Je n´ai pas dit que l´origine était la cause mais qu´elle la contenait, ce qui est sensiblement différent. Elle ne contient pas seulement une cause, elle en contient plusieurs, qui sont à l´origine de l´acte. Je lève mon bras. Origine de cet acte ? La décision sera arbitraire. On pourra estimer que c´est la contraction musculaire ou la stimulation de l´esprit ou a priori la question orale de mon professeur ou donc alors la stimulation de l´esprit de mon professeur, etc etc.
Si l´origine est un point artificiellement fixé dans le temps, elle contient la cause de l´acte qu´elle entend prédéterminer (et déterminer), mais elle ne l´explique pas, elle ne la définit pas!
Il ne faut pas prendre l´infini pour une notion uniquement spatiale. D´abord elle concerne aussi bien le temps (même relativement) que l´espace puisque voir loin, c´est voir il y a longtemps. Nous voyons aujourd´hui des étoiles qui doivent être mortes depuis des siècles. En fait l´infini est un hors-espace-temps. C´est pour cela que définir un point de départ, spatialement ou temporellement, demeure artificiel, rassurant en somme. (Au passage, il n´y a pas d´artifice que culturel ou de culture qu´artificielle, il convient de préciser que l´artifice se définit comme un fait contingent qui, ici, aide par illusion la compréhension d´un phénomène).
"Volonté humaine", c´est un pléonasme pour le coup. Quand je désignais "la somme des volontés", je désignais l´ensemble des individualités humaines qui sont en mesure d´agir. Je ne suis pas responsable de ce qui me précède et de ce qui me précèdera mais je fais partie des responsables de l´ensemble des changements contemporains. Par ailleurs, je n´ai pas dit que la somme des volontés était l´UNIQUE responsable des changements. J´ai aussi bien insisté sur le rôle majeur de la nature, régie par les transformations de la matière qui la composent, et dont nous faisons également corporellement partie.
Je n´ai pas dit que l´immanence ETAIT la transformation chimique, j´ai dit qu´elle renvoyait à ce processus qui est propre à la composition intime de la matière. Cette transformation est l´effet naturel dûs aux caractéristiques "identitaires" de la matière organique. Elle découle donc d´une essence chimique. Par ailleurs, ne faisons pas de sophismes. Or, dire que si le temps n´est pas transcendant, alors il est immanent, c´est comme si l´on disait "puisque tu n´es pas noir, tu es blanc". Nous constatons simplement que le temps n´est pas une force qui nous dépasse mais davantage un sentiment intérieur, une inquiétude de l´être, même. D´où nous vient ce sentiment de temps ? De l´observation des changements à la fois extérieurs et à la fois intérieurs, en un mot, de l´idée de temporalité. La temporalité, c´est le mot donnée à la suite des changements qui me constituent. Si le temps m´est intérieur, il est immanent à l´esprit, et, en effet dans ce cas là, il ne relève plus du concret. Le temps est donc essentiellement une idée non verbalisée, indéfinissable.
=> Si je peux maîtriser mes idées, je peux maîtriser ma temporalité, j´en suis responsable, car je peux choisir et sa nature et ses effets, je n´en suis pas esclave, sauf si j´y mets de la mauvaise volonté, et préfère me réfugier dans la victimisation passive par le changement. Cette possibilité infinie d´affirmer ou de nier (Descartes), plus globalement de choisir (Sartre), cette nécessité de choisir, fait bien de nous des êtres condamnés à être libres. Être responsable c´est être maître de soi et donc libre en acte. L´évolution extérieure est contingente, elle ne déroule pas indépendamment de toute activité, en soi. Elle est relative aux actes humains et aux mouvements de la nature. Une évolution n´est pas nécessairement une amélioration, par ailleurs, mais simplement un changement continu, au sens propre. Ce changement continu m´appartient en partie si j´y contribue. S´il m´appartient, j´en suis en partie libre. Je ne suis donc pas absolument libre face à l´ensemble des changements, mais j´en suis un acteur. Aussi ai-je dit que maîtriser la/ma temporalité n´était pas me poser libre mais me poser PLUS libre.
D´autres facteurs peuvent mener à renforcer ce sentiment (et pourquoi pas cet état ?) de liberté.