Au placard, Hegel. Le Foot, donc, ce n´est pas la guerre (pas en premier lieu en tout cas), le foot c´est d´abord la rencontre, le partage, l´épanouissement, etc... : le foot est d´abord un sport.
Jusqu´ici, on ne tremble pas devant la sublime originalité d´un tel propos. Mais j´en arrive alors à approfondir la réflexion de la manière suivante :
le Football est le premier sport en Europe et dans la plupart des régions du globe à fédérer les nations. C´est le sport le plus populaire en Occident et dans les pays du Soleil. Chaque nouvelle coupe (Mondial, Euro, etc...) est l´occasion d´une rencontre entre les individus habituellement séparés par de multiples frontières (physiques, géographiques, sociales, culturelles, etc...).
C´est la notion de festif, alors, qui m´intéresse maintenant. Car qu´est-ce que la fête pour le travail ? Un loisir ? Non, mieux : une rupture. La fête marque le quotidien pour ce qu´elle a d´extraordinaire, d´unique, de savoureux, d´enivrant, en un mot, de divertissant. Une manifestation de joie comme celle qu´a connu la France samedi soir, aussi massive, aussi hystérique, aussi chaleureuse montre que nous avons encore le sens du festif.
"Encore" ? Vous me direz d´emblée que cela présuppose l´affirmation suivante : nous avons globalement perdu le sens du festif. C´est bien ce que je pense.
Si l´on regarde "L´Assomoir" de Zola, voilà ce qu´on peut analyser. Le roman naturaliste décrit les conditions de vie ouvrière dans les quartiers de Paris, sous le Second Empire, à l´époque Hausmannienne. Le quartier choisi est celui de la Goutte-D´Or, où Gervaise Macquart travaille comme blanchisseuse. Le travail est rude, épuisant, c´est l´été. Les forgerons, les plombiers zingueurs, les fleuristes... Tous travaillent dans des conditions rudes, insalubres et la promiscuité est le pire des fléaux. Et puis, un jour, pour Gervaise, il s´agit de fêter sa blanchisserie.
Que se passe-t-il ? Rupture dans le quotidien. La fête devient un grand moment à préparer, on s´habille, on dépense beaucoup, on ne pense plus à économiser, on cherche à faire bien. Les invités sont reçus, on a préparé une dinde. On dévore la dinde, on rit, on boit, on chante, on danse, on fait durer le plaisir toute la nuit, on sait que le lendemain le travail va reprendre.
La fête est là : dans l´exceptionnelle possibilité de se libérer du carcan du quotidien. Aujourd´hui, la consommation étant devenue une valeur fondamentale de la société occidentale, la fête est un produit à vendre, banalisé, devenu quotidien. On peut aller tous les soirs en boîte et là, servez-vous, c´est tou chaud, la fête est à votre disposition.
Non pas que je considère le progrès du confort, les possibilités de loisir, les jours de congé, de repos, etc... comme un mal. Je serais fou de penser une telle chose. Mais je me demande à quel point le divertissement devra se renouveler dans son caractère exceptionnel pour demeurer pleinement le divertissement : l´occupation qui détourne du sérieux, du travail, de la rudesse ou tout simplement de la banalité, du caractère répétitif du quotidien (et par extension, des questions existentielles qui font l´angoisse de l´homme.).
Aussi face à cette fête-produits-d´-usine, je considère le Mondial de Football (et les autres manifestations mondiales et fédératrices) comme un grand bien pour le divertissement et bien entendu ceux qui le vivent, en retrouvant ponctuellement toute sa valeur, c´est-à-dire bien entendu : nous.
Qu´en pensez-vous ?