DarkSmooth Voir le profil de DarkSmooth
Posté via mobile le 26 octobre 2013 à 15:15:25 Avertir un administrateur
Je vois qu'on cite Lacan alors je suis obligé de parler d'un homme que j'admire énormément, sans doute mon "modèle" pour répondre au sujet, Sartre.
A la fois un génie de la littérature, un révolutionnaire dans sa conception de l'ontologie phénoménologique mais aussi et ainsi et surtout un père fondateur d'un existentialisme moral brillant. Sans oublier qu'il représente quand même l'un des plus grands intellectuels engagés du 20eme siècle.
ROFL.
Il faut se mettre à la page : si Sartre conserve un prestige certain auprès des philosophes, son œuvre "littéraire", en revanche, est aujourd'hui gentiment méprisée de presque toute l'Université française. L'on rit de ses pachydermiques romans et pièces à thèse qui ne sont que des essais maladroitement recouverts des oripeaux de la forme littéraire... J'ai moi-même personnellement repéré une petite référence minable au début de Huis Clos, avec le "coupe-papier" sur la cheminée, lequel est précisément érigé, dans l'Existentialisme est un humanisme (abominable torchon dont le reniement ultérieur par Sartre lui-même ne l'en absout pour autant), comme le parangon de ce dont l'essence précède l'existence, etc. Je ne m'étendrai pas sur la spontanéité dramatique évidente des diverses répliques apophtegmatiques qui jamais n'ont malmené d'un iota la vraisemblance de ses œuvres. Je passerai également sur La Nausée, dont le seul mérite est d'être formidablement autotélique : jamais en effet un objet ne m'a inspiré le sentiment du néant et de l'absurde plus que ce livre-là. Bref, Sartre est un écrivain de comptoir, et seule pourrait te sauver, je crois, l'idée que le Beau est dans l’œil de celui qui le voit.
Son œuvre philosophique est loin d'être indéfendable, ni son L'Etre et le Néant d'être inintéressant. Mais pour avoir défendu becs et ongles la thèse du liberum arbitrium indifferentiae, à vrai dire logiquement indéfendable (il faut lire à ce propos le brillant Über die Freiheit des menschlischen Willens de Schopenhauer, trop méconnu), pour être tombé dans le panneau où Spinoza était lui-même tombé, avant de faire enfin marche arrière et d'adhérer à la thèse du serf-arbitre, pour avoir bâti là-dessus sa petite marotte ridicule de la mauvaise foi et défendu une bravoure de matamore, et enfin, pour avoir injustement dénigré les garçons de café, dont le sex-appeal n'est pourtant pas à démontrer, Sartre me dégoûte.
Enfin, intellectuel engagé, oui, mais engagé pour qui ? pour quels régimes ?
Pas besoin de faire un dessin... Gide aussi, comme bien d'autres, était tombé dans les rets de la sirène marxiste ; mais Gide, comme bien d'autres, a assumé sa palinodie...
Pour répondre au sujet, si je devais, quant à moi, avoir un modèle, sans doute serait-ce Max Stirner. Je ne m'étendrai pas sur le sujet, ce serait trop long, et peut-être ai-je aussi ce scrupule religieux qu'ont les musulmans, dont il est défendu de représenter le prophète... Bien qu'il me paraisse avoir tort passim, Stirner m'est un peu sacré, et je m'amuse à l'idée que ce sentiment est lui-même tout ce qu'il y a de plus antistirnerien.
Mon second modèle, c'est Pierre Bergé, depuis que je sais qu'il se réclame de Stirner (dixit en tout cas Michel Onfray), et qu'il a eu ces mots sublimes, allegedly très stirneriens : "Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ?"
Moment de génie chez un personne sinon assez grotesque.
Ah, et le troisième, Shakespeare bien sûr. Le plus grand écrivain que la Terre ait jamais enfanté.