Discipline née en Grèce et plus de deux fois millénaire elle est pourtant aujourd'hui particulièrement méconnue.
Je crée ce topic car j'aimerais récolter ce que des étudiants en science (ou non) pensent ou croient savoir à propos de la philosophie. Autrement dit, je vous demande de répondre à la question "Qu'est-ce que la philosophie et à quoi peut-elle bien servir?".
Les plus courageux d'entre-vous peuvent même développer l'idée, pourquoi pas, d'un dialogue entre science et philosophie. Même si pour ce faire il faudrait idéalement avoir quelques compétences dans ces deux domaines du savoir.
La science est tout une philosophie, puis on parlera de la philosophie de la science...
"Qu'est-ce que la philosophie et à quoi peut-elle bien servir?"
Sans aller jusqu'à écrire un bouquin,
La philosophie est en partie admise comme étant la recherche de la vérité. Ou l'abstraction absolue. Mais ses définitions sont nombreuses. Pour moi celle-ci correspond le mieux.
Elle diffère de la science dans le sens où elle ne s'intéresse pas particulièrement à un domaine spécifique, et n'utilise pas l'expérimentation comme base proprement dite de son heuristique.
Et justement, c'est à ça qu'elle sert.
Bizarrement, je trouve que la philosophie et la science partagent à la fois pas mal de points communs et de différences.
La philosophie c'est "l'amour de la sagesse" et elle applique une démarche très scientifique pour parvenir à la vérité puisqu’elle fait appelle à la logique et au raisonnement, en faisant un maximum abstraction des émotions et donc de l'irrationalité. De plus, un gros morceau de la philosophie est la compréhension du monde, de ce qui nous entoure, on s'intéresse au fonctionnement des choses et c'est tout à fait l'objectif des sciences.
La principale différence comme l'a dit Apachoid, c'est qu'elle ne se cantonne pas exclusivement à ça. La philosophie, c'est bien plus vaste, c'est également un questionnement sur le sens de la vie, des concepts (bien/mal, le bonheur, etc.) ou encore de la métaphysique. Autant de choses qui dépassent de loin le cadre de la sciences.
"La philosophie c'est "l'amour de la sagesse" et elle applique une démarche très scientifique pour parvenir à la vérité puisqu’elle fait appelle à la logique et au raisonnement, en faisant un maximum abstraction des émotions et donc de l'irrationalité. "
On ne peut pas vraiment dire que la démarche de la philosophie est scientifique. Justement, c'est là une différence avec la science. Pour parvenir à la vérité, le rationalisme postule l’existence en la raison de principes logiques universels (principe du tiers exclu, principe de raison suffisante) et d’idées a priori, c’est-à-dire indépendantes de l’expérience.
La science ne peut se passer de l'empirisme. La philosophie, oui.
Pour illustrer ça, Aristote avait il parait fait redémontrer le théorême de Pythagore à un esclave illétré par simple usage du rationalisme. Aucune science n'entrait en ligne de compte, sinon la finalité.
C'était Socrate, et il le faisait grâce à la méthode dialectique.
A mon sens, si la philosophie n'est pas une science, la science est indéniablement une branche de la philosophie. Historiquement (jusqu'à la Renaissance), la science s'appelait la "philosophie naturelle" pour bien signifier qu'elle était le domaine de la philosophie qui cherchait à comprendre et modéliser nos observations de la nature. Fondamentalement, ça n'a pas changé, c'est juste que la science s'est structurée et adoptée des codes différents du reste de ce qu'on appelle la philosophie, si bien qu'on a fini par penser que ça n'avait rien à voir.
C'était Socrate. ^^
Par contre je suis certain que j'ai lu cette histoire à propos du rationalisme. Aux yeux du rationalisme, l’expérience ne saurait donner de connaissance véritable.
"A mon sens, si la philosophie n'est pas une science, la science est indéniablement une branche de la philosophie. "
Je suis tout à fait d'accord.
Vous pensez donc l'unité de la science et de la philosophie même si depuis Galilée (approximativement) la science s'est radicalement différenciée de la philosophie par sa méthode et par la présence toujours plus prononcée des mathématiques.
On peut effectivement penser une origine commune, et pourtant actuellement, dans les faits, presque rien semble lier philosophie et science. Ça va dans le sens des philosophes technophobes (Heidegger, Ellul, peut être Henry)qui oppose plus ou moins radicalement activité scientifique et philosophique.
Les philosophes "technophobes" n'ont pas la science infuse, si j'ose dire. La philosophie est -aussi- empirique. (Hume, Locke...) En ce sens, je ne trouve pas que la philosophie se soit jamais éloignée de la science. Il se produirait plutôt actuellement l'effet l'inverse selon moi.
La théorie de la connaissance scientifique, spécialisée, à aujourd'hui populairement supplanté les autres théories de la connaissance, c'est ce que j'observe plus ou moins. Très logiquement, nous sentons le manque de cette approche plus fondamentale et pluridisciplinaire du savoir. Ce manque se matérialise notamment je pense par un retour du religieux. La religion est aujourd'hui quasiment le seul refuge de ceux qui n'adhèrent pas ou peu avec la validité "absolue" de l'heuristique scientifique.
Et finalement, c'est peut-être ce qui crée ton sentiment que science et philosophie s'éloignent.
Mais la science s'en rapproche, je n'en ai pas parlé. Mais elle s'en rapproche aussi dans les progrès les plus importants et récents : écologie, cybernétique, biotechnologie, nanotechnologie, exobiologie etc...
Ces domaines scientifiques se rapprochent de la philosophie en ce sens que leur approche est globale et synthétique. C'est assez nouveau d'ailleurs.
"Les philosophes "technophobes" n'ont pas la science infuse, si j'ose dire. La philosophie est -aussi- empirique. (Hume, Locke...) En ce sens, je ne trouve pas que la philosophie se soit jamais éloignée de la science. Il se produirait plutôt actuellement l'effet l'inverse selon moi."
Pour clarifier, Hume et Locke sont empiriques au sens épistémologique du terme, c'est à dire que rien n'est dans la connaissance qui ne soit d'abord dans les sens.
C'est évident qu'aujourd'hui la connaissance scientifique jouit, de part ses nombreux résultats et la technique, d'une très grande popularité. Et sans doute cela participe à l'élaboration d'un monde de plus en plus désenchanté qui peut potentiellement amené un retour du religieux.
C'est surtout la/les méthodologie(s) et leurs objets respectifs qui me fait différencier philosophie et science.
Je dirais qu'Hume et Locke sont plutot empiristes qu'empiriques. Mais c'est juste pour nuancer car je trouve que les notions empiriques sont largement utilisées en philosophie. Ne serait-ce que pour écrire un texte qui parle d'autre chose que de la nuit des temps où ce genre de théorie de la connaissance n'existait pas encore.
Sur la méthodologie globale, je dirais que la philosophie est certainement plus riche et variée, voir plus complète que la théorie scientifique. Mais si un de leur objectifs commun est la recherche de la vérité, je reconnais néanmoins que d'après le peu que je connais, je constate aussi que la Vérité philosophique ne concerne pas toujours les même domaines que la Vérité scientifique. Le doit-elle ? Je ne sais pas. Mais je pense que notre niveau de progrès nous montre que certaines question purement technologique viennent à se poser de manière philosophique. Et il en ira, je pense, du "bon" usage du progrès.
Empiristes évidemment ![]()
"Vous pensez donc l'unité de la science et de la philosophie même si depuis Galilée (approximativement) la science s'est radicalement différenciée de la philosophie par sa méthode et par la présence toujours plus prononcée des mathématiques. "
La science ne s'est pas si radicalement différenciée de la philosophie qu'on pourrait le penser. Aujourd'hui, comme depuis toujours, définir une méthode scientifique, ça relève de l'épistémologie et c'est de la philosophie. Comment une discipline qui est définie et construite par la philosophie pourrait-elle s'affranchir de ses origines ?
Quant aux mathématiques, pour moi ce n'est même pas une branche de la philosophie, mais c'est LA philosophie. Sous une autre forme, formalisée et symbolisée, mais toujours la même construction de la vérité par l'usage de la raison. Si la science utilise les mathématiques, ce n'est pas un signe de distinction par rapport à la philosophie, mais simplement l'utilisation d'une méthode de raisonnement plus formelle que le simple discours.
Au final, la science a un objet d'étude plus réduit que la philosophie au sens général (seules nos observations sont l'objet de la science). Elle a également des méthodes de travail plus raffinées et plus affûtées, mais qui se résument à l'usage de la raison. La science est donc une spécialisation de la philosophie (sa limitation à un domaine particulier et à une méthode particulière), mais ça reste de la philosophie.
"Quant aux mathématiques, pour moi ce n'est même pas une branche de la philosophie, mais c'est LA philosophie. Sous une autre forme, formalisée et symbolisée, mais toujours la même construction de la vérité par l'usage de la raison."
C'est une erreur je pense. Je dirais que la mathématique est une branche de la philosophie. Penser que les mathématiques sont "la" philosophie est je pense une des causes de l'effacement de la philosophie actuelle au profit de la science.
Car les mathématiques sont une formalisation de la réalité qui nous permettent de rendre pratique son étude à travers la méthode scientifique. Mais c'est tout. Ils ne sont pas plus que ça. Ils ne sauraient être "plus que ça". La philosophie est "plus que ça". Elle s'intéresse à tout ce qui fait l'Homme, à l'ontologie. Beaucoup de philosophes désignent les mathématiques comme une interprétation intuitive de l'Homme. Elle l'est. Mais ne saurait constituer l'ensemble de ce que se promet d'étudier la philosophie.
"La philosophie est "plus que ça". Elle s'intéresse à tout ce qui fait l'Homme, à l'ontologie."
Les mathématiques c'est aussi très large. Quand on pense aux maths, on ne pense qu'à l'aspect scolaire qui nous les présente comme un outil pour les sciences. Mais parmi les mathématiciens, il y a eu beaucoup de philosophes, et on trouve même ce qui relève traditionnellement de la philosophie dans les mathématiques. Par exemple la preuve ontologique de Gödel est une formalisation mathématique de la preuve ontologique de l'existence de Dieu par Leibniz ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Preuve_ontologique_de_G%C3%B6del ). Honnêtement je pense que n'importe quel discours philosophique peut-être formalisé sous forme mathématique, plus ou moins difficilement. Et là, seule la forme change, pas le fond.
"Honnêtement je pense que n'importe quel discours philosophique peut-être formalisé sous forme mathématique, plus ou moins difficilement. Et là, seule la forme change, pas le fond."
Comment mathématiser un concept philosophique ?