qui les amènerait par la suite à accélérer leurs recherches). Prenant exemple sur ces changements de polarité, Phobos laissait sa place aux étoiles, permettant ainsi au jour de devenir nuit.
Quelques corps pourrissaient déjà, ils étaient les premiers à avoir été tués et leur mort remontait déjà à quatre ou cinq jours (le premier à avoir été tué fut Dalen, l’archer qui ne ratait jamais sa cible ; un Mannerian dont la mort démoralisa fortement la troupe des archers Mannerians), durée pendant laquelle des milliers et des milliers d’hommes trépassèrent pour savoir qui avait raison ; tous de la même race, mais chacun dépendant d’un camp ou d’un autre, chacun dépendant des Dieux ou des Mannerians. Quelques cadavres étaient déjà dévorés par la vermine, alors qu’une large fente laissait encore le sang s’échapper en quantités considérables ; d’autres tenaient encore fièrement, et avec fermeté, leur épée souillée par un sang qui leur paraissait impur, les yeux grand ouverts, vides, levés vers le firmament alors que la bouche s’ouvrait en un ultime sourire ; d’autres enfin avaient survécu. Parmi eux, il y avait les mortellement blessés (Mantorok notamment, un géant allié aux Dieux et qui avait perdu le pied droit, le bras gauche, et dont les pertes de sang allaient bientôt l’amener à la faucheuse, qui avait eu beaucoup de travail ces quelques derniers jours) et ceux qui étaient encore en bonne santé.
Nazha avait brillé au cours de cette bataille, tuant sans relâche, empruntant des vies afin que l’on ne dérobe pas la sienne ; à un certain moment, il avait même combattu aux côtés d’Hypnos, qui, à l’encontre de son habitude, n’avait pas revêtu son corps de jeune femme séduisante mais une bête qui changeait de forme à chaque regard que tout un chacun lui accordait. Il avait regretté avec amertume que Lucifugé eût été absent, mais là où il se trouvait désormais, il ne reviendrait plus jamais.
Nazha fut alors surpris de se demander une chose : est-ce que son père était encore en vie ? Avait-il ou non gagner leur pari ? Avait-il succombé à la bataille qui marquerait cette plaine et ce millénaire ? Le jeune Mannerian quitta alors le camp où était entreposé les cadavres reconnaissables et les grands blessés de la même manière qu’on entrepose des armes dans un hangar. Anaelle vint tenter de l’arrêter et le faire changer d’avis, mais Nazha voulait savoir ce que son père était devenu.
Il s’élança alors dans la plaine ravagée, où les lamentations ainsi que les odeurs de putréfaction s’élevaient vers les étoiles, tout comme des mourants levaient leur bras avec l’espoir de survivre (un espoir qui faisait peur, car ils étaient condamnés et ne le savaient pas, ou tout du moins refusaient d’y croire). Il arriva une fraction de seconde à Nazha de penser que son père se trouvait parmi ces personnes, puis chassa cette idée saugrenue de sa tête ; son père n’était pas comme ces misérables insectes. Le Mannérian l’imaginait debout, au milieu d’un millier de cadavres, dont il était le seul responsable. Il l’imaginait la tête haute, le regard inexpressif avec une lueur d’orgueil, le regardant s’approcher. Il l’imaginait plein de vie en lui disant sans retenue « Je n’ai toujours pas perdu le pari, et n’essaie même pas de penser que je le perde. » Nazha s’imaginait tout ce qu’il y avait de plus orgueilleux à imaginer.
Son imagination fut perturbée lorsqu’une voix faible souffla son nom. Le jeune homme tourna la tête sur sa droite, et la première chose qu’il vit était la ligne de l’horizon qui faisait de Phobos un demi-cercle réduit, presque anéanti. Jamais, alors jamais, Nazha n’avait eu l’impression de vouloir revoir Phobos aussi fortement, car la dernière fois qu’il avait assisté au crépuscule de Phobos (nommé le tertiaire, le primaire étant le crépuscule d’Amon et le secondaire celui d’Helios) ce fut lorsque son père avait fait le pari qui donnait maintenant une raison de vivre au Mannerian ; car Nazha avait alors suivi des yeux son père jusqu’à l’horizon : son père allait devenir un Dieu et Phobos se couchait lentement derrière. Ce tertiaire remontait maintenant dix ans en arrière, et le tertiaire qu’il observait présentement provoquait d’infinis frissons, comme si l’inquiétude avait échangé sa place avec l’assurance. Puis, après s’être remémoré ce crépuscule, Nazha baissa enfin la tête, et au milieu des cadavres en décomposition y découvrit la moitié du corps de son père. Les jambes avaient dû s’enfuir en courant, laissant à la merci de n’importe quel fantassin la vie de son père. Celui-ci avait craché du sang en quantité, et le sourire qu’il adressa à son fils fut sanglant, et tout autant bouleversant pour le Mannerian qui n’aurait jamais cru pouvoir apercevoir un jour son propre père dans cet état qu’il connaissait maintenant.
« Bien joué… Nazha, lâcha le père dans un souffle.
- C’est une plaisanterie, n’est-ce pas ? lança Nazha en contenant ses larmes.
- Je l’aurais préféré… Evidemment… Perdre ainsi, contre mon Mannérian de fils… C’est presque… In… Insultant.
- Tu n’as que ça à me dire après toutes ces années ?
- Tu voulais des fleurs… Peut-être ? nargua son père. »
Nazha ne savait plus que penser. Cet être immonde qui l’avait abandonné et qu’il avait haï, se trouvait en train de mourir comme un misérable insecte, en face de lui. Bientôt il ferait partie de tous ces cadavres sans distinction, lui qui en possédait tant.
« Ainsi, tu me laisses remporter le pari ? Tu péris, tu perds. Je vie, je vaincs.
- Je me fiche de ce pari tant que tu restes en vie. »
Ces dernières paroles abasourdirent Nazha.
« Qu’est-ce que tu as dit ?
- Je me fiche de mourir tant que… tu es en vie… J’ai perdu la moitié de mon bonheur quand les Dieux… ont tué… Esmeralda… ta mère… Et j’ai définitivement perdu mon bonheur… quand les Dieux m’ont arraché… à toi-même…
- Tu ne sais plus ce que tu dis… »
De toutes les épreuves difficiles que Nazha avait eu à subir, il s’agissait de la première qui lui demandait de lâcher des larmes. Elles glissaient maintenant sur ses joues et tombaient sur celles de son père, qui étaient rougies par le sang.
« Eh, pleure pas… Je ne veux pas perdre contre un… pleurnichard… dit le père, tout en commençant à renifler comme pour retenir à son tour ses larmes. Ecoute-moi bien, maintenant… Tout ce que je n’ai… pas su faire… Détruire le projet des Dieux… Tu dois… Tu dois le faire !
- Mais pourquoi, alors que mes épaules portent de nombreux fardeaux, tu veux m’en rajouter d’autres ? sanglotait Nazha.
- Car tu es mon fils… Et avec la confiance dont font preuve tes équipiers envers toi… tu peux le faire… Tous ensembles vous êtes forts…
- Mais Lucifugé est mort ! Hypnos devient de plus en plus instable ! Tout le monde est démoralisé ! Tous ensembles ? Ne me fais pas rire… Cinq sont déjà morts et nous ne sommes plus que cinq… Nos forces ont été divisées !
- Combats avec la même hargne que celle avec laquelle tu viens de me répondre… Tu y arriveras… »
Ils se regardèrent les yeux dans les yeux. Nazha n’avait plus honte de ses larmes et pleurait sans retenue, à l’inverse de son père qui essayait encore de se retenir.
« Mon fils…Les Dieux ont implanté en moi le moyen de se rendre à Asgard. Ils m’ont même transmis une immortalité maudite… Mon cœur s’est arrêté de battre depuis dix ans… Je t’en supplie… Maintenant, tue… Tue-moi… »
Le père de Nazha montrait avec difficulté son crâne. Celui-ci renifla une dernière fois et se calma alors. Il se leva sans lâcher son père du regard. Et avec difficulté, il dit, tout en enfonçant son sabre dans le crâne de celui qui l’avait abandonné pour sa protection :
« Bon voyage… »