Chorus vous interpelle, chère habituée.
Oh ma quotidienne, lisez donc les mots par mes doigts déposés. Je serai bref car on ne joue qu´une unique fois le si bémol.
Voyez-vous, l´envie de sa plume attaque mes sinus. Envie, sinon le désir, de m´entretenir avec vous sur la notion de divertissement. A vrai dire, nous agréons ensemble aux choses de la nuit. Et je vis aveuglé par le fait humain. Nul ne s´ennuie volontairement. Charles ne me contredira pas. Il aime trop son lecteur pour ne pas être honnête.
Laissez-moi être honnête. La société occidentale, oui, la même qui façonna vos seins, vos dentelles, vos chaussures et votre bouche souriante, exceptionnelle bouche d´éducation éduquée, la société occidentale est en son coeur avilie par une matérialité aveugle : le divertissement, ô le détourneur du travail, le divertissement est léger, le divertissement n´est pas utile. Utile? Vous m´en direz tant! Mais quoi? Peut-on dire que l´art est un divertissement? Car enfin, le divertissement n´est-il pas aussi sérieux, aussi considérable, aussi digne d´honneur que le triste travail? Ô système de valeurs impitoyable qui place le travail au centre de tout, qui rend la fréquention de l´art marginale, et la pratique presque obsolète, ou injustifiée.
Que diable viens-je vous chanter la Messe de Minuit ? Hé là, l´idéaliste, descend de ta lune impériale! Sois homme, ouvre les yeux! Mangeras-tu ton pain et boiras-tu ton vin si le boulanger cesse son pétrin, si le vignoble devient ignoble?
J´en conviens. Mais enfin quoi! Point d´hypocrisie! Nous avons dépassé la question matérielle. Admettons que l´artiste et l´ingénieur sont comparables dans l´importance de leurs fonctions. L´artiste n´est pas une cigale. Il est aussi fourmi que les fourmis. Et l´on se proclamerait juste de ne pas récompenser l´effort comme tout autre effort ?
J´irai plus loin ! Pourquoi ne pas récompenser et considérer l´absence d´effort ? Quelle morale assigne l´effort comme valeur fondamentale ? Pourquoi se tuer à défendre qu´il faut se tuer d´abord pour vivre ensuite ? Je défends que les concernés qui assurent l´existence et la continuité du divertissement sont tout aussi estimables que ceux qui leur donnent un lit, des couverts, une maison, et des cigarettes.
Vous êtes chiffonnée, Eratô ?