Une citation de Leopardi pour éclairer un peu le sujet ; il s'agit plus de plaisir que de bonheur (il serait intéressant - à l'occasion - de définir la liaison entre ces deux concepts) mais cela ne diminue pas l'intérêt de la citation :
Quand les sentiments d’enthousiasme, etc., que nous éprouvons sont
peu profonds, nous cherchons alors quelqu’un avec qui les partager, et il nous plaît de pouvoir en parler sur le moment (suivant l’observation de Marmontel, la vue d’une belle campagne ne nous satisfait que si nous sommes accompagnés de quelqu’un à qui nous pouvons dire : "la belle campagne!") car nous espérons en un sens accroître le plaisir que nous donnent notre sentiment et le sentiment lui-même avec celui d’autrui. Mais quand le sentiment est profond, il se produit le contraire, car nous craignons, à juste titre, qu’il ne diminue et ne s’évanouisse en étant partagé et arraché aux profondeurs de notre âme pour être exposé au grand jour de la conversation. En outre, un tel sentiment nous comble au point d’occuper toute notre attention, et ne nous laisse ni la place de penser à autrui ni le moyen de l’exprimer, ce qui supposerait une certaine attention qui nous distrairait, alors qu’une telle distraction est non seulement importune, mais également impossible.
Le grand penseur italien vient donc réduire à néant la ridicule morale hollywoodienne "happiness is true only when shared".