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Peut on 'faire' le philosophe?

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
11 avril 2006 à 18:04:08

J´aime mieux cet approfondissement, Pasfou. Mais si la "vertu" d´Aristote n´est pas la "vertu" de Kant, c´est parce que le terme "vertu" en particulier, comme d´autres, est polémique et la question n´est pas nécessairement de réfuter la définition d´une autre pour proposer voire imposer la sienne mais plutôt pour apporter une autre vision sur la question. C´est les idées associées aux mots, soit les jugements rationnels portés dessus, qui les font infléchir vers un sens philosophique choisi, mais légitime, car justifié (théoriquement). C´est en ceci que lorsque deux personnes discutent d´une notion, il faut que les deux parties s´entendent sur la définition du terme pour qu´il n´y ait pas malentendu ou quiproquo. D´où la nécessité de définir.

En outre, ta remarque est juste, on ne peut lire Sartre ou Nietzsche sans être un minimum préparé, au moins lexicalement. Mais si les langages spécialisés (= propres à chaque domaine intellectuel comme économie, droit, psychologie, etc... ou même plus pratique comme la cuisine, l´art design, etc...) sont hermétiques à la compréhension facile pour l´individu lambda non-initié, il n´en demeure pas moins que leur usage, codé pour qui ne les connaît pas, n´est pas gratuit dans la bouche (ou sous la plume) du spécialiste. (ici, le philosophe).

D´où la nécessité pour le non-initié, s´il souhaite découvrir la spécialité qu´il ne connaît pas, de se former à l´apprentissage du vocabulaire minimum que requière la pratique de la réflexion philosophique. Ainsi, maîtriser au moins les définitions courantes des termes qui renvoient à des notions (comme amour, société, bonheur, etc...) et maîtriser les repères (= couples de notions qui permettent de faire des distinctions, des oppositions, des nuances, etc... donc des précisions, des approfondissements lexicaux d´où découlent des approfondissements intellectuels. Ex : absolu/relatif, analyse/synthèse, obligation/contrainte, croire/savoir, etc, etc...)

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
11 avril 2006 à 18:06:12

fin de la phrase ^^ : Ainsi maîtriser au moins les définitions courantes des termes qui renvoient à des notions (...) et maîtriser les repères (...) est une étape nécessaire et fondamentale pour commencer à s´efforcer de réfléchir avec raison.

Pasfou
Pasfou
Niveau 10
11 avril 2006 à 18:22:24

Bien entendu, le non initié doit faire un effort.

Mais le langage philosophique ne doit pas devenir un cache misère, comme les médecins de Molière qui ne parlaient que dans un latin incompréhensible pour rendre leurs prescriptions inattaquables (et qui, lorsqu´on les questionnait, ne se justifiaient que par référence : "J´ai choisi ce médicament, car c´est ce qui est prescrit dans le livre de X..." -> Finalement, tout ne se réglait qu´en famille, car seuls les médecins étaient aptes à comprendre les autres médecins, et aucun ne déjugeait l´autre devant le patient).

Ce n´est pas comme ça en tout cas que l´on peut espérer faire aimer la philosophie et donner envie aux non initiés de faire les efforts nécessaires (sauf à vouloir rester dans une communauté élitiste).
Le haut doit se mettre dans une certaine mesure au niveau du bas, pour donner envie au bas de rejoindre le haut.

Mais ce sont des remarques générales qui, ici encore, ne te sont pas adressées, Carnavale (je n´ai aucun reproche à te faire, car je ne trouve pas que tu tombes dans l´abus).

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
11 avril 2006 à 18:30:24

Bien sûr, mais je n´ai jamais défendu le contraire, il y a une forme d´élitisme méprisant qui rend la philosophie - hélas - hermétique à la compréhension du plus grand nombre. Or, je suis convaincu que si on adaptait le discours philosophique à un public plus large, tout en ne se privant pas de la précision du langage, les hommes en société agiraient peut-être davantage philosophiquement, c´est-à-dire ici avec recul, vis-à-vis de l´environnement dans lequel ils doivent évoluer et agir.

nuiuh
nuiuh
Niveau 8
12 avril 2006 à 14:59:11

Je suis globalement d´accord avec vous, et je considère que les philosophes se doivent d´utiliser des mots simples pour pouvoir être compris de tous, comme le préconisait Socrate (LA figure du sage dans la société occidentale) qui était bien loin de ceux qui se "proclamaient" avec fierté philosophes (les sophistes) et abusaient du pouvoir que ce statut leur conférait. Je pense que nous sommes d´accord pour dire que tous les philosophes visent à atteindre la sagesse. Or, mon vécu, même si je suis jeune, m´a appris que les hommes les plus sages ne s´en rendent pas compte, ils ne "font" pas les philosophes pour impressioner la galerie, ils SONT philosophes, dans toutes les situations, qu´ils soient seuls ou pas.
La plupart des pseudo-philosophes (BHL notamment) de notre temps se complaisent dans un culte de soi et de l´éloquence, ce qui à mes yeux est un non sens quand on se veut philosophe : un philosophe n´est pas forcément un poète, et doit atteindre la vérité, et pas la beauté.

Pasfou
Pasfou
Niveau 10
12 avril 2006 à 15:01:23

Les sophistes ne prétendaient pas être philosophes, ni aboutir à la vérité : ils se contentaient d´enseigner l´art du discours, l´art de convaincre et de séduire les foules.

A l´inverse, c´était plutôt Socrate l´orgueilleux, puisque lui prétendait en plus vouloir atteindre la vérité.

nuiuh
nuiuh
Niveau 8
12 avril 2006 à 15:07:00

Je reformule plus clairement :

Ceux qui se disent philosophes de nos jours ne sont en fait que des sophistes qui forts de leur "statut" font passer leurs idées pour sages quand elles ne le sont pas, et ce sans jamais se remettre en question et considérer qu´ils ont pu avoir tort.

(Il n´y a rien à mes yeux d´orgueilleux à vouloir atteindre la vérité)

nuiuh
nuiuh
Niveau 8
12 avril 2006 à 15:08:59

Je sais que la définition que je donne au mot "sophiste" n´est pas la bonne. Disons qu´à mes yeux, les sophistes sont ceux qui font un usage irraisoné de leur éloquence, et la mettent au service de mensonges.

nuiuh
nuiuh
Niveau 8
12 avril 2006 à 15:10:12

(L´orgueil consisterait en ce que l´on prétendrait POUVOIR atteindre la vérité)

Pasfou
Pasfou
Niveau 10
12 avril 2006 à 15:33:22

oui, "pouvoir", tu as raison : mais la maïeutique de Socrate n´avait pas pour but de remplacer des illusions par d´autres illusions. S´il n´avait pas cru pouvoir atteindre ou tout du moins s´approcher de la vérité, il ne l´aurait pas fait.
De là, l´orgueil...

Pasfou
Pasfou
Niveau 10
12 avril 2006 à 15:35:12

Quant aux philosophe actuels (BHL), je ne les ai pas lus, alors je m´abstiendrai de les critiquer.

Ils sont peut-être très bons, au delà de leur charisme apprécié des medias.

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
12 avril 2006 à 19:59:10

Parce que je n´ai pas le temps de développer, j´apporterai juste cette distinction : Descartes est un philosophe (réfléchit sur l´universel), BHL est un intellectuel (réfléchit sur l´actuel). Les considérations philosophiques qu´il émet n´en font pas pour autant un philosophe qui consacre sa réflexion à l´étude de l´immuable, de ce qui est permanent dans l´homme. Par exemple, là où BHL étudiera la guerre du Golfe, en particulier, le philosophe utilisera la guerre du Golfe comme exemple, en particulier, pour réfléchir sur la notion de guerre, en général, qui elle, est universelle, et... propre à l´homme ^^.

Pasfou
Pasfou
Niveau 10
12 avril 2006 à 21:38:18

C´est vrai qu´il y a de quoi se tromper, car je viens de lire ses biographies (je ne le connais pas vraiment), et il est toujours présenté comme philosophe et intellectuel, et surtout chef de file des "nouveaux philosophes".

Il est assez ironique d´imaginer que les nouveaux philosophes ne seraient pas des philosophes... :rire:

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 13 avril 2006 à 00:00:57

Personellement, je ne conçois pas qu´une personne d´âge mure n´est jamais eut besoin de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons, même pour un adolescent je trouve ça impensable, la Philosophie on en fait tous les jours, et même les gens qui s´en doutent le moins.

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