Je pense comprendre la problématique tu poses, LamaOrange. Vakker, ce que tu exposes est vrai en théorie, normalité et puissance sociale ne sont pas synonymes, on applique là la simple distinction sémantique et la logique abstraite. Mais quand on rentre dans la pratique et qu'on analyse les données récoltées par l'expérience, il existe des interactions.
La normalité est un effet de groupe et n'a de sens dans le cas d'un individu ou d'une catégorie sociale d'individus qu'en rapport à la société. Prenez le premier français qui passe devant vous et considérez-le comme être unique c'est-à-dire avec les moindres détails qui font de lui sa personne, puis comparez-le avec les normes de la société française et vous verrez que lui ni aucun autre individu français ne correspondra jamais exactement à la normalité, puisqu'il s'agit là d'une moyenne. C'est le sens premier du mot normal, c'est le cas que l'on rencontre le plus régulièrement dans un ensemble donné, et la normalité n'a de sens qu'en fonction à un ensemble.
C'est comme la moyenne de nos bulletin de notes, on additionne différentes notes particulières que l'on divise par le nombre de notes total, il en ressort un chiffre abstrait qui est la forme synthétisée de toutes mes notes sans avoir la valeur exacte de chacune des notes relatives à chaque matière étudiée, et, cette moyenne est un indicateur de mon évolution scolaire qui n'a de sens que comparativement sur toute l'année scolaire. Dans ce sens, la moyenne de mon bulletin me permet de comprendre mon niveau scolaire par rapport à la classe et par rapport au trimestre précédent, et ainsi de voir ma progression et comprendre quels points de ma scolarité je dois améliorer.
C'est à peu près la même chose avec la normalité. Celle-ci ne correspond pas à aucun individu particulier d'une société mais elle correspond pour tous les individus de la société en tant qu'ensemble, c'est-à-dire en tant que société, en tant que groupe abstrait. En tant que tel, la normalité est un repère de normes, elle indique au moins ce qui peut se faire et ce qui ne peut se faire dans telles sociétés en particulier. À ceci près, qu'il y a une distinction à faire entre la normalité sociale et les autres moyennes. La normalité, qui est la moyenne sociale, cause un effet de groupe. Les comportements qui vont être adoptés par un nombre conséquent de personnes au sein d'une société vont ensuite être adoptés par une part plus importante de la société.
C'est sur ce point justement que je comprends la question posée par l'auteur. À partir de quel moment ce qui est marginal va-t-il devenir ce qui est normal, c'est-à-dire agir au sein de la société ?
Une étude américaine a montré tout récemment que cette transition s'effectue à 10% de la population. Si quelque chose est adopté par 10% de la société, alors cette chose va connaître une propagation exponentielle. Avant 10%, son adoption reste très faible.
La normalité qui n'a de sens que par rapport à une société dans son ensemble peut être compris comme un vecteur de puissance dans la mesure où elle opère une sélection entre ce qui fonctionne et ne fonctionne pas en groupe, et par l'adhésion de la majorité, va décupler les effets - les avantages et les inconvénients - de la norme adoptée. La puissance donc n'a de valeur que collective et non individuelle.