Quelle est la nature de cet intérêt ? Peux-tu me le rappeler ?
Enfin, la règle sociétale est écrite et universelle, elle est obligatoire. La règle du couple est relative au couple mais surtout à ses deux parties. L´amour a une règle qui implique l´engagement des deux sujets aimants-aimés. C´est dans la perspective d´un zèle envers la règle de l´amour qu´on agit intérieurement dans un silence bénéfique.
Et encore une fois, nous ne nous opposerons pas sur ce point, attendu qu´un "zèle dans la violation" n´est pas la marque d´un amour su comme amour. C´est une blague d´amour, un simulacre, une illusion. L´infidélité constante est le propre des êtres étrangers à l´amour. Je n´ai toujours et seulement parler que des fautes d´une fois.
Sinon, l´analogie avec le médicament est une sorte de sophisme. On ne peut comparer objectivement les vertus objectives du médicament (virus => remède => éradication du virus) et aveu d´une faute. (nous aurions ici un schéma inverse (état bénéfique => aveu => état désordonné "malade").
Mais que doit-on retenir au cours d´une réflexion comme "l´erreur est-elle une faute ?" . La faute présuppose la connaissance du bien et du mal, du vrai et du faux. L´erreur, a priori, non. Sauf que la faute pour être faute doit être conscientisée comme faute par le sujet fauteur. On doit tirer parti de ses erreurs mais aussi de ses fautes pour qu´une fois faites on ne les ai fait qu´une fois, qu´on en tire les conséquences intérieures, et qu´on ne les reproduise plus. Attention, je ne suis pas en train de dire : commettons toutes les fautes possibles au moins une fois (donc tuons une fois, égorgeons une fois, trompons une fois, violons une fois, massacrons une fois, détruisons le monde une fois, anéantissons l´humanité une fois). Il y a la nuisance objective et globalement maléfique (au sens de "male" "facere" : productrice de mal dramatique) que la raison permet d´estimer comme telle. Il n´est pas nécessaire que le nourrisson pique son doigt sur l´aiguille pour se méfier dorénavant des aiguilles, pas plus qu´il n´est nécessaire qu´il se brûle pour se méfier dorénavant du feu. On doit lui donner les moyens, grâce à l´apprentissage du langage (et tout ce que cela implique culturellement), de concevoir le danger pour lui-même et pour les autres.
Mais quand on parle d´aiguille et de feu, on parle de danger (de mal) évident. La faute touche bien davantage le domaine de l´abstrait et il n´est pas aisé de ne pas douter sur la légétimité ou non de son acte, de ne pas hésiter entre sa volonté, sa conviction, et son désir d´une fois. Si l´on reste dans l´incertitude, on peut se fragiliser davantage pour l´avenir. Si le désir de l´incartade sur la morale (contrat préétabli) est extériorisé une fois et une seule fois et qu´il est vécu alors comme une faute par le fauteur, oui, du mal singulier personnel se tire un bien universel pour le couple, si la deuxième partie n´est pas informée. L´intériorité nous est particulière et personnelle. C´est l´intimité de notre être qui doit être préservée pour préserver l´autre de nos propres excès, surtout quand ceux-ci ne sont l´histoire que d´une exception et que leurs conséquences sont minimes en pratique car d´abord intérieures. Elles doivent donc le rester dans une telle situation.
La vérité est douloureuse et quand elle ne mérite pas d´être dite, il ne faut pas hésiter : il ne faut pas l´exprimer, surtout quand c´est la vérité d´une exception qui, intériorisée, devient source d´un renforcement personnel au fauteur et général aux deux parties.
Quand je parlais de violation constante, je traitais de la seconde "faute", pas d´une infidélité constante.
L´amour présuppose pour moi un devoir d´information du conjoint, sur ce qui est essentiel (vie conjugale, familiale, professionnelle) : on se doit de tenir au courant le conjoint sur ces points.
Il y a bien sûr un délai pour informer (délai fonction des circonstances (ex : délai de plusieurs années pour dire à son enfant qu´il a été adopté)), mais au delà d´une certaine durée, le non respect peut être considéré comme caractérisé.
Et il y a une différence de nature entre l´infidélité, qui est limitée dans le temps, et l´omission, qui se prolonge dans le temps : par la première, on commet une violation unique.
Par la seconde, (en continuant de ne pas révéler une information que l´on sait essentielle (= comportement permanent)), on commet une violation qui dure dans le temps (constante, jusqu´à la révélation ou la fin du couple (date à laquelle l´information cesse d´être essentielle, ou tout du moins, n´est plus transmettable)).
Pour la comparaison avec le médicament, faute (donc, trouble)-> condamnation->non récidive (= guérison), le traitement infligé permet objectivement une amélioration, selon Socrate (ce qui présuppose, pour lui, que la règle violée soit juste (pour qu´il y ait "maladie" réelle), de même que le jugement qui s´en suit et que la condamnation éventelle soit appropriée, bien sûr).
On peut éventuellement guérir tout seul, comme pour la maladie, mais c´est plus long, plus dur, et plus aléatoire (plus risqué).
L´individu ne doit donc pas fuire sa condamnation, mais au contraire la rechercher...
Pour le reste de ta réflexion, je trouve qu´on ne peut légitimer ces deux violations (pour moi : infidelité d´une fois + omission dans le temps) et te suivre que si l´on présuppose que l´amour à l´égard de l´autre est irremplacable.
Dans ce cas, effectivement, il n´y a que perte à révéler.
Mais si l´on peut retrouver un même amour avec quelqu´un d´autre, la perte de l´amour n´est que temporaire, tandis que l´aveu permet de produire tous ses bienfaits de façon indéterminée (ayant subi le traitement approprié une fois, on a une conscience très forte de ce qu´il ne faut plus faire).
Ma logique présuppose un amour interchangeable (= on peut retrouver la même chose avec quelqu´un d´autre). Et elle attribue également une valeur pédagogique à la sanction.
de façon indéterminée = dans le temps
Pour mieux comprendre l´idée que je développe à propos de l´omission, on peut prendre l´exemple du recel (fait de détenir...quelque chose que l´on sait provenir d´un crime ou délit).
Il s´agit d´une infraction continue dans le temps, dans la mesure où tant que l´on détient, on commet un recel.
Là, tant qu´on ne révèle pas, on manque à son devoir d´information.
Si tant est qu´il y ait devoir d´information au sein du couple et que la violation de ce devoir soit considérée comme intolérable (= les deux postulats sur lesquels je me base), bien évidemment. Ce qui pourrait être discuté...
Pourquoi encore me parler d´une infidélité constante qui serait cachée et non légitime, marque d´un profond non-respect ? Je ne cesse de t´affirmer que sur ce point, il n´y a pas à discuter. La faute volontaire et régulière, tout aussi cachée, est intransigemment condamnable et ne correspond pas à l´attitude d´un être amoureux incertain dans ses instincts et sa raison. Je continue à dire que sur la nécessité de la condamnation de celle-ci, il n´y a pas de doute, nous sommes d´accord.
Le devoir d´information n´est pas un devoir aveugle. Aucune morale n´explique que la recette de l´amour c´est de témoigner de tout ce qu´on a en soi qui pourrait être aussi bien bénéfique que maléfique à autrui. Dans la continuité de l´amour, surtout si l´on croit au concept et qu´on veut le mettre absolument en pratique parce qu´on porte un sentiment authentique envers l´être aimé, quand la faute n´a été commise qu´une seule fois, pourquoi lui infliger du maléfique puisqu´il ne peut même pas avoir le doute d´une information maléfique ? Il ne s´agit même pas de rassurer (ce qui serait une forme d´action visant à aveugler quelqu´un de soupçonneux), il s´agit de ne rien dire pour ne rien faire apparaître qui, pour ce que la faute a eu d´exceptionnel, ne saurait être que profondément et inutilement maléfique pour l´avenir de l´amour du couple.
Parce que je ne reparle pas d´une infidélité constante (nous sommes d´accord sur ce point), mais d´une non révélation constante (je ne parle plus de l´infidelité) : deux choses distinctes (c´est ce que je ne cesse de répéter, avec l´idée de deux fautes distinctes).^^
J´en reparle constamment, car je vois qu´il y a incompréhension et que je veux la lever, c´est tout...
Pour ce qui est de la faute exceptionnelle (et qui l´est vraiment), ne penses tu pas que l´autre serait apte à comprendre, et à en discuter sereinement ? (derrière l´omission, il y a aussi la défiance à l´égard de la réaction de l´autre)
Ca n´est pas obligatoire, c´est juste ce que je considère comme un devoir moral à l´égard de l´autre (mais j´ai dit que l´on pouvait discuter de sa valeur : je la considère comme essentielle, au même titre que la fidelité (et devoir distinct de cette dernière (et ne se limitant pas au cadre strict de la fidelité), je le répète !! ))...
-> révéler à un enfant ses origines, révéler que l´on vient d´être licencié, révéler que l´on a commis un écart de conduite, etc...
D´ailleurs, ce dont je parle dépasse le cadre strict du couple.
ex : révéler à sa famille son homosexualité, ne pas cacher ses problèmes à ses intimes...
Il faut trier les informations. Les unes seront acceptées les autres non, et devant cette évidence, il faut s´adapter. Tout dire sur soi, plus globalement, tient du suicide pour l´intimité de l´être.
Tout dire non, mais comme je l´ai dit faire part des informations essentielles (sans forcément entrer dans les détails).
Lorsque l´année dernière, je traversais des difficultés aussi bien personnelles que dans le travail, je n´ai rien osé dire à mon père pendant longtemps par exemple (j´étais faible mentalement (dépression), et je craignais sa réaction).
Mais quand j´ai été un peu mieux et en ai parlé, il a parfaitement compris : je ne le regrette pas, et j´aurais dû en parler avant.
Ne pas dire par peur d´affronter l´autre, ne pas lui faire confiance...
J´attache une importance réelle à l´honnêteté intellectuelle et à une certaine transparence : le mensonge est pour moi pire que la faute originelle (je n´ai jamais tenu rigueur à quelqu´un qui avait mal agi mais avait été honnête (le pardon est toujours venu après un certain temps) ; par contre, je n´ai jamais pardonné le mensonge ou la dissimulation).
Oui, mais ton expérience personnelle ne peut être mise en relation avec le cas qui nous occupe : la relation qui unit le couple, même si je comprends le problème de la nécessité libératrice de la confession. Mais comme pour la faute d´une fois, l´information n´est pas essentielle quant au projet fixé qui est celui d´une continuité dans le bonheur amoureux, ça tient toujours.
Au fait, quand on ne dit pas une information, on ne ment pas, on ne déguise pas la réalité. On ne montre pas ce qui, pour ce que c´est, ferait mal de façon disproportionnée et irréversible.
"Au fait, quand on ne dit pas une information, on ne ment pas, on ne déguise pas la réalité. On ne montre pas ce qui, pour ce que c´est, ferait mal de façon disproportionnée et irréversible."
L´omission n´est que le versant négatif du mensonge (qui suppose une action positive) : le même manquement à l´obligation de loyauté, qui s´exprime juste différemment (mais l´intention de l´auteur du manquement est la même).
Dol et réticence dolosive sont d´ailleurs assimilés en droit (la seule différence est que la preuve d´une abstention est plus difficile).
Ainsi, celui qui se marie en n´informant pas son conjoint qu´il est déjà marié...
Si jamais, par hasard, le conjoint demande "m´as tu déjà trompé ?" , la personne qui aura omis de dire la vérité auparavant va mentir et répondre "non", preuve que l´intentionnalité est la même (silence ou parole destinée à tromper une personne sur la réalité d´un élément qui serait déterminant)...
Le fond (l´intention fautive) prime la forme (l´action ou l´abstention) employée pour provoquer l´erreur.
Oui mais le non reste une omission dont les conséquences assurent l´absence de rupture dans la relation des deux conjoints. De fait, il demeure bénéfique à l´essentiel dont je parle toujours ^^. En outre, si la question était posée, elle mettrait en évidence un doute qui ramènerait déjà à un contexte relationnel où l´essentiel tend à diminuer en force. De fait, la partie posant la question serait en droit après observation d´avoir eu des doutes accumulés. Faute étrangère cachée et d´une seule fois, pas de doute à avoir. Et le bonheur continue parce qu´on continue à désirer ce qu´on a déjà (St-Augustin), et en plus, le bonheur amoureux est renforcé, pourvu qu´on y croie.
Sinon, ton argumentation est intéressante, Carnavale, mais elle me paraît quand même quelque peu paradoxale...
Simple cohérence logique : Si le projet fixé (= continuité dans le bonheur amoureux) est si essentiel qu´il justifie que l´on passe outre d´autres éléments (tels que la loyauté), alors pourquoi cette infidelité, même d´une fois ?
Comment un individu, si convaincu de la nécessité de cet amour, a t´il pu tromper ?
Sauf à considérer que cet amour n´était pas si essentiel et donc qu´il n´apparaît pas non plus justifié de passer outre les autres éléments, je ne sais pas trop bien...
A moins de ne se prévaloir de la primauté de l´amour que quand cela ne nous est pas défavorable (on trompe pour s´assurer que l´on aime vraiment, et une fois que l´on en est sûr, on maintient le secret au nom de l´amour)...
Je viens de lire ton dernier message : La question peut être purement fortuite (question posée en l´absence de doute, dont on attend une réponse négative)...
Si la question est posée, elle met quand même en évidence un doute donc un manque de conviction personnelle qui rendrait l´impossibilité de l´infidélité comme évidente. Cette conviction d´évidence intérieure est là mais on veut s´en assurer : donc afaiblissement de la conviction. On a quelque part des raisons de poser la question même si on s´attend immédiatement à une réponse négative. Il y a bien d´autres questions, tournées positivement, qui peuvent être des questions de réaffirmation d´un amour sincère.
Il est question de sincérité dans notre débat, je pense qu´entre transparence et sincérité, il y a une nuance. La transparence peut être source de désordre, la sincérité est un trait de caractère qui tend à être authentique avec la personne. Pour le confort de cette authencité, si l´on sait que l´aveu d´un écart est source d´un mal, on perd de soi-même plus qu´on ne se libère et la douleur devient partagée et irréversible. Par conséquent, l´aveu doit être proscrit dans un tel cas.
Quant à la question "pourquoi cette infidélité, même d´une fois", j´y ai déjà répondu précédemment. La faute est la marque d´une pulsion à laquelle on cède, et ça, c´est positif si on cède à la tentation pour ne plus y revenir et s´en méfier définitivement. D´où les bénéfices de la faute. Je n´ai pas universalisé cette nécessité de fauter pour ne pas reproduire la faute, bien heureusement, mais dans ce cas, c´est tout à fait ce qui convient, et c´est ce qui est cohérent avec la logique d´un projet de renforcement de l´essentiel. L´accidentel est un fait qui doit nourrir positivement l´essence, pas la détruire.
La question sera alors le fait d´une personne clairvoyante.^^
Sinon, je crois que je suis plus idéaliste que toi, qui es plus pragmatique : pour moi, la loyauté est plus essentielle que le maintien de la relation.
Car l´amour ne s´exprime pas que par l´intermédiaire du couple (la perte du couple n´est que la perte d´un plaisir égoïste), et aimer, c´est un respect de tous les instants, même si l´on n´est pas avec la personne.
Je préfère vivre seul sans rien avoir à cacher, que d´être en couple en sachant que le maintien ne résulte que de ce qui est pour moi un mensonge de tous les instants (mensonge au niveau de l´intention, même s´il n´est pas exprimé explicitement).
Mais ton point de vue est intéressant, il est vrai.
En même temps, c´est ton jugement qui détermine s´il y a un mal fondamental pour vous deux puis pour toi dans l´omission de cette information. De fait, c´est ton jugement qui détermine la force intériorisée de ton amour. Et c´est aussi une forme de respect à l´essentiel de l´amour.