Toute cette discussion sur la futilité de la vie m'a fait penser à une anecdote.
Lorsque je vais acheter le pain, je croise toujours un vieux à la fenêtre. Toujours. Qu'il pleuve, neige ou vente, que l'on soit en été ou en hiver. Je lui disais bonjour en passant et lui toujours là, à sa fenêtre sans faire le moindre mouvement.
Il était un peu flippant, il ne bougeait jamais, toujours là à regarder la même direction sans broncher.
Au fil du temps, même mon chien a fini par en avoir peur et tenter de sortir du trottoir pour aller sur la route chaque fois que nous passions devant cette fenêtre.
Chaque jour, un scenario encore plus fou que la veille germait dans mon esprit : si ça se trouve, sa femme l'a tué et pour ne pas avoir à affronter la police, elle l'a empaillé et depuis toutes ces années, personne n'a jamais rien remarqué.
Et puis un jour, la fenêtre était fermé.
Nous habitons dans le même village mais nous n'avons jamais discuté. Je ne sais même pas quel était son nom. Je ne l'ai plus jamais revu.
Peut-être est-il là, peut-être un jour resurgira t-il à sa fenêtre ? Ou peut-être repose t-il désormais au cimetière ? Aurai-je le courage de l'aborder s'il s'avère qu'il est toujours bel et bien vivant ? Va t-il même faire attention à moi ou bien va t-il continuer à fixer le vide en silence ? A quoi pensait-il ?
Quelque part, je me demande si ce vieil homme avait eu une vie calme ou palpitante, si c'était un joyeux luron ou un austère ancien à cheval sur les traditions, s'il avait eu des enfants comment s'était-il comporté envers eux ?
Mais au fond, à mes yeux, cet homme aurait pu être le plus aimable des samaritains ou le pire des salopards, cela n'aurait rien changé.
Il a réussi à s'immiscer dans mon esprit et durant longtemps il a occupé mes pensées durant quelques minutes. Et parfois il se réinvite sans que je m'y attende. Sa simple présence aura eu une incidence sur ma vie.