Je ne permettrai pas qu'on fasse de Descartes un vieux schnock rigoriste et ultra-rationaliste ; or j'ai bien peur que c'est ainsi qu'on est entrain de le peindre sur ce topic.
DarkSmooth, fais attention quand tu dis que la passion chez Descartes est pathologique, parce qu'alors tu n'as qu'à moitié raison. L'homme passionné n'est un homme malade que quand il ne maîtrise pas ses passions ; or ces dernières sont toutes bonnes de leur nature, et ne deviennent mauvaises que par excès ou mauvais usage. En vérité, passion, raison et volonté forte peuvent tout à fait être compatibles.
Ainsi, en s'attardant sur quelques articles du Traité des passions :
Article 211 :
"Et maintenant que nous les connaissons toutes [les passions], nous avons beaucoup moins de sujet de les craindre que nous n'avions auparavant ; car nous voyons qu'elles sont toutes bonnes de leur nature, et que nous n'avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès [...]."
Article 74 :
"Or, il est aisé à connaître, de ce qui a été dit ci-dessus, que l'utilité de toutes les passions ne consiste qu'en ce qu'elles fortifient & font durer en l'âme des pensées lesquelles il est bon qu'elle conserve, et qui pourraient facilement sans cela être effacées." [Comme aussi tout le mal qu'elles peuvent causer consiste en ce qu'elles fortifient & conservent ces pensées plus qu'il n'est besoin ; ou bien qu'elles en fortifient et conservent d'autres auxquelles il n'est pas bon de s'arrêter.]
Descartes avait compris que le sage n'est pas celui qui combat comme des maladies les passions et l'imagination (qui est la trace laissée par les passions) à l’œuvre dans son âme. Le sage, comme tout homme, ne peut pas agir par la simple force de la voix de la Raison.
Ainsi, "nos passions ne peuvent pas aussi directement être excitées ni ôtées par l’action de notre volonté, mais elles peuvent l’être indirectement par la représentation des choses qui ont coutume d’être jointes avec les passions que nous voulons avoir, et qui sont contraires à celles que nous voulons rejeter. Ainsi, pour exciter en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne suffit pas d’en avoir la volonté, mais il faut s’appliquer à considérer les raisons, les objets ou les exemples qui persuadent que le péril n’est pas grand ; qu’il y a toujours plus de sûreté en la défense qu’en la fuite ; qu’on aura de la gloire et de la joie d’avoir vaincu, au lieu qu’on ne peut attendre que du regret et de la honte d’avoir fui, et choses semblables." (Article 45)
La morale cartésienne prend en vérité sa pleine mesure dans le domaine des passions, à condition qu'on sache s'en rendre maître. C'est par la joie de se >> sentir << libre que le sage peut faire le bien, et non par je ne sais quel interdit sévère.