Simple précision sur un commentaire de notre cher ami -descartes-.
Citant son maître il dit alors :
« En outre, mon opinion diverge quelque peu de celle de Descartes lorsqu´il affirme que " le bon sens est le chose la mieux partagée", ou du moins je ne remettrais la véracité de cette allégation en question si la multitude, surmontant la bêtise qu´elle sonde communément, aspirait à user de son bon sens et à sortir de son asthénie ».
Cette phrase de Descartes, les années passant, puis les siècles, devint un poncif dont bien souvent l’interprétation semblait inutile. Grossière erreur. Reprenons ensemble une partie du texte dont elle est tirée :
Voici donc, ce qui figure être le début de la première partie du Discours de la méthode de Descartes :
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt que cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale à tous les hommes ; et ainsi, que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les même choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de bien l’appliquer ».
Descartes, œuvres et lettres, La pléiade, éd. Gallimard 1953, p.126.
En gros les hommes ont tous la raison en partage, voila ce qu’il nomme ce fameux « bon sens », mais ce qui les sépare c’est la façon dont ils usent de leur esprit, d’où l’utilité d’ériger une méthode pour bien conduire notre réflexion.
Une autre erreur d’interprétation(j´en profite par la même occasion) consiste à citer Descartes lorsqu’il parle de l’homme qui se voudrait « maître et possesseur de la nature ». On oublie bien souvent que la phrase est « comme maître et possesseur de la nature ». Malgré sa conception mécaniste du vivant il n’empeche que dans la philosophie de Descartes, s’il faut trouver un maître, c’est Dieu, puisque celui-ci n’est pas sujet aux vérités éternelles, et qu’il part du principe de création continuelle, qui voudrait que dans la secondes ou j’écris je puisse ne plus être, par sa simple volonté. Si mon existence est maintenue dans le temps, c´est uniquement par sa simple volonté.
Même si un malin géni pouvait faire en sorte qu’à chaque fois que je crois être dans le vrai je me trompe, il ne se peut que je ne sois pas. Si je me trompe, néanmoins je pense aussi erronée soit ma pensée, donc je suis. Mais, et là j’insiste, mon existence peut cesser à tout moment par un simple décret divin, c’est en tout cas comme cela que Descartes comprend la chose. Ainsi donc l’homme ne peut, même en comprenant les mécanismes du monde, être maitre et possesseur de la nature, il peut essayer d’y tendre, faire « comme si », puisque son existence même, n’étant garantie que par la bonté de Dieu, n’a rien d’acquis, et que les vérités qui découlent de Dieu, puisqu´elles ne sont pas éternelles peuvent très bien être autres, au-delà de la lumière naturelle dont il nous a pourvu.
Fin de la parenthèse.