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LE CHAMANISME DANS LA COREE D'AUJOURD'HUI
Alex Guillemoz
Centre National de la Recherche Scientifique
La Corée étant un pays moins connu que le Japon, il est plus rare d'avoir affaire à des clichés simplistes concernant ce pays. Cette péninsule est dans ses frontières naturelles depuis 668.
Si le bouddhisme s'est implanté en Corée entre le IVe et le VIe siècle, l'influence confucéenne ne tarda pas à s'y installer. En 958, on instaura des examens uniquement en chinois pour recruter les fonctionnaires. Cela eut un effet très important, car les textes écrits aux VI-VIIe siècles n'ont pas été recopiés et ont disparu. En 1446, apparut un mouvement contraire avec l'invention d'un alphabet coréen composé de dix voyelles et quatorze consonnes. Celui-ci fut rejeté par les lettrés qui ne voulurent pas mêler la leur à la langue parlée par les femmes et les gens du peuple. Du XIII au XIXe siècle, la Corée fut un royaume confucéen strict influencé par le courant de pensée de Zhu Xi. Les moines furent écartés du pouvoir politique et chassés de la capitale. Ils ne purent revenir à Séoul qu'au XIXe siècle. Le rôle du bouddhisme est par conséquent différent en Corée de celui qu'il eut au Japon et en Chine. Ainsi l'influence du bouddhisme sur la vie a diminué tandis que le modèle néoconfucéen s'implantait progressivement.
Examinons la situation actuelle. Les données statistiques concernant la Corée du Sud correspondent aux déclarations faites par des groupements religieux; aussi sont-elles à prendre avec précaution.
- 1983 : 39% des Coréens se disent adeptes d'une religion. Pour 40 millions d'habitants, on compterait 25 millions de bouddhistes, 11 millions de catholiques, 2 millions de protestants.
- 1993 : 50% se disent adeptes d'une religion.
En Corée, les religions se disent zongjiao, et l'on désigne le protestantisme comme la xinjiao "la nouvelle religion".
Officiellement, on ne parle pas du chamanisme alors qu'il est pourtant très vivant. Les lieux de culte sont répertoriés et le nombre d'adhérents reste stable; on compte 12 000 moines, mais les moniales, sans doute aussi nombreuses, ne sont pas répertoriées. On compte un chamane pour mille habitants. Le chamanisme a en face de lui le confucianisme. On peut, sommairement, dire que les lettrés sont confucéens et les femmes chamanes.
Le chamanisme n'est pas syncrétique dans ses déclarations mais l'est dans ses pratiques rituelles. Il distingue :
- les divinités en relation avec le monde végétal (venant du bouddhisme),
- les divinités carnivores et buveuses d'alcool,
- la table des ancêtres et aussi des ancêtres patrilinéaires de la femme,
- sur une autre table, les morts sans descendants, que le chamanisme prend en charge.
Le chamanisme se rencontre non seulement dans des villages de pêcheurs, d'agriculteurs, mais aussi à Séoul. La mobilité religieuse est fascinante, et le phénomène est à l'inverse de ce qui se passe en Occident où il y a de moins en moins de croyants déclarés.
En Corée, le Premier de l'An, chacun va dans sa famille et salue ses parents. Le chamanisme comporte un système de filiation dans un nombre limité de familles élues qui exercent leur pratique en fonction d'un "grand-père". "