A mon avis, ces aspects sont intrinsèquement liés.
Dans leurs comportements les deux bougres ont montré une forte ambition personnelle. Par exemple, lorsque Marius se présente une première fois au consulat contre l'avis de son patron Metellus et qu'il entreprend tout pour que lui soit confié la guerre contre Jugurtha. Il en va de même lorsque vient le moment de repousser les Cimbres et les Teutons puis contre Mithridate VI où Marius et Sylla se chamaillent pour obtenir le commandement de l'expédition.
Sylla qui court également après la gloire, revendique notamment sa part d'honneurs après la capture de Jugurtha. Il supporte mal d'être éclipsé par Marius, un homme réputé comme rustre et inculte qui est pourtant parvenu à se hisser au consulat alors qu'aucun de ses ancêtres ne fut consul. Ce qui va totalement à l'encontre de l'oligarchie républicaine où les plus hautes fonctions sont monopolisées par un très petit nombre de familles qui ont presque fondé des dynasties consulaires. Durant la Guerre Sociale il cherche à tout prix à s'illustrer et il parvient. En comparaison du vieillissant Marius qui déçoit les Romains.
Néanmoins. D'un autre côté, en ce qui concerne leurs oeuvres politiques, chacun dessert manifestement plutôt fidèlement les intérêts de son "parti" (notion à prendre avec des pincettes, elle n'a rien à voir avec nos partis politiques contemporains). Dans la continuité du règlement de la Guerre Sociale, Marius et les marianistes introduisent les nouveaux citoyens Romains dans les tribus romaines, se formant une bonne clientèle et un solide appui aux passages (en plus des légions que Marius et Cinna dirigent).
Lors de sa dictature Sylla restaure l'autorité sénatoriale et la renforce même en vidant par exemple les tribuns de la plèbe de tous intérêts (ils perdent la possibilité d'émettre de veto, il est désormais impossible pour les tribuns de la plèbe de briguer une autre fonction à la fin de leurs mandats : ce qui est totalement inintéressant lorsque l'ont veut se bâtir une grande carrière politique).
Bien sûr en arrière-pensées chacun pense à établir une solide clientèle et à consolider leurs pouvoirs mais de par leurs réalisations, ce sont plus que de simples hypocrites cyniques dénués de la moindre idéologie. Je pense qu'ils croyaient, au moins en partie, à ce qu'ils faisaient. Même s'ils leur est arrivé de confondre les volontés des optimates ou des populares avec leurs propres intérêts.