Expeditions: Samurai veut révolutionner le RPG tactique avec une aventure entièrement jouable en coop
Bon alors, ce concours n´est pas dans le nombre de texte recu, une franche réussite.
Cependant même si au final, il ne reste que deux couples, et un texte, la qualité est là.
Je souhaite donc tout d´abord remercier Tohru, Redsissi, Carnaval et Caluc, d´avoir eu la gentilesse et le courage de nous remettre leur texte.
Ma partenaire s´étant, malheureusement décommandée, mon texte est hors concours.
Et je vous le présenterai donc comme une introduction au concours.
Et je voudrais encore une fois remercier carnavale, avec qui nous avons pu juger des textes reçu, et qui a eu la gentillesse de faire un commentaire pour mon texte.
Voilà donc tout d´abord le texte d´introduction, dédicacée à myssmelmel, mélody:
Mélody, Mélody, où est donc passée la mélodie qui berçait nos premiers regards ? Mélody je t’aimais, et les dieux savent que je t’aime encore, mais ce n’est pourtant plus comme avant.
Pourquoi ? Suis-je donc devenu sourd ? Où la musique, qui accompagnait nos ballades dans ces bois, à coté de chez toi, a-t-elle vraiment disparue ?
Quand je te voyais il y a deux ans, je n’arrivais pas à croire, qu’une seule femme pouvait habiter ton, si charmant, petit corps. Et chaque fois tu me surprenais, quand tu riais sans que l’on sache vraiment pourquoi, comme une petite fille, que l’on voudrait enlacer. Mais en un instant la petite fille rieuse se transformait en une femme sensuelle, désireuse et désirante. Toujours sur le qui-vive, je n’avais aucune idée des réactions, que tu allais avoir. Et je m’émerveillais quand sans que je ne m’en aperçoive tes yeux, qui auparavant abritaient l’étincelle de l’innocence, étaient devenus l’antre d’alléchantes flammes pantagruéliques et accueillantes.
Et moi, j’étais victime de ce charme, et je me surprenais à t’accompagner dans ces changements, j’étais tour à tour un père endurcit par l’âge, mais attendri l’espace de quelques minutes par le spectacle de la jeunesse perdue, puis je devenais un jeune homme sortant à peine de l’enfance, plein de promesses mais aussi de craintes à la vue d’une femme qui s’offre à lui avec fierté.
Ainsi Bach nous faisait découvrir le monde à l’aube des jeunes filles en fleurs, il était par ailleurs le plus agréable des guides, il donnait une entraînante vitalité au monde et à chacun de ses trottoirs, et emportés par une évidente avancée, bien au-delà d’une passion déraisonnée, nous parcourions le monde jusqu’au zénith, où notre serviable compagnon nous laissait pour nos habituelles promenades en compagnie de maître Wagner, qui préparait nos chevaux. Qu’elles étaient troublantes nos chevauchées, toi qui n’en avait jamais assez, et moi qui ne te suivait qu’à en perdre haleine. Non, pas toujours je dois l’avouer que quelques fois je me laissais distancer, et toujours je m’extasiais devant ta fougue, et aussi celle que tu m’inspirais. Notre bien raisonnable maître, malgré ses grands airs impérieux, nous quittait. C’était déjà le crépuscule, et harassés nous nous étendions l’un à coté de l’autre, lorsque notre fidèle ami de longue date, Chopin venait comme à son habitude nous faire part de ces dernières théories sur l’amour, les femmes et la vie, théories modernes et empreintes d’un charme révolutionnaire, du moins d’après ses dires. Mais que nous sourions, quand il était à nos cotés ! Que de sentiments ils savaient nous insuffler ! Et lorsque nous nous endormions quand il nous quittait, c’était toujours dans un profond sommeil apaisant et enivrant.
Oui il n’y avait jamais un son pour rompre l’harmonie de nos rencontres, c’était un miracle pourtant. Les défauts, que j’exacerbais chez les autres femmes, comme ta trop grande franchise manquant souvent de subtilité, m’arrachaient de terribles sourires quand ils venaient de toi. Ces petits gestes du quotidien, qui auraient dû être un coup de grâce à la féerie de notre relation, réussissaient à s’inscrire dans cette danse. Je crois que, c’était en fait une touche d’humanité supplémentaire et nécessaire, comme lorsque le pied d’une patineuse sur glace semble fléchir, ce moment où les spectateurs retiennent leur souffle, tous persuadés que le destin de la danseuse était déjà tout tracé, puis par un mouvement miraculeux la femme perdue retrouve toute sa stature. Mais si aux yeux des juges cette imprécision est impardonnable, l’assemblée réunie autour a élevé cette jeune femme au-dessus de toutes ces concurrentes, pas tant pour l’exploit qu’elle avait accomplit, en donnant tort au destin, mais par le fait que tout en réussissant entièrement son concours, il y avait eu dans ses mouvements une humaine hésitation. Et ces instants exceptionnelles tu les maîtrisais à la perfection, au quotidien.
Mais rien n’est plus comme avant, hier je me suis levé, et quand mes yeux se sont posés sur toi, je sais que les mots qui vont suivre sont cruels, j’eus l’impression que tu m’étais une inconnue. L’intimité et la complicité que nous avions depuis deux ans ont disparu, aujourd’hui quand tu viens me prendre dans tes bras, j’y vois le sans-gêne d’un inconnu, qui ne s’est pas se conduire avec autrui. Que m’est il arrivé, pour que tout m’agace chez toi, j’ose même parfois te reprocher certaines choses, qu’il ne me viendrait jamais à l’esprit de trouver vulgaire chez une autre. Ta voix même sonne faux, quand je respire l’unité d’un paysage, ta simple image vient troubler cette si parfaite cohésion, et enrayer le disque de la vie qui s’écoulait autour de moi quelques secondes auparavant.
Mais pourquoi ce n’est plus comme avant ? Je ne sais pas quand ton coté râleuse, qui m’amusait tant auparavant, car si charmant d’une puérilité sans méchanceté, m’est devenu si fatiguant.
C’est simple, tu te souviens de nos début, on était si différent, et il est bien connu que les contraires s’attirent, oui mais cela pouvait ils durer, je crois qu’on s’habitue à tout ou presque, et que le paysage qui nous paraissait exceptionnel, devient avec le temps plus banal. Il n’y avait que nos différences pour nous réunir, et aujourd’hui ce sont elles qui nous ont éloigné petit à petit. Il faut des points en communs, pour réunir les gens plus que le temps de la découverte.
Mélody, Mélody, mon amour, il nous faut évoluer, pour que tout redevienne comme avant. Pour que la mélodie de l’amour, celle qui crée un monde, et nous fait oublier un autre, puisse ressurgir.
Mélody, Mélody, mon amour, tout cela vient-il de moi ou la mélodie des débuts a-t-elle vraiment disparue ?
Voici maintenant le texte de Tohru:
« Je n’aime qu’un inconnu ! Un inconnu ! » A-t-il seulement compris ? A-t-il senti ma peine ? Je m’en vais sans savoir d’où je viens. Je cours sans savoir où je suis. Marion, ma petite fille, tu me serres la main avec inquiétude. Je sais bien ma chérie que maman te fait peur. Tristan, mon petit garçon, il a mal aux souliers, il est rouge, il s’essouffle, il sanglote, il me dit d’arrêter, je ne peux pas, je ne peux pas me retourner, je ne sais pas où je vais, mais j’irai sans faire demi-tour, cette ville a changé, le ciel est moche, il gronde, je voudrais m’occuper des enfants, redevenir une mère, mais ça n’a plus de sens, je suis anéantie, je me cherche partout, je crois m’apercevoir au détour d’une rue mais ce n’est qu’une vitrine de…des sous-vêtements… Il les a tous essayés. Il les a portés devant moi et je n’en savais rien, rien. Mais qui est-il ! Qui es-tu ! Pourquoi suis-je seule ? Pourquoi Tristan me déteste ? Il me crie que je suis méchante, il pleure, braille, cherche à se dégager, je le retiens, sa colère redouble, on me regarde.
Taisez vos regards, vous autres ! S’il pleure, c’est qu’il en a le droit ! J’en ai besoin ! Il faut qu’on pleure pour moi ! Moi, je n’ai plus une larme de fraîche… Après la dispute, il est resté tout seul dans la chambre ; un clown triste, un travesti. Un comédien de plus dans la longue farandole de mes honnêtes déceptions. Honnêtes ? Elles le sont pour avoir été entières, profondes, complètes. Il a tout bousillé ! Et je suis la coupable. Qu’est-ce que j’ai fait ? Est-ce que je t’ai mal aimé ? Est-ce que j’ai été égoïste ? Pourquoi as-tu baissé la tête ! Tu peux me regarder avec ton mascara ! Ca ne me gêne pas, c’était mon maquillage. Mais cette mutilation… Egoïste, égoïste, tout est de ma faute, si je crie c’est contre moi-même, je ne t’ai pas écouté, je n’ai pas été là pour toi… Non, ne fais pas demi-tour, Marie, il ou elle, qu’importe ce que c’est, n’en a plus le droit. Une voiture, un klaxon, une lumière m’interrompent. Le feu est rouge. Pourquoi j’avance ? Je tourne ma tête, les passants ne me regardent pas, ils font semblant, ils se concentrent sur le petit homme écarlate. Vite, attendre que ça passe au vert, et marcher droit devant, surtout ne pas frôler les autres, à cause des microbes, à cause de leur indifférence…
Les enfants ! Ils se sont enfuis ! Où sont-ils partis ! Je crie leurs prénoms, Marion, Tristan ! Où êtes-vous ! Oh non… pas eux, pas eux, ne me quittez pas, mes chéris, ne me quittez pas vous aussi ! Je regrette ! Je regrette ! Je ne voulais pas être méchante ! Revenez mes amours ! Une clochette retentit ; la boulangerie d’à côté. « Maman ! » Seigneur, ils étaient là. Des bonbons… Ils veulent des bonbons… D’accord, des bonbons. Je les serre dans mes bras, j’embrasse leurs joues gelées, il fait froid, c’est vrai, c’est l’hiver, vos écharpes, je suis bête, je n’ai pas pris vos écharpes ! Où aller… ? Papa est malade, Maman dans le Sud, ils ne pourront pas. Mes amies…J’ai encore leur numéro sur le portable. Ca ne se fait pas d’appeler comme ça après des années sans nouvelles. Je laisse tomber. J’irai à l’hôtel, où d’autres larguées doivent déjà m’attendre, à creuser leur trou.
Je marche plus lentement, je baisse la tête, frissonne, je marche lentement, ça y’est, ça commence, j’erre. Marion suce la langue de sucre, Tristan grignote son réglisse, les larmes sont passées, leurs joues sont réchauffées. Dans quel hôtel aller ? Si seulement il pouvait me courir après…Je t’aime. Je t’aime, c’est trop dur. J’essaye de me rappeler ce que j’étais hier, il y a une heure. Je revenais des courses, j’avais pris un petit sac, c’était notre soirée, je voulais ton désir posé sur ma silhouette, un flux dans ta poitrine, le cœur qui bat plus vite. Pour raviver la chair, nous autres, on a nos petits trucs, nos petites fantaisies. J’achète, croyant bien faire, un sous-vêtement osé, un parfum adéquat, un maquillage poussif. La vendeuse me sourit, on devine entre mes cils que la soirée promet d’être croustillante. Je me sens ridicule en y repensant : pour toi, c’était banal, n’est-ce pas ? Si j’avais fait l’effort de comprendre ta peine… Est-ce que tu es malade ? Est-ce que je dois l’accepter ? Il y a bien eu cet accident, cette tentative de ta part, il y a quelques mois, ça m’avait effrayée. Mais je te croyais guéri, pour de bon. Un coup de folie passagère.
Rappelle-toi le premier jour, tu as franchi le seuil de mon appartement, je pleurais, je ne sais plus pourquoi. Je me souviens de ton regard silencieux qui me dévisageait. Je me suis senti belle à travers tes yeux. J’ai oublié mon chagrin, j’ai aimé le son de ta voix, et je me sentais bien. Tes mains derrière mon dos, ton souffle sur ma joue, ton ventre contre le mien, j’ai découvert un homme, une virilité pure. Sans être exceptionnel, tu devenais unique, et tu me faisais rire. J’aimais ton humour noir, tes envies bizarres de pêcher, de chasser, ta misogynie de principe. J’ai aimé ton corps quand il m’a fait l’amour, et Tristan est venu, et Marion l’a suivi. Je les aime nos enfants, moi aussi je veux les protéger. Mais aujourd’hui, c’est de toi qu’il faut les éloigner. Tu pourrais… Je ne sais pas… C’est horrible si je pense que Tristan pourrait devenir comme toi ? C’est criminel d’en avoir peur ? Et Marion ? Que deviendrait-elle ? Pardonne-moi, j’ignore tout de ces choses. J’aurais préféré que tu me trompes avec une autre, pas avec toi-même. Aimes-tu les hommes ? Si tu te sens femme, si tu deviens femme, c’est dans un but, hein ? Je suis si naïve, je n’y comprends rien, j’ai mal, je ne devrais pas, je sais, mais j’ai mal, tout ça me rend si nerveuse, tu n’avais pas le droit, non, tu n’avais pas le droit de faire ça, et la loi l’interdit, j’en suis presque certaine.
Je réentends mes cris, mes larmes, je t’invective, je soliloque, tu restes muet, assis sur le lit, je veux te faire réagir, j’en ai marre, tu m’énerves, j’ai honte dans mes yeux, avec mon poing je frappe la table de la coiffeuse, avec mon coude je casse le miroir, tu es sur le lit, et tu ne dis rien, tu m’enrages encore plus. J’ai besoin de savoir ! Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? De ce que tu nous as fait ! Je veux des réponses, mon cœur, je ne veux pas que tu sois lâche. J’en ai assez des lâches… Ils courent partout, ici et là, qu’ils soient mâles ou bien femelles, ils mentent, ils jouent, ils font semblant. Mais toi, tu n’es pas comme eux, tu n’es pas un metteur en scène, et c’est là que j’ai mal…Ce déguisement te plaît sincèrement, ça ne me surprend pas, je connais ta voix, je la connais sincère. Non, ce n’est pas une farce ; et maintenant ton drame devient ma tragédie, j’en souhaiterais presque de devenir un homme, de transmuter mon corps pour venir te rejoindre. Je serais le mari, tu deviendrais l’épouse, je prendrais ton prénom, ton travail, ton passé, tu saisirais le mien…
Et… et pourquoi pas ? Aimer au-delà du corps ! Réaliser le rêve ! Ne faire plus qu’un, enfin ! Pouvoir enfin se mettre à ta place ! Ressentir comme on ressent vraiment quand on est dans ta peau ! Découvrir tes pensées ! Eprouver ta souffrance, comprendre ton langage ! La marche cesse. L’hôtel se dresse devant moi. Je regarde mes enfants… Vous aurez un papa, vous aurez une maman, notre famille n’est pas morte, mes chéris. Je les laisse dans une chambre, pris en charge par une dame aimable, je paye pour la semaine, mon projet se profile. Je vais à la clinique et je prends rendez-vous. On m’avertit, on me raisonne, on me dirige vers un psychiatre, deux jours passent, rien n’y fait, non, je ne suis pas folle, c’est une urgence, une urgence d’amour. J’appelle mes trésors, ils jouent dans l’hôtel, ils s’amusent, c’est ce qu’il faut…Il faut que je l’appelle, lui… elle…Ma femme… Quelques heures avant l’opération, on me donne un cachet, nue sous ma combinaison, j’observe une dernière fois la courbe de mes seins, la surface aplatie qui règne entre mes cuisses, la douceur de ma peau. J’enregistre sur cassette les échos de ma voix, je fixe le miroir de la chambre, je me regarde longtemps, une peur me tenaille, elle est terrifiante, elle me paralyse. Je ferme les yeux. Mon cœur bat et s’accélère. Vite ! Un téléphone ! Son numéro ! Musique des touches… Sonneries répétées… Clic, ça décroche… Allô… Allô, mon cœur ? Sa voix aiguë est terne, elle peine à me reconnaître. « M… Marie… ? Marie, c’est toi ? » me dit-elle. Je demeure silencieuse. Mes respirations se saccadent, les siennes aussi, pas un mot entre nous, je regarde une dernière fois le reflet de mon visage, je respire mon parfum, je caresse ma peau, je la palpe, je l’aime…Et je lui réponds enfin, dans un soupir profond, larmes discrètes, sincères, fortes de joie, clouant mes yeux déterminés : « Mais non, non, mon tendre amour…Marie… ça n’est que toi. »
Voici le texte de son partenaire carnavale, en deux parties, car malheureusement trop longs
Brisé, le miroir me fait face. Qui a fait ça ? Elle, bien sûr. Sous le coup de la colère, voilà tout. Bien sûr, n’importe qui l’aurait fait. Seul sur mon lit, je regarde les morceaux de reflet qui me fixent et je n’éprouve aucune satisfaction. Ca ne s’agite même pas sous ma peau. Hier, j’étais… Quelle importance… Et maintenant ? L’administration y travaille encore. J’ai décidé de devenir mon idéal ; mais me voilà. Brisé, l’idéal me fait face. Pourquoi ne puis-je éprouver aucune satisfaction ? J’avais un rêve secret, un rêve bien tangible. Mais j’étais lâche. Elle m’aimait pour la moustache, pour les poils, pour les muscles, pour la voix de baryton. Et maintenant ? Elle détruit un miroir. Je la comprends. Bien sûr, n’importe qui l’aurait fait. Irréversible, vous dites ? Bon. Irréversible. On n’est homme qu’une fois. Oublions ses cris, oublions ses pleurs, oublions mon odeur. Ce soir, me voilà autre. Elle est partie. Je l’ai remplacée. Il n’y a plus qu’une femme à la maison. Qui s’occupera des courses, des enfants, du chien ? Moi, c’est à moi de le faire. Où sont les enfants ? Bien sûr… Avec elle. Et le chien ? Non. C’est bon. Toujours endormi. Son odeur l’a trahi. Elle ressemble à la mienne, à celle d’avant-hier.
C’était mon dernier travail… Renvoyé pour indécence ! Moi ? Un animal dépravé !? Est-ce qu’on colle aux animaux des procès de ce genre ? Mon chien, lui, vit nu à quatre pattes et on lui fout la paix ! Mais à moi, que me manque-t-il ? Une fourrure ? Une langue plus longue ? Un regard moins ouvert ? Je me perds en conjectures. Ni animal, ni homme, me voilà sur le fil, entre les bas et les boxers, les soutien-gorges et les cravates. Me voilà moi, mais qui ? Personne. L’administration y travaille encore. J’avais un rêve secret, un rêve bien tangible. Mes cheveux étaient courts et ma bouche trop sèche. Cette poitrine était molle. Je n’aimais pas le sport. Suer, souffler, sauter, subir, assez, assez. Ils n’aimaient pas mon dos, ils détestaient mes jambes, ils me trouvaient trop maigre. Mais rien de méchant. Ca ne les gênait pas, je n’étais pas un rat écrasé par la honte. J’aimais la gymnastique et les barres verticales. J’aimais… J’aimais le patinage et la danse artistiques. Et lorsque les nageuses, poupées russes crispées aux sourires tailladés, transfiguraient à coups de jambes en stylo plumes l’encre laser de la vaste et ronde piscine, mes yeux tambourinaient, s’enfuyant dans la nuit vers des songes aquatiques où j’étais un poisson, ni mâle ni femelle, excessivement libre.
Réparons le miroir. Aïe… Sept ans de malheur, vous dites ? Je n’y crois pas. Cela dure plus longtemps. Je dois nettoyer mon pouce. S’enfuit le sang à flots. A quinze ans, je n’ai pas essayé de m’ouvrir les veines. Ce sont les faibles qui font ça. C’est trop classique, trop incertain. J’ai préféré aimer. C’était plus courageux. J’ai aimé ma figure trop plate. Mes cheveux trop gras. Ma bouche trop petite. Mon cou trop maigrelet. Ma poitrine trop nue. J’ai apprécié mes poils, contemplé la naissance de muscles trop timides, et tous, sans exception. Les années ont transmuté ma voix. Il y a eu des filles, elles étaient belles, elles sentaient bon. Légères, douces, virevoltantes, des filles qui fleuraient bon les promesses et les fées. Le soir, je pouvais en appeler une et passer des heures à l’écouter parler, silencieux, confident idéal qui se tait, qui se tait, qui se tait, qui écoute, réécoute, et comprend. Et moi, je comprenais tout. J’assimilais tout. Elles parlaient beaucoup. Je ne disais rien. Je ne disais jamais rien. C’était leur bonheur. Elles s’en contentaient, j’étais leur réceptacle. Et puis, lorsqu’elles m’avaient tout dit, lorsqu’elles n’avaient plus rien à me dire, je ne trouvais rien à leur répondre. Des blancs ? Ca n’est pas si grave. On peut encore se perdre en blanchisseries, bavardages, et autres futilités joyeuses. Raconter sa journée est un formidable privilège. Et jouir des mots gratuits, parler pour ne rien dire ! Trésors d’inutilités ! Inepties du langage ! Inerties créatrices ! C’étaient mes petits pains, mon petit beurre, mon péché de garçon.
Au début, elles louaient ma patience, mon aimable aptitude à ne pas les brusquer pour les choses de la chair. Mais bientôt, elles sentaient le trouble dans mon corps. Je n’osais pas toucher la peau de leurs épaules. J’anticipai déjà le dégoût de moi-même. M’insinuer en elles ? Me joindre à leur beauté ? Je n’en étais pas digne ! J’étais sali, maudit, désespéré. Et les semaines passaient, et elles s’impatientaient. Pressantes, embrassantes, caressantes, moi récalcitrant. Je détestais mes mains. Je méprisais mes doigts. Souiller la blancheur de leur cou, voler l’odeur de leurs cheveux, m’approprier leur silhouette, je n’en étais pas capable. Elles se lassaient. Elles devaient s’en aller, vexées, mauvaises, vindicatives. Les rencontres cessèrent. Aux yeux de tous, je n’étais qu’un eunuque. Ignoraient-ils seulement le bonheur ressenti par les fils de mon ventre lorsqu’un garçon viril me lançait au visage l’éclatante évidence de mes belles défaillances, de mon charmant secret, ce manque volontaire d’étrange entre-deux jambes ? Ont-elles regretté ? Je l’espère, je m’en fiche, je suis parti, et je l’ai rencontrée. Marie, ma douce amère, amie à l’improviste et d’improvisation. Je t’ai vue si fragile, brisée sur ton bureau. Tes larmes se mêlaient à l’encre de sa lettre. Pourquoi t’a-t-il quittée ? Il avait ses raisons, qui pouvait s’y attendre ? J’installe mes cartons, je t’entends sangloter. Je ne te connais pas car tu es ma voisine et je viens d’arriver. Je frappe, tu ne réponds pas. On n’ouvre pas quand on est malheureuse. La porte s’efface, je m’avance, bêtement je me présente. Tu détournes tes yeux pleins de pleurs. Tes larmes sont ridicules. Tu pleures un homme qui n’a jamais pleuré. Non… C’est faux, pardon. J’ai une fâcheuse tendance à juger brusquement ces uns qui font pleurer les autres.
J’ai aimé t’écouter, j’ai pris de l’assurance, j’ai décidé d’aimer pour une fois, plus que mes simples yeux. Je voulais m’en aller vers un ailleurs tangible. Je voulais échapper à mon rêve d’enfant. Non, je ne serais pas femme. Je deviendrais un homme. Un vrai. Un homme comme on en veut, avec charme et prestance. D’abord voisins, puis compagnons, mutuellement éduqués, nous avons pris le large. Dans mon cerveau, j’ai voyagé. Oubliés les boucles d’oreille, les robes, le rouge à lèvres et le fard à paupières. Je n’ai pas renié ma passion pour la danse parce que la danse c’est beau, je t’ai fait un enfant, aimé ses cheveux roux, je t’ai fait une fille dont j’adore les yeux gris, j’ai aimé avec toi fonder notre famille, apprivoiser ce chien, le nourrir tous les jours, et m’en satisfaire. J’ai aimé ce modèle. Je voulais à la fois être original et exemplaire. Exceptionnellement t’aimer. T’aimer en amour brut dans une maison de poupées. Ma mère était splendide, ses jupes étaient charnelles, ses chaussures scintillantes, ses chapeaux virevoltants, ses lèvres des chefs-d’oeuvre… Mon père, lui, était mou, et sans m’en rendre compte, mourut. Orphelin. Moi, je serais un père. Un père fort, qui ne pleure pas. Un homme, enfin. Un vrai. J’ai bricolé le fer, le bois et le plastique. J’ai percé, réparé, protégé, boulonné. J’ai caricaturé l’homme qui doit être un homme : j’ai pêché, j’ai chassé, j’ai roté, j’ai blagué, et j’ai été macho. Ca n’amusait personne, mais ça me rassurait. J’avais tout oublié. J’étais l’homme idéal.
Et puis, ce matin-là. Mes yeux clignent sans le vouloir. Les marteaux du réveil martèlent plus méchamment. Du brouillard par la fenêtre. Un vide derrière moi. Marie, partie pour trois jours, tu ne me dis pas au revoir ? Et si je ne revenais pas ? Je me lève. Le réveil ne meurt pas. Les marteaux sont coincés. Tant pis, allez au diable. Où est la salle de bain ? J’y vais, attention au miroir. De l’eau sur le carrelage. La petite s’est douchée. Et la serviette par terre ! Frotte-toi les yeux, frotte-toi les yeux dans le miroir, réveille-toi, tout ceci est très désagréable. Cette odeur ? Ca vient des égouts. Ca remonte, ça remonte de loin. Il y a des poils mouillés qui bouchent l’évier. Videz-moi tout ça. Et ce dentifrice séché sur le bout du robinet ! Lavez-moi tout ça… Frotte-toi les yeux, frotte-toi les yeux dans le miroir, réveille-toi. D’accord. J’ouvre les yeux. Je me réveille. Je me regarde. Soudain, un cri abominable. Qui est cet homme qui me fixe de ces yeux inquiets ? A qui est cette barbe poisseuse et tranchante ? Et cette odeur d’angoisse qui perle sous mes bras ? Qui est ce monstre hideux ? Il hurle, hurle, et sa voix, je la déteste, grave, grave, comme une contrebasse. Il brise le miroir. Je le hais, qu’il s’en aille, qu’il s’extirpe de mes yeux ! Mais la créature reste là, béate, livide, cruelle. Les enfants ! Heureusement qu’ils sont partis à l’école, ils ne verront pas leur père se battre contre l’intrus. Je dois les protéger, ce sont mes enfants, c’est ma famille, on n’y touche pas. Viens là, me dis-je, viens là toi qui m’assassines avec ton poil aux joues ! Bats-toi si tu es… Non ! Non ! Tu ne peux te battre avec une… On est plus faible physiquement, on n’est pas égaux, on n’est pas pareils ! Va-t-en ! Ne me touche pas ! Ne me souille pas ! Qui suis-je ? Qu’es-tu devenu ? Cette odeur qui remonte… Je me hais ! Je me hais ! Le miroir est brisé, je saisis le morceau le plus large. Je le regarde me regarder avec sa peur de fauve. Cette peau m’empoisonne ! Vite ! Nu ! Nu ! Chair à vif ! Reconstruction ! Déshabillage ! Reformatage ! J’arrache mon pyjama, je le déchire, je l’extermine. Et là ! Là ! Des poils ! Partout ! Sur le torse ! Sur les cuisses ! Sur les fesses ! Sur les doigts de pieds ! Rasoir ! Vite ! Rasoir ! Une envie maladive ruisselle en dix salives au bord de ma bouche crispée. Sans mettre de mousse, je rase tout ce qui dépasse, pas un poil ne survivra, pas un centimètre carré de… Oh non… Qu’est-ce que… Mes yeux se fixent sur lui, sur ce légume mou au centre de moi-même. Qu’est-ce que c’est… Qui m’a affublé de… Ah la mauvaise farce ! Ah l’ignoble plaisanterie ! Ah si je tenais le coupable ! Si je le tenais… Cette rage dans mes bras !… Voilà, ce qui se passait ce matin-là. Voilà, et c’est l’horreur de moi-même. S’ouvrir les veines, c’est pour les faibles. Mais se trancher le monde, c’est une autre paire de manches.
On me retrouve nu, évanoui, cicatrices multiples sur le corps rasé de fond en comble, sans sourcils et sans cils, les oreilles vidées de toute pilosité, le crâne poli, blanc, et cette flaque inerte où le sang attend, tranquille, tragique, effrayant. On m’emmène aux Urgences, Marie revient en trombe, elle m’aide, elle me rassure, elle ne comprend pas, moi non plus. Mes poils repoussent. On me raccommode ; caoutchouteuse, ma honte, comme une balançoire entre mes cuisses. Les mois passent mais le malaise triomphe. Le processus fonctionne. Mon secret, mon complot personnel, tout devient mécanique, j’agis comme un avare jaloux non pas d’argent mais seulement de lui-même. J’attends chaque jour qu’elle parte à son travail pour piquer ses culottes, ses strings, ses bas, ses collants, ses jarretières, je dois m’en revêtir, je dois l’aimer en elle, me sentir femme en elle. Mais ça ne suffit pas, il me faut ses jupes, ses robes, ses débardeurs, ses talons, ses chapeaux, oh ma mère tes chapeaux virevoltants comme je les aime, ma mère, tes chapeaux hypnotiques, Marie ton maquillage éclaire mon visage, mes lèvres sont intactes, rebondies, lumineuses. Je suis belle, je suis belle, mes cheveux se prélassent, se transforment, s’allongent, s’anoblissent. Pour indécence encore, je perds mon travail, Marie n’en saura rien. Fini le devoir conjugal, je suis l’intermédiaire, le ni pour ni contre, l’indécis indécent, le condamné, je suis fou de l’aimer au point de l’imiter, je ne vis que pour elle, n’existe que par elle, c’est Marie, c’est ma foi, je l’aime, c’est ma famille, on n’y touche pas.
Voilà, c’est le bonheur de moi-même et en cachotteries, cela dure des mois, elle ne remarque rien, les enfants sont paisibles, leur père est un homme, un vrai. Un bricoleur, un pêcheur, un chasseur, un blagueur. Jusqu’au jour qui nous préoccupe. Aujourd’hui. Aujourd’hui c’est zéro. Zéro siècle zéro, zéro sur toute la ligne. Zéro. En toute discrétion, l’appel, il y a trois jours. Allô ? C’est moi, ou je ne sais trop qui. Je voudrais… Oui, s’il vous plaît, docteur. Rapidement. Et trois jours plus tard me voilà. Débarrassée à jamais de ma honte mortelle, me voilà. Face au lit, habillée avec ses sous-vêtements, sa jupe, son haut favori. Je t’aime Marie, je suis ton autre moi. Je me regarde dans le miroir brisé, et j’entends à nouveau résonner ta colère, tes larmes, ma douleur. Tu me découvres ainsi : seins de synthèse, usurpatrice, voleuse, menteuse, folle que je suis. Je t’écoute me haïr, me hurler que je suis égoïste, odieux, monstrueux, et chacun de tes mots me harcèle le ventre. Je n’articule pas une syllabe, pas une seule. Je n’ai rien à dire. Je n’ai jamais rien à dire. Elle me déteste parce qu’elle ne sait pas qui je suis. « Je n’aime qu’un inconnu ! Un inconnu ! » En larmes, en vibrations stridentes, sa voix se fond dans mon crâne, liquéfié, dissous. Et mon cœur s’ébouillante ; sa détresse. Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fait ? Une inconnue. Une incertitude. Oui, Marie, ma douce et mon amère, pour me donner je t’aime, je t’aime, et j’aime aimer ta haine, et pour t’aimer encore, encore, je me hais davantage, j’ai trop mal de ton mal, Marie mon innocente, et le mal est profond, ils disent irréversible, j’ai mal de ta solitude, mal, Marie, et haine, haine de cet inconnu qui te fait pleurer ; mais crois-moi, je le jugerai, lui aussi, comme les autres.
Et le jugement, c’est là, ici même, face à l’idéal tombé en lambeaux froids. Assise sur le lit, je regarde mon nouveau corps, mon visage éclairci, mes yeux rougis. Qui es-tu ? Imbécile. Ce n’est pas un jeu. On ne gagne rien. Aucun lot de consolation. L’administration y travaille encore. Dis-le. Oui, dis-le. Dis-le que tout est révélé. Dis-le. Et articule !… Fou, c’est trop tard, à présent. Tu le sais pour la vie. La vérité fait mal. Elle peut détruire l’amour, elle vaporise l’esprit. La vérité en moi me brûle jusqu’aux ongles. Je n’ai jamais voulu être autre qu’une femme, je n’ai jamais voulu être autre que ma mère. Mais lorsque la mère meurt, qui suis-je ? Où me cacher ? C’était hier, j’étais désir de femme et ce noble désir m’aidait à les aimer, ces visages extérieurs, eux aussi, fragiles et durs, contraints, forcés, pierre d’aimants, diamants couverts de peau, ces autres qu’on ignore pas, même dans son égoïsme. C’était hier. J’avais un rêve secret, un rêve bien tangible et je n’étais qu’un lâche. Aujourd’hui, an zéro, face à moi mon visage zéro, je me vois effrayée. Et la sentence tombe, le jugement est féroce : en femme zéro, d’un seul nom je ne suis plus que l’ombre. C’est un nom solitaire qui pétrifie les sens comme un son monocorde, et seul… et fatigué… je le couds à mon cœur, étrange et bouleversant, je le nomme en un souffle qui embue le miroir, incrusté sur le verre, il tonne, il tonitrue, et il rit sous mes pieds sur un air ironique, mélodieux et profond, il me chante sa fable, il me brûle la peau, cet aphorisme odieux, c’est un mal mortifère qui naît dans l’estomac et qui surgit le jour où c’est irréversible… Tragique et monstrueux… Cruel et implacable… Noir et impitoyable… L’ineffable remord.
Une semaine plus tard, je n’ai pas de nouvelles. Je suis seule à parler dans la cuisine, absente, sans saveur. Les murs sont vides, il fait froid, c’est l’hiver. Tout pèse. Tout me blesse. Le temps est une corde élastique, je m’y pends, je suis vieux… J’ai peur de la solitude. J’ai peur de mon remords.
Et puis… Et puis…
Un matin, à onze heures… Sa voix au bout du téléphone… dans un souffle intense… je l’entends sangloter… elle m’appelle… elle est tendre… « M… Marie ? Marie, c’est toi ? »… elle échange un silence avec ma honte soudaine d’entendre sa voix… je ne sais trop que dire… Je ne sais par où commencer… Je voudrais… Je ne sais pas… J’aimerais… C’est beau d’entendre son souffle, ça me berce l’oreille. Marie… Non, pas le temps d’articuler. Elle m’interrompt… Elle respire… Enfin elle se décide… Elle répond et sa réponse me transperce. Par sa bouche aujourd’hui, me voilà…
Baptisée.
Voici le texte de Redsissi:
Pourquoi c’est plus comme avant?
C’est toi? C’est moi? Nan… je crois que c’est nous deux…
Ça fait tellement longtemps qu’on est ensemble qu’on croit se connaître par cœur. Pourtant…
Qu’est-ce que tu aimes au juste? En fait, je me rends compte que j’en sais plus trop rien… Visiblement on s’est perdu de vue pendant trop longtemps. Tu t’es éloigné de moi et moi de toi. Maintenant comment faire pour réparer et essayer de se retrouver tout doucement?
Faut que je redécouvre qui tu es. Tes regards tendres, je ne les connais plus… M’aimes-tu encore? Suis-je toujours la compagne idéale pour toi? Me désires-tu toujours, même si je suis un peu plus mûre et plus ronde qu’avant? Évidemment j’ai changé, toi aussi… Ça peut plus être comme avant, nous deux, on l’est plus. Nos enfants nous ont changés, nos métiers, nos collègues de travail, nos fréquentations. Tout doucement, de façon imperceptible tout a changé et un beau matin, on en prend conscience tout à coup. Que s’est-il passé? La vie nous a bouffé du temps sans qu’on s’en rende trop compte et voilà qu’à la quarantaine, c’est le questionnement existentiel… Vais-je bien où je voulais aller? Ai-je toujours envie de continuer avec mon compagnon de vie? Est-ce que j’ai envie de vieillir avec lui? C’est le temps d’un réajustement si l’on a des doutes… Mais alors, je saute dans l’inconnu une nouvelle fois? À mon âge? Que de doutes… Mais je n’ai plus droit à l’erreur là… Si je me trompe, après c’est trop tard, c’est fini, je n’aurai pas d’autres chances… Je serai trop vieille, trop mûre, trop fatiguée…
Non, ça n’est plus comme avant. Ta jeunesse s’en est allée et fais place à une belle maturité. Tes tempes grises, ces pattes d’oie qui ornent ton regard toujours aussi perçant, creusant des marques indélébiles sur ton visage tanné par le soleil qui a fait son œuvre avec le temps aussi, ton sourire toujours enjôleur… Tu as gardé ta silhouette de jeunesse toi, malgré un peu d’embonpoint à peine perceptible, tu es toujours aussi travailleur et acharné quand tu décides quelque chose. L’enveloppe est presque la même, à quelques détails près… mais le fond a changé. Je ne te reconnais plus, je vis avec un étranger.
Tu aimes toujours la bonne bouffe, les plaisirs simples de la vie, nos enfants ont grandi et notre fils te ressemble au niveau de sa personnalité. Comme toi il est fier, minutieux, particulier, tendre et fort à la fois. Arrives-tu encore à me comprendre? Moi j’ai parfois l’impression que je suis avec quelqu’un d’autre, qui n’a aucun rapport avec l’homme que j’ai épousé il y a des années…
Tu n’as plus ces petites attentions pour moi que j’appréciais tant; un bouquet de fleurs quand ce n’est pas ma fête, juste pour le plaisir de l’offrir, une boîte de chocolats quand ce n’est pas la St-Valentin. Tu ne me serres plus que très rarement dans tes bras. Tu ne m’embrasses plus. As-tu peur de montrer que tu m’aimes toujours? Crois-tu que je le sais depuis le temps? Et que je n’ai plus besoin que tu me le dises? Ça me manque tant tes bras. J’y suis si bien dans tes bras. Plus rien ne peut m’atteindre quand je suis dans tes bras… Sans toi, je me sens seule. J’ai l’impression que je te suis devenue indifférente, et ça me blesse plus que tout le reste. Pourquoi on s’est éloignés à ce point? Est-ce que tu crois qu’on peut encore arriver à se rapprocher tous les deux? Je me sens comme quelqu’un qui se tient au bord d’une falaise… Vas-tu me retenir ou me laisser plonger dans le vide? On continue ensemble à deux ou on se sépare pour de bon et on prend des routes différentes? Réfléchis bien et fais-moi connaître ce que tu as envie de faire…
Celle qui fut ta compagne de vie jusque là…
Et enfin voici le texte de caluc:
Pourquoi c’est plus comme avant?
Pourquoi c´est plus comme avant? L´évolution des espèces est toujours admirable à observer ici, les animaux et les végétaux qui y combattent tous les jours pour s´y faire une place des plus sures, nous montre que c´est le passé qui fait évoluer vers des choses supposées, farouchement, sans savoir, mais avec un acquis. Le passé est rassurant, les premiers hommes pour ne parler que d´eux, imaginons leur jubilation après avoir piégé un animal grâce à l´idée qui aura germée après une mauvaise chasse, là ils vont se libérer, maintenant c´est fait ! Ils vont partager et savourer leur prise en reparlant de ces évènements et bien sur, comment faire mieux la prochaine fois. Avaient-ils mieux fait que la dernière chasse ? Était-ce mieux qu´avant ? Je crois que seul l´être humain moderne peut penser de telles choses, le milieu naturel s´adapte ou disparaît. L´homme est logé à la même enseigne, mais pense et s´exprime, il râle aussi. Il préfèrera avant, ou en arrière, les efforts d´adaptation ne sont pas ce qui l´amuse le plus, et puis le passé c´est rassurant. Les animaux et les végétaux ne demandent qu´à subsister au jour le jour, l´homme veut profiter et ça ne lui donne pas toujours bonne conscience, il sait que bien des malheurs futurs seront engendrés par lui-même. Envie de reculer pour mieux sauter ? Mais sauter quoi ? Le Temps, ou plutôt le présent. Comment peut-on dire que c´était mieux avant puisque nous décomposons le temps en trois, par le passé, le présent et le futur. Nous ne connaissons pas le futur, nous ne connaissons que le passé et le présent, si on dit qu´on préfère le passé c´est que l´on apprécie pas, ou mal, le présent. Je crois même qu´il faut mal vivre pour dire que c´était mieux avant, mais si le présent est si furtif et le futur inconnu, on comprend que le passé soit un bon refuge. Il est même un refuge vital en cas de deuil par exemple, une base plus que solide, et dire alors en toute sérénité que c´était bien avant, mais il faut pas se dire que c´était mieux, sinon le deuil ne se fera jamais. Perdre quelqu´un est un cas extrême sûrement, il nous rappelle notre mortalité, celle qui fait qu´on est pas trop pressé d´avancer, qu´on a peur, tout le progrès dont nous profitons nous rappelle constamment que l´on se rapproche de la fin, c´était mieux avant serait le phantasme d´une machine à explorer le temps, bien ancrée chez les êtres humains depuis la nuit des temps ? Et qu´en pensent les gens qui sont croyants ? Une autre façon d´aborder le temps peut-être ? Je veux bien le croire. Il parait que toutes les religions sont basées sur l´Amour, l´amour ce que l´on a de plus cher, sentiments vitaux, n´aiment pas se voir dégrader par le temps. J´ai peur, mais je veux voir et vivre le présent.
Donc les résultats qui ont été établi par Carnavale et moi même.
Des deux couples, celui que nous déclarons vainqueur de ce concours est Tohru et Carnavale:
Qui ont la médaille d´or.
Félicitation à eux deux.
Les appréciations faites sur ces textes sont celles ci:
Tohru et Carnavale: Voici donc le couple vainqueur, qui le mérite largement malgré le peu d´oeuvres au final. Ce couple a su vraiment retranscrire le paroxysme de l´amour, du changement, et de la folie, de deux personnes qui vivent ensemble depuis quelques années, et ont fondé une famille. La symbiose de ces deux textes exprime très justement cette proximité, ce lien qui unit ces deux êtres, ici dans les circonstances les plus instables. Quand tout semble les séparer dans leur individualité, de leur propre personne même, c´est encore grâce à l´autre qu´ils en viennent tout deux à se retrouver. Difficile ici de trouver des défauts, si je devais en citer un, je dirai que peut être, il aurait été plus réaliste de rajouter quelques circonstances extérieures, pour expliquer cette si rapide prise de position extrême, d´une inhumaine humanité.
En plus clair: Tohru et Carnavale : le couple a su avec une volonté presque trop scolaire coller au sujet et a la règle de la connivence intertextuelle avec un certain panache. Le thème choisi n´était pas facile et ils auraient pu facilement se casser le nez. Le thème de la transsexualité autant que celui de l´homosexualité peut amener assez facilement au cliche, a la caricature. Ils ont tente de l´éviter mieux possible, en dépit de leur manque de connaissance et bien sur d´expérience en la matière. L´amour au delà de l´identité sexuelle, vécu comme un échange mutuel de corps et de mentalités est pressente sous sa forme la plus dérangeante. On regrettera quelques excès pathétiques pouvant rendre le propos des deux cotes, parfois, un peu trop caricatural.
Carnavale exprime ici la violence du changement qui survient dans son personnage par son style exclamatif, preuve d´une violence contenue dans son personnage qui grandissait et s´enfermait en lui même. Quand le bouchon saute, tout ce qui a été enfoui jusqu´ici ressurgit sans retenu, brusquement et oubliant l´extérieur, nous sommes donc ici en présence d´un personnage hors du commun, par sa violence, et tout ce passé qui ne saurait jamais se faire oublié. Un texte dense et développé qui fait place a un désir d´humanité, de compréhension, nous sommes dans une confession particulière, le style est parfois trop académique mais le texte sait aussi s´envoler parfois dans de purs moments de folie, et le discours indirect libre est assez bien mené.
Tohru: Tohru quant à elle avec un style toujours aussi proche de la furie, et tout aussi marqué par le changement d´une vie, si bien réglée, s´étale un peu plus sur la perte de sens d´orientation du personnage. Les phrases, tout en restant remarquablement vives, sont plus longues, trouveront elles même une fin? Une issue à cette obscurité qui envahit toute sa vie. Tournée vers l´extérieur, elle est elle celle qui découvre les brusques masques de la vie. La folie d´une lucidité de la vie est si bien retranscrite par tout ces doutes, ce passé, ce présent, et cette avenir qu´elle entame si pleins de convictions; contrebalançant ainsi l´absurdité de ce qu´elle découvre, après si longtemps. Elle découvre l´absurde monde, et rejoint la réalité de son partenaire, la sienne ne reflète plus rien, le miroir est brisé.
Une vraie sensibilité extraordinaire qui donne naissance a un texte virevoltant, des phrases courtes, sans respirations, des pensées mélangées à des actions, des projections, une mère déboussole qui sombre dans le doute, et tenaillée par le même amour pour un amour clownesque. La fin fait mal, un grand moment de sensation littéraire.
Voici maintenant quelques mots sur le couple caluc redsissi, qui n´a pas démérité non plus:
Malheureusement à cause d´un hors sujet de la part de caluc, ce couple n´a pas su être aussi unis que le couple gagnant. Ils ne parlent pas du même sujet à l´évidence.
Redsissi très proche du sujet reste dans la traditionnelle séparation des couples par le temps, alors que caluc, oublie le couple pour ne plus parler que d´un monde extérieur lui offrant ces doutes. Pourtant redsissi exprime même si c´est dans une simplicité, ne privilégiant pas forcément l´originalité, l´usure que connaissent aussi les couples. La première surprise pour le lecteur est ce constat, l´autre n´a pas vraiment changé dans son caractère, vient donc dans un premier temps les doutes personnels. Mais ne pas changer est ici justement le problème, car à force de connaître l´autre, d´avoir puiser en lui tout ses petits secrets, on en vient à se lasser, ou du moins à se détacher, à ne plus faire aussi attention à l´autre. L´épreuve du temps, ce temps qui avancent, quand les êtres se sont arrêtés. La souffrance ici est aussi exprimée par ces questions presque accusatrices vers la fin, et cet ultimatum, cette soif de changement, mais aussi de retrouver les débuts de leur aventure en couple.
Caluc quant à lui, se plonge dans une réflexion plus générale sur la condition humaine.
La mort de l´homme, la mort de l´autre, il s´attache à l´homme et ces erreurs. A contrario avec le texte de redsissi, l´erreur semble pourtant dès le début venir du changement, la vie primitive, celle qui ne s´attarde que sur le présent est elle un paradis perdu, si ce n´est dans les conditions au moins sans les appréhensions de l´homme actuel. Pourtant, l´homme a évolué, et il faut faire avec c´est ce que semble nous dire ce texte. Surprise peut être vers la fin d´ailleurs. On regretterait peut être que cette critique de la nostalgie ne soit pas non plus accompagné, d´un doute sur la moderne foi dans un futur en perpétuel progrès.
Un texte qui pose une réflexion intelligente et bien construite, et une fin un peu trop ouvertement didactique, qui articule de façon un peu artificielle, qui articule de façon un peu artificielle et la sensibilité liée a l´espérance.
Mais le travail sur la première personne, point de vue subjectif, est très intéressant.
Enfin pour clore ces appréciations, Carnavale, en plus de m´aider dans les critiques de chacun des textes présentés dans ce concours, a eu la générosité, d´écrire un commentaire sur mon texte, le voici:
Zech : un texte qui joue avec habileté du pastiche Proustien pour en tirer une composition musicale qui suscite enthousiasme et griserie prolongée. Le travail sur la musicalité formelle, sur l´extension de la phrase complexe, sur la décomposition mesurée de l´angoisse de la rupture, l´articulation des deux points de vue, la magnifique ambivalence littéraire entretenue par le double tranchant de l´invocation a la figure féminine (Melody) évoque a la fois la Muse originelle de l´inspiration du poète. Et le nom de la femme aimée érigée en idée, sublimée en concept, a la manière d´un Ronsard célébrant et regrettant sa bien aimée Cassandre.
La grandiloquence apporte noblesse et prestance un texte qui, dans son respect des formes longues et des critères de l´époque d´écriture, n’en demeure pas moins moderne dans son sujet, remis au goût du jour, et son personnage, dont le nom anglais en y apporte fraîcheur et dynamisme a un nom qui chante déjà.
On regrettera l´absence d´un développement plus approfondi a la suite d´une interruption un peu brutale. Le style est très cinématographique, et laisse suggérer les détails et la mise en scène d´une déclaration a temps multiples avec ferveur et minutie. Dommage de ne pas avoir eu la réplique féminine.
Encore un grand merci à tous, et félicitation ![]()
je mlirais plus tard ![]()
Mais qu´est-ce que vous faites sur JV.com ^^
Vous pouvez aussi poster ça sur le forum Ecriture.
Je vais lire sinon, bravo. :P
Je suis un gros noob en littérature mais mes préférés: Zech pour le réalisme de la vie d´un couple et Tohru pour retranscrire l´affolement de la mère, le passage avec le feu rouge on s´attend à qu´y ait un accident et en fait non c´est excellent ça, on dirait un film. ^^
Grosse faute dans ton texte Zech:
"qui ne s´est pas se conduire avec autrui"
Joli boulot tout le monde.
![]()
Je n´ai pas lu les textes, et je ne doute pas que les résultats soient pertinents, mais il est quand même étrange que, dans ce concours, Carnavale soit à la fois participant et correcteur. ![]()
Je le signale juste pour dire que, par souci d´impartialité, Carnavale aurait dû s´interdire de participer dans le jury.
C´est moi qui ait orriger le texte de carnavale, et lui qui a commenté le mien.
Et Carnavale a eu l´extrème gentilesse de m´aider, parce que le cojuge everlasting a fait faux bond au dernier momentEt de toute facon, même moi et ever avions prévu de participer malgré tout, juste que c´est l´autre qui corrige le texte de l´autre.
Et on est confiant dans l´intégrité de chacun, et celle de carnavale encore plus. ![]()
j´ai aucun doute sur l´intégrité de Chapter personnellement!
Bravo Chapter et Tohru vos textes sont splendides! je les ai déjà commentés sur écriture d´ailleurs.
Beaucoup de travail dans ces textes, une belle fusion, c´est évidemment plus recherché que ce que Caluc et moi avons fait, empreint aussi d´une belle sensibilité que j´apprécie beaucoup.
Encore félicitations! ![]()
Comme je l´ai dit, je ne critiquais pas la pertinence des résultats (ni l´intégrité de Carnavale), mais le principe même du cumul.^^
faut dire qu´il y avait pas foule pour la relève non plus...
En tous cas, chapeau aux gagnants, je crois qu´on avait peu de chance Red, quand j´ai lu vos texte je suis tombé de haut. Je crois que je suis plus fait pour la mécanique ![]()
Encore bravo !
ps: au fait, pour avoir une idée, combien d´heure de travail ?