Dodo jinroh !
Berceuse
Première-Née - temps de l´oriole,
Première-Née - le mil en fleurs,
Et tant de flûtes aux cuisines...
Mais le chagrin au coeur des Grands
Qui n´ont que filles à leur arc.
S´assembleront les gens de guerre,
Et tant de sciences aux terrasses...
Première-Née, chagrin du peuple,
Les dieux murmurent aux citernes,
Se taisent les femmes aux cuisines.
Gênait les prêtres et leurs filles,
Gênait les gens de chancellerie
Et les calculs de l´astronome:
"Dérangerez-vous l´ordre et le rang?"
Telle est l´erreur à corriger.
Du lait de Reine tôt sevrée,
Au lait d´euphorbe tot vouée,
Ne ferez plus la moue des Grands
Sur le miel et sur le mil,
Sur la sébile des vivants...
L´ânier pleurait sous les lambris,
Oriole en main, cigale en l´autre:
"Mes jolies cages, mes jolies cages,
Et l´eau de neige de mes outres,
Ah! pour qui donc, fille des Grands?"
Fut embaumée, fut lavée d´or,
Mise au tombeau dans les pierres noires:
En lieu d´agaves, de beau temps,
Avec ses cages à grillons
Et le soleil d´ennui des Rois.
S´en fut l´ânier, s´en vint le Roi!
"Qu´on peigne la chambre d´un ton vif
Et la fleur mâle au front des Reines..."
J´ai fait ce rêve, dit l´oriole,
D´un cent de reines en bas âge.
Pleurez, l´ânier, chantez l´oriole,
Les filles closes dans les jarres
Comme cigales dans le miel,
Les flûtes mortes aux cuisines
Et tant de sciences aux terrasses.
N´avait qu´un songe et qu´un chevreau
- Fille et chevreau de même lait -
N´avait l´amour que d´une Vieille.
Ses caleçons d´or furent au Clergé,
Ses guimpes blanches à la Vieille...
Très vieille femme de balcon
Sur sa berceuse de rotin,
Et qui mourra de grand beau temps
Dans le faubourg d´argile verte...
"Chantez, ô Rois, les fils à naître!"
Aux salles blanches comme semoule
Le Scribe range ses pains de terre.
L´ordre reprend dans les grands Livres.
Pour l´oriole et le chevreau,
Voyez le Maître des cuisines.