"Si on peut le lire, ça signifie qu'il n'est pas très ardu. S'il l'était, tous les jeunes se lançant dans la philo par Nietzsche auraient jeté l'éponge depuis longtemps."
On peut lire quelqu'un sans le comprendre.
Le "problème" de Nietzsche est que ses textes sont souvent très ambigües, c'est d'ailleurs une des raisons qui a conduit les nazis à les utiliser comme justifications de leur idéologie.
Il m'est arrivé, au commencement de certains chapitres, de ne comprendre qu'au bout de trois ou quatre pages que le ton sur lequel le sujet était traité était ironique (ironique n'est pas le mot d'ailleurs, disons que les propos étaient trompeurs).
Donc Nietzsche est effectivement d'une rare complexité, non pas dans la terminologie qu'il utilise, mais dans la le caractère sinueux de son expression.
Vous vous rendez compte qu'il y a dans ce topic une certaine ironie.
Il y a en effet de quoi sourire dans la mesure où l'argument développé par gijoe, à savoir que les philosophes les plus lus étaient les plus accessibles et donc au fond les moins profonds et intéressants, est justement l'argument avancé par Nietzsche quand il nous explique pourquoi ce qu'il y avait de véritablement grand dans la philosophie Grecque s'est perdu avec le temps et pourquoi l'on se retrouve avec du Platon et du Aristote (les copistes n'ayant recopié que ce qu'ils comprenaient).
(Le raisonnement est inverse chez Hegel, pour qui l'Histoire ne conserve que ce qu'il y a de meilleur dans les oeuvres humaines)
Mais passons sur cette petite blagounette.
Le Zarathoustra, un mauvais début pour s'attaquer à la philosophie et à la lecture des philosophes ?
Très certainement mais la vraie question est plutôt: y a-t-il une bonne façon de se mettre à la lecture des philosophes ?
La réponse me semble aller de soi: non.
De deux choses l'une, soit on commence à lire directement les philosophes et alors, soit on se rend très vite compte qu'on ne comprend rien soit, et c'est pire, on a l'impression de comprendre quelque chose (parceque faut pas déconner, bien entendu que l'on ne comprend rien au premier abord des textes philosophiques, qui que soit l'auteur qu'on est en train de lire).
Soit on se met à la lecture de commentateurs ou à des textes d'histoire de la philosophie qui, pour le coup, sont parfois plus accessibles, mais qui ont le sérieux désavantage de déjà proposer une certaine interprétation des textes qui teinte d'emblée d'une certaine saveur toute lecture que l'on pourra faire ensuite des textes eux-mêmes et il est souvent très difficile ensuite de s'en défaire.
Alors écoute, si tu veux commencer à lire de la philosophie, je te conseille plutôt de lire directement les auteurs, pourquoi pas Nietzsche et son Zarathoustra.
Ensuite, tu pourras si tu en ressent le besoin ou l'envie, t'attaquer à des commentateurs mais il faut surtout que tu gardes en mémoire que tes premiers contacts avec les textes de philosophes seront nécessairement désastreux et que tu dois te méfier par dessus tout de l'impression d'avoir compris quelque chose à la première lecture.
La seule véritable manière d'arriver à y comprendre quelque chose dans ces textes, c'est de les relire encore et encore, de varier ses lectures et surtout de ne pas hésiter à laisser un texte de côté pour y revenir plus tard.
Tu verras qu'à la lumière d'autres lectures certaines portes de ces textes s'ouvriront comme par enchantement quand tu y reviendras, parfois des années plus tard.
Alors oui, c'est long, c'est dur, c'est chiant et le pire c'est que pour savoir si ça vaut le coup, il faut déjà en être passé par là.
Mais bon, c'est ça ou bien te complaire dans l'idée que t'es un putain d'autodidacte et que t'as besoin de personne pour penser comme un grand, à toi de voir.
Et me voilà Nietzschéen maintenant
vexover l'ironie étant un jeu à trois, c'est le lecteur qui est en cause s'il ne la comprend pas, pas le texte. D'autre part, si quelqu'un décide de se lancer dans la lecture de Nietzsche, c'est qu'il fait fi des présupposés idéologiques attachés à l'auteur, pour aller voir par lui même de quoi il retourne. S'il croit aux présupposés, il n'ouvre tout simplement pas le livre.
Mince, me voilà réfuté Ok, l'adolescent est pubère !
Salaud xD Non mais je soulevais ce point sans importance pour dire que si, par chez toi, les "ado pré-pubères" lisent du Nietzsche, je veux bien les échanger avec ceux de par chez moi =D
Nietzsche est en effet le seul auteur qui m'ait impressionné durablement par son style clair et léger.
Pourtant, à la moitié de son oeuvre, j'ai fatigué, et il a été plus dur à lire.
Comme le disait Pascal, l'éloquence continue fatigue. D'où l'impératif, pour moi, de passer au conte satirique, où l'on peut alterner dialogues et longs discours.
Les oeuvres de Sénèque, pour certaines, n'excèdent pas les 60 pages. Et pourtant, pour moi, c'est au moins 40 pages de trop.
ainsi parlait zarathoustra...
le seul livre que je n'ai jamais arrivé a comprendre.j'ai lu a peu pres 100 pages dont je n'ai compris que quelque paragraphes.je deteste ce genre de livre ou l'auteur se perd dans le style et oublie le fond.meme descartes reputé pour son language tres developpé est plus abordable.
Certains passages de Descartes sont très légers, très bien écrits, mais je trouve que le Discours de la méthode et ses méditations sont écrits dans un langage technique, composé de grandes phrases à rallonge
D'ailleurs, ses objecteurs écrivent pareil !
Je suis d'accord avec toi Vialatte, mais comme tu le dis, c'est long ! Je suppose que, lorsqu'on est en études supérieures et qu'on doit déjà travailler comme un dingue, c'est pas forcément facile, même pour un bizarre comme moi (
), de prendre son Traité sur la métaphysique des moeurs (j'adore ce titre) et d'en lire ne serait-ce que vingt pages de suite !
D'ailleurs, pour ma part, j'ai une alternative à proposer ! Les encyclopédies philosophiques ou les recueil d'extraits importants. Bon, évidemment, il s'agit très probablement ici des textes les plus faciles à comprendre, c'est vrai (je l'ai toujours remarqué d'ailleurs), mais on fait ce qu'on peut !
C'est pratique pour épater ses petits camarades en leur posant des questions comme : "Vas-tu répondre non à ma question ?" (j'rigole
)
Nietzsche est pas forcément le meilleur auteur pour commencer. Son style n'est pas démonstratif, il montre mais ne démontre pas. De plus, il nécessite une distance et un réflexion sur chaque discours de Zarathoustra. Exemple simple, de la nouvel l'idole, l'un des plus connus ("L'Etat est plus froid de tous les monstres froids",...) : Nietzsche n'appelle pas à la violence de ce discours mais à une prise de distance par rapport à l'Etat.
Perso, j'ai commencé par Platon (le Banquet) puis je suis passé à Spinoza (l'Ethique), à Heidegger (la question de la technique), à Arendt (crise de la culture et condition de l'homme moderne) et à Pierre Manent (philosophe politique). Après je suis passé à Nietzsche. Les trois premiers pour se rendre compte de ce que voulaient dire "lire les philosophes", les deux derniers pour l'exégèse. Très important pour Nietzsche l'exégèse.
Mais bon si tu tiens à commencer par Nietzsche, lis plutôt la Naissance de la tragédie.
Je ne connais Zarathustra qu'à l'aide du groupe italien Museo Rosenbach de musique symphonique progressive italienne
http://www.progtheater.frr/museo-rosenbach-zarathustra/
http://fr.youtube.com/watch?v=nmbafwR9XlY&feature=related
Je n'ai pas encore pris la peine de m'intéresser véritablement à Nietzsche...
Pseudo collector. ![]()
Qui ça ?
Pas le tiens en tout cas.
"1.933 jours"
"23.300 posts"
![]()
Merci ! ![]()
J'ai celui ci aussi dans le même genre. ![]()
Je dirais que Le Gai Savoir est l'oeuvre la plus abordable de Nietzsche à condition d'y aller doucement. C'est son oeuvre de matûrité. On la sent réellement aboutie. La préface du Gai Savoir est un texte sublime.
Ce passage entre autres...
. . . "Ce livre aurait peut-être besoin d'autre chose que d'un avant-propos, car en fin de compte un doute continuerait à subsister malgré tout, savoir si l'on pourrait rendre sensible par des préfaces, à quelqu'un qui n'a pas vécu quelque chose d'analogue, ce qu'il y a d'aventure personnelle dans ce livre. Il semble être écrit dans le langage d'un vent de dégel on y trouve de la pétulance, de l'inquiétude, des contradictions et un temps d'avril, ce qui fait songer sans cesse au voisinage de l'hiver, tout autant qu'à la victoire sur l'hiver, à la victoire qui arrive, qui doit arriver, qui est peut-être déjà arrivée... La reconnaissance rayonne sans cesse, comme si la chose la plus inattendue s'était réalisée, c'est la reconnaissance d'un convalescent, - car cette chose inattendue, ce fut la guérison. « Gai Savoir » : qu'est-ce sinon les saturnales d'un esprit qui a résisté patiemment à une terrible et longue pression patiemment, sévèrement, froidement, sans se soumettre, mais sans espoir, - et qui maintenant, tout à coup, est assailli par l'espoir, par l'espoir de guérison, par l'ivresse de la guérison ? Quoi d'étonnant si beaucoup de choses déraisonnables et folles sont amenées au jour, beaucoup de tendresse malicieuse gaspillée pour des problèmes hérissés d'aiguillons qui n'ont pas l'air de vouloir être caressés et attirés. C'est que ce livre tout entier n'est que fête après les privations et les faiblesses, il est la jubilation des forces renaissantes, la nouvelle foi en demain et en après-demain, le sentiment soudain et le pressentiment de l'avenir, des aventures prochaines et des mers nouvellement ouvertes, des buts permis de nouveau et auxquels il est de nouveau permis de croire. Et combien de choses avais-je derrière moi !... Cette espèce de désert d'épuisement, d'incrédulité, de congélation en pleine jeunesse, cette sénilité qui s'était introduite dans la vie, alors que je n'avais qu'en faire, cette tyrannie de la douleur, surpassée encore par la tyrannie de la fierté qui rejette les conséquences de la douleur - et c'est se consoler que de savoir accepter des conséquences, - cet isolement radical pour se garer contre un mépris des hommes, un mépris devenu clairvoyant jusqu'à la maladie, cette restriction par principe à tout ce que la connaissance a d'amer, d'âpre, de blessant, une restriction que prescrivait le dégoût né peu à peu d'une imprudente diète et d'une gâterie intellectuelles - on appelle cela du romantisme, - hélas ! qui donc pourrait sentir tout cela avec moi ! Mais celui qui le pourrait compterait certainement en ma faveur plus qu'un peu de folie, d'impétuosité et de « Gai Savoir », - il me compterait par exemple la poignée de chansons qui cette fois accompagneront le volume - des chansons où un poète se moque des poètes d'une façon difficilement pardonnable. Hélas ! ce n'est pas seulement sur les poètes et leurs « beaux sentiments lyriques » que ce ressuscité doit déverser sa méchanceté : qui sait de quelle sorte est la victime qu'il se cherche, quel monstre de sujet parodique le charmera dans peu de temps ? « Incipit tragoedia » - est-il dit à la fin de ce livre d'une simplicité inquiétante : que l'on soit sur ses gardes ! Quelque chose d'essentiellement malicieux et méchant se prépare : incipit parodia, cela ne laisse aucun doute..." . . .
C'est le début de l'avant-propos, qui a vu porté à son esthétique un soin tout particulier.