CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

Roman : La semaine à l'italienne

Meyar
Meyar
Niveau 4
01 septembre 2006 à 13:01:05

Quand je me réveille, je crois d’abord que je suis aveugle. J’ai bien les yeux ouverts mais je ne discerne rien. Je cherche à tâtons un appui pour me relever. Mes jambes pèsent des tonnes et ma tête tourne dès que je fais le moindre mouvement. Je me frotte le crâne où une énorme bosse a déjà poussé. Souvenir de ma tête heurtant le trottoir de la rue Venezia. Une terreur sans nom m’envahie. Je suis dans une pièce sans fenêtre, dans le noir et sans doute enfermée. Je ne sais pas qui sont mes ravisseurs et je n’ai aucune idée de ce qu’ils me veulent. Mon estomac commence à gargouiller. J’ai dû rater le repas depuis le temps. D’ailleurs, je ne sais pas quelle heure il peut être. Je souhaite de tout mon cœur qu’Antonio et sa mère soient déjà à ma recherche. Tous mes espoirs reposent sur les épaules du petit garçon au ballon que j’ai envoyé à l’hôtel. J’essaie de contrôler mon souffle qui s’accélère sous le poids de la peur. Je m’allonge sur le sol froid. Brusquement, je me redresse. Au loin, je crois entendre des voix. Je devine que trois hommes se dirigent vers ma prison. Je reconnais la voix d’un des hommes qui m’ont poursuivie ce matin. Je tremble. Je me recroqueville contre le mur. Je mets mes mains autour de mes genoux et je pose ma tête dessus. Je commence à fredonner une chanson pour me donner du courage. Les pas se rapprochent. Je me mords les lèvres pour ne pas hurler. Les voix se font plus fortes et les pas s’arrêtent. A ma gauche, une porte s’ouvre en grinçant. La lumière crue du couloir entre dans la pièce et m’éblouit. Mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité. Deux hommes entrent. Le troisième doit monter la garde.
Le premier est un de mes poursuivants de ce matin et l’autre m’est inconnu. Une grande cicatrice barre sa joue droite. Son regard me glace le sang. Il semble être le chef. D’un signe de tête, il ordonne à l’autre d’aller me chercher. L’homme s’approche de moi et m’attrape par le bras. Il me soulève et me jette sans ménagement sur une chaise, dans un coin de la pièce. Il sort de sa poche un bobine de ficelle et m’attache les mains. Je ne me débats même pas, trop occupée à dévisager mes geôliers. Je veux pouvoir les reconnaître sans aucune erreur. Dans ma tête je trace un croquis de leur visage en cherchant un signe particulier. Pour le balafré, aucun problème mais pour son homme de main, le choix est difficile. Soudain, mes yeux s’attardent sur ses épaules. Je remarque qu’il se tient voûté, le cou en avant. On dirait que sa tête l’entraîne vers le vide et qu’il est en équilibre. Je note.
Cou-Tordu s’éloigne en me regardant d’un œil mauvais. Le balafré lui ordonne de sortir. Je le regarde quitter la pièce avec soulagement. Je me tourne vers le balafré. Je m’efforce de rester froide, de ne pas montrer ma peur. Je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur. Je me répète cette phrase comme un refrain. L’homme prend soudain la parole :
« _ Alors, Mlle Terlianni. Maria, c’est ça ? Votre chambre vous plaît-elle ? » Je me fige. Comment cet homme connaît-il mon vrai nom ? Ne pas paniquer, ne pas se laisser avoir. Je le fixe sans ciller et déclare de ma voix la plus assurée :
« _ Vous devez faire erreur, je m’appelle Marie Dreyvert et non Maria…quelque chose, comme vous dîtes. Je regrette. ». Je ne détache pas mon regard du balafré en espérant qu’il ne devine pas les larmes qui emplissent mes yeux. Il rétorque :
« _ Fort bien. J’aimerais vous croire. Hélas, je détiens des informations qui ne sauraient vous donner raison. Mais, si vous doutez de ma parole, je peux aisément vous détromper », lâche-t-il avec un sourire glacial.
Je me mords les lèvres jusqu’au sang. Les liens blessent mes poignets. Le balafré s’est levé et se dirige vers la porte. C’est ça, va t’en, sale truand. Mais mon agresseur ne semble pas de cet avis. Il chuchote quelques mots à Cou-Tordu que j’entends repartir dans le couloir d’ un pas pressé. Le balafré se retourne vers moi. Je baisse les yeux. Une larme coule le long de ma joue et va s’écraser sur mon pantalon. Il toussote. Je relève la tête. Cou-Tordu est de retour, dans l’encadrement de la tête, sa silhouette arquée m’apparaît comme une vision d’horreur. Ses yeux injectés de sang regorgent d’une violence incontrôlée. Le balafré tape du pied impatiemment. D’un air d’excuses, Cou-Tordu s’efface. Je pousse un cri. Derrière lui, se tiennent, pieds et poings liés, yeux bandés et bâillonnés, ma mère et à ses côtés, un homme que je devine être…mon père. Ugo Terlianni. Papa. J’éclate en sanglots. Cou-Tordu pousse mes parents sur deux autres chaises qu’il vient d’installer, en face de moi. Je pleure sans pouvoir m’arrêter. Le balafré se poste entre mes parents et moi et déclare :
« _ On dirait que c’est l’heure des retrouvailles. Inutile de pleurer, Maria, personne ne sèchera vos larmes. ».
Cou-Tordu ôte le foulard que mes parents avaient dans la bouche puis, il défait lentement le masque qui leur bandait les yeux. Je retiens mon souffle. Ma mère est la première à réagir. La seule à me connaître, aussi. Elle sursaute, hoquette, tousse, crie :
« _ Maria ! Ma chérie ! Ma petite fille ! Oh ma petite fille ils t’ont aussi ! Ma chérie pardonne moi, pardonne moi ! » Elle pleure maintenant à chaudes larmes. Mes pleurs redoublent. Je murmure des « Maman » entre deux sanglots. Mon père, lui, n’a pas bougé. Il ressemble aux hommes-statues que j’aimais aller observer avec Maman, lorsque j’étais petite. Je nous revois éclater de rire lorsque l’homme, amusé, me lançait une poignée de farine et que moi, d’abord effrayée, je courais dans le bras de ma mère qui riait sans pouvoir s’arrêter.
Ugo Terlianni, mon père, l’homme qui m’avait toujours manqué sans que je le sache. A qui j’avais toujours manqué sans le savoir non plus. Depuis des jours je n’aurais rien souhaité de plus que de le voir et maintenant, je voudrais être n’importe où sauf ici.
Le balafré s’approche de ma mère. Elle sanglote doucement. Il lui attrape le menton d’un geste brutal qui me fait frémir de colère. Je m’agite sur ma chaise. Immobile, mon père n’a toujours pas manifesté le moindre geste à mon égard. Le truand prend la parole de sa voix sifflante :
« _ Belle réunion de famille. Dire que Maria voulait d’abord nier cette parenté. C’est malheureux ça, les enfants qui renient leurs parents. »
Mon père lève enfin la tête. Il dévisage notre geôlier d’un regard qui en dit long sur le dégoût qu’il lui inspire. Ses mâchoires sont crispées et ses pieds enlacent nerveusement les pieds de la chaise. Il lâche d’une voix rauque :
« _ Espèce de salaud ! Je t’ai dis que je l’avais plus ! T’étais obligé d’embarquer ma fille là-dedans ? Je te préviens, ne touche pas à un de ses cheveux ou je te tuerai. Tu entends ? Espèce de lâche ! ».
Le balafré l’ignore et reprend :
« _ Tu verras, Ugo, tu parleras. Je savais que ta fille serait un bon moyen de pression. Cette fois, tu ne me rouleras pas. Tu vas me dire où tu as caché l’argent du cambriolage et ensuite, je vous éliminerai, toi et ta petite famille de rêve enfin réunie pour le meilleur et pour le pire. »
Je supposait qu’il y avait de l’argent en jeu mais je ne pensais pas que mon père avait des dettes à ce point. Je meurs d’envie d’interroger mes parents mais il n’en est pas question devant cet affreux brigand. Comme s’il lisait dans mes pensées, le balafré déclare :
« _ Je vais vous laisser. Vous devez avoir des choses à vous dire après tant d’années, avant l’éternité aussi…glisse-t-il d’un ton moqueur.
Il quitte la pièce d’un pas pressé et claque la porte derrière lui. Nous l’entendons marcher dans le couloir puis plus rien. Mes parents et moi savourons le silence qui suit son départ. Je me décide finalement à prendre la parole :
« _ Qui est-ce ? Que veut-il ? Tu lui dois de l’argent, c’est ça ? Il a participé au cambriolage, lui aussi ? Et moi, qu’est ce que j’ai à voir là-dedans  ». Mes parents se regardent, l’air gêné. Mon père me répond, presque en chuchotant :
« _ Oui, il a participé au cambriolage. Mais je ne lui dois pas d’argent. Après le cambriolage, nous avons partagé équitablement le butin. Chacun des participants, nous étions quatre, est ensuite parti avec sa part. Lui, il s’est précipité à Las Vegas. En moins d’un an, il a dilapidé toute sa somme aux jeux. Il m’a contacté il y a quelque mois, après son retour en Italie. Il voulait que je lui prête de l’argent, histoire de payer ses dettes. Argent qu’il me rendrait vite, bien-sûr. Je ne lui faisais pas confiance. J’ai refusé. J’avais besoin de cet argent. Ta mère et moi venons d’ouvrir un restaurant, ce n’était pas le moment de dépenser. Il était fou de rage. Il a joint nos deux autres anciens complices et les a montés contre moi. Il a prétendu que je les avais roulés. Que j’avais mal réparti la somme en gardant la plus grosse part pour moi. J’ai eu beau leur écrire de nombreuses lettres pour les dissuader de le croire, ils furent bientôt convaincus de ma culpabilité. Voilà une semaine, ils sont entrés chez nous en pleine nuit et nous ont drogués puis embarqués en voiture. Depuis, je lui assure que je n’ai plus d’argent liquide car j’ai investi ma part dans le restaurant, c’est la vérité ! Mais il est persuadé que j’ai caché une partie du butin dans un endroit secret et il cherche par tous les moyens de me faire avouer quelque chose que je n’ai jamais fait. Hier, il nous a annoncé qu’il avait trouvé un moyen pour me faire parler. Je ne me suis pas douté un instant qu’il allait s’en prendre à toi. D’ailleurs, ta mère et moi ignorions parfaitement que tu étais en Italie ! ».
Ma mère le coupe :
« _ Oui ! Maria, chérie, que fais-tu ici ? Marc et toi avez-vous déménagé ? Tu es en voyage scolaire ? Comment se fait-il que tu sois ici, seule ?! ».
Je susurre :
« _ Je suis venue ici pour vous retrouver. J’ai fait une fugue. ».
Ma mère étouffe un cri. Elle me regarde avec des yeux effarés. Elle se tourne vers mon père puis se met à crier :
« _ Maria ! Chérie ! Tu es partie sans rien dire ! Mais…Marc va se faire un sang d’encre ! Tu es folle ! Tu es complètement folle ! Mais…pourquoi ? ».
Je sens une colère sans nom s’emparer de moi. Les yeux brillants, je fixe ma mère et lui dit :
« _ Pourquoi ? Tu te demandes pourquoi ? Tu oses me poser cette question ? Si je me suis sauvée de chez moi, si j’ai pris des risques, si je dors dehors depuis des jours et si je suis ici séquestrée chez un fou à lier à cause de mon honnête père, c’est à cause de VOUS ! Tu m’as abandonnée alors que j’avais plus que tout besoin de toi, tu ne m’as plus donné de nouvelles pendant des années et si Manuelo n’avait pas pris l’initiative de me le dire, je croirais encore que Marc est mon vrai père ! Et mon vrai père, lui, depuis qu’il a eu la brillante idée de cambrioler la plus grande banque du comté, il se planque comme un lâche et te rappelle auprès de lui sans penser un instant que moi, j’avais besoin d’une mère ! Et à Marc, tu y pensais, à lui ? Non plus ! Bien-sûr, rien n’est plus important que votre fichue histoire d’amour bâtie sur un événement tragique que vous seuls avez créés ! Jamais personne ne t’a demandé d’aller braquer cette banque ! Et si tu t’en étais passé, nous serions tous les trois réunis, heureux et nous formerions une famille ! Je suis ici pour Manuelo ! Il est malade. Sans argent pour le soigner, il mourra ! Vous devez m’aider ! En venant ici vous retrouver, j’imaginais déjà notre beau trio rattrapant le temps passé ensemble, comme si de rien n’était mais maintenant, je suis sûre d’une chose : jamais je ne voudrais d’une famille composée de parents aussi égoïstes et….et…JE VOUS DETESTE ! ».

Meyar
Meyar
Niveau 4
02 septembre 2006 à 16:10:49

Chapitre 10

Je me tais, haletante. Je sens des larmes couler sur mes joues. Ma mère sanglote sans bruit et mon père mordille sa lèvre inférieure avec dans les yeux une tristesse visible. J’ignorais pouvoir dire autant de choses sur un sujet auquel je réfléchissais depuis moins d’une semaine mais tout leur avouer m’a fait un bien fou. Mes parents restent muets. Un silence gêné s’installe, interrompu par les lents sanglots de ma mère. Je pense à Marc, celui que j’appelle désormais mon « faux-père » mais qui sera à jamais mon seul père, du moins le seul homme qui y est ressemblé. Je me rends compte que je suis affreusement déçue de ces retrouvailles gâchées. Je redoute le retour du balafré. Il m’effraie au plus haut point et notre sort ne sera sûrement pas des plus doux si nous ne faisons rien. Je ne vois pas comment nous pourrions agir. Agacée, je déclare :
« _ C’est inutile de pleurer. Pour l’instant, il faudrait qu’on trouve un moyen de sortir d’ici. Je ne compte pas moisir ici pour une cause que je ne défends pas. C’est vos affaires, pas les miennes, j’ai été embarquée là-dedans malgré moi et il n’est pas question que je paie pour vos erreurs. ». Ma mère me lance un regard triste mais plein d’espoir. Mon père me dévisage d’un air résigné et je décèle dans ses yeux une pointe de fierté. Je reprends :
«  _ Monter un plan d’évasion ensemble ne veut pas dire faire la paix. Je vous en veux. A tous les deux, autant l’un qu’à l’autre. Rien ne réparera jamais les séquelles que votre absence a laissé et jamais je ne vous pardonnerai vraiment. Maintenant, réfléchissons. Ce gars là, le balafré, il est du genre futé ou pas ? 
_ Plutôt du genre cruel, déclare mon père. Quand il veut quelque chose, il l’a. Pas toujours par des méthodes louables. Enfin, je suppose que ça ne t’étonne pas. Un père cambrioleur, ses amis pas mieux que lui. ». Je ne relève pas et il reprend, l’air amusé :
« _ Je ne vois pas comment nous pourrions sortir d’ici, il n’y a pas de fenêtres et le balafré, comme tu l’appelles, ne va pas tarder à revenir. Tu as une idée précise ? ».
Je me mordille la lèvre. Non, je n’ai pas d’idée précise. Pas d’idée du tout même. Mais ça, mes parents ne le savent pas. Pour commencer, détacher ces fichus liens qui me scient les poignets. Je frotte la corde au dossier de la chaise. Aie ! Je sens un liquide chaud couler sur ma main. Je saigne. Je peste. J’ai du m’écorcher. Mais qui dit écorchure dit objet pointu. Je cherche prudemment avant de pousser un cri de joie. Mes parents me regardent, l’air interrogateur. Sous ma main, je sens un clou qui dépasse du dossier. Avec application, je frotte mes liens dessus. J’enroule la corde autour, je tire, je sens qu’elle cède. Un dernier coup. Soudain, je suis libre. Je défais rapidement les liens qui enserrent mes chevilles puis je saute sur mes pieds. Je libère mes parents en deux temps trois mouvements. Mon père applaudit, ma mère me serre dans ses bras. Je suis émue mais je n’en laisse rien paraître. Je m’arrache à son étreinte gentiment et je me dirige vers la porte. Je colle mon œil à la serrure. Je sursaute. Un doigt sur mes lèvres, je chuchote à mes parents :
« _ Quelqu’un monte la garde derrière la porte ! Pas moyen de sortir… ».
Ma mère soupire. Mon père fait le tour de la pièce. Nous tâtonnons sur les murs à la recherche d’une ouverture. Ma mère s’agenouille au plancher. Au bout de quelques secondes, elle nous appelle :
« _ J’ai trouvé ! Vous ne cherchez pas au bon endroit ! Venez-voir ! ».
Elle s’écarte puis désigne fièrement une trappe, au sol. Mon père l’ouvre, je tousse pour étouffer le grincement. Ma mère m’adresse un clin d’œil. Nous formons une belle équipe, je pense. Mon père s’engouffre le premier puis nous chuchote de descendre. Nous le suivons. Nous atterrissons dans une petite pièce. Sur notre gauche, de grandes étagères. Mon père farfouille dans les casiers puis brandit un briquet. Il éclaire la pièce. A droite se trouve une porte fermée. Nous nous approchons. Je tourne la poignée en priant pour que la porte ne soit pas verrouillée. Soulagement, elle s’ouvre. Un courant d’air froid nous glace les chevilles. Je frissonne. Mon père se retourne et nous sourie. Vent signifie ouverture. Nous entrons dans la pièce d’à côté. Rien de très intéressant. Quelques cageots de pastèques et surtout beaucoup de toile d’araignées. Soudain, nous nous figeons. Au dessus de nous, des voix. Je reconnais celle de Cou-Tordu. Quelqu’un fait les cents pas. Le claquement des chaussures résonne dans la pièce vide. Silencieusement, nous continuons notre chemin. A l’autre bout de la pièce, une porte, identique à la première, sauf un détail : elle est fermée. Et bien fermée, nous poussons de toutes nos forces dessus, elle reste close. Je m’assieds par terre. Je suis désespérée, nous allons mourir ici, dans cette cave puante et humide. Je pense à Antonio. Je lui parle dans ma tête : «  Ah, si tu étais là, tu saurais quoi faire. Tu me manques. Aide moi, je t’en prie. ». Mon père marche de long en large, les sourcils froncés. Le briquet semble faiblir, la lumière se fait moins forte. Ma mère s’installe à mes côtés.
Tout à coup, je me redresse. Dans ma tête, je crois entendre la voix d’Antonio « Maria, je suis là ! C’est moi ! Ne t’inquiète pas, je suis là, tout va bien maintenant ». Je me lève, je secoue la tête, je deviens folle, je veux sortir d’ici ! La voix se fait plus forte. Plus près. Je lève la tête. J’aperçois alors quelque chose qui nous avait échappé. Au milieu du mur, au fond, se trouve une petite ouverture. Un soupirail grillagé d’où nous parvient la faible lueur du dehors. Je me précipite. Je me mets sur la pointe des pieds, j’essaie de voir quelque chose. C’est là que je les vois. Deux baskets. Deux pieds. Deux pieds et plus haut, une voix. Une tête qui se penche. La voix, sa voix. Il est là. Antonio. Tu es venu. Je tremble, mes jambes sont lourdes. Je t’appelle. Tu me parle. Je n’entends rien ! Je suis sourde, je suis aveugle. Je vacille. Je tombe. Je suis morte ? Délivre moi…

* * *

Après quelque minutes d’inconscience, je me relève. Je suis assise sur la banquette d’arrière d’une voiture. Je suis seule. Je sors. Il fait nuit. Je suis devant une maison que je connais pas. Dans la grande cour qui la devance, trois voitures de polices sont garées. Tout autour, des policiers s’activent, je ne comprends pas. J’aperçois soudain ma mère. Je cours vers elle. Je me serre contre elle, je la questionne :
« _ Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est ce qu’on fait ici ? ».
Elle me fixe sans rien dire. Je lui prend le bras et le secoue. Elle éclate en sanglots. Elle me serre dans ses bras et pleure sur mon épaule. Je sens alors une présence derrière moi, je me retourne. Un policier aux cheveux bruns en bataille me dévisage avant d’interroger ma mère :
« _ C’est votre fille ? Maria, c’est ça ? ». Ma mère hoche la tête en reniflant. Le policier se tourne vers moi :
« _ Je suis désolé. Vraiment. Au fait, quelqu’un vous cherche, un jeune homme. Il est là-bas avec un de mes collègues. » Il nous quitte sans un mot de plus.
Je ne comprends plus rien. Il faut que quelqu’un m’explique ce qui se passe. J’ai compris que cette maison était celle où mes parents et moi étions séquestrés mais je ne vois pas comment tous ces policiers ont débarqués ici et surtout, je ne trouve pas mon père. J’embrasse ma mère et je me précipite vers le groupe des forces de l’ordre. J’aperçois alors une silhouette familière. Je cours et me précipite vers Antonio. Il est bien là, il discute avec un policier. Il me serre dans ses bras.
« _ Ca va mieux ? Maria….J’ai eu peur tu sais ! Et, je suis vraiment désolé…Je sais ce que tu ressens tu sais… Si tu as besoin d’aide, je suis là, tu le sais aussi ! ». Il m’attire contre lui et me caresse les cheveux. Je m’écarte, je demande :
« _ Mais pourquoi tout le monde est désolé ? Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne comprends rien à tout ce cirque ! Et, où est mon père ?! ». Mon ami se fige et reste muet. Je le pousse brutalement. Il baisse les yeux.
« _ Réponds-moi ! le presse-je. Dis-moi ce qui se passe ! ».
Mon ami me prend la main et la serre fort. Il me regarde dans les yeux et lâche d’une voix sourde :
« _ Un gamin est venu nous raconter ce qui s’est passé. Je ne savais pas quoi faire. J’ai contacté Elizabeth qui est arrivée dans la soirée. Nous avons appelé la police. Avec l’aide du gamin qui avait bien vu tes agresseurs, nous avons pu les identifier. Ils étaient loin d’être inconnus au bataillon. Plusieurs cambriolages, dont celui de Naples, et trois meurtres pour le chef de la bande. On avait cependant pas assez d’informations pour trouver leur planque. Nous nous sommes rendus chez le détective Juglio. Ton dossier était bien avancé. Il avait inévitablement découvert la participation de ton père dans le cambriolage et avait dressé un portrait robot des autres participants. Il était fort, et il savait où chercher. Il avait consigné l’adresse du QG des bandits. Après avoir réunis un bon nombre de policiers, nous nous sommes précipités ici, avec l’espoir qu’il ne serait pas trop tard. Quand nous sommes arrivés, nous avons commencé par faire le tour de la propriété. C’est là que je t’ai entendu appeler par le soupirail de la cave et que j’ai prévenu les policiers. Nous avions la preuve que Juglio avait vu juste. En quelque minute, la maison était prise d’assaut. Les trois complices de ton père dans l’affaire de la banque de Naples étaient là, ainsi que quelques hommes de main de Rizzi, le chef de la bande. Ils sont déjà tous sous les barreaux. Le dossier a été réouvert et ils seront condamnés pour tous leurs actes ainsi que pour kidnapping et séquestration.
Nous vous avons sortis de la cave. Tu étais inconsciente. Je t’ai installée dans la voiture du commissaire. Après, tu t’es réveillée, tu connais la suite. 
_ Je ne vois pas en quoi ces événements te forcent à être désolé ? Et l’agent de police ? Pourquoi l’est-il aussi ? Et ma mère, pourquoi pleure-t-elle ? ». Antonio lâche ma main et se tourne vers le policier qui l’interrogeait et qui n’avait toujours pas bougé. Mon ami déclare :
« _ Demande-lui. Il saura mieux t’expliquer. » Je sens une vague de terreur s’emparer de moins. L’éclair de colère qui est passé dans les yeux de mon ami lorsqu’il parlait au policier l’a déclenchée. Je fixe l’homme :
« _ Alors ? je demande.
_ C’est à dire que…Mademoiselle…Je…nous…
_ PARLEZ !!! crie-je, hors de moi, je n’en peux plus, je veux comprendre.
_ Lorsque nous avons arrêté Rizzi, il niait d’abord être le chef de la bande. Il a désigné votre père en affirmant qu’il était dans le coup du kidnapping de sa femme et de sa fille et qu’il tentait de nous rouler. Nous avons donc essayé de l’arrêter aussi, nous n’avions aucune preuves que Rizzi mentait… »
Je tremble de tout mon corps.
« _ Et… ensuite ?
_ Lorsque, mes collègues et moi, nous sommes approchés de lui, votre père a glissé sa main dans sa poche. Un de mes collègue crut alors qu’il allait dégainer un revolver…Il a voulut bien faire…Il…Il a tiré. »
Je me tourne vers Antonio. Ce n’est pas vrai. Il n’est pas mort. On ne l’a pas tué. Papa… Je ne t’ai connu que quelques heures, tu n’es pas déjà parti. Non, c’est impossible.
Le policier s’approche de moi. Je recule.
« _ Vous…vous l’avez tué. Vous me l’avez pris… ».
J’ignore mon ami qui me prend par les épaules. Je me dégage. Ma mère nous a rejoints. Des larmes zèbrent son visage. Elle n’a pas changé. Toujours sa mèche, dans les yeux. Tendrement, je la relève et la remet derrière son oreille. Je laisse les larmes couler sur mon visage sans tenter de les arrêter. Je me blottis dans les bras de ma mère. Maman, tu m’as manqué, tu m’as tant manqué. Nous voilà de nouveau seules, abandonnées. Ce mot semble être le mot-clé de l’histoire de ma courte vie. Abandon. Serrées l’une contre l’autre, nous nous dirigeons vers une voiture de police. Accompagnées d’Antonio, nous nous installons.
Le commissaire, un homme bedonnant, propose de nous raccompagner à l’hôtel. Lorsqu’il ouvre la bouche pour, je suppose, me présenter ses condoléances ou ses excuses, je lui lance un regard glacial qui le fait refermer la bouche et démarrer en trombe.

Meyar
Meyar
Niveau 4
02 septembre 2006 à 16:11:11

* * *

Nous arrivons à l’hôtel aux alentours de minuit. La mère d’Antonio nous attends, l’air soucieux. Elle serre son fils dans ses bras. M’embrasse, enlace ma mère. « Mes amis, mes amis » dit-elle « Courage, nous sommes ensembles ». Ma mère demande à aller se coucher. Mme Maglioni lui propose une chambre attenante à la mienne. Je reste un peu en bas. Autour d’un café fumant, je discute avec mon ami. Je ne ressens rien de particulier quant à la mort de mon père. Je me dis que, finalement, le vide qu’il laissait s’est juste un peu agrandit.
Quelqu’un frappe à la porte de la cuisine. Je me lève, surprise. Elizabeth ! J’avais un instant oublié sa venue. Elle m’annonce qu’elle revient de la maison du détective Juglio. Avec la sœur de celui-ci qui a appris le drame dans l’après-midi, elles ont mis de l’ordre dans ses papiers. Rizzi sera sans doute aussi inculpé pour meurtre, le détective sera vengé. Je soupire. Je regrette d’avoir demandé son aide au détective. Il serait encore vivant à l’heure qu’il est… Elizabeth me serre dans ses bras. Antonio se joint à nous. Notre étreinte chaleureuse symbolise pour moi le début d’une solide amitié. Nous montons nous coucher. Assise sur mon lit, je ne trouve pas le sommeil. La lumière sous la porte à côté de moi m’apprend que ma mère non plus. Je me lève sur la pointe des pieds. Je frappe à sa porte. Elle ne répond pas, je rentre. Elle est assise sur le fauteuil, face à la fenêtre. Je m’installe sur son lit, en tailleur. Pendant quelques minutes, nous restons silencieuses puis je me décide à lui parler :
« _ Je suis désolée, pour ce que je vous ai dit, quand nous étions chez Rizzi. Je ne le pensais pas. Ou du moins, je ne le pense plus. Excuse-moi…
_ Tu sais, me répond-t-elle, ton père et moi, nous avons beaucoup regretté nos actes respectifs. Lui, le cambriolage, sa fuite et moi, de vous avoir abandonnés, Marc et toi. Mais, avec le temps, nous nous étions persuadés que tu étais plus heureuse en France. Je suppose qu’au fond, nous savions que c’était faux mais, nous voulions probablement nous rassurer…Nous avons été de mauvais parents. Tu avais raison. Nous avons été égoïstes et jamais, nous n’avons vraiment pensé à toi. Mais, sache-le, en mémoire de ton père, qu’il t’aimait de tout son cœur, sans jamais t’avoir vue. Et moi aussi…je t’aime ma chérie. Je suis désolée… » Je m’approche de ma mère, avec mes doigts, j’essuie ses larmes. Je m’assieds sur ses genoux, comme quand j’étais petite. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi mais, cette nuit là, je ne suis pas retournée dans ma chambre…

* * *

Je me lève à dix heures. Dans la cuisine, Antonio et Elizabeth sont attablés. Ma mère et Mme Maglioni sont parties faire le marché. Comme de vieilles copines, plaisante Antonio. Je m’assieds à côté d’Elizabeth qui me demande si j’ai bien dormi. Je hoche la tête. Je n’ai pas très faim. Plusieurs jours sans manger beaucoup ont du habituer mon estomac à se restreindre. Je remonte dans ma chambre pour m’habiller. Quand je redescends, ma mère est revenue. Je vais l’embrasser. Elle me dit qu’elle a appelé Marc et qu’il nous attend à la maison. Je fronce les sourcils. Il va être furieux contre moi… Je m’en veux de l’avoir fait encore souffrir.
Nous nous asseyons sur la marche, côté jardin :
« _ Maman, tu vas rester en Italie ? Vous aviez une maison avec…Ugo ? lui demande-je.
_ Oui, nous avions un petit appartement dans un joli quartier…
_ Ah. Tu m’écriras alors ?
_ Maria je suis vraiment désolée. Je sais que tu aurais voulu que je revienne à Lyon avec toi, que tout redevienne comme avant, qu’avec Marc, toi et moi, nous formions de nouveau une vraie famille mais…c’est impossible. J’aimais Marc mais, Ugo, je l’aime toujours. C’est pourtant lui qui nous a quittées. Je ne peux pas refaire ma vie comme si rien n’était arrivé. Mais, je te promets de t’écrire chaque semaine, de te téléphoner et, à chaque vacances, tu pourras venir à Bari. Avec Antonio si tu veux. Tu diras à Marc que je pense à lui et, prends soin de lui… Je l’ai tant fait souffrir…lui aussi.
_ Ne t’en fais pas… on ira bien… », dis-je dans un sourire forcé.
Nous nous levons.
« _ Antonio et toi prenez un train pour Lyon cet après-midi. Elizabeth vous accompagne, puis, Antonio et elle rentrerons à Paris. » J’acquiesce. Elle rentre dans la cuisine. Je l’entends plaisanter avec Mme Maglioni. On dirait qu’elles s’entendent vraiment bien…Maman se sentira moins seule à Bari, c’est bien. Je monte dans ma chambre rassembler mes affaires. Le peu d’affaires qu’il me reste depuis mon départ. J’ai hâte de retrouver ma vraie chambre, ma vraie maison, mes habitudes, le lycée… Mais, je sais que, lorsque je quitterai Bari, je serai déchirée en pensant que je laisse ici de si beaux souvenirs teintés de tant de larmes… On frappe à ma porte. J’essuie mes yeux secs. C’est devenue une habitude, depuis une semaine, de sécher mes larmes. Antonio entre dans la pièce. Il tient son sac à dos à la main.
« _ Toi aussi tu fais tes valises ? demande-t-il d’un ton qui se veut dégagé.
_ Oui…on sera bientôt chez nous…
_ Oui.
_ Où…où vas-tu habiter ? Tu crois que ton père a été…incarcéré ?
_ Je n’en sais rien, je suppose. Je m’en fiche, je crois. C’est une page qui se tourne. En venant ici, avec ce voyage, ces événements, j’ai grandit, beaucoup…
_ Moi aussi. Rien ne sera plus comme avant.
_ Je pense que je vais entrer au pensionnat. Je n’ai plus beaucoup d’années de lycée. Je viendrai peut-être, plus tard, faire mes études à Lyon, qui sait ? »
Je sourie à mon ami. C’est plus fort que moi, je me jette dans ses bras.
« _ Tu vas me manquer, Tonio. Je n’aurais rien réussi sans toi, ce voyage n’aurait pas été aussi beau. Tu ne m’oublieras pas, c’est promis ?
_ Tu as d’autres questions idiotes ? ». Nous rions. Main dans la main, nous descendons les escaliers. Il est presque midi. Nous prenons notre dernier repas à Bari. La table est plutôt gaie. Elizabeth nous remonte à tous le moral en parlant de l’été prochain. Elle a d’ores et déjà décidé que nous passerions nous vacances tous ensemble, à Bari. Personne n’est contre. Après avoir complimenté la timide Mme Maglioni pour sa divine cuisine, nous sortons tous de table. Chacun s’affaire pour, il semblerait, retarder le départ. C’est Elizabeth qui stoppe le jeu :
« _ On ne peut pas s’éterniser, nous allons rater notre train. Courage, ce n’est pas un adieu que nous nous faisons là, soyez en sûrs ! »
J’embrasse la mère de mon ami, la remercie de tout cœur de son hospitalité. Je lui glisse qu’après avoir goûté à sa cuisine, les repas du self au lycée vont me paraître encore plus mauvais. Elle rie, me serre dans ses bras, me souhaite bon voyage. Antonio l’étreint à son tour et lui promet que, dans quelques années, il reviendra vivre en Italie, avec elle. Dans quelques années. J’embrasse ma mère qui ne peut retenir ses larmes. Moi, je ne pleure pas, je sais que nous nous reverrons bientôt. Nous montons dans le taxi stationné devant l’hôtel. Par la fenêtre, je fais de grands signes à Maman, sans m’arrêter. Quand je ne vois plus que deux petits points noirs debout devant l’hôtel, je sens mon cœur se serrer. Antonio, qui n’est pas en meilleur état, me prend la main. Elizabeth, à l’avant, nous adresse un sourire rayonnant. Je le lui rends, mais je devine qu’il n’est pas aussi radieux…
Nous quittons Bari pour Naples.
Quand nous arrivons sur le quai, à Naples, notre train est déjà entré en gare. Nous courons nous installer. Je reprends ma place favorite, près de la fenêtre. Elizabeth sort un livre. Antonio décide de dormir un peu. Je mets la main dans ma poche. Je sors une photo. Je suis au centre, j’ai quatre ans, ma mère est assise à côté de moi. Derrière la photo, il est écrit « Je vous aime ». Elle appartient à mon père. Quand mon père a glissé sa main dans sa poche, avant que le policier ne tire, il ne cherchait pas un revolver. Il voulait sortir la photo, leur montrer. Leur dire « Regardez ! Je les aime ! Il ment ! ». Il voulait leur dire la vérité… Je la range précieusement. Je pose ma tête contre la vitre et me laisse bercer par le mouvement du train qui me ramène chez moi…

Après un long voyage pendant lequel j’ai beaucoup dormi, pensé, pleuré et rit aussi, nous arrivons enfin à Lyon. Dès que je descends du train, j’aperçois Marc qui nous attend. Le train ne s’arrête que cinq minutes. Antonio et Elizabeth saluent mon père timidement. Elizabeth s’excuse, elle doit passer un coup de téléphone. Marc, Antonio et moi nous retrouvons tous les trois, silencieux. Marc a l’air pressé d’en finir. Il se dandine d’un pied sur l’autre comme s’il hésitait entre plusieurs attitudes à prendre. Je me sens triste à l’idée de quitter mes amis mais tellement heureuse de retrouver Lyon que je ne sais quel discours adopter. Des paroles d’adieu pour mes amis, de retrouvailles chaleureuses pour Marc…je me sens mal à l’aise. Elizabeth revient. Elle propose à Antonio de remonter dans le train qui va bientôt repartir pour Paris. Elle me serre fort dans ses bras, me chuchote de prendre soin de moi, de lui écrire. Je promets et promets encore. Elle serre la main de mon père, lui souhaite bon courage et monte dans le train. Antonio me regarde. Je ne sais pas quoi lui dire. Depuis une semaine nous ne nous sommes pas quittés et je m’imagine mal me réveiller demain matin, sans l’avoir à mes côtés. Je me jette dans ses bras. Je pleure, je ris, je le serre encore. Un sifflement annonce le départ du train. Mon ami m’embrasse tendrement sur la joue. Déjà, il court vers son compartiment. Je l’appelle, il se retourne. Il m’envoie un baiser avec sa main. Il monte dans le train qui démarre une seconde après. Marc s’approche de moi et me prend par les épaules. Nous regardons les vitres défiler. Je me hisse sur la pointes des pieds pour tenter d’apercevoir mes amis, de reconnaître, parmi les mains qui s’agitent, la leur, mais je ne vois rien. Le train disparaît. Nous restons encore sur le quai vide pendant quelques minutes. Marc me presse l’épaule, il est temps de rentrer. Je le suis, sans me retourner, prête à rentrer chez moi. A reprendre ma vie d’avant.
Ma vie d’avant qui, je le sais, ne sera plus jamais la même.

Meyar
Meyar
Niveau 4
04 septembre 2006 à 10:33:07

Epilogue

Quelques jours après mon retour à Lyon, je reçu une lettre de ma mère. Elle venait de mettre en vente le restaurant et envoyait une grosse somme d’argent. Pour Manuelo, avait-elle écrit.
Manuelo rentra à l’hôpital le lendemain. Malgré son courage, notre soutien et le travail acharné des médecins, il nous quitta deux mois plus tard. Je fus énormément bouleversée par sa mort mais grâce à la gentillesse de Marc et aux nombreuses lettres que m’envoyèrent Antonio et Elizabeth, je supportai plus facilement le drame.
A la maison, tout semblait aller mieux. Mes relations avec Marc se firent meilleures et nous devînmes très proches au fil des mois.
Pendant l’été, je retournai en Italie rendre visite à ma mère. Elle s’était installée non loin de l’hôtel de Mme Maglioni, chez qui elle travaillait maintenant comme femme de chambre. Elles étaient devenues très amies et ne se quittaient plus. Je revis avec joie mes deux amis qui avaient fait le trajet depuis Paris ensemble. Antonio n’avait pas changé. Toujours aussi drôle, il donnait le sourire à quiconque lui parlait. Nous étions toujours aussi complices. Elizabeth me parut plus épanouie, heureuse. Et pour cause, à mon retour à Lyon, je trouvai dans ma boîte aux lettres un faire-part. Elizabeth nous invitait à son mariage, courant septembre. J’ignore si elle n’avait pas osé nous en parler ou si elle souhaitait nous surprendre mais, en tout cas, je le fus. Nous nous revîmes donc à peine un mois plus tard, à Paris cette fois, pour célébrer ses noces. Son époux était un homme charmant, timide mais gentil et il fut tout de suite adopté par nous tous.
Nous reparlâmes souvent de notre fugue, des événements qui se déroulèrent lors de cette fameuse semaine d’octobre. Nous étions tous d’accord sur un point, ces événements nous avaient à tous fait changer notre vision de la vie.
Quant à moi, en une semaine, j’avais considérablement grandi.
Il paraît, qu’au fur et à mesure des années, les souvenirs s’effacent. Je n’y crois pas. Chaque fois que je repense à cette semaine italienne, je revois le signor Edouardo Lasconi, dans le train, déclarant à Elizabeth qu’il vient de l’immortaliser grâce à son manuscrit. Et chaque fois, je me dis que, si je le revoyais un jour, je pourrais lui dire que personne n’a besoin d’un livre pour immortaliser les gens ou les évènements.
Je lui dirais que, le souvenir des vrais amis est en nous, qu’il ne nous quitte jamais.

Sous forums
  • Montage vidéo
  • Modélisation 3D
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment