Moi je définirai la philosophie positivement, avant toute chose. Si du moins une définition pouvait être satisfaisante...
C´est un objet qui attire et répulse, et souvent, personne n´est d´accord quand à son effet.
On attend des révélations extraordinaires; ou bien on la considère comme une réflexion sans objet et on la laisse de coté avec indifférence.
C´est surtout que le domaine est vaste, et que c´est le seul moyen que je vois d´expliquer tous les sentiments contraires à cette chose.
Elle est, pour moi, le contraire de la science. Et voici pourquoi. La science fournit des résulats. La philosophie n´est pas apodictique, elle ne fournit pas de savoir qu´on puisse posséder. Elle n´avance pas. Elle n´a conquis aucune conaissance sure. Il n´existe pas, en philosophie de savoir définitif.
Et lorsqu´il existe, lorsque le savoir est apodictique, il devient automatiquement scientifique; il appartient à un domaine particulier du conaissable.
De même, la philo ne progresse pas. On n´en sait pas, aujourd´hui, plus que Platon. Pire, on l´a sans doute même pas rattrapé.
Voilà donc un premier élément : la philosophie, et donc le philosophe, se passe de consensus. Ce que l´on cherche en elle, n´est pas un savoir, mais un examen critique auquel l´homme participe de tout son être. Les sciences s´interessent à des objets, la philosophie s´interesse à la totalité de l´être. Et cela importe bien plus à tout homme, que n´importe quel savoir scientifique.
De là, je tirerais quelques caractéristiques.
1°/ Chacun s´estime compétent. Le scientifique, c´est l´homme en blouse et qui sait. Le philosophe a la prétention de savoir, de s´y connaître et de pouvoir participer au débat. Et il faut reconnaître cette dimension très ouverte de la philo. Les travaux des philosophes professionnels n´ont de sens que lorsqu´ils finissent par rejoindre la condition d´homme.
2°/ Cela doit jaillir du moi, et tout homme doit s´y livrer lui même. L´humain est la source de la réflexion philosphique. Regardez les profondeurs philosophiques que l´on peut trouver chez les enfants. Celui qui dit "J´essaie toujours de penser que je suis un autre, et je suis quand même toujours moi" vient de toucher l´origine de toute certitude : la conscience de l´être dans la conaissance de soi. Il reste saisi devant l´énigme du moi, qui rien ne saurait résoudre. Ceux qui demandent "qu´y avait-il avant le commencement" découvrent que les questions s´engendrent à l´infini (du temps nottamment). Bref, la philosophie surgit de l´étonnement. Etonnement qui provoque pour tout le monde la surprise et la frayeur.
3°/ Non seulement les enfants, mais aussi les malades mentaux sont peut être, plus que tous autres, capables de philosophie. Ils ne sont remarquez, pas les seuls. Qui ne s´est jamais réveillé, avec le sentiment d´avoir apercu des choses étrangément profondes durant le sommeil; mais qui se dérobent à l´éveil.
4°/ L´homme ne peut pas se passer de philosophie.
Enfin, en toute chose, la philosophie s´oppose au sophos. Le philosophe est celui qui aime le savoir, et pas celui qui le possède. Ce dernier, c´est le savant.
D´autre part, l´important n´est pas dans les réponses, mais dans les questions. Et les réponses sont autant de nouvelles questions.
Ce qu´est la philosophie, on ne peut que le savoir que par l´expérience. On voit alors qu´ele est l´accomplissement de la pensée vivante et la réflexion sur cette pensée; ou bien l´action et le commentaire de l´action. Bref c´est une tache sans fin.
Voilà une définition sans prétention. Mais qui me semble montrer que vous chezchez un contraire en vain
Il est sur que vous trouverez des hommes différents du philosophe, mais je ne pense pas qu´un opposé total existe.
Peut être que le contraire du philosophe, celui qui recherche la vérité; c´est celui qui la possède. Dans ce cas, le contraire du philosophe, c´est Dieu, ou bien un homme tel qu´il n´en existera jamais.
On peut aussi dire, que le sophiste est l´opposé d´un philosophe. Mais ils me semblent plus différents qu´opposés : le sophiste est dans le monde des mots, le philosophe dans le monde réel.