Ah ?
Il faut dire que je n´arrive pas à percevoir l´apport conceptuel de la notion de beauté hors de son champ d´application naturelle (le domaine de l´apparence, de l´esthétique).
Si une idée nous plait, on peut dire qu´elle est bonne. Dire qu´elle est belle, dans le sens de bonne, est possible également, mais ce n´est qu´un synonyme qui n´apporte rien : autant appeler un chat un chat et dire qu´elle est bonne, tout simplement.
Pour que la notion de beauté au sens global ait un intérêt, il faudrait qu´elle se détache de la fin qu´elle poursuit.
Par exemple, dire "cette idée est belle" n´aurait pas le même sens que de dire "cette idée est bonne" ou que "cette idée est souhaitable".
Mais je ne vois pas en quoi elle se détache...
Parler de "beauté intérieure" est trompeur, car il n´y est point question d´esthétique, mais seulement de morale : pourquoi ne pas dire "bonne moralité", plutôt que "beauté intérieure" ?
Cet emploi élargi du concept de beauté ne peut conduire qu´à des confusions et encourager les comparaisons : la beauté physique flétrit inexorablement, tandis que la beauté intérieure reste.
Il y aurait donc des beautés superficielles, peu intéressantes (beauté physique), et des beautés positives (beauté intérieure).
Ce qui induit une supériorité du moral sur le physique, alors que les deux ne sont pas sur le même plan, et en réalité ne sont pas en concurrence.
Ramener la beauté à ce qu´elle est, une émotion physique, artistique, permet de conférer une unité à la notion et de mieux la distinguer d´autres concepts tels que celui de la morale (qui lui, n´a rien à voir avec l´art et ne poursuit pas les mêmes buts).
Et ainsi, on ne sera plus tenté de comparer un poème avec un essai philosophique, et de dévaloriser le premier sous prétexte qu´il a moins de substance : c´est oublier que le premier ne cherche qu´à séduire, pas à démontrer.
[C´était d´ailleurs la critique faite à Socrate, lorsqu´il demandait aux sophistes de résumer : ça serait comme de demander de résumer un poème.
-> On lui fait perdre toute sa force (qui repose sur l´apparence), et on a beau jeu de détruire après le contenu par une démonstration qui ne se situe pas sur le même plan.]