Bien sur, nous sommes en mesure de constater l'absurde autour de nous mais sommes nous des hommes de l'absurde ? N'est-ce pas absurde d'aller dans ce sens ? Sommes-nous Caligula ?
Nous sommes Sisyphe, mais sommes-nous heureux à l'instar de Sisyphe ?
Mon dieu mais lisez l'auteur un peu. Et la figure de Caligula n'est qu'une image du nihilisme auquel peut mener la confrontation avec l'absurde que Camus rejette.
J'ai lu "L'étranger" et "Le mythe de Sisyphe". Et je ne suis pas d'accord avec la conclusion de Camus selon laquelle nous devons imaginer Sisyphe heureux dans sa situation.
Peut-être trouverais-je une réponse chez Kierkegaard finalement.
Le 27 avril 2016 à 19:22:
Bidium a écrit :Le 27 avril 2016 à 18:56:
edophoenix a écrit :Y'a t-il un homme absurde parmi nous ?
J'aurais bien aimé répondre par l'affirmative, mais je pense que ce serait de l'orgueil de ma part. J'aurais aimé me considérer ainsi, mais je ne suis pas sûr de le mériter, en fin de compte.
Explicite s'il te plait.
Je dis qu'il serait orgueilleux de ma part de me considérer comme un homme absurde, bien que cela me plairait. J'ai toujours aimé les paradoxes, et j'ai par ailleurs régulièrement affirmé la contradiction de nature chez l'homme, mais cela ne fait pas de moi un homme absurde pour autant.
Pour préciser, je considère l'absurde comme ce qui permet d'interroger le plus la raison humaine : tant que les événements suivent notre train-train mental quotidien, et ne dérange pas nos a-prioris, nous n'éprouvons pas nécessairement le besoin d'aller plus loin que ceux-ci.
Mais que l'absurde bouleverse nos convictions et nos perceptions quotidiennes, et hop : nous nous mettons à ne plus rien comprendre, à réfléchir désespérément.
L'absurde est ainsi moteur de l'élévation de notre intelligence du monde.
Pourtant j'ai lu L'Étranger, La Peste et Caligula ![]()
Edophoenix=> Tout à fait d'accord avec cette définition ! Un homme absurde serait donc comme un "miroir" ![]()
L'absurde est une phase terriblement dérangeante, corrosive, l'absurde peut dissoudre toute espérance chez l'homme. Une fois que l'on prend conscience de cette confrontation, on ne peut qu'en ressortir fou, mort ou grandit.
Je lis actuellement le Mythe de Sisyphe et j'ai des doutes sur la compréhension de l'absurde de Camus de certains de mes VDD.
Quelques précisions tirées de cet essai (que vous pouvez lire ici http://classiques.uqac.ca/classiques/camus_albert/mythe_de_sisyphe/mythe_de_sisyphe.pdf théoriquement il faudrait être au Canada pour des histoires de droit d'auteur mais le site est visiblement accessible à tous).
L'absurde n'est pas issu de l'Homme ni du monde qui nous entoure. L'absurde naît de leur confrontation. Autrement dit, il naît du divorce entre notre raison qui aimerait comprendre, pouvoir unifier mais qui n'y parvient pas face à l’irrationalité du monde. Ce sentiment d'absurdité émerge depuis "l'appel humain et le silence déraisonnable du monde".
Quelle attitude adopter face à cela ? Eh bien je n'en ai pas encore assez lui pour y répondre clairement
. Mais Camus est très clair sur un point, je le cite "L'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on n'y consent pas".
Donc déjà ce qui est limpide, la solution ne passe sûrement pas par une attitude d'acceptation de ce sentiment d'absurdité. D'où je pense, l'importance de lire L'homme révolté plus tard.
Face à cet absurde, on est sans espoir (sans tomber dans le désespoir), il faut rester actif !
Enfin quelqu'un qui parle de l'appréhension camusienne de l'absurde en connaissance de cause.
Eh bien sache cher MagnusCarlsen que Camus explique effectivement au sein de L'Homme Révolté l'attitude de l'homme face à l'absurde; c'est, après son premier essai qui se place dans la négation, l'envers positif, au sens qui affirme, de la confrontation avec l'absurde: "Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui").
Je n'attends que cela, d'autant que je l'ai également "dans mes mains" lorsque je lis le Mythe de Sisyphe, merci à Gallimard d'avoir édité Camus dans la collection Quarto, mon budget d'étudiant s'en délecte ![]()
Ah oui elle est très bien cette collection.
Je tiens à préciser pour ceux qui ont lu les ouvrages de Camus que je m'excuse d'avoir pu sous-entendre que ce n'est pas le cas, mais il est alors assez vraisemblable que certains ne les ont pas comprises.
Le 27 avril 2016 à 22:18:
MagnusCarlsen a écrit :
L'absurde n'est pas issu de l'Homme ni du monde qui nous entoure. L'absurde naît de leur confrontation. Autrement dit, il naît du divorce entre notre raison qui aimerait comprendre, pouvoir unifier mais qui n'y parvient pas face à l’irrationalité du monde. Ce sentiment d'absurdité émerge depuis "l'appel humain et le silence déraisonnable du monde".Quelle attitude adopter face à cela ? Eh bien je n'en ai pas encore assez lui pour y répondre clairement
. Mais Camus est très clair sur un point, je le cite "L'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on n'y consent pas".
mais je suis d'accord avec tout celà. L'absurde est une épreuve terrible. C'est une contradiction cruelle, c'est un non-sens. Mais c'est en traversant cette épreuve terrible sans sombrer justement dans la folie ni le désespoir, que l'homme peut parvenir à forger son propre sens de lui-même.
La confrontation avec l'absurde, c'est la défi qui permet à un homme de devenir un homme supérieurement conscient - je ne parle pas forcément du surhomme de Nietzsche, mais de la sagesse en général.
Il n'y a qu'en prenant conscience de sa propre vanité, et en y étant confronté, qu'un homme peut la dépasser et être vraiment libre.
"Je tenais juste à développer ce que tu as dis pour ne pas laisser d’ambiguïtés, ce serait dommage que quelqu'un cherchant à se renseigner sur l'auteur fasse des contre-sens."
Tu as parfaitement raison de le faire, j'ai tendance moi-même à l'oublier.
J'ai l'impression que tu trouves qu'en identifiant dans l'oeuvre de Camus des traits éminemment antiques, il y a réduction ( sens péjoratif du terme ). Alors que je ne fais, au contraire, que l'attacher à une époque plus épurée en terme de philosophie. Moins monopolisée par la création de concepts en masse, et l'acharnement intellectuel quasi-pédantesque; qui finalement finit par poser un voile de catégories inutiles sur la vie, au lieu de lui réapproprier la place centrale qu'elle mérite. ( Je fais référence ici à une vision idéalisée des anciens, qui nous vient du filtrage naturel de Sa Majesté l'Histoire. )
Je ne fais qu'affirmer sa qualité fondamentalement humaine qui le lie plus que jamais aux grecs. Le fait que cette liaison aurait été d'autant plus compliquée avec la présence de cloisons conceptuelles superflux ne fait que l'honorer.
D'ailleurs je ne fais pas référence qu'aux grecs, en réalité, j'ai aussi les enseignement bouddhiques derrière la tête. En effet, Sisyphe trouve le bonheur dans le processus de la tâche qu'il accomplit et pas dans son but. Privilégier l'appréciation du processus plutôt que celle du but rappelle vachement le bouddhisme et même diverses philosophies orientales.
Alors ici, quand j'utilise le mot primaire, encore une fois je l'exorcise de son aura péjorative de Cro-Magnon. Le qualitatif primaire est lié dans mes déblatérations précédentes à l'immédiateté au monde, à la fois exemplifiée et prônée par le personnage.
Et puis en ce qui concerne mon usage du mot transcendance, j'admets totalement qu'il puisse être déroutant. Mais à défaut d'avoir un Dieu, ne penses-tu pas que Camus ait des dieux ? ( pour commencer ) Quand il parle de héros absurdes il en bâtit. Quel est leur point commun ? Leur souffle émotionnel. Si on ne peut plus dire que la fougue de Dom Juan transcende et noie la raison, alors je ne sais plus.
Tout un chacun possède un système de représentation personnel du sacré. La mythologie camusienne, eh bien, c'est l'hindouisme, c'est un polythéisme unifié par une grande force unificatrice qui scelle, unit, et englobe tout sous son joug. Ses dieux ? Les personnages de roman idéalisés, des personnages historiques. Son Dieu ? Le sentiment.
Parce que le sentiment c'est l'ultime retranchement du souffle vital, et quand le bougre dit qu'il faut aimer la vie avant d'en aimer le sens, il déclare là un axiome qu'il recouvre de sacralité. Une fois cette sacralisation accomplie, il reste à se révolter, histoire de soulever et d'écarter le plus loin possible tout obstacle à son expansion vitale, et puis enfin il reste à aimer.
Une de ses idoles est notamment Stravoguine, le protagoniste du roman "Les Possédés" de Dostoïevski.
Je comprends déjà mieux ce que tu voulais dire Egotisme, mais n'ayant aucunes connaissances concernant la philosophie orientale je ne saurais commenter ton rapprochement.
En revanche je crois que tu fais une erreur d'interprétation en ce qui concerne les différentes figures absurdes de l'oeuvre de Camus. Ce n'est pas une manière rigoureuse de voir les choses, à moins que ce ne soit qu'un élan de poésie (et ainsi "ton" Camus, plutôt que le véritable - on a pratiquement tous une vision personnelle d'un auteur et de sa pensée une fois qu'on le connait un peu plus, ce qui semble être ton cas).
En effet le mot transcendant désigne ce qui dépasse les possibilités humaines, ainsi pour être rigoureux dans notre raisonnement on ne peut utiliser ce terme pour désigner ce dont tu parles.
Ensuite Don Juan etc. ne sont que des manières de vivre de "l'Homme Absurde", titre d'ailleurs de la partie englobant les trois portraits auxquels tu faisais référence dans le Mythe de Sisyphe. Camus ne souhaitait pas qu'on l'interprète ainsi, et je le cite à l'appui:
"Je choisis seulement des hommes qui ne visent qu'à s'épuiser ou dont j'ai conscience pour eux qu'ils s'épuisent."
Ce sont des modèles, il peut y en avoir une infinité, et il le précise lui-même." (dans l'intro de "L'Homme Absurde")
Cependant, je tiens quand même à soutenir ton propos qu'ils ont une certaine part d'héroïsme au sens où ils ont trouver leur propre manière de surmonter l'absurde en "épuisant le champ du possible" (pindare).
Dernière citation pour conclure: "Ai-je besoin de développer l'idée qu'un exemple n'est pas forcément un exemple à suivre (moins encore s'il se peut dans le monde absurde), et que ces illustrations ne sont pas pour autant des modèles ?
Je crois qu'il s'est beaucoup dit de choses en réponses, mais je voulais juste indiquer un tout petit truc à l'auteur, faut vraiment pas penser Sartre et l'existentialisme par rapport à "L'existentialisme est un humanisme", l'ouvrage ne rend pas honneur à sa pensée.
En tout cas, ça fait plaisir de voir quelqu'un s'intéressait comme ça à Camus. J'ai jamais ressenti autant de plaisir qu'en lisant Le Mythe de Sisyphe ou l'Homme révolté ![]()