Chapitre V
- Neve ?
- En personne. Je suppose que tu es Warren.
- Euh... Oui...
Neve a un charme fou. Ou bien c’est l’isolement qui surestime le charisme de la jeune femme.
- Je peux m’asseoir ?
- Bien sur...
Se crispant encore plus sur sa place de banc glacée, Warren détaille sa nouvelle compagne de fortune. Un long manteau noir, des boots noires, une sorte de robe noire gothique du XVIIIe siècle européen... D’apparence froide, une curieuse émanation de chaleur émane d’elle. Peut être sa bonne humeur qui se veut communicative.
- Tu as fait une bonne route ?
« Plus looser tu meurs. »
Neve éclate de rire.
- Y’a eu un peu d’embouteillage à la sortie de Manhattan mais sinon, j’ai pas eu de problèmes majeurs.
Warren rougit. D’habitude, il n’a pas de problème avec les filles, mais celles qu’il fréquentait étaient plutôt BCBG. Pas aussi trash qu’elle. Mais si il dois passer un long moment avec elle, la seule solution c’est d’être le plus tolérant possible.
- J’voulais dire... T’as trouvé facilement ?
- Oui, les panneaux sont bien foutu. Y’a pas a dire, on risquait pas de se perdre... Avant...
Jusqu’à cette phrase, cette conversation aurait pu être celle de n’importe qui.
Jusqu’à cette phrase.
Neve détourne le regard quelques secondes, de peur d’avoir fait resurgir chez Warren quelques souvenirs douloureux.
- Hey... Faut pas se voiler la face... On est peut-être les seuls survivants...
- Tu n’as trouvé personne d’autre a part moi ?
Le jeune blond. Le bruit sourd de son corps s’écrasant au sol revient frapper l’esprit de Warren.
- Juste un jeune.
- C’est vrai ? Ou est...
- Mort. Il... Il s’est suicidé. J’ai rien pus faire.
Silence. Le vent reprend dans un petit sifflement lugubre.
- J’commence a avoir un peu froid, dit-elle dans un sourire gêné. T’as pas un appartement ?
- Ouais, j’en ai un. C’est à quelques kilomètres de là, on y sera en 10 minutes. Mais je te préviens : il semblerait que j’ai oublié de payer ma facture de chauffage.
- C’est à dire ?
- Qu’il n’y a pas de différence de température entre mon frigo et ma chambre, fit le jeune homme dans un clin d’œil.
- Super... Faudra penser a prendre des choses chaudes sur le chemin.
- Pas bête. J’connais un petit magasin. C’est sur la route. Au fait, une question conne mais... Ou est ta voiture ?
- Je me suis retrouvée en panne sèche dans la 31e rue. J’ai du faire le reste du chemin à pied. Désolée.
- Ah... Tant pis. Tu viens ?
Neve se décide à se lever du banc frigorifié. Warren lui tend une écharpe. Galanterie oblige. Elle l’accepte sans hésiter.
Pendant leur courte marche les menant au magasin, les deux personnes de n’échangent que des banalités. Nom, age, lieu de naissance... Mais ni la famille, ni les amis ne sont abordés. La plaie est encore trop récente.
Wild Planet.
Un magasin de nature et découverte. Il y a de tout : équipement de randonnée, lampe torche, boussole, pioche... et bien sur, des couvertures.
La porte d’entrée en verre étant fermée, cela risquait de poser un petit problème.
- Hum... Comment va t-on faire pour...
Warren n’a pas le temps de terminer sa phrase qu’une boots traverse la porte au niveau de la poignée. Neve passe la main dans le trou et déverrouille la porte. Warren a la mâchoire sur le trottoir. Alors qu’elle rentre dans le magasin, elle lui lance :
- Alors, t’attend quoi ? L’apocalypse ? C’est un peu tard.
De l’humour noir. Manquait plus que ça.
Warren a des couvertures et un sac de couchage sur lui. C’est a peine s’il peut mettre un pied devant l’autre. Son sac est porté désormais par la jeune fille en noir. Galanterie. La fille ne doit pas porter le plus lourd. Foutue galanterie.
- Il est vachement lourd ton sac mec !
- T’as le sens de l’ironie !
- Y’a quoi dedans ?
- Non, ne...
Trop tard. Elle est tombée sur la caméra.
- Il marche encore ce truc ? C’est le bouton «Play» ce machin ?
- N’appuie pas dessus Neve !
- Pourquoi, t’a enregistré un truc porno avec ? dit elle, un sourire au lèvres.
« Eh merde... »
Telle une gosse, la jeune fille ne peut s’empêcher de visionner le film. Warren n’essaye pas de l’arrêter. Il fallait bien lui montrer un jour de toute façon.
Après quelques secondes de lecture, Neve arrête la caméra.
- Putain... Joli les effets spéciaux.
- T’as une idée de ce que ça peut être ?
- J’en sais foutrement rien. On dirait une explosion. Mais c’est différent d’une bombe...
- C’est sûrement ça qui... Enfin...
- Peut être...
D’un geste rapide, la jeune femme remet la caméra dans le sac a dos, puis marque un temps d’arrêt.
- Alors... C’est où que tu pionces ?
Cette fille est vraiment imprévisible.
Warren s’écroule sur son lit, les couvertures encore dans les bras. C’est lourd quand on est pas habitué. Et de plus, il est fatigué. C’est la seule excuse qu’il ai trouvé pour sauver l’honneur du mâle.
- T’es vraiment douillet... lui lance la jeune fille.
«Raté...»
Warren se relève pendant que Neve passe la porte d’entrée de son appartement. La chambre de Warren ressemble plus a un mini bunker qu’à une chambre, mais ils ne sont pas la pour blablater sur le bon goût de la décoration.
- Chouette ton appart ! Un peu petit, mais sympa...
- Merci. J’ai mit les choses les plus importantes dans ma chambre. C’est aussi la pièce la plus grande et la plus facile d’accès pour la porte, au cas ou...
- T’es architecte ?
- Co... Comment tu le sais ?
- Ta façon de parler... On dirait un boucher qui parle de viande.
Impressionnant. Warren est heureux de ne plus être seul, et encore plus heureux d’être avec Neve. En plus, elle pas mal roulée.
Il secoue la tête.
« Obsédé va. »
La nuit est tombée depuis quelques heures. Le repas a été gargantuesque : tout ce qui était périssable venant du frigo a été finit.
Neve mange comme une ogre, malgré son apparente taille de guêpe.
Après le repas, elle se lève de sa chaise.
- J’en peux plus... Je reviens dans quelques minutes.
- Que... ?
A peine a t il ouvert la bouche qu’elle s’est enfuie de l’appartement. Imprévisible. C’est bien le mot qui lui convient.
Une dizaines de minutes plus tard, la porte s’ouvre. Dans une volute de fumée apparaît le visage pâle de sa nouvelle colocataire.
- J’en ai trouvé, chantonne t-elle.
- Des cigarettes ?
Une moue de réprobation s’affiche sur le visage de Warren.
- Tu les a trouvées ou ?
- En bas, chez ta concierge. J’ai ouvert la porte et j’ai fouillé...
- Ben bravo...
- Roooh arrête, on dirait ma mère... dit elle en tirant une nouvelle bouffée.
Alors que Warren finit un yaourt, il s’aperçoit que Neve se gratte le bras. L’épaule droite pour être précis. Cela semble beaucoup déranger celle ci.
- Neve, pourquoi tu te gratte l’épaule ?
- Hein ? Ah oui, euh, j’en sait rien, ça me le fait depuis quelques jours... Ca me gêne.
Le jeune homme fronce les sourcils.
- Ca te gêne ? Dans quel sens ?
- Bah c’est comme si j’avait quelque chose sous la peau. C’est chiant.
- J’peux voir ?
- Si ça peut te faire plaisir...
La jeune fille remonte sa manche tout en tirant une taffe. Warren s’approche et remarque... un bleu.
L’histoire de la douche lui revient en mémoire.
Devant son air interloqué, Neve lui demande :
- Qu’est ce qu’il y a ? J’suis pas assez musclée ?
Ne remarquant pas le sarcasme, Warren soulève lui aussi sa manche et constate un bleu identique.
- Merde...
- Qu’est ce qu’il y a, à la fin ?
- Regarde ! On a la même marque au même endroit ! La même forme, la même couleur...
- Waw. C’est psychédélique ce truc...
Un flash frappe la conscience du New Yorkais. Un grand flash de lumière. Comme sur la vidéo.
- Ca a un rapport avec ce qui s’est passé...
- Avec la disparition de tout le monde ? Tu délires !
- J’crois pas au hasard. On doit pas avoir ce truc pour rien. En plus, tu dit que ça te gêne. Doit sûrement y’avoir un... implant ?
- Hey Mulder, reste cool!
- Je suis sérieux ! Faut qu’on sache ce qu’on a dans le bras !
- Y’a qu’un endroit pour ça mec. L’hôpital. De toute façon, on a que ça a faire, non ?
- C’est pas faux. Au moins on a une direction ou aller. Et un mystère a élucider.
- J’crois que t’es un peu trop fatigué Warren ! se moque t elle.
- Ouais mais...
- Je prend le lit ! Allez zou, va dans le canapé de ton salon ! Et bonne nuit Mulder !
Warren n’as pas le temps de comprendre ce qu’il se passe qu’il est éjecté de sa propre chambre. La porte se referme. Le monde a l’envers. C’est bien ce qui se passe en plus.
Deux couvertures sur lui, allongé sur son lit de fortune, Warren pense à deux choses.
Savoir ce que c’est que ce putain de bleu sur leurs bras.
Et pourquoi c’est lui qui se tape le canapé.
Grognant de mécontentement, il finit néanmoins par fermer les yeux.
Demain lui donnera les réponses à ses questions.