@donutcity>> Ton vouloir est-il moins "ton" vouloir parce qu'il est prédéterminé ? La tablette de chocolat qui te fait envie te fait-elle moins envie parce qu'il était causalement nécessaire qu'elle te fasse envie ? Et la sensation que suscite en toi le mélange des couleurs dans un paysage a-t-elle moins de valeur parce qu'elle est la conséquence stricte de ta disposition et d'une somme de vibrations lumineuses qui parviennent à ton œil ?
Que cette idée te rende malade provient du fait seulement que tu veuilles te dissocier de la nature plutôt que de reconnaître que ton identité est de lui appartenir, à cette nature. Tu pars du principe que pour être "toi" et avoir de la valeur en tant que "toi", il faudrait que tu sois autonome et indépendant de tout. (Une sorte de substance qui planerait au-dessus de la substance.) Puis tu réalises que non, que tu es complètement hétéronome, que la nature et les principes qui la régissent t'englobent et te déterminent. Alors la fiction que tu t'étais faite de pouvoir exister seulement par toi-même (et par rien d'autre) tombe par terre.
Et alors quoi ?
Cela serait-il mieux - pour être "autonome", pour être "indépendant" - que tu sois en-dehors de tout le reste, un être sur qui rien n'agirait ? Ni même plus la barre de chocolat ou les couleurs du paysage ?
Oui, tu es une maille dans un tissage. Il n'y a pas de discontinuité réelle entre ton corps que tu penses posséder et l'extérieur qui le meut et le détermine. Alors tu peux voir cela d'une façon déprimante : "je ne m'appartiens pas ; l'univers me fait être de telle ou telle manière et j'ai pas mon mot à dire !" ou alors tu peux retourner la chose et dire à l'inverse, comme l'avait dit Karl Marx : "l'univers est le corps inorganique de l'homme."
Parce que oui, l'univers agit sur toi et te fait ; mais toi, en contrepartie, tu agis en lui et participes à le faire. Tu n'es pas moins "toi" parce que tu es une maille dans le tissage !