Chapitre VI
Warren s’endort presque immédiatement. Il tombe dans un sommeil froid et profond. Vers 4 heures du matin, il se réveille après avoir fait un rêve plus qu’étrange. Les images de ce dernier, bien que confuses, lui ont foutu la trouille.
Une sorte de cabinet médical baigné d’une lumière blanche aussi intense que celle de la cassette. Une desserte contenant tout un tas d’accessoires chirurgicaux. Un corps - le sien- fermement sanglé sur une table d’opération, et le sentiment étrange et inquiétant de sentir une présence autour de lui. Comme si on l’observait.
Cette étrange sensation ne l’a d’ailleurs pas quittée depuis qu’il a ouvert les yeux. Ce n’était pas exactement le genre de rêve qu’il comptait faire, mais il l’avait finalement trouvait très intéressant. Peut-être avait-il un rapport avec tous ce qui s’était passé en ville et ailleurs ? Il avait l’air si réel…
Encore chamboulé par tout ça, il ne parvient pas à se rendormir. Il attrape une lampe torche et examine de nouveau la curieuse tâche bleue sur son épaule. En passant son doigt dessus, il ressent une gêne similaire à celle de Neve. On dirait qu’il y a bel et bien quelque chose sous la peau…
« Qu’est-ce que ça peut bien être ce machin ? »
Incapable de fournir une explication logique, il laisse son esprit vagabonder jusqu’au petit matin.
Les premières lueurs du jour pointent à peine à travers la fenêtre qu’il s’habille en quatrième vitesse pour foncer à la cuisine.
A l’aide du réchaud, il prépare du café. La mixture qu’il obtient ressemble plus à du jus de chaussette qu’à un véritable café italien, mais qu’importe. La boisson est chaude, et c’est tout ce qui lui demande. 8 heures. Il faut qu’il aille réveiller Neve. Leur journée va être longue.
Warren entre dans la chambre comme en terrain conquis. Neve ne dort pas, elle est assise au pied du lit, une couverture sur les épaules et une bouteille à la main.
- Et bien, on dirait que t’as le whisky matinal !
- Et toi on dirait qu’on ne t’as pas appris à frapper aux portes avant d’entrer.
« Toujours ce foutu sens de la répartie.»
- Le petit déj est prêt.
- J’arrive.
La cuisine.
Neve grimace en avalant une gorgée du fameux café.
- Euuurk… Demain c’est moi qui m’occupe du café d’accord ?
Warren ne répond pas, il est encore perturbé par le rêve de cette nuit. Les images défilent de nouveau dans sa tête. Elle sont toujours aussi confuse, mais elles lui fichent toujours autant la trouille. Il hésite à parler de tout ceci à Neve.
« Déjà qu’elle me prend pour un allumé… »
- Tu manges pas ?
La voix de la jeune femme le tire de ses réflexions intérieures. Il redresse la tête.
- Quoi ?
Elle pouffe devant son air ahuri.
- Encore dans les nuages Mulder ?
« Je crois que j’arriverai jamais à comprendre cette fille… »
Il est à peine neuf heures lorsqu’ils quittent l’appartement pour descendre dans la rue. Le temps à toujours l’air aussi maussade et le fond de l’air est plutôt frais. Neve noue l’écharpe blanche autour de son cou.
- Alors c’est quoi le programme du jour ?
- On va à l’hôpital pour tâcher de découvrir ce que c’est que c’est truc qu’on a sur l’épaule. L’ennui c’est que c’est à huit rues d’ici. Il va nous falloir une bonne heure de marche pour y arriver…
- Et ben on n’est pas sortis de l’auberge.
- T’as un meilleur plan ?
- Peut-être…
Elle traverse la rue et se dirige droit vers la voiture de patrouille stationnée sur le trottoir d’en face.
« Qu’est-ce qu’il lui prend encore ? »
Elle se penche dans le véhicule par la vitre que Warren a cassée deux jours auparavant. Ce dernier la rejoint.
- Qu’est ce que tu fabrique ?
Elle se redresse triomphante et lui un petit objet métallique : les clés de contacts de la voiture.
- Je nous dégotes une voiture. On va pas faire tous ce chemin à pied, non ?
Warren ouvre des yeux ronds.
- Mais c’est du vol !
Avant même qu’elle ne lui réponde, il comprend la stupidité de sa réaction.
« Elle a raison, il nous faut une voiture. »
Neve sourit.
- Tu sais conduire ?
- Ouais.
- Alors prend le volant.
Il hausse les épaules et attrape les clés. Neve fait le tour du véhicule et monte du côté passager. Warren fourre son sac à dos à l’arrière et s’installe au volant.
- Tu sais quoi, c’est la première fois que je monte dans une voiture de flic.
- Et moi c’est la première fois que je monte à l’avant, j’ai plus l’habitude d’être à l’arrière…
Warren préfère oublier cette nouvelle remarque et insère la clé dans le contact. Neve ne peut s’empêcher de trifouiller le poste de radio. Toutes les stations sont mortes et ne crachent plus que des parasites.
- Il est pourri leur auto-radio…
Elle regarde ensuite le gros fusil à pompe calé entre les deux sièges.
- Je crois que j’ai trouvé le grand frère de ton flingue.
Warren regarde l’arme qui dépasse de son jean. Il ne sait même pas pourquoi il l’a glissé dans sa ceinture avant de partir. Un réflexe sans doute.
- Au fait, pourquoi tu te ballades avec un gun ? De quoi t’as peur au juste ?
« Si seulement je le savais… »
- De rien. Je le garde juste au cas ou. On sait jamais.
Il coupe court à la discussion en mettant le contact. Le moteur démarre au premier coup de clé. La voiture s’élance à travers la rue. Par inadvertance, il met en marche la sirène, réalisant par la même occasion un rêve de gosse. Il sourit. Pour la première fois depuis deux jours il est heureux.
La sirène beugle encore lorsque la voiture se gare devant l’imposant immeuble qui abrite l’hôpital public de la ville.
Le hall d’entrée du bâtiment est désert. Il y règne un désordre monstre. Des lumières rougeoyantes sont allumés dans les couloirs annexes du hall. De toute évidence, le générateur de secours fonctionne encore. La chaleur qu’ils ressentent en entrant confirme d’ailleurs cette théorie.
- Y’A QUELQU’UN ?
Bien entendu, personne ne répond au cri de Warren. Neve s’allume une clope. Elle tire une taffe avant de déclarer :
- Et maintenant on fait quoi ?
- On cherche un appareil capable d’analyser les trucs qu’on a sur le bras.
Il promène son regard sur les murs qui l’entoure à la recherche d’une direction à prendre. Un écriteau vert suspendu au plafond du couloir de gauche retiens son attention : Radiologie.
- Allons par là.
Les deux jeunes gens s’enfoncent silencieusement dans le couloir. Après quelques minutes de recherches, ils pénètrent dans une salle d’examen. Un gros appareil se trouve au centre de la pièce. Warren s’approche d’un pupitre et bidouille la console de commande. Neve s’assois sur un bureau et le regarde faire.
- Je crois que j’ai saisi le principe. Ca à pas l’air trop compliqué à utiliser.
- Sans blagues…
- Retire tes vêtements et allonge toi sur la table.
- Et bien t’es plutôt direct comme mec. Tu crois pas que ça va un peu vite entre nous ?
Warren rougit.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire je… euh… je…
- Relax, je rigolais.
Moins de 15 minutes plus tard, Warren et Neve regarde les radios qu’ils viennent d’afficher sur un révélateur. Les deux clichés que Warren a réussi à prendre montrent un corps étranger implanté sous la peau de l’épaule de la jeune femme. Cela ressemble à une sorte de petit cylindre métallique. Ils sont abasourdis par cette découverte.
- Je me demande bien ou j’ai pu pêcher ça…
- Inutile que je passe une radio, je suis certain qu’on découvrirait que j’ai le même objet dans l’épaule.
- Bon sang, qu’est-ce que c’est que ce truc ?
- On dirait une sorte d’implant.
- Et ça sert à quoi ?
- Si seulement je le savais.
- A ton avis, depuis quand on ce trimballe ce machin ?
Warren ne sait que répondre.
- Qui nous l’a implanté ? Dans quel but ?
- J’en sais foutre rien, encore un autre foutu mystère à élucider. . .
Les deux jeunes gens se dirigent vers la sortie. Warren marche en tête, son cerveau fonctionnant à plein régime. Alors qu’il se retourne, il s’aperçoit que Neve à disparue.
- Neve ?
Pas de réponse.
- Neve ?
- Je suis ici.
Warren rebrousse chemin. La voix provient d’une salle sur sa droite. Réanimation - 2. Il entre dans la pièce et reste bouche-bée devant ce qu’il y découvre.