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Dans un univers très flou et pourtant sans images, monde onirique ou continuation de la vie, j´entends, ou je perçois, une voix venue d´en bas me parler d´une forêt et d´un engin…Cette voix n´est ni douce ni maternelle, mais je la reconnais intrinsèquement comme étant celle de ma mère…
Un ange passe, la toile des possibles s´étend, avec en son centre 6 Anges Tueurs très différents… La mort, embusquée sur cette toile comme la rosée du matin, semble si douce, envoûtante, attirante… Omnipotence de ses Messagers…
Cette voix recommence à discutailler sur son bois et son engin.
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"BOIS D´HENGUIN !! "
Retour à la réalité, où je retrouve peu à peu tous ces éléments qui me sont chers : la voix pressante de ma principale, le bruit de briques tombant sur le capot d´une limousine défoncée, le sang qui coule sur mon visage, et des cris, des balles qui fusent de tout côtés autour de nous…
Cette dernière constatation me fait l´effet d´une douche glacée et je reprends tous mes esprits. Saisissant mon attaché-case d´une main, je dégaine un Mini-Uzi de l´autre et bondis hors de la voiture. A ma droite, le mur défoncé par lequel nous sommes entrés, et à gauche une porte en bois recouverte de poussière, miraculeusement intacte, à quelques pas de la limousine fumante. Réfléchissant à toute allure, je sors ma principale de feu la limousine et me place entre elle et l´extérieur. Au même instant, j´aperçois un imprudent, armé d´un fusil à pompe, qui gravit laborieusement la petite montagne de briques nous séparant de l´extérieur sans même regarder dans notre direction. Je lève mon Uzi et tire une rafale. Mes balles l´atteignent du bas du ventre jusqu´au crâne, qui explose avec très peu de raffinement. Le type s´écroule comme une marionnette à laquelle on aurait coupé le fil de la vie qui la manipulait. Des cris retentissent de plus belle au dehors, beaucoup de cris. Je crains qu´il ne nous faille rapidement nous éclipser discrètement.
"Au diable la discrétion" me dis-je en sortant une grenade de ma petite valise. Après l´avoir dégoupillée, je la jette par le trou dans le mur. Promesse de mort, elle vole et tournoie, pour gracieusement exploser à une demi-douzaines de mètres. BAM. Un silence, assourdissant par son intensité, puis les cris enfin retentissent, de peur ou de douleur.
Je me poste derrière le tas de briques, allume une cigarette (mauvaise habitude que j´ai dans les moments corsés ou désespérés) et arrose tout le joli monde au dehors. J´entends cette musique dans ma tête (
http://www.youtube.com/watch?v=nkKxGzm98AU) tandis que les balles fusent, ricochent, tuent, achèvent ou mutilent. Des commandos habillés de gris ne cessent de tirer contre notre abri de fortune.
Je suis touché à l´épaule gauche, je sens la balle ressortir mais rien ne m´arrêtera.
La carnage continue, je veux que ces crapules reculent. Une balle dans la tête, qui explose, dans les jambes, le gars s´écroule, entre les deux yeux, il tombe en arrière, dans l´épaule, il hurle, dans l´estomac, une fontaine jaillit. Il était déjà mort avant de toucher le sol. Leitmotiv incessant, les balles les cris, je suis tout de joie devant ce carnage, je cri en chœur. Recharger, tirer, tuer, encore et encore. Dehors, les mercenaires hésitent à s´approcher, tant de cadavres gisent ça et là, tant de sang est répandus sur toute la rue, tant de cris s´élèvent de tous les blessés, et ils finissent par s´en retourner à l´abri des bâtiments. Je me redresse et hurle ma soif de sang, je perds ma raison, la fureur du guerrier s´empare de mon esprit embrumé.
Mon épaule me lance à présent, mais l´adrénaline qui sature mes veines cache la douleur en plus de la raison. Mes Maîtres m´ont, il y a longtemps, mis en garde contre l´état de folie meurtrière dans lequel je suis plongé, mais même leurs Voix ne peuvent me faire sortir de ma fureur rouge. Je dévale le tas de briques, mes deux Uzis en l´air, la bouche entrouverte, en long cri s´en échappant, et je tire sur les ennemis, qui ne sont rien d´autre que des lapins affolés. Les porteurs de bazooka, au loin, chargent leurs engins, je les entends hurler des ordres, leur voix tremble. Je me tourne vers eux, et je les abats, un par un, regardant dans leurs yeux l´impuissance qu´ils éprouvent, les bras chargés, devant mon attaque folle. Le sang de nouveau coule, et je cris ma joie. Les yeux embrumés, je ne vois qu´un rideau de rouge, et je ne vois pas mais perçois la balle se dirigeant vers mon crâne, que j´esquive au mieux. Elle pénètre les muscles entre l´épaule et le cou, et de nouveau mon sang coule, et je cris ma fureur. Me retournant, je fusille les deux titans qui me font face, à une trentaine de mètres, je les arrose d´une pluie de balles, mais rien ne semble les arrêter. La plupart des balles que nous échangeons nous loupent, mais certaines font mouches, et c´est avec une joie féroce que j´entends, non que je perçois, un de mes tirs pénétrer l´abdomen d´un des deux affreux. Et de nouveau le sang coule, je cours vers eux, les deux Uzis tendus comme s´ils étaient des torches enflammées et que j´allais faire fondre leurs yeux avec…
L´un des deux s´écroule enfin, mais le deuxième ne bronche pas. Nous nous rapprochons, je me déplace latéralement d´un bond, prends enfin le temps de viser et fait feu, le doigt crispé sur la gâchette. Son front s´orne d´un trou fumant, et son cœur n´est plus que charpie. Le dernier titan s´effondre, foudroyé par ma colère.
Maintenant mu par un étrange pressentiment, je m´élance vers l´abri de ma principale, gravit le petit muret défoncé et découvre sans une once de surprise un homme en noir à quelques pas de n°12. Je lève mon arme, il se retourne et cri après moi, levant les mains en l´air, mais c´est la voix de ma principale que j´entends et qui m´arrête :
"Stop. Il est avec moi. Voici Ombre. C´est aussi mon garde."
Un sentiment inconnu s´empare de moi, je perds pied une demi-seconde, comme si cela ne devait pas se dérouler ainsi.
Ne reconnais pas la voix qui lui répond ;
"Sauve La. Je les retiens. Si tu échoues, je te tue."
Après avoir jeté ces paroles à Ombre, je me retourne.
Je ressens le regard surpris qu´il me lance et le remerciement silencieux que m´adresse ma principale avant que les deux ne s´enfuient par la porte en bois, sans traîner.
Je recharge mes deux Uzis, puis jette un coup d´œil au dehors, où une dizaine de fous s´approchent encore, mais à couvert. Le voile de sang devant mes yeux, à présent opaque, fait encore couler en moi la fureur pourpre, j´ai toujours envie de tuer, je sens encore le regard de mes ennemis sur moi… Mais je suis serein maintenant. Et c´est presque avec nonchalance que je me projette vainement en arrière pour éviter la grenade tournoyant vers moi…
Lumière.
C´est à New York que j´ai perdu mon âme, il y a de cela 19 ans. Les Dieux m´avaient alors accordé 15 années d´existence tranquille au Manoir, en la présence de Théodore-Julia Bérénice de Bois d´Henguin, appelée Madame, Mère ou, moins souvent, maman.
En ce jour funeste, et à New York, Père était parti de bon matin rendre visite à ses amis américain, riches et influents, tandis que Mère et moi restions à nous occuper comme on pouvait dans notre sordide suite présidentielle d´un grand hôtel quelconque. Ce jour là, un groupe de crapules sans foi ni lois nous a attaqués, pour notre fortune, notre influence, notre supériorité, notre origine…
Avaient-ils seulement une raison ? Elle importe peu. L´effet est toujours supérieur à la cause. Une vie entière est plus importante que les dix minutes de frottements de lard, transformant un homme et une femme en une bête à deux dos, qui la crée. La fin d´une vie entière est bien plus importante qu´une histoire d´argent qui en est la cause…
Je ne me souviens pas vraiment du déroulement de cette attaque qui bouleversa ma vie, mais je devine aisément l´essentiel. En essayant de tout sauver, je tue un soudard discrètement, puis un deuxième, je perds la tête et tout fini en bain de sang entre un gamin de 15 ans en pleine folie meurtrière et des tueurs armés et à moitié soûls. La police arrive, achève le carnage à grands coups de diplomatie calibre 12, m´emmène à l´hôpital, mais j´ai perdu Mère. J´ai le temps d´y penser, je passe une demi année de convalescence. D´autre que moi se seraient suicidés, prêcheraient la non-violence absolue ou s´oublieraient dans les drogues. Pas moi. Je ressortis de l´hôpital physiquement amoindri, mais armé d´une incroyable volonté. J´avais fais preuve de dons incroyables, presque mystiques, pour tuer, mais j´avais perdu Mère. Je décidais de perfectionner mes compétences, et partis suivre l´enseignement de nombreux Maîtres, jusqu´à devenir ce que je suis aujourd´hui…Surnommé Celui-Qui-Est-Hanté, un tueur quasi mystique… Le Meilleur…