"Comment mathématiser un concept philosophique ?"
Est-ce que "mathématiser" a seulement un sens ?
En mathématiques, comme en philosophie, on commence par définir des concepts puis on en extrait des propriétés et on on pousse pour voir jusqu'où on peut tirer des déductions logiques.
Si on veut "mathématiser" un concept philosophique, alors cela pourrait revenir à exprimer ce concept avec un formalisme mathématique. Le concept n'est pas altéré dans l'opération. Pour exemple, on peut lire la preuve de Gödel dont je donne le lien plus haut : Gödel manipule le concept de Dieu par le prisme des mathématiques, mais il n'opère aucune transformation du concept de Dieu. Tout au plus il exprime ses propriétés (telles qu'énoncées par Leibniz) autrement, plus formellement.
"penses-tu que le "Contrat Social" de Rousseau ou "Ethique" de Spinoza puissent engendrer une quelconque traduction mathématique ?"
En fait, tout discours logique, qui est construit selon le principe "hypothèses/définitions"
"déductions"
"conclusions" peut être exprimé sous forme mathématique. Les mathématiques ne sont pas sensibles au sujet étudié : au fond c'est juste de la logique, et cette logique peut traiter de droites, de nombres, du vrai, du faux, ou encore de Dieu, ça ne fait aucune différence.
Là où la philosophie peut ne pas se formaliser correctement sous forme mathématique, c'est lorsqu'elle ne repose pas strictement sur des raisonnements rigoureux (déduction, raisonnement par l'absurde), mais sur des raisonnements plus faibles (induction, abduction).
La preuve ontologique de Leibniz est extrêmement bien rédigée, elle se base sur une déduction rigoureuse, et du coup se transcrit extrêmement bien sous forme mathématique.
Par contre, il ne faut pas croire que l'utilisation des mathématiques pour formaliser des raisonnements philosophiques serait un moyen d'aboutir de manière irréfutable à une quelconque vérité. Au mieux cela permet d'éprouver la robustesse d'un raisonnement, mais on peut toujours critiquer les définitions, les axiomes retenus, l'interprétation des conclusions, etc. Ce n'est pas parce que Gödel a mis sous forme mathématique la preuve ontologique qu'on peut affirmer pour autant que Dieu existe.