Ce n´est pas une vaste loghorrée philosophique, c´est une vérité de pratique. Personne n´est simple, faible, ou pas responsable. Il n´a pas le choix, il est libre. Et ce n´est pas ton mode de vie stoïcisme qui y changera grand chose. D´ailleurs, la satisfaction qu´il permet est bien moindre. L´ataraxie se fait-elle au prix d´un "consentement mou" pour le dire comme Leibniz ? Enfin, c´est paradoxal d´appliquer une maxime stoïque (que l´on trouve mot pour mot chez les penseurs antiques
) tout en nous accusant de penser en accord avec d´autres. De même, et c´est encore plus grave, parce qu´une chose invalide complètement ta sentence. En effet, quel interêt à citer les stoïciens dans un problème impliquant la liberté, alors même que les stoïciens ne conçoivent pas le moins du monde la liberté. Leur école ne distingue pas nature et morale. La Physique stoïcienne, qui est cyclique, déterministe, commandée par le destin, est inséparable de la morale. Ce qui arrive est conforme à la raison universelle. Vivre de façon stoïque, c´est accepter ce qui arrive (faire avec, vouloir ce que l´on peut) pour vivre en conformité avec la raison universelle.
Ensuite, je n´ai même pas besoin de passer par là pour te montrer l´absurdité dans laquelle tu es. Tu prône la morne résignation. Mais cette dernière est justement la preuve qu´il n´y a pas de liberté.
On ne peut se résoudre que dans un système finalisé, où tout arrive par nécessité. Absurdité : tu parle de la liberté dans un système qui n´en admet aucune. Tes présupposés sont qu´elle n´existe même pas (ou si peu...). Tu es alors bien aise de dire qu´elle ne produit rien. Mais si elle ne produit rien, c´est en fait qu´elle n´existe pas.
Par contre, la liberté, l´absence de détermination, est la condition de notre révolte. On peut se révolter contre ce qui arrive, en tant que ça n´arrive pas nécessairement, que ça peut ne pas arriver, que ça ne doit pas arriver.
J´ai parlé de "vérité de pratique".
A propos de la soumission, et de la liberté, tu parle de "coeur mort". Au contraire, il est très satisfait quand il remet les déterminations à un autre. On jouit dans la soumission (et c´est pour ça qu´elle est un fantasme d´ailleurs) alors que l´on n´est pas désaxé, ni déséquilibré. La liberté est dure à assumer, en tant qu´on est à soi sa propre origine, et sa propre détermination. Mais la liberté dans le "ce qu´on peut", ce qui nous est proposé par l´Autre, dans un cadre où les règles sont fixées a priori (la comparaison la plus pertinente, est celle du bac à sable...) -c´est à dire au fond, la non liberté- satisfait entièrement les coeurs.
N´as tu donc jamais entendu parler des expériences de Stanley Milgram ? Ces gens là n´étaient pas "libre", et pourtant se sont livrés sans problèmes de consciences. Ils se sont soumis volontairements. Ce qu´il faut comprendre, c´est que l´hétéronomie est constitutive de l´homme (et je rapellerais la célèbre phrase de Freud : "Wo Es war, muss Ich werden"); elle est même originelle. Il en va de même pour la société, où l´on nait dépossédé. L´autonomie ne sera jamais naturelle pour nous, et c´est ce pour quoi elle est dure à porter, et angoissante puisqu´elle est totale.