Mon message est simple ; mon écriture, spontanée. Pourquoi un tel sujet ? Qu’est-ce, sinon un exercice, une pensée pour lui-même ; vanité ou confusion, orgueil, singularité ? J’écris alors ces phrases sous le coup de mes impulsions, et elles se forment, pour ainsi dire, l’une quelques secondes après l’autre. J’essaie, comme j’ai toujours fait. Pour tout dire, ma connaissance est une suite de hasards. A l’égal de ma vie, de mes déambulations, des trivialités qui l’accompagnent. Ma pensée s’est construite ainsi, parallèlement à ma vie ; le sujet semble primordial, indétachable de la pensée. J’ai découvert un jour la philosophie, et puis quoi ? j’ai lu quelques ouvrages, j’ai écouté les paroles de mon professeur : il disait des choses justes, ou faisant écho dans mon esprit, et parfois fausses : ou disons alors qu’elles n’étaient pas à ma convenance.
Forte de mes expériences, de ma solitude aussi, ma pensée s’est forgée avec ma personnalité. Au diable donc, la philosophie des idées ; au diable, le froid et l’impersonnel. Que serait-ce, un philosophe dont la vie ne sanctionne pas la valeur morale et intellectuelle ? Que serait-ce, qu’un tel homme, si l’éloquence et le bon mot, la réflexion, chez lui, ne sont point une allure naturelle ? Voyez, j’écris ces phrases, je les enchaîne et puis, disons, je me perds à leur suite ; je parle pour elles, ou parlent-elles pour moi ?
J’ai lu des ouvrages de toute la philosophie occidentale : beaux quelque fois, séduisants plus rarement ; instructifs, c’est certain ; mais souvent bien spécieux. Combien vaine, la métaphysique, quant elle ne daigne se borner aux jugements humains ; combien vaine, la philosophie de tous ces intellectuels qui ne font pas valoir un homme mais des idées, des constructions mentales et des abstractions nominales ; combien vains, tous ces ouvrages qui parlent beaucoup, et disent si peu.
Quand untel sait expliquer en quelques mots un concept philosophique, et montrer une logique des plus séduisantes, qui commande-t-il à tous ceux qui s’en éloignent de faire les choses ainsi ? La philosophie est-elle condamnée à l’obscurité, à l’inintelligibilité, et à l’incompréhension générale de ses formules ? Est-ce assez, que je cite de ces auteurs dont il faut saisir un dictionnaire et réfléchir plusieurs dizaines de minutes pour percevoir le sens d’un seul paragraphe ?
Et si la vérité résidait seulement dans le langage le plus pur des hommes les plus rares ? Prenez la Rochefoucauld, prenez la Bruyère, et voyez comme ils conjuguent beauté et vérité. En quel siècle sommes-nous, si chacun parle aussi mal que nous le faisons au quotidien ? en quel langage de bâtard sommes-nous réduits ? en quelle humanité ?
Si vous ne percevez ni comprenez le sens de mon message, tâchez simplement d’observer le silence ; si ces mots agitent en vous des sentiments contraires à votre visée, si vous écrivez pour écrire, et écrivez mal ; si enfin vous n’avez d’autre artifice que la vulgarité d’un langage impropre et non conforme à la justesse et à l’esprit d’un homme de bien.