CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

Roman : La semaine à l'italienne

Meyar
Meyar
Niveau 4
24 août 2006 à 13:52:06

LA SEMAINE ITALIENNE

prologue

J’ai compris que les adultes n’avaient pas réponse à tout, le jour où ma mère est partie.
J’avais 8 ans. Ce jour là, j’avais eu un A+ en dessin à l’école. Le thème était «  Dessine ta Maman ». J’avais tracé avec application le long visage de ma mère. Son joli nez en trompette, ses lèvres fines peintes en rouge cerise, ses longs cils et ses grands yeux noirs qui souriaient sans cesse. Avec mon plus beau feutre, j’avais dessiné les longues boucles brunes qui lui tombaient sur les épaules, sans oublier sa mèche plus courte qu’elle avait toujours dans les yeux.
En rentrant à la maison, j’avais couru réveiller mon père ( il travaillait de nuit dans un garage et dormait une bonne partie de la journée ) pour lui montrer mon chef-d’œuvre. En voyant ma mère représentée avec ces traits enfantins, il avait d’abord sourit. Puis il avait ajouté «  C’est vrai que ça lui ressemble ». J’avais pris les larmes qui avaient emplies ses yeux pour de l’émotion et j’avais quitté la chambre en disant que je comptais l’offrir à ma mère à son retour. Mais quand onze heures sonna, elle n’était toujours pas là. Sur le coup de minuit, mon père m’obligea à aller au lit et je m’endormis difficilement, le cœur gros…
Le lendemain matin, quand je descendis prendre mon petit déjeuner, je trouvai mon père attablé. Il m’annonça qu’il n’avait pas travaillé cette nuit mais les cernes qui creusaient ses yeux m’apprirent qu’il n’avait pas dormi beaucoup pour autant. J’aperçus soudain mon dessin sur le buffet. Je me figeai puis, me tournant vers mon père :
« _ Où est Maman ?
_ Je ne sais pas… »
Il ne savait pas.

Chapitre 1

Des bisous bruyants, des grands signes, des cris :
«  _ A lundi ! Bon week-end Maria !
_ Toi aussi ! Bye !  »
Je m’engouffre dans le bus, m’assieds à ma place habituelle et adresse un dernier geste à Maud par la fenêtre embuée. Le bus démarre dans un ronflement sourd. Une vague de mélancolie m’envahit déjà. Encore un long et triste week-end en perspective. En plus, le vendredi, mes cours se finissent à midi…Ce tête à tête de deux jours et demi avec mon père me semble chaque semaine plus interminable. Ces regards en coin. Ces silences lourds de reproches, de questions sans réponses. Il règne chez nous une atmosphère étouffante qui paraît sans issue. Mes amis ont beau me dire que j’ai de la chance d’éviter les engueulades de coutume à l’adolescence, je n’en suis toujours pas convaincue. Je me dis souvent que je préfèrerais que mon père gueule. Mais il ne crie plus. Ca fait huit ans qu’il ne crie plus. Ma mère a quitté la maison depuis huit longues années et j’ai l’impression qu’une partie de mon père l’a suivie. Il n’a jamais voulu ouvrir d’enquête. La chercher, mieux, la faire revenir. Il a toujours eu l’air de trouver normal qu’elle soit partie et c’est ce qui me fait penser qu’il sait. Je suis certaine qu’il sait pourquoi Maman est partie et parfois je le déteste de ne rien faire pour qu’elle revienne.
Au début, je l’ai interrogé des centaines de fois. J’ai tout tenté. De grève de la faim en fugues successives j’ai essayé de le faire réagir. Puis, lassée de son indifférence et de ses « Je ne sais pas Maria, je ne sais pas pourquoi ta Maman nous a abandonnés » incessants, je me suis progressivement éloignée de lui. D’années en années, nos relations ce sont espacées. Désormais, elles se limitent à de petit rappels à l’ordre lorsque mes notes sont en chute libre et à des échanges monosyllabiques au sujet de nos journées respectives. La plupart du temps, nous faisons comme si nous n’habitions pas la même maison.
Le temps a passé et depuis ce soir d’il y a huit ans, il ne me reste de ma mère que mon dessin, punaisé au mur de ma chambre. Nous ne prononçons son nom que très rarement. Lorsque mon père l’utilise, il le dit d’une façon étrange. Comme si le mot lui brûlait la bouche, le faisant grimacer de douleur. La seule personne avec qui je parle encore de Maman, c’est Manuelo. Manuelo est un ancien ami de Maman. Après la mystérieuse disparition de ma mère, c’est le seul qui aie toujours voulu continuer à l’évoquer. Pendant les premiers temps, j’allais le voir au moins trois fois par semaine. Maintenant, je vais rarement lui rendre visite. Je travaille beaucoup au lycée dans l’espoir qu’une fois mon Bac en poche, je pourrais enfin quitter mon père et notre maison empreinte du souvenir douloureux de ma mère disparue.
De plus, Manuelo se fait vieux et je sens que, malgré sa joie de me voir lorsque je me rends chez lui, il se fatigue de plus en plus rapidement de mes visites pourtant courtes.

* * *

Le bus s’arrête. Je suis la seule à descendre aussi loin. Le fait que nous habitions un petit bled perdu en pleine campagne n’arrange pas les choses dans mes moments de solitude.
Je souhaite bon week-end au chauffeur puis je descends. M’attend maintenant un bon quart d’heure de marche pour rejoindre la fermette que mon père à rachetée après le départ de Maman. J’arrive en sueur, le dos en compote sous le poids de mon sac toujours aussi lourd. J’entre dans la cuisine. La lumière du soleil, tamisée par le rideau de perles de la porte, donne à la pièce une ambiance calme et agréable.
Ce ne sera peut-être pas un si mauvais week-end après tout.
Une fois délestée de mon sac, je retourne dans la cour. Des bêlements plaintifs conduisent mes pas à la bergerie. Mon père, à genoux dans la paille, aide une de nos brebis à agneler. Le front de mon père dégouline de sueur et la pauvre bête se convulse de douleur. Bientôt, je vois deux petites pattes émerger et je devine le sourire de mon père. S’apercevant seulement de ma présence, il se retourne vers moi. Désignant l’agneau que sa mère lèche amoureusement, il déclare :
« _ Ca a été dur, j’y suis depuis un bout de temps.
_ Il a l’air en bonne santé.
_ Nous verrons ça. J’espère qu’il survivra.
_ Moi aussi… »
Mon père m’adresse un sourire. Je le lui rend. Ca aussi ça faisait longtemps…Il jette un dernier regard au petit agneau couché près de sa mère puis sort de la grange. Je le suis. Une fois dans la cour, il s’arrête et me dit :
« _ J’ai fais cuire un poulet, ça te dit ?
_ Oui, je meurs de faim !
_ Allons-y alors. »
Oui, décidément, ce week-end s’annonce vraiment bien.

* * *

Après le repas, je m’attaque à la pile de vaisselle sale en sifflotant. C’est mon travail. Depuis que Maman n’est plus là, les tâches ont été réparties. Il n’y a eu aucun programme écrit de réalisé, ça s’est fait naturellement. Moi, je m’occupe du linge, de la vaisselle et du ménage dans la maison. Mon père se charge du travail à la ferme et de la cuisine. Il a abandonné son travail au garage. Il vend nos produits tous les jours au marché du village. Cela nous permet de vivre tranquillement sans pour autant rouler sur l’or. L’argent n’a jamais abondé à la maison mais nous ne manquons de rien. Je pensais qu’après le départ de Maman, nous aurions du mal à vivre. Elle travaillait dans une mercerie comme couturière et son salaire, pourtant modeste, était notre plus grande source de revenu. Je croyais que nous aurions du mal et que nous allions devoir nous « serrer la ceinture » ( expression favorite de mon père ). Mais finalement, nous avons pu continuer à vivre convenablement. Bon, Papa à vendu notre confortable pavillon en ville pour une ferme quasiment en ruine mais il a beaucoup travaillé et désormais nous ne pourrions plus nous passer de notre jolie fermette. Les premiers mois, nous avons habité chez Manuelo. Tous les jours, il se rendait à la ferme et la restaurait.
J’eu du mal à me faire au silence de mes premières nuits à la campagne, moi qui était habituée au bruit incessant des voitures sur le boulevard.

* * *

J’ai fini la vaisselle, je retourne dans la bergerie. Mon père s’est endormi sur une botte de foin. Il a quand il dort un visage serein qui tranche avec le front aux plis soucieux qu’il arbore sans cesse. Je le regarde dormir un moment. Un petit bêlement m’attire vers le fond de la grange. Le petit agneau né de ce matin s’impatiente et sautille autour de sa mère qui se repose. Je m’approche et me laisse tomber dans la paille à côté de lui. «  Alors mon joli, tu m’as l’air en pleine forme. Il va falloir te donner un nom…Que penses-tu de Cookie ? » Sa petite tâche noire en les oreilles m’a fait opté pour ce surnom. L’agneau gambade dans le foin et mordille l’ourlet de mon jean. Il a l’air d’aimer. Il se niche dans mes jambes en tailleurs et commence à téter mon pouce. J’entends mon père qui s’approche derrière moi. Sans me retourner je lui demande :
«  _ Tu as bien dormi ? Je n’osais pas te réveiller…
_ Oui, merci. Alors, notre nouveau-né semble aller bien.
_ Très bien. Je lui ai déjà donné un nom, j’espère que ça ne te dérange pas.
_ Non. »
La discussion prend fin. Avec mon père, elles ne durent jamais très longtemps. Cela tombe rien car nous n’avons jamais grand chose à nous dire. Je me lève, époussette mon jean plein de paille et emboîte le pas de mon père qui quitte la bergerie. Il rentre dans la cuisine, se dirige vers le placard, ouvre la porte. Je le devance et arrête sa main se dirigeant vers la bouteille de whisky :
«  _ Papa, non, allons plutôt faire un tour.
_ Juste un verre…s’il te plaît… »
Il me regarde avec des yeux suppliants. On dirait que c’est moi l’adulte et lui l’enfant. Une larme roule sur sa joue. Il souffre. Moi aussi. Si seulement nous pouvions en parler. Mais je vois alors mon père comme il est vraiment désormais. Sous l’emprise de l’alcool, du chagrin. Détruit de l’intérieur. Je sens mes yeux se remplir de larmes : 
« _ Allons chez Manuelo.
_ D’accord…soupira-t-il. »
Je referme le placard à clé puis range celle-ci dans la poche arrière de mon jean. Je monte prendre ma veste. Papa m’attend déjà dans notre vieille twingo rouge. Je monte à l’avant, allume la radio. Francis Cabrel chante «  Je l’aime à mourir » de sa belle voix aux accents du sud. Mon père met le contact. Il coupe la radio d’un geste agacé. La voiture démarre et s’élance cahin-caha sur les chemins poussiéreux qui rejoignent la route. Sur le bas-côté, un gamin dont la chaîne de son vélo a sauté pleurniche à côté de son grand-père qui tente de réparer la bicyclette. Mon père me regarde. Ses yeux sont vides. Son visage sans expression. Les larmes coulent sur ses joues, laissant des lignes roses sous la couche de crasse qui recouvre son visage. Il me fait pitié. Je suis en colère contre lui. J’ai envie de lui crier que c’est sa faute si on en est là. Que si il avait fait quelque chose pour que Maman revienne, elle serait là, avec nous. Je le regarde pleurer et je n’arrive pas à le détester…

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 août 2006 à 14:10:35

Hummm...pas mal. C´est plutôt fluide (à part le prologue que j´ai trouvé un peu bizarre, j´sais pas pourquoi), ça se lit bien et...ah, pis y´a quelques fautes aussi. "Cela tombe rien" par exemple. :gni:

Pour juger plus en avant l´histoire par contre, il faudra la suite... :p)

Meyar
Meyar
Niveau 4
24 août 2006 à 14:17:36

A oui pour ceux qui n´aurait pas suivi l´histoire d´hier :)
Ce texte n´est pas moi ^^ ( vous inquiétez pas moi je vais bientôt revenir avec un de mes textes ^^ )
Ce roman est déjà fini, donc je pense mettre un chapitre par jour :)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 août 2006 à 14:24:43

Tu lui as demandé finalement? :p)

Meyar
Meyar
Niveau 4
24 août 2006 à 14:28:18

Oui, et j´ai eu son "autorisation" :p

Meyar
Meyar
Niveau 4
24 août 2006 à 18:58:56

Bon alors je mets un chapitre par jour ? plus ? moins ?

Epitaph
Epitaph
Niveau 10
24 août 2006 à 19:00:01

Comme tu le sens, mais tu évites de poster ce qui pourrait passer aux yeux de ce chien de modéro comme des ups dissimulés^^

Meyar
Meyar
Niveau 4
25 août 2006 à 10:22:02

Chapitre 2

Nous arrivons chez Manuelo après une demi-heure de voyage silencieux. Mon père se tamponne les yeux avec un chiffon sale trouvé dans sa portière. Je trouve cette manie qu’on les hommes de ne pas vouloir montrer qu’ils pleurent stupide. Je claque ma porte d’un geste colérique. Je regarde la façade de la maison. Manuelo l’avait peinte jadis d’un beau fuchsia. Désormais, usée par le temps, elle affiche un pauvre rose pâle et délavé. Je sonne deux coups. J’entends des pas lents derrière la porte. La serrure grince et la porte s’entrouvre, découvrant le visage chaleureux de mon vieil ami. De nouvelles rides creusent le coin de ses yeux, de petits vaisseaux battent à ses tempes. Son visage basané se fend en un large sourire, lui aussi semble avoir perdu de la couleur. Manuelo nous invite à entrer de sa voix chaude et accueillante. Dans le couloir, je vois que le ménage n’a pas été fait depuis longtemps. En passant devant le grand miroir, je passe mon doigt dessus, laissant une marque sur la couche de poussière qui le recouvre. Manuelo qui a observé mon geste, déclare :
«  _ Ma femme de ménage vient de moins en moins souvent. Comme vous, mes amis. Le temps passe-t-il si vite pour que vous veniez si rarement me rendre visite ? Suis-je devenu si ennuyeux ?
_ Le lycée me prend beaucoup de temps, Manuelo, mais l’envie ne me manque jamais de venir te voir, tu le sais, réponds-je, ignorant mon père resté en retrait.
_ Je le sais, ma chérie, je le sais… »
Nous pénétrons dans la jolie cuisine de notre ami. Les murs blanchis à la chaux ont prit une teinte écrue qui tranche avec le rouge brique des pavés. Au dessus de la gazinière, j’aperçois le cadre que j’aimais regarder quand j’étais petite. La photo est en noir et blanc. Assis sous la tonnelle, dans le jardin, Manuelo, Maman, Papa et moi fixons l’appareil en souriant de toutes nos dents. En revoyant cette ancienne photo, je sens les larmes me piquer les yeux. Nous avions tous l’air si heureux. J’ai l’impression que Maman me regarde. Je me surprends à lui sourire.

* * *

Manuelo dépose sur la table trois tasses de café fumant. Nous nous asseyons silencieusement.
Je bois mon café à petites gorgées. Le liquide me brûle agréablement la gorge. C’est un café italien, corsé. Maman le préparait comme ça aussi.
Papa se lève de table :
« _ Je vais faire un tour en ville. Je repasse te prendre dans une petite heure, Maria.
_ D’accord, à tout à l’heure », réponds-je. 
Il sort de la pièce d’un pas lourd, les épaules voûtées.
Quand la porte d’entrée claque, Manuelo se tourne vers moi :
« _ Maria, il faut que nous parlions tous les deux. Il y a beaucoup de choses qu’il faut que tu saches avant qu’il soit trop tard, me dit-il doucement.
_ Au sujet de Maman ? questionne-je d’une voix étranglée.
_ En partie…Tiens, tu vois la boîte au dessus de l’armoire ? Attrapes-la et donnes-la moi s’il te plaît. »
Je me lève, les jambes tremblantes. Quelque chose en moi me souffle que ce que je vais apprendre dans un instant ne sera pas sans conséquences. Avec précaution, je me saisis de la boîte que Manuelo pointe du doigt. C’est une vieille boîte à chaussures. Rafistolée à plusieurs endroits, elle semble avoir vécu. Sur le couvercle, au feutre noir, sont inscrites les lettres « U.T ». Je tends la boîte à Manuelo. Il l’ouvre avec des gestes lents et cérémonieux. Il attrape une large enveloppe en papier kraft. Il plonge son doux regard dans le mien et déclare :
« _ Tu l’as deviné, il y a dans cette boîte la réponse à beaucoup de questions que tu t’es souvent posées. Ce sont des réponses graves. Dans cette boîte, il y a les clefs de ton passé mais aussi celles de ton avenir. Car ce que tu vas apprendre te poussera sans doute à faire des choix importants. Je fais peut-être une erreur en t’apprenant tout cela mais je crois que c’est mon devoir car personne ne le feras à ma place. Poses-moi les questions que tu veux, je te répondrais la vérité. »
Manuelo me tend l’enveloppe d’un air encourageant. D’une main hésitante, je la prends. Je l’ouvre délicatement. Ce sont des lettres. La première est datée du 16 octobre 1984.

Manuelo,
Tu sais dans quelle galère je me suis fichu et tu sais aussi que je regrette. Je ne suis pas assez courageux pour assumer mes actes. Je vais me planquer chez un ami quelques temps. Ne t’en fais pas, on ne me trouvera pas. Je te confie Emma et le bébé. Prends soin d’eux et tiens moi au courant. Quittes le pays, emmènes-les loin. Je les reprendrai avec moi quand ça se calmera. Merci pour tout.
U.T.

Je regarde Manuelo, les yeux brouillés par les larmes que je n’arrive pas à retenir.
«  _ Le bébé dont parle « U.T. » c’est moi ?
_ Oui c’est toi. « U.T. » est ton père biologique. 
_ … »
Je sens une boule se former dans ma gorge. J’ai envie de crier mais le son se bloque. Je me tourne vers Manuelo. J’ai envie qu’il me dise que tout ça n’est pas vrai, que mon père c’est bien Marc Dreyvert et pas ce « U.T. » dont je ne connais rien. Quelle est la galère de laquelle il parle ? Je sens une vague de panique m’envahir. J’ai envie de fuir. De quitter cette cuisine, de courir et d’oublier ce que je viens de lire.
Manuelo me prend doucement la main :
« _ Continues de lire Maria, il faut que tu saches. »
Bouleversée, je me jette sur les autres lettres. Elles ont été écrites sur une période de huit ans. Une par mois, toutes en provenances d’Italie. La dernière, datée d’Avril 1992, dit ceci :

Manuelo,
J’ai appris ce matin l’abandon du dossier et je me suis empressé de t’écrire. J’ai trouvé un boulot ( ne t’inquiète pas, les conneries c’est fini ) et je viens d’acheter un appartement à Bari. Dis à Emma que je l’attends. Si tu savais comme j’ai hâte de les voir, elle et le bébé. Le bébé ! Notre fille a huit ans maintenant ! Dire que je ne l’ai jamais vue ! Nous allons avoir du temps à rattraper…Dis-leur que je les aime.
Je te remercie pour tout, Manuelo. Je te serai toujours redevable. Demande-moi ce que tu veux, je le ferai.
Ecris-moi rapidement.
U.T.
PS : Je te joins de l’argent pour payer les billets d’avion d’Emma et Maria.

Je pose la lettre sur la table. Je reste muette. Je ne sais pas ce que je pourrais dire. Manuelo ne semble pas surpris par ma réaction, je n’allais pas sauter de joie. Il prend la parole :
«  _ Je suis né à Naples et j’y avais toujours vécu. Un beau jour d’été, ma femme et mon fils de dix-neuf ans ont été tués dans un accident de voiture. Je ne m’en suis jamais remis. Au bout de quelques années, j’ai mis en location le petit studio que mon fils occupait, à la cave de ma maison. Quand ton père et ta mère sont arrivés pour le visiter, la douleur a ressurgit brutalement. Ton père, Ugo Terlianni, avait dix-neuf ans. Ta mère dix-huit. Amoureux fous mais rejetés par leur famille qui s’opposaient à leur union, ils avaient quittés Milan pour le Sud. Sans travail, sans argent, mais gonflés d’espoir grâce à leur amour, ils m’avaient tout de suite séduits. J’avais retrouvé en ton père le visage de mon fils disparu.
J’avais considérablement baissé le loyer car je voulais à tout prix qu’ils viennent habiter chez moi. Ta mère était enceinte de trois mois. J’avais pris l’habitude de fermer les yeux sur les retards de paiements du loyer mais, moi aussi j’avais besoin d’argent pour vivre. Mon travail d’ébéniste ne me rapportait guère. J’ai été forcé de hausser le ton. J’ai suggéré à ton père de chercher un travail. Maintenant, je sais que, sans le savoir, je l’ai poussé à faire ce qu’il a fait… »
Manuelo s’interrompt, visiblement ému. Je frétille d’impatience. Je le pousse gentiment du coude, l’encourageant à continuer son récit.
« _ Un soir, j’entendis ton père quitter la maison. Il devait être aux alentours de minuit. Plus tard, vers trois heures, ta mère vint me réveiller. En larmes, affolée, elle s’inquiétait de l’absence de son fiancé. Elle ignorait ce qu’il était parti faire. Je tentai de la rassurer. Elle consentit à retourner se coucher aux premières lueurs de l’aube. Lui promettant de guetter le retour d’Ugo, je m’assis sous la tonnelle. Grisé par le spectacle magnifique du soleil levant, je m’endormis profondément au bout d’une heure de veille. Je fus réveillé par le bruit tonitruant des sirènes des voitures de polices. Le reste se déroula rapidement, dans le bruit et les cris, sans que je n’ai vraiment le temps de réaliser ce qui arrivait. Les policiers nous annoncèrent, à ta mère et à moi, qu’un cambriolage avait été effectué cette nuit, à la grande banque de Naples. On soupçonnait ton père qui avait été aperçut rôdant autour de la banque plusieurs fois ces derniers jours. Ta mère, enceinte jusqu’au cou, ( elle en était à son huitième mois ) ne voulait pas le croire. Après le départ des policiers, elle pleura des journées entières. Mais Ugo qui ne refaisait pas surface ne faisait que confirmer les soupçons. Lorsque je reçu la première lettre que tu as lue, il fallu nous rendre à l’évidence : Ugo avait bien participé au cambriolage. Je décidais de partir en France avec ta mère. Elle accoucha à Lyon deux semaines après notre arrivée. »
Je presse Manuelo :
« _ Mais, alors, pourquoi Maman t’as-t-elle quitté pour venir habiter avec Papa, euh pardon, Monsieur Dreyvert ? Pourquoi ne pas m’avoir dit la vérité et m’avoir fait croire qu’il était mon père ?
_ J’y viens Maria, j’y viens… Jusqu’à ton premier anniversaire, ta mère et toi habitiez chez moi. Puis, ta mère m’avoua fréquenter régulièrement notre voisin, Marc Dreyvert. Elle me demanda de la laisser s’installer chez lui avec toi, sans bien-sûr en toucher mot à ton père. Je la prévint qu’Ugo ne tarderait sûrement pas à vous rappeler auprès de lui. Mais elle argumenta tant et si bien que j’acceptais. Le lendemain, vous étiez installées chez Monsieur Dreyvert qui devint «  ton père » pour toi et ton entourage. Mise à part Emma, Marc et moi, tout le monde ignorait qu’il n’était que ton père adoptif et votre vie de famille allait bon train. Ce fut ainsi jusqu’à ce que, durant l’année de tes huit ans, Ugo me re-contacte et me demande de vous ramener, ta mère et toi, en Italie. Ta mère pleura beaucoup, elle était réellement amoureuse de Marc mais elle souhaitait également revoir Ugo qu’elle aimait aussi. Il fut décidé qu’elle parte. Elle avoua tout à Marc qui encaissa le choc avec un grand courage. Mais un problème restait : toi ! Nous étions tous d’accord qu’il valait mieux pour toi que tu restes en France, du moins jusqu’à ta majorité. Mais Ugo désirait plus que tout voir enfin sa fille et il se fit de plus en plus pressant. Après avoir passé des heures à réfléchir pour trouver une solution, je me rappelai enfin d’une chose qui allait tout changer. Tu l’as vu, sur la dernière lettre que m’adressa Ugo, il me promettait de réaliser tout ce que je lui demandais car il m’était redevable. Je lui écrivit donc, en lui demandant de te permettre de rester en France, à mes côtés. Ugo t’aimait profondément mais c’était un homme de parole. Il accepta. Ta mère pris l’avion pour Bari quelques jours plus tard…»
Je suis choquée. Tous les secrets qui remplissaient ma vie viennent d’être éclaircis et je ne sais pas si je dois en être heureuse ou triste. Sans doute les deux. Une question me trotte pourtant dans la tête :
«  _ Mais, pourquoi me dis-tu ça maintenant ? Je ne suis pas encore majeure et tu aurais pu attendre encore pour m’avouer tout cela ! Veux-tu toi aussi quitter la France pour l’Italie ?
_ Non ma chérie, c’est un autre voyage qui m’attends, un voyage dont je ne reviendrai jamais…
_ Quoi ? demande-je, affolée. Mais tu n’es pas vieux, il te reste de longues années à vivre Manuelo ! N’est-ce pas ?
_ Maria, il y a dix ans de cela, nous avons découvert que j’avais un cancer. C’est une chance que je sois encore en vie.
_ Pourquoi ne te soignes tu pas ?
_ Je n’en ai pas les moyens hélas, mais j’ai bien vécu et maintenant que tu sais tout, je peux partir en paix.
_ Non ! Je ne veux pas ! Pourquoi n’as-tu pas demandé de l’argent à mon vrai père ? Après le cambriolage, il devait être riche ?
_ Oui, mais tu le sais, il a déjà payé sa dette.
_ Comment ?
C’est à ce moment là que mon père, pardon, Marc, entre dans la pièce. Il ne paraît nullement étonné de me voir dans cet état. J’ai l’impression que son regard glisse sur moi, qu’il ne me voit pas. Sans un regard pour les lettres étalées sur la table. Il déclare :
« _ Partons maintenant, il est tard. A bientôt Manuelo. Viens Maria, dépêche toi ! »
Je me lève péniblement. J’embrasse Manuelo. Nous quittons la pièce dans un silence qui en dit long…

Meyar
Meyar
Niveau 4
26 août 2006 à 09:42:50

Chapitre 3

Lorsque nous arrivons à la ferme il fait nuit. Mon père me propose de faire réchauffer une pizza mais je n’ai pas faim. Je monte me coucher sans lui dire bonne nuit. Ma chambre est sous les toits. C’est une ancienne chambre de bonne que j’ai décoré moi-même. Sur les murs, j’ai accroché de grands tapis marocains aux couleurs chaudes. La plupart des meubles ont été achetés dans des brocantes ou des vide-greniers. Mon grand lit en bois provient de chez mes grands-parents paternels. Brusquement, je me dis qu’eux aussi m’ont bernée. Il devaient bien savoir que je n’étais pas leur véritable petite fille…Mon estomac se soulève. J’ai envie de vomir. Tous ces mensonges me dégoûtent. J’en veux au monde entier. J’allume la radio, monte le son à fond et me jette sur mon lit, toute habillée. Dans ma tête, tout est confus. Je ne sais plus où j’en suis. Je me demande soudain pourquoi mon père adoptif continue à m’héberger chez lui, à ses frais ? Pourquoi ne m’a-t-il pas renvoyée chez Manuelo quand ma mère est partie retrouver Ugo ? Il aurait dû…La femme qu’il aime le quitte pour retrouver un autre homme et en plus, lui laisse sa fille sur les bras. Je me dis que, moi qui n’ai jamais été satisfaite de «  mon père », j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais su que rien ne le forçait à me garder avec lui…J’ai envie d’aller le voir et de lui dire que je sais tout. Mais quelque chose me retient. Peut-être que s’il apprend que je suis au courant il me demandera de quitter la maison. Je préfère faire comme si de rien n’était pour le moment.
Je sens le sommeil me gagner. Mes paupières sont lourdes. La musique braille toujours, je n’ai pas le courage de me lever. Je sombre…

* * *

Quand je me réveille, il fait grand jour dans ma chambre. Hier soir, j’ai dû oublier de baisser mon rideau. Je descends dans la cuisine d’où s’échappent déjà de bonnes odeurs de pain grillé. En effet, Marc est déjà attablé.
«  _ Bonjour, bien dormi ? me demande-t-il.
_ Comme un bébé…réponds-je, pensive.
_ Et bien je ne sais pas comment tu as fais. A deux heures du matin, ta musique était toujours allumée. Heureusement qu’on a pas de voisin parce que la police aurait débarqué. Tu pourrais couper ton poste quand tu te couches ! J’ai été obligé de monter éteindre moi-même…T’es sacrément gonflée ! »
Ca y est, c’est parti, il est de mauvais poil !
«  _ J’étais crevée je me suis endormie comme une souche.
_ J’aurais aimé en faire autant, je te signale.
_ Ca arrive, pas la peine d’en faire un plat !
_ T’excuser serais la moindre des choses !
_ Désolée ! Voilà t’es content ?!
_ Parle moi autrement jeune fille ! Je te signale que je suis ton père et ici c’est moi qui commande ! Est-ce que c’est bien clair ?
_ Non justement ! T’es pas mon père ! »
J’ai crié. Je regrette tout de suite mes paroles. Affolée à l’idée qu’il devine que je suis au courant, je prends mes jambes à mon cou. Je me précipite dans la bergerie. Tout de suite, je vois Cookie, couché dans la paille. Il a l’air de dormir. Quand je m’approche, je m’aperçois qu’il ne respire pas. Je le secoue légèrement pour le réveiller. Il ne réagit pas. Je panique :
«  _ Cookie ! Cookie réveilles-toi !! »
Je le soulève. C’est là que je vois. Un filet de sang coule de sa bouche. Je le prends dans mes bras. Je pose mon doigt sous son cou pour prendre son pouls. Je ne sens rien. Il est mort. Mon Cookie est mort. Prise de colère, je secoue l’agneau comme un prunier. Le petit corps inerte tombe à mes pieds. Je m’accroupis. Je serre l’agneau dans mes bras. Le sang coule toujours, tachant mon pyjama blanc. Je me laisse tomber dans le foin, à côté du cadavre. Je ne sais pas combien de temps je reste ici, à sangloter. Quand j’ouvre les yeux, Marc est au dessus de moi.
Il paraît avoir oublié notre dispute. Son visage est emprunt d’une grande tristesse. J’ignore si la cause est la mort de l’agneau ou mes paroles de tout à l’heure. Je me redresse.
«  _ Excuse-moi pour tout à l’heure, je ne le pensais pas…
_ C’est oublié. Je suis désolé pour ton agneau. »
Mes larmes redoublent. Mon père s’assoit près de moi. Puis, comme quand j’étais petite, il me prend dans ses bras.
Je me laisse aller comme une enfant, le petit corps immobile serré contre moi.

* * *

Il est midi. Nous avons enterré Cookie dans le jardin, au pied du tilleul. Papa est en train de préparer le déjeuner. Je suis dans ma chambre, allongée sur mon lit. Je réfléchis encore et encore à tout ce que j’ai appris ces dernières 48 heures. J’avais raison, hier, de penser que ça ne serait pas un week-end ordinaire…
Hier soir, j’ai réalisé que si Manuelo ne pouvait pas demander à Ugo de quoi se soigner c’était car celui-ci avait déjà payé sa dette en me laissant rester en France. Je me sens coupable. Manuelo risque de mourir et c’est ma faute. Lui qui a tant fait pour nous depuis des années…Il faut que je fasse quelque chose pour l’aider. Mais quoi ?
La voix de Papa retentit depuis la cuisine :
« _ Le repas est servi ! »
Je descends les marches quatre à quatre. Je détale dans la cuisine.
Papa a sorti les assiettes du dimanche. Un beau bouquet de tulipes trône au milieu de la table. Je m’assieds en souriant.
« _ Ca va mieux ? me demande Papa.
_ Oui, mieux. Merci, réponds-je doucement. »
Nous mangeons en silence. Comme toujours. Pourtant, le silence d’aujourd’hui est différent, respectueux. Il en est presque agréable.
Marc engage la conversation :
« _ Mes cousins de Lille nous invitent à passer quelques jours chez eux.
_ Oh… murmure-je, déjà ennuyée à l’idée de ces réunions de famille lassantes.
_ Je pense y aller seul. Je sais que ça ne te dit rien. Tu peux inviter une amie à venir te tenir compagnie si tu veux.
_ D’accord. Merci, dis-je, soulagée. Tu pars quand ?
_ Demain matin.
_ Ok. Je vais passer un coup de fil à Maud pour lui dire de préparer son sac. Nous rentrerons directement à la ferme demain après les cours. »
Je quitte la table, attrape le téléphone et monte dans ma chambre.
Je farfouille sur mon bureau puis brandis un feuillet à moitié chiffonné. Je compose le numéro…
Trois sonneries. On décroche. Une douce voix féminine récite :
«  _ Allô Bonjour, vous êtes bien à la Grande Gare de Lyon. Que puis-je faire pour vous ?
_ Je voudrais réserver un billet aller-retour Lyon-Bari s’il vous plait.
_ Je suis désolée mais cette ligne n’existe pas. Le plus proche serait Lyon-Naples. Cela vous convient-il ?
_ Oui, ça ira. Réservez au nom de Maria Terlianni s’il vous plait.
_ Ter…Terlianni ? hésite l’hôtesse. »
Je m’en veux d’avoir utilisé ce nom. Il est possible qu’à Lyon on connaisse le nom du présumé cambrioleur de la Grande Banque de Naples. Quelle idiote je suis !
Mais ce n’est pas ce qui semble ennuyer la jeune femme :
«  _ Avec deux « n », Terlianni ?
_ Oui, deux « n », dis-je en soupirant de soulagement.
_ C’est réservé. Le premier train pour cette destination part demain à 13h08.
_ Parfait. Merci Madame. Au revoir.
_ Au revoir. Je vous remercie. Bonne fin de journée. »
Voilà, c’est fait. J’ai réussi.
Ne t’en fais pas Manuelo, je vais moi-même aller voir mon père.
Je vais te ramener l’argent dont tu as besoin pour te soigner.
Je te le promets…

* * *

Mon réveil sonne à six heures trente. Je fais tout pour que Papa croie que je fais la grasse matinée. Il entre dans ma chambre quand je fais mine de m’éveiller en baillant. En réalité, j’ai rangé quelques vêtements de rechange, ma brosse à dents, tout mon argent de poche et une carte d’Italie dans mon sac de cours. Papa s’approche de moi :
« _ Bon, j’y vais. Passez une bonne journée. Je vous ai laissé de quoi tenir un siège pendant un mois. Tout est dans le réfrigérateur.
_ Ok. Merci. Embrasse la famille de ma part.
_ Ce sera fait. Amusez-vous bien, soyez sages. Tu appelles Manuelo s’il y a un problème.
_ Oui. Bon voyage Papa. »
Il m’embrasse sur le front et quitte la pièce. Je me penche à la fenêtre pour le regarder partir. Il me fait un signe et monte dans la voiture. La twingo tousse et démarre en trombe. Mon père disparaît dans un nuage de poussière.
Je me dépêche. Il me reste un tas de choses à faire avant d’aller prendre mon train…
A midi et quart, je suis dans la cuisine, mon sac sur le dos. Je griffonne à la hâte un petit mot pour rassurer Papa. Je ne suis pas persuadée que ça marchera, mais bon…

Cher Marc,
Je suis partie retrouver Maman. Ne t’en fais pas, je sais ce que je fais.
Je serais rentrée dans une semaine.
Bisous
Maria qui t’aime
PS : S’il te plait, fais-moi confiance, ne me cherche pas.

Opal_Survivor
Opal_Survivor
Niveau 2
26 août 2006 à 14:23:37

Vivement la suite...ca devient passionnant!!!

Meyar
Meyar
Niveau 4
26 août 2006 à 17:02:52

C´est vrai tu trouve ça passionnant ? Car l´auteur de ce roman n´est pas là pendant le week end mais verra tous les commentaires :)

Meyar
Meyar
Niveau 4
27 août 2006 à 10:33:16

Chapitre 4

Après réflexion, je barre le « Cher Marc » que je remplace par « Papa ».
Un dernier coup d’œil dans la maison pour voir si je n’ai rien oublié, puis je ferme la porte. Deux tours de clés. C’est parti mon kiki !
Quand j’arrive à l’arrêt de bus, le bus numéro 13, direction centre ville, arrive tout juste. Je saute dedans. Le chauffeur me regarde bizarrement. Il ne doit pas voir beaucoup de lycéennes, sac sur le dos, prenant le bus un dimanche à midi et demi. Je lui adresse un sourire angélique et je vais m’asseoir dans le fond.
A une heure moins cinq, je suis en plein centre ville. Je me dirige vers la gare au pas de course. Il faut que j’aille retirer mes billets au guichet.
Il règne dans la gare une effervescence sans égal. Tout autour de moi, des gens courent, leur valise à la main. Un homme lit son journal en marchant. Il bouscule en passant un bon nombre de personnes mais ne semble pas s’en soucier. Une mère de famille, ses quatre marmots larmoyants autour d’elle, a l’air à bout de nerfs. Elle prend un des gamins sous le bras et se met à courir en criant aux trois autres «  Dépêchez-vous, on va rater le train ! ».
Je me dirige vers le guichet où la file d’attente me paraît la moins longue. Manque de chance, la personne devant moi ne retrouve plus son chéquier. Elle farfouille dans son sac à main en pestant. Quelques jurons plus tard, elle brandit triomphalement l’objet en question. L’hôtesse, qui commençait à perdre patience, pousse un soupir de soulagement.
C’est à mon tour. Je demande le plus poliment possible :
« _ Bonjour Madame, je viens chercher les billets réservés au nom de Maria Terlianni, s’il vous plait. »
La jeune femme me dévisage, l’air sceptique puis lâche :
«  _ C’est pour toi ? Tu m’as l’air bien jeune pour prendre le train seule. Tu es majeure ?
_ J’ai eu 18 ans la semaine dernière, dis-je de la voix ma plus assurée possible.
_ Ah…Excusez-moi. Cela fera 57 €, s’il vous plaît. Voilà vos billets Mademoiselle, bon voyage. »
Le passage au vouvoiement me fais sourire. Je lui prend mes billets des mains d’un air suffisant et m’éloigne dignement. Je regarde ma montre. Treize heures cinq ! C’est la panique.
Je consulte mon billet. Quai numéro 4. Je m’élance dans la foule, ignorant les protestations des gens que je bouscule. J’arrive enfin au Quai numéro 4, essoufflée, échevelée, transpirante.
Mon train est déjà entré en gare. Nouveau coup d’œil sur mon billet. Voiture 18.
Je rentre dans le train. Je cherche un moment pour trouver ma place. Ah, voilà, place 34. Côté fenêtre, tant mieux, je vais profiter du paysage. Je m’assieds et soupire d’aise. Le train démarre à ce moment. Je suis contente d’avoir osé aller jusqu’au bout. Ce matin encore, j’étais tentée de renoncer. Maintenant que je suis assise dans ce train, je n’en bougerai plus. La seule chose qui m’inquiète est la fin du voyage. Un fois arrivée à Naples, il me restera un bon bout de chemin. Je ne vais pas pouvoir réserver un billet de train au nom de Terlianni, dans la ville même où mon père a frappé…
Il faudra trouver un autre moyen de transport. J’aviserai…
Pour le moment, je me concentre sur mes compagnons de compartiment. Je les dévisage un à un. En face de moi, est assis un vieil homme. Je lui donnerai environ quatre-vingt ans. Il jette des regards furtifs par la fenêtre et prend des notes sur un petit carnet en cuir relié. Son crâne dégarni, luisant de sueur, s’agite frénétiquement, comme sur le rythme d’une musique que lui seul entendrait. Il est assez modestement vêtu. Sa chemise est usée au coudes, son pantalon de vieille toile élimé et un peu court. La veste en daim qu’il a posé sur le dossier de son siège et trouée à plusieurs endroits. Le vieil homme lève son regard sur moi. Prise en flagrant délit, je détourne les yeux et me mets à fixer mes baskets.
Quand le danger me semble écarté, je tourne mon regard sur la voisine du vieillard. La trentaine, elle a pourtant le visage fatigué des gens qui ont beaucoup vécu. Sa peau toute pâle est couverte de tâches de rousseurs. Ses grands yeux verts bougent de gauche à droite au fur et à mesure qu’elle tourne les pages du livre posé sur ses genoux. J’arrive à lire le titre «  Le grand amour de Myriam Jones ». Un roman à l’eau de rose. Les cheveux de la jeune femme sont roux. Les rayons du soleil, filtrés par la vitre, leur donne de beaux reflets dorés. J’imagine la passagère désespérément amoureuse d’un homme qui la rejette. Ne supportant plus de vivre auprès de lui, elle quitte la France pour l’Italie, espérant y trouver celui qui lui fera oublier son malheur. L’amante éconduite pousse le vieillard du coude. Ce dernier se tourne vers elle. Elle le regarde et rougit, confuse :
«  _ Pardon monsieur.
_ C’est rien ma jolie. Une rature de plus dans mon manuscrit. Savez-vous ce que j’écris dans ce carnet ?
_ Non…répond l’intéressée qui ne l’est pas du tout.
_ Mes mémoires, ma jolie. J’ai commencé à transcrire mes souvenirs dans ce carnet. Je me fais vieux, et quand je quitterai ce monde, mon roman sera le témoin de ma vie. Belle idée n’est ce pas ?
_ Oui, excellente, murmure la jeune femme, visiblement pressée de retrouver Myriam Jones.
_ Vous, les jeunes, vous ne pouvez pas comprendre. Vous avez encore toute la vie devant vous. Vous n’avez encore rien vécu. Vous n’avez pas encore aimé…continue le vieillard.
_ N’exagérez rien, je ne viens pas de naître, rétorque la voisine, agacée. On aime à tout âge, chez monsieur. »
Je la regarde, amusée. Dire à une femme au cœur brisé qu’à son âge on ne peut avoir aimé, ce n’est pas très délicat, en effet… Le vieil homme ne semble pourtant pas se rendre compte de sa maladresse, il reprend de plus belle :
«  _ Je veux bien vous croire, ma jolie. D’ailleurs, voyez-vous, vous aussi venez d’être immortalisée.
_ Pardon ? interroge «  la jolie » qui perd le fil de la conversation.
_ Je viens de retranscrire notre conversation dans mon carnet. Vous figurez donc à présent dans mon récit. Puis-je vous demander votre nom, ma jolie ?
_ Elizabeth Guériez, lâche la jeune femme.
_ Fort joli prénom, Elizabeth…Ma femme et moi aurions aimé appeler notre fille comme ça. Hélas, nous n’avons eu que des garçons ! Dame, c’est comme ça ! Mais, sachez que c’est un atout que d’avoir un beau prénom ! Je connaissait, jadis, dans mon village, une jeune fille qui portait un nom bien laid…. »
Mlle Guériez reprend sa lecture, laissant le vieil homme à ses souvenirs. Celui-ci ne semble pas s’apercevoir qu’il parle dans le vide. Elizabeth pose ses yeux sur moi. Je lui sourie. Elle hausse les épaules, me désigne son voisin du menton et m’adresse un clin d’œil. Puis elle se replonge dans son livre, me laissant à mes observations.
Je jette mon dévolu sur le dernier passager du compartiment. Assis à ma gauche, un garçon d’à peu près mon âge est en train de dormir. Sûrement d’origine italienne, il a le teint très mat et de grosses boucles noires encadrent son visage. Je ne peux pas voir ses yeux sous ses paupières closes mais je parierais qu’ils sont noirs. Il porte une grande chemise rouge entrouverte et un large jean troué au genou. A son poignet, je remarque une chaînette en argent sur laquelle est gravé le prénom « Camille » suivit d’un petit cœur. Sûrement un cadeau de sa copine. Je me surprends à être déçue qu’il ne soit pas libre. Je me secoue. « Allons Maria, ne soit pas stupide, tu ne vas pas tomber amoureuse du premier bel italien venu. Surtout si sa Camille l’attend là-bas ! Ressaisi-toi ! ».
Je me tourne vers la vitre pour essayer de dissiper le rouge qui me monte aux joues. Une voix me fait sursauter :
« _ Tu as fini l’état des lieux ? Je suis magnifique n’est-ce pas ? »
Je me retourne brusquement. C’est l’italien qui a parlé. Il me regarde en souriant de toutes ses dents. Ses yeux sont d’un noir de jais.
«  _ Tu…tu ne dormais pas ? bégaye-je.
_ Non. Tu t’ennuies autant pour dévisager les gens comme ça ? plaisante-t-il.
_ Je…euh, dis-je en rougissant de plus belle.
_ Ne sois pas gênée, on s’occupe comme on peut, me sourie-t-il. Je m’appelle Antonio. Antonio Maglioni. Et toi ?
_ Maria…euh Maria Dreyvert, dis-je, décidant d’éviter de mentionner le nom de mon cambrioleur de père.
_ Tu es italienne ?
_ Ma mère est italienne. Je vais lui rendre visite.
_ Tes parents sont divorcés ?
_ Euh, oui, c’est ça.
_ Moi aussi. Je suis né en Italie mais je suis parti habiter en France avec ma mère quand mes parents se sont séparés. Je vais voir mon père, à Bari.
_ Bari ?! Moi aussi !
_ Génial. On peut voyager ensemble si ça te dit ?
_ Bien-sûr ! Enfin, je veux dire, pourquoi pas…
_ Ca marche, dit Antonio en riant. »
Je nage en plein bonheur. Moi qui tremblait de peur à l’idée de me débrouiller seule jour et nuit de Naples à Bari, me voilà accompagnée. Et quel compagnon ! J’en oublie presque le joli bracelet gravé Camille…
Et puis, après tout, si je mets un peu plus d’une semaine, ce n’est pas si grave…L’important est de ramener l’argent, si Manuelo vit avec sa maladie depuis dix ans, une semaine de plus ne le tuera pas…
Je me retourne vers Antonio qui engage la conversation.
Je sens que ce voyage va être inoubliable…

myssmelmel
myssmelmel
Niveau 10
27 août 2006 à 22:03:12

Pas mal du tout :)

Meyar
Meyar
Niveau 4
28 août 2006 à 11:09:52

Chapitre 5

Quand je me réveille, il fait nuit. Je me rend compte avec délice que je dormais dans les bras d’Antonio…Je n’ose pas bouger de peur qu’il lâche son étreinte. Je regarde par la fenêtre mais il n’y a aucun éclairage et je ne distingue rien. En face de moi, le vieil homme et Mlle Guériez dorment profondément. Tout comme Antonio. Soudain, une vision m’envahie. Je vois Manuelo, allongé sur un lit d’hôpital, des tuyaux lui sortent du nez et de la bouche. Il a plusieurs perfusions. Des infirmières s’affairent autour de lui. Je vois le médecin qui parle à l’une d’entre elle. Je l’entends lui dire : 
« _ Déjà dix ans qu’il traîne son cancer. C’est la fin. On ne va pas pouvoir faire grand-chose et puis de toute façon, il n’aura pas de quoi payer la chimio… ».
Je secoue la tête pour chasser ces images. Je sais pourtant que c’est ce qui risque d’arriver si Manuelo ne se rend pas à l’hôpital rapidement. Je m’en veux d’avoir pensé pouvoir allonger mon voyage. Moi qui m’était promis de faire vite pour sauver mon ami, me voilà détournée de mes résolutions à cause d’un beau garçon rencontré depuis quelques heures. Enervée, je me dégage brutalement des bras d’Antonio. Il se réveille, baille et me regarde, étonné.
«  _ Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi t’agites-tu comme ça ?
_ Tout va bien, dis-je en retenant les larmes qui me piquent les yeux.
_Ca à l’air en effet, ironise mon nouvel ami.
_ Je te dis que ça va ! crie-je, réveillant au passage le vieil homme d’en face. 
_ Dîtes les jeunes, il est trois heures du matin, c’est l’heure de dormir ! Moins de bruit s’il vous plait ! nous gronde ce dernier.
_ Excusez-nous, murmure Antonio.
_ Pas grave, pas grave…grommelle le vieillard avant de se remettre à ronfler bruyamment. »
Antonio ferme les yeux et fait mine d’imiter les longs ronflements de notre voisin. Nous éclatons de rire. Il mets un doigt sur ses lèvres pour demander le silence puis, me prenant par la main, m’invite à sortir du compartiment. Nous faisons coulisser la porte le plus silencieusement possible et nous nous glissons dans le couloir désert. La température y est nettement plus fraîche que dans le compartiment et je regrette de ne pas avoir pris mon pull. Remarquant mes frissons, Antonio s’approche de moi et passe son bras autour de mes épaules. Je me blotti contre lui. J’ignore combien de temps nous restons ainsi, immobiles, silencieux. Une minute, ou peut-être une heure. C’est Antonio qui brise l’enchantement :
« _ Nous devrions retourner dormir un peu, sinon, demain nous ne tiendrons pas debout. »
J’observe qu’il joue nerveusement avec le bracelet à son poignet. Je soupire et retourne dans le compartiment. Antonio ne revient pas. Il doit se balader dans le train. Je vois son sac posé sur la banquette. La tentation est trop grande. Je ne sais pas ce que j’ai envie d’y découvrir. Peut-être une photo de la fameuse Camille. Une lettre d’amour passionné. Je regarde mes voisins. Le vieillard et Elizabeth dorment tous deux à poings fermés. J’attrape le sac par la bandoulière. Ma main hésite un instant avant de détacher les deux boutons pressions. Je cherche un moment sans oser regarder. Ma main tombe sur quelque chose de rectangulaire, en jean. Sûrement un portefeuille. Je sors l’objet. Bingo ! Je l’ouvre. Un papier tombe à mes pieds. C’est une photo. Je reconnais Antonio, au centre. A sa droite, un garçon d’environ vingt ans, grand brun et souriant que je prendrais pour son frère. A sa gauche, un homme robuste au visage émacié, la cinquantaine, sûrement le père. Au dos de la photo on peut lire :
« Papa, Camille et moi… »
Je réprime un éclat de rire. Je n’ai plus de soucis à me faire au sujet de la jolie Camille. C’est le frère d’Antonio ! Je ris toute seule de ma stupidité. Je continue mes recherches. Je tombe sur un petit livret à la couverture jaunie. Sur la première page, j’apprends que c’est le journal intime d’Antonio. Je suis gênée mais ma curiosité l’emporte. Je commence à survoler les lignes à la petite écriture serrée. La plupart des pages racontent des événements sans importance. Antonio y transcrit ses notes au lycée. Je remarque que c’est un excellent élève. Je vois également quelques numéros de téléphone griffonnés un peu partout. J’arrive à la fin. Sur la dernière page, l’écriture change. C’est toujours celle d’Antonio mais elle est plus large, plus précipitée. A plusieurs endroits, l’encre a bavée. Je dévore la page en quelques secondes. Je me fige. Je relis les dernières lignes, pour être certaine de ne pas avoir rêvé :

«  Ce soir, Camille et Papa se sont encore disputés. Il était question du cours de français que Camille avait séché à trois reprises ces deux dernières semaines. Il a dit à Papa qu’il s’en fichait du bahut, que s’il le laissait faire ce qu’il aimait, partir en tournée avec son groupe, tout irait beaucoup mieux. Papa a crié qu’il ne voulait pas d’artiste à la maison, qu’il voulait que ses fils réussissent leur vie, fassent un métier intelligent et utile. Camille crie plus fort :
«  _ Tu ne peux pas comprendre ! Toi, tu vis pour ton boulot ! T’en es même arrivé à négliger ta propre femme ! Je comprends pourquoi Maman est partie ! A sa place, j’aurais fait pareil ! Tu es un monstre ! Un égoïste ! JE TE DETESTE »
Le coup est partit. Camille est par terre, inanimé. Du sang coule de sa tempe ouverte. Papa le regarde sans bouger. Ils se disputent souvent mais jamais Papa n’avait levé la main sur lui. Jamais. Je descends en courant. Je prends le téléphone. A peine dix minutes plus tard, le Samu arrive. Ils mettent Camille sur un brancard. Dans le camion garé dans la cour, les ambulanciers s’affairent autour de lui. Papa s’est assis par terre. Recroquevillé comme ça, il a l’air d’un enfant. Un homme au visage sympathique s’approche de moi. Je n’oublierai jamais ses mots :
« _ Je suis désolée, nous n’avons rien pu faire, c’est fini… »
Tout s’accélère. Je cours dans ma chambre, attrape mon vieux sac à dos. Le regard brouillé par les larmes, je fourre dedans tout ce qui me tombe sous la main. Je mets mon sac sur mon dos et redescends. Les ambulanciers parlent à mon père qui se débat en hurlant. Je passe par la porte de derrière. Je déboule dans la rue. Je cours aussi vite que je peux.
Je ne reviendrai jamais dans cette maison, jamais.
Mon père a tué Camille. Il l’a tué.

Je suis sous le choc. Je tente de me calmer avant le retour d’Antonio. Je me dépêche de remettre le portefeuille et le livret dans son sac. Je referme les pressions. Clic clic. A ce moment, la porte du compartiment coulisse. Antonio entre. Il me sourit, je remarque qu’il a pleuré. Je me tourne vers la fenêtre. Il murmure :
«  _ Tu es fâchée ?
_ Non…Je dors…dis-je en feignant un bâillement.
_ Bonne nuit alors, chuchote mon nouvel ami. »
La banquette rebondit quand il s’assoit. Je l’entends soupirer. Je continue de fermer les yeux. Je serre les paupières de toutes mes forces. Nous sommes deux fugueurs et deux menteurs. Sa mère est partie, comme la mienne… Je me sens coupable d’avoir fouillé dans ses affaires. Ca aurait été tellement plus simple s’il m’avait dit ça lui même. Peut-être que, plus tard, me l’avouera-t-il. Nous sommes loin d’être arrivés à Bari. Après tout, moi aussi je lui cache des choses. Beaucoup de choses. Je vais m’en tenir à la version des parents divorcés pour le moment, je verrais plus tard pour le reste…
Il est temps de dormir. Il va bientôt faire jour. Je m’appuie contre la fenêtre et me laisse aller dans les bras de Morphée…

Opal_Survivor
Opal_Survivor
Niveau 2
28 août 2006 à 22:33:29

Et alors?

Meyar
Meyar
Niveau 4
29 août 2006 à 14:09:26

Chapitre 6

Quand je me réveille, il ne reste dans le compartiment qu’Elizabeth et moi. Elle m’apprend qu’Antonio et le vieil homme sont partis chercher le petit-déjeuner au wagon-restaurant. Nous discutons toutes les deux jusqu’au retour des hommes. Antonio me fait une bise sur la joue et me tend un croissant tout chaud et une tasse de café. Nous petit-déjeunons tous les quatre en papotant. L’ambiance est amicale et agréable. Elizabeth semble avoir oublié son accrochage avec le vieil homme, d’ailleurs nommé Edouardo Lasconi. Il insiste pour qu’on l’appelle par son prénom et le tutoie. Je me lie d’amitié avec Elizabeth. Quand le train arrive à Naples, nous échangeons nos adresses et nos numéros de portables. M. Lasconi se rend chez sa sœur et Elizabeth vient passer une semaine chez sa vieille tante Martha pour perfectionner son italien.
Nous nous quittons tous les quatre sur le quai de la gare. Edouardo nous serre dans ses bras et nous souhaite bon voyage. Elizabeth me souffle d’être prudente et de rentrer vite. Visiblement, elle n’est pas dupe de notre histoire respective. Il est vrai que ni Antonio ni moi n’affichons les dix-huit ans que nous prétendons tous deux avoir.
Quand nos deux amis sont hors de vue, nous attrapons nos bagages et nous nous fondons dans la masse des voyageurs. Nous marchons un bon quart d’heure avant d’arriver dans le centre de la ville. Là, nous prenons un taxi qui nous conduit jusqu’à la réputée Baie de Naples.
Quand nous arrivons, nous restons cois devant le spectacle qui s’offre à nous. Les rayons du soleil levant se reflètent sur l’eau transparente de la méditerranée. Une légère brise agitent les palmiers au bord de la plage de sable fin. Des baigneurs matinaux se glissent déjà dans l’eau tiède avec délice. Dans la brume matinale, nous distinguons le Vésuve, dominant la ville de toute sa hauteur. Je sens l’émotion me gagner. Comme j’aimerais que Manuelo et Papa soient là, avec moi. Je regarde Antonio. Il a le regard perdu dans le vague. Je vois des larmes perler à ses yeux. Je devine que ses pensées convergent vers son frère qui l’a quitté trop tôt. Je me demande comment, à sa place, je ferais pour regarder encore en face l’homme qui a tué mon frère, même si cet homme était mon père. Antonio secoue la tête, comme pour chasser ses tristes pensées. Il se tourne vers moi :
« _ C’est beau, n’est-ce pas ? me dit-il.
_ Magnifique…Je n’ai jamais rien vu d’aussi splendide !
_ Maria…il faut que je te dise quelque chose…
_ Oui ?
_ Mes parents ne sont pas divorcés. Ma mère est partie de la maison quand j’avais dix ans. Je me suis sauvé de chez moi parce que, avant-hier, mon père a…il a… »
Sa voix se brise. Antonio éclate en sanglots. Je ne sais pas quoi faire. Je lui prends la main et je la serre très fort, juste pour lui dire qu’il n’est pas tout seul, que je suis là. Je lui chuchote à l’oreille :
« _ Je sais tout Antonio. J’ai lu ton journal dans le train. Excuse-moi… »
Il me regarde. Je baisse les yeux, honteuse. Il prend la parole tout bas :
« _ Et toi ? Quel est ton secret ? »
Je lève les yeux. Je vois son visage inondé de larmes. Je m’assieds sur le petit muret qui borde la plage. Antonio s’installe près de moi. Je commence à parler. Je lui dis tout. Je répète tout ce que Manuelo m’a avoué. Je lui raconte le soir où Maman est partie, la mort de Cookie, mon père qui ne l’est pas, Manuelo qui va mourir et l’argent dont j’ai besoin. Je parle sans m’arrêter, sans réfléchir… Quand je me tais enfin, Antonio déclare :
« _ En fait, tous les deux, on est dans le même pétrin…Notre mère qui nous abandonne, notre père qui nous déçois et notre meilleur ami qui s’en va. La différence, c’est que ton Manuelo, il n’est pas encore mort, et que tu as une chance de le sauver. Alors pas question d’abandonner, Maria ! Tu ne vas pas t’arrêter si près du but ! Tu vas continuer et moi je vais venir avec toi ! On va les retrouver tes parents, et dans une semaine tu seras en France avec l’argent qu’il te faut ! Je te le promets ! »
Je regarde Antonio avec un air d’admiration profonde et je lâche :
« _ Oui maître. »
Nous éclatons de rire. Antonio se lève. Moi aussi. Nous commençons à marcher vers la route. Antonio glisse sa main libre dans la mienne.
Il se met sur le bas-côté et, lorsque les voitures passent, il lève le pouce en souriant…

* * *

Voilà une heure que nous attendons sur le bord de la route, en vain. Malgré les sourires enjôleurs d’Antonio et nos pouces désespérément levés, aucune voiture n’a voulu nous prendre. Je suggère à mon ami de changer de tactique lorsqu’un mini bus aux couleurs criardes s’arrête devant nous. Une tête joufflue et souriante émerge de la fenêtre :
« _Je vous dépose quelque part, les amoureux ? lance une grosse dame à la voix de crécelle. »
Antonio m’entraîne et monte à l’arrière. Je rassemble mes souvenirs de ma langue maternelle que je n’utilise plus beaucoup et demande :
«  _Pouvez-vous nous emmener à Bari, s’il vous plaît ?
_Bien-sûr, c’est mon chemin ! déclare notre chauffeur.
_ Merci beaucoup madame, répond Antonio.
_Puis-je vous demander votre nom ? Moi, je m’appelle Chiara, continue la brave signora.
_ Je m’appelle Maria et mon ami, c’est Antonio, réponds-je.
_D’accord, c’est parti ! lance Chiara d’une voix chantante.
Il s’avéra que Chiara était une femme très bavarde et durant le trajet, nous dûmes faire des efforts pour supporter sa voix aiguë déballant toutes sortes de choses. Certaines intéressantes et d’autres beaucoup moins. Il nous fallut plusieurs heures pour arriver à Bari. Compte tenu de nos nombreuses pauses pendant le voyage.
Il est vingt heures, nous venons d’arriver chez Chiara. Elle a insisté pour nous héberger cette nuit. Ne sachant pas tellement où aller nous avons accepté de bon cœur. Chiara se gare dans une petite cour bordée de platanes. Elle habite une petite maisonnette bourgeoise. Ses jolies briques ocres lui donnent un style noble et ancien. Chiara nous fait signe d’entrer. Nous sommes accueillis par des miaulements langoureux. Trois gros chats persans viennent se frotter à nos jambes. Chiara câline à gauche à droite en flattant ses gros matous. La petite maison est coquettement décorée. Nous entrons dans le salon. Nous remarquons d’emblée l’imposante cheminée qui s’y trouve. L’ameublement est simple et nous devinons que Chiara ne roule pas sur l’or. Cependant, la maison est entretenue avec amour et cela se voit. Notre nouvelle amie semble une fine couturière. Partout dans la pièce sont encadrées des broderies. La plupart sont des proverbes et des maximes. Les coussins moelleux du canapé sont tous orné d’un chat grassouillet tracé au point de croix. Chiara nous fait une visite rapide de sa demeure puis nous conduits à l’étage où elle nous désigne une chambre chacun.
J’entre dans la mienne. La grande fenêtre lui donne une luminosité très agréable. Les murs sont recouverts d’une tapisserie rose bonbon. La couette du grand lit y est assortie. Sur le petit bureau à gauche de la fenêtre est posé un vase de roses jaunes fraîchement cueillies. Un vieux fauteuil en velours est placé dans un coin de la pièce. Dessus, le traditionnel coussin-chat. Je dépose mon sac à dos au pied du lit et m’assieds. Antonio entre dans la pièce :
« _ Ma chambre est sympa. La tienne aussi visiblement.
_ Oui. Chiara est gentille de nous garder pour la nuit.
_ Profitons-en car nous ne trouverons pas tes parents dès demain et c’est probable que la nuit prochaine soit moins confortable… »
J’acquiesce en silence. Antonio s’approche. Je tapote le lit pour l’inviter à s’asseoir à côté de moi. Nous restons silencieux, plongés dans nos pensées jusqu’à ce que la voix tonitruante de Chiara nous appelle pour dîner.
Après un imposant plat de pâtes dévorées avec appétit, nous souhaitons bonne nuit à Chiara et montons nous coucher dans nos chambres respectives. Dans le couloir, là-haut, Antonio me retient :
«  _ Tu sais, me dit-il doucement, je suis content qu’on voyage ensemble…
_ Moi aussi, lui sourie-je.
_ Bonne nuit.
_ Toi aussi, dors bien. »
Je lui colle une bise sur la joue et file dans ma chambre douillette. Je passe dans la salle de bain attenante à la chambre et rejoins bien vite le grand lit chaud. Allongée dans le noir, j’écoute les bruits de dehors. J’entends les voitures passer dans la rue. Ma campagne silencieuse me manque. Papa doit être rentré de Lille maintenant. Il a dû se rendre compte de ma disparition…Il doit être fou d’inquiétude. Je dois trouver Maman et Ugo bien vite pour rentrer à la maison le plus tôt possible.
De l’autre côté du mur, j’entends la lente respiration d’Antonio. Il s’est endormi comme une masse. Je ferai bien d’en faire autant.
Je ferme les yeux et m’endors rapidement, bercée par la rassurante présence de mon ami, derrière le mur…

Meyar
Meyar
Niveau 4
29 août 2006 à 14:09:52

* * *

Lorsque je me réveille, le soleil filtre à travers les persiennes. Je jette un œil à ma montre posée sur la table de nuit. Il est cinq heures. Je n’entends plus Antonio dans la chambre d’à côté. Je saute du lit et m’habille en vitesse. J’arrive en trombe dans la cuisine. Antonio est en train de boire son chocolat chaud. Il m’annonce que Chiara est sortie faire des courses à l’épicerie du coin avant d’aller travailler. Nous décidons de partir dès son retour. Je m’assieds près de lui et je déjeune sans grand appétit. La nuit a passé trop vite. J’aimerais rester encore un peu dans cette maison chaude et accueillante avant de partir déambuler dans les rues à la recherche de mes parents. Antonio ne semble pas de cet avis. Il a l’air pressé d’en finir. Il avale sa tasse à grandes gorgées et monte préparer son sac. Moi, je prends mon temps…
Quand je monte prendre mes affaires, il sort de sa chambre.
« _ Dépêche-toi Maria. Tu vas voir que les journées passent vite. On a du boulot, me dit-il. »
J’attrape mon sac à dos et jette un dernier regard à la chambre rose.
Je descends l’escalier derrière mon ami.
Quand nous déboulons dans l’entrée, sac sur le dos, Chiara arrive tout juste, les bras remplis de paquets. Nous l’aidons à ranger ses courses puis commençons nos adieux. Notre hôte semble triste de notre départ précipité et insiste à plusieurs reprises pour que nous restions encore quelques jours. D’une voix ferme, Antonio déclare que nous avons à faire puis, il lance avec un regard appuyé dans ma direction « Le temps nous est compté… ».
Je pense à Manuelo et abrège les adieux.
Chiara claque la porte laissant place à un silence pesant. Antonio me regarde et déclare d’un ton morne « Pas la peine de rester planter là, on a du travail, ça m’étonnerait qu’on croise tes parents à un coin de rue… ». Il commence à marcher et je lui emboîte le pas.
Je cherche quelque chose à dire pour détendre l’atmosphère mais je ne trouve rien. Je décide de me taire pour le moment, si Antonio fait la tête, c’est son problème, je ne lui ai pas demandé de m’accompagner, moi !
Nous débarquons sur la petite place du village. Chiara habite non loin du centre de Bari mais nous y rendre à pieds nous prendrait près d’une heure. Antonio se dirige d’un pas décidé vers un groupe de badauds qui discutent au pied des marches de l’église. Il aborde un vieil homme à la bedaine imposante et au visage souriant. Restée en retrait, je ne saisis pas tout de la conversation mais, quelques minutes plus tard, l’homme désigne une voiture garée un peu plus loin. Antonio me fait signe de le suivre, sans un mot cependant, et nous montons dans la camionnette brinquebalante de notre nouveau chauffeur. Celui-ci n’est pas très causant mais il n’en est pas moins sympathique. Antonio s’est assis à l’avant. Toute seule derrière, je rumine de sombres pensées. Mon optimisme d’hier soir paraît s’être envolé et je suis découragée d’avance à l’idée de devoir chercher mes parents dans une si grande ville. Comment pourrons-nous les retrouver ? Pas d’adresse, un nom de renommée peu louable sans doute oublié de puis longtemps, le souvenir vague de ma mère entretenu par de vieilles photographies…
Non, vraiment, nous n’avons aucun atout de notre côté.
Je regarde Antonio. Son visage ne laisse transparaître aucun sentiment. Sauf peut-être l’ennui… Que cherche-t-il vraiment au juste ? Je ne sais en fait que très peu de choses de lui… Un père violent, une mère disparue et le trou béant laissé par son frère mort trop tôt. Les fugueurs finissent toujours par rentrer mais quelque chose me dit qu’il en sera autrement pour mon ami. Moi qui croyais maîtriser parfaitement la situation à mon départ de Lyon il me semble maintenant que les rênes de l’aventure me glissent entre les doigts. L’envie de rentrer chez moi et désormais presque aussi forte que celle de trouver mes parents. Je songe que si Antonio n’était pas là j’aurais sûrement déjà renoncé. Mais restera-t-il encore longtemps à mes côtés ?
Nous arrivons déjà dans le centre de Bari, notre chauffeur nous dépose. Quand je me penche par la vitre pour le remercier, il me colle dans les mains un morceau de papier et me lance un clin d’œil. Hébétée, je lui sourie et fourre le papier dans la poche de mon jean. Le vieil homme démarre sa camionnette et disparaît dans un nuage de poussière. Je déplie le message. L’homme y a griffonné son numéro de téléphone, au dessous, il a tracé d’une écriture malhabile « au cas où » je sourie et range précieusement le morceau de papier dans mon portefeuille. Je rejoins Antonio qui s’est assis sur un banc à côté de la grande fontaine qui domine la place où nous a laissé notre chauffeur. La population s’y active déjà malgré l’heure matinale. Un fromager gare son camion à quelques mètres de nous. L’odeur du chèvre frais me met l’eau à la bouche. Je me rends compte que nous n’avons pas pensé à prendre des vivres chez Chiara. Espérons que notre épopée ne s’éternise pas, je doute que nous ayons de quoi nous offrir l’hôtel et l’idée de fouiller dans les poubelles ne me tente pas plus que ça…
La place se remplit progressivement. Ca et là, les maraîchers commence à installer leur stand. Un vendeur de légumes installe de gros melons sur son étalage. Son jeune assistant jongle avec des citrons en jetant des regards entendus à la jolie jeune femme qui aide la poissonnière d’à côté à monter son stand. Celle-ci se détourne, rougissante. Je me tourne vers Antonio.
« _ T’as une idée de la façon de laquelle on peut procéder ? demande-je timidement.
_ Je réfléchis. Au lieu de regarder bêtement autour de toi tu n’as qu’à en faire autant, lance-t-il d’une voix méchante.
_ Je chercher aussi je te signale ! proteste-je. Si tu n’as pas envie de m’aider, va-t-en, mais évite moi tes sautes d’humeur ! Je ne t’ai pas supplié de m’accompagner, je peux très bien me débrouiller toute seule !
_ Ouais, t’as raison ! C’est sûrement ce que je vais faire puisque tu n’as pas besoin de moi !
_ Aucun problème ! réponds-je, folle de rage.
_ Je te souhaite bonne chance alors ! Si tu retrouves tes parents préviens-moi parce que je n’y crois pas un instant ! me jette Antonio. Ses yeux lancent des éclairs.
_ Alors tu auras bientôt de mes nouvelles car je compte bien les retrouver, que tu y crois ou non ! crie-je.
_ Je voudrais bien voir ça ! Tu ne connais rien d’eux à part leur nom qu’ils ont sûrement changé depuis des lustres ! Tu rêves ma pauvre Maria ! Tu ferais mieux de reprendre tout de suite un train pour Lyon !
_ Tu me connais mal ! Je vais les retrouver, j’en suis certaine, et sans ton aide !
_ T’as raison…dis Antonio en murmurant presque. Personne n’a jamais eu besoin de moi… »
Je me sens soudain ridicule. Nous sommes tous les deux exténués et découragés, c’était inutile de se disputer… Je me tourne vers mon ami, prête à lui faire des excuses. Il a les yeux fermés et des larmes coulent sur ses joues. Je soupire et me tais.
Il a raison. Moi non plus je ne crois pas un instant que je vais retrouver mes parents.
Je pense à Manuelo que je ne vais pas sauver et je sens moi aussi la tristesse me gagner. Je me laisse aller. Les passants nous regardent, ombres sanglotantes dans les lueurs de l’aube…

Meyar
Meyar
Niveau 4
30 août 2006 à 11:18:35

Chapitre 7

Antonio revient, deux croissants chauds à la main. Notre petit déjeuner avalé en vitesse ne nous a pas tellement tenu à l’estomac. Je remercie mon ami et me jette sur la viennoiserie. En quelques minute, le croissant est englouti. Je lèche le beurre qui a fondu sur mes doigts. Je me tourne vers Antonio.
« _ Alors, tu as une idée ?
_ Je crois que oui…répond-t-il d’un ton mystérieux.
_ Ah ?! Raconte ! le presse-je.
_ Regarde, me dit-il en me tendant quelque chose. »
C’est une carte de visite. Je peux y lire «  Gianni Juglio. Détective privé. » suivit d’un numéro de téléphone.
« _ Où as-tu trouvé ça ?
_ Je l’ai pris sur le buffet chez Chiara.
_ Oh ! Tu veux qu’on aille le voir ? demande-je, perplexe.
_ Bien-sûr ! C’est le seul qui peut les retrouver sans informations précises. On a pas le choix Maria ! Tu veux les retrouver oui ou non ?
_ Mais oui ! Mais on n’a pas de quoi payer !
_ Tes parents si ! Ils les retrouvent, ils le payent.
_ Hum…marmonne-je, pas convaincue.
_ Il habite tout près d’ici, ça ne coûte rien d’essayer ! propose Antonio. »
Il se lève. Je le suis. Un bus est arrêté au coin de la rue. Nous montons discrètement à l’arrière. Pas d’argent, pas de tickets… Nous roulons pendant dix bonnes minutes. Antonio me fait signe que c’est le moment de descendre. Il cherche sur mon plan de la ville puis me prend par la main et m’entraîne. Nous nous faufilons dans des petites ruelles sombres et insalubres. Le linge pend aux fenêtres des appartements d’où s’échappent les voix des familles qui s’éveillent. Sur un balcon, une jeune femme fredonne en arrosant ses plantes.
« Nous y sommes » annonce Antonio en désignant une grande maison à la peinture écaillée. Sur une plaque en marbre fixée au dessus de la sonnette je peux reconnaître le nom de la carte de visite. Antonio sonne énergiquement. Il me regarde, soupire. «  Ca ne coûte rien d’essayer » me répète-t-il d’une voix rassurante. Je hoche la tête.
J’entends des pas traînants derrière la porte. Le verrou grince puis la porte s’entrouvre. Un homme au cheveux grisonnants, la cinquantaine, le visage émacié et les yeux cernés nous regarde, incrédule.
« _ Puis-je vous aider, jeunes gens ? demande-t-il enfin.
_ Je pense que oui, réponds-je Antonio d’une voix ferme.
_ A quel sujet ? questionne le détective, un sourire en coin.
_ Nous préférerions vous expliquer tout ça en privé, poursuit mon ami dont j’admire le courage.
_ Bon, accepte le signor Juglio, entrez… »
Antonio m’adresse un clin d’œil victorieux et nous pénétrons dans la demeure du détective.
Celui-ci nous conduit dans une petite pièce pauvrement décorée. Elle est uniquement pourvue d’une grand bureau en pin massif, d’un fauteuil rapiécé et de deux chaises en bois inconfortables sur lesquels il nous invite, mon ami et moi, à nous asseoir.
Le détective s’affale dans son fauteuil et nous fixe sans un mot. Visiblement, il ne croit pas un instant que nous puissions vraiment avoir besoin de ses services. Antonio prend la parole et lui explique brièvement la situation. Le signor Juglio l’écoute sans l’interrompre. Quand mon ami se tait, le détective semble réfléchir. Il se frotte le menton avec son index en fronçant les sourcils d’un air qui ne me dit rien de bon. Il se tourne vers moi :
« _ Si j’ai bien compris, vous désirez retrouver vos parents mais vous n’avez pour cela ni nom, ni photos récentes, ni adresse. Vous supposez juste qu’ils sont encore à Bari, et vous n’en êtes même pas sûre ? me demande-t-il d’une voix plate.
_ Oui… murmure-je, les yeux fixés sur mes baskets.
_ Et bien c’est parfait. Je vais me mettre au travail dès aujourd’hui. Vous n’aurez qu’à me rendre une petite visite d’ici deux jours, j’aurais sûrement des informations. Pour le paiement, nous verrons cela le moment venu. »
Je lève la tête et le fixe, la bouche ouverte. Antonio me lance un coup d’œil ravi. C’est lui qui m’aide à me lever et me traîne jusque dehors. Il remercie le signor Juglio. La porte claque, me ramenant à la réalité. J’éclate de rire. Je me jette dans les bras d’Antonio.
« _ Il va les retrouver ! On a réussi ! On a réussi !!!! ».
Mes larmes de joie coulent dans son cou. Antonio resserre son étreinte. Je me sens bien comme je ne l’ai pas été depuis mon départ de chez moi. Nous avançons, serré l’un contre l’autre. Le soleil est levé et la ville est à nous. Encore deux jours de liberté s’offrent à nous.
Et nous n’allons pas laisser passer ça…

* * *

Il est midi. Nous déambulons dans les rues silencieuses, main dans la main. Parfois, nous nous arrêtons pour nous reposer, nous rafraîchir, si nous trouvons une fontaine ou un jet d’eau.
La querelle de ce matin semble oubliée, Antonio plaisante, rit. Il rayonne. J’ai hâte de retourner voir le signor Juglio mais je ressens une part d’angoisse à l’idée de revoir ma mère quittée depuis si longtemps et mon père inconnu. Antonio ne semble pas le moins du monde inquiet. Pour lui, tout sera simple. Il aura lieu des retrouvailles digne d’un Lelouch. Mes parents me donneront l’argent et me laisseront repartir comme ça, sans explications. Avec un peu de chance je pourrais même envoyer une petite carte postale à mon père pour lui dire que je passe une super fugue et que je rentre vite. Je sens bien que tout ne sera pas si simple mais je ne veux en rien décourager mon ami qui est d’excellente humeur.
Cependant, il y a tout de même un nuage noir à l’horizon. Nous ne savons pas où nous allons passer la nuit. Nous disposons à nous deux d’une petite somme mais nous n’avons aucune idée du tarif moyen pour une chambre d’hôtel ici. Antonio propose d’aller faire un tour, il a remarqué un petit motel ce matin lors de notre trajet en autobus et il pense que les prix ne seront pas excessifs. Je lui fais confiance. « Ca ne coûte rien d’essayer » est devenu notre devise. Mon ami retrouve facilement le chemin du motel. C’est une vieille bâtisse miteuse, aux murs lézardés et aux volets à la peinture écaillée. Antonio appuie sur la sonnette puis pousse la porte. Je le suis. Nous arrivons dans une grande pièce. D’un côté, le bar et les tables où quelques quidams lisent le journal en sirotant leur café. De l’autre, la consigne. Une femme d’environ quarante-cinq ans est appuyée au comptoir. Elle tire de longues bouffées d’une cigarette à demi consumée et fredonne un air d’opéra. Nous nous approchons. Je demande :
« _ Une chambre pour deux personnes, c’est quel prix ? »
La femme lève la tête et s’arrête de chanter. Elle dévisage Antonio. Je toussote, agacée. Je me tourne vers mon ami en quête d’un peu d’aide. Celui-ci regarde fixement la femme, figé. Mon regard va d’Antonio à elle, d’elle à Antonio. Je comprends que quelque chose est en train de se passer, quelque chose que je ne saisis pas. Mon ami et la femme du comptoir s’affrontent du regard, se fixent, se détournent. Je me sens vraiment de trop. Je m’apprête à prendre Antonio par le bras et à quitter cet endroit, de gré ou de force mais il prend la parole :
« _ C’est toi ? » demande-t-il à la femme d’une voix différente, presque étrangère à celle que je lui connais.
La femme continue de le regarder sans répondre. Elle semble à des années lumières d’ici. Je suis tentée d’agiter ma main devant ses yeux. Antonio insiste :
« _ C’est moi ! Antonio ! Réponds-moi ! » dit-il en criant presque.
Je ne comprends plus. Se connaissent-ils ? Antonio confond-t-il avec quelqu’un d’autre ? Il a l’air bouleversé. Il regarde la femme en secouant la tête de gauche à droite, les yeux brouillés par les larmes. Je le prends pas le bras «  Partons Antonio, tout va bien, partons » il se dégage brusquement et reprend :
« _ Réponds ! C’est moi…c’est moi… » annone-t-il en pleurant. La femme écrase sa cigarette nerveusement.
«  _ Pardonnez-moi, vous de…devez faire erreur » déclare-t-elle d’une voix mal assurée.
« _ Tu mens ! hurle Antonio. Tu mens ! C’est moi ! Tu le sais ! »
Cette fois, je le pousse vers la sortie. La femme pleure. Je ne sais plus quoi faire, je continue à bousculer mon ami vers la porte qui me paraît en même temps lointaine et si proche. Les gens du bar sont tous tournés vers nous. Il règne maintenant un silence total dans la pièce. J’entends la femme renifler derrière moi. Je pose une main sur la poignée quand Antonio pousse un cri déchirant :
«  _ MAMANNN !!! ».
Je pile net. Je me retourne. La femme au comptoir a le visage ravagé par les larmes. Elle me regarde et murmure :
« _ Partez…je vous en prie, partez… ».
Je n’en demandais pas tant. J’attrape mon ami par la manche et l’entraîne à l’extérieur. Il se laisse faire. Je m’élance sur les trottoirs. Je ne sais pas où je vais mais je sais que c’est loin. Le plus loin possible de cet hôtel, de cette femme, de ce cri qui résonne dans ma tête.
«  Maman ». Comment est-ce possible ? Antonio a-t-il prit cette femme pour sa mère disparue depuis des années ? C’est sûrement une erreur mais je ne m’explique pas la réaction de cette femme. Peut-être a-t-elle perdu un fils et cette confrontation l’a choquée… Oui, ça doit être ça. Penser qu’Antonio s’est mépris me rassure. Je me fixe sur cette pensée afin d’éviter de réfléchir et de m’en détourner. Je m’aperçois que je traîne toujours mon ami par la manche. Je le lâche. Il s’arrête. Il sanglote toujours. Je lui prends la main et je continue à marcher. Ne pas s’arrêter. Courir loin. Très loin. Et surtout, ne pas réfléchir…

* * *

Depuis que nous avons quitté l’hôtel, Antonio n’a pas dit un mot. Il murmure et répète « C’était elle, j’en suis sûr… Pourquoi ? Pourquoi ? ». Justement, je ne sais pas quoi dire. Au fond de moi je sais bien qu’il a sans doute raison, même après des années, on reconnaît toujours sa propre mère. C’est quelque chose que l’on sent. Mais je n’ai pas vraiment envie de le croire. Je me pose toujours la même question. Pourquoi sa mère a-t-elle feint ne pas le reconnaître ? Elle devait pourtant être terriblement heureuse de revoir son fils après tant d’années ! Est-elle au moins au courant du décès de Camille ? Dois-je retourner à l’hôtel demain pour la mettre au courant ? Non, je n’en ai aucune envie… Le souci est qu’avec tout ça nous n’avons pas d’endroit où dormir et je me demande où nous allons passer la nuit. Je ne peux pas compter sur mon ami pour m’apporter son aide. Il se balance d’avant en arrière. Les larmes roulent sur ses joues sans intervalles. D’ici une heure il n’aura plus une seule goutte d’eau dans le corps. Il frissonne. Je lève la tête vers le ciel. Le soleil tape. La sueur coule le long de mes tempes, je me tamponne le front avec la manche de mon pull. Je secoue légèrement Antonio par le bras :
« _ Aller, ça va mieux maintenant ? Tu veux pas qu’on marche un peu ? » J’ai l’impression de m’adresser à un enfant. Son enthousiasme de ce matin paraît s’être volatilisé. Je décide d’aller acheter une petit bouteille d’eau fraîche, j’ai aperçu une petite boutique de boissons quelques rues plus loin. Je fouille mes poches à la recherche d’un peu de monnaie lorsque ma main tombe sur un morceau de papier. Je le sors et le défroisse. Je reconnais le message que m’a donné le chauffeur de Bari rencontré devant l’église. J’hésite puis je me tourne vers Antonio :
« _ Je reviens dans cinq minutes. Ne bouge surtout pas. Attends-moi ! » Et je pars en courant. Au coin de la rue, je trouve que ce que je cherchais. J’entre dans la cabine téléphonique. Je sors quelques pièces que je mets dans l’appareil. Je pose sur le papier sur la tablette et compose le numéro inscrit. Trois sonneries. On décroche. Une voix de femme déclare :
« _ Bonjour vous êtes bien chez les Dueroni, ici Gloria. »
J’inspire profondément et dis :
« _ Bonjour Madame. Je désirerais parler à votre mari s’il est dans les parages. Dîtes-lui que c’est de la part de l’auto-stopeuse de Bari.
_ Bien…répond la femme, intriguée, je vous le passe.
_ Allô oui ? » Je reconnais la voix du chauffeur de ce matin.
« _ Monsieur Dueroni ! C’est Maria ! L’auto-stoppeuse de ce matin ! Vous savez avec le garçon ?! J’ai besoin de votre aide !
_ Du calme, du calme jeune fille ! Que se passe-t-il ? »
Je lui raconte l’épisode de l’hôtel sans oublier de décrire la réaction d’Antonio qui ne veut plus rien faire depuis. Le brave homme me répond :
« _ Pour ton ami, je ne peux pas faire grand chose mais je veux bien vous héberger pour la nuit. J’ai des grands enfants qui sont à l’étranger, autant que leurs chambres servent un peu !
Vous avez de quoi noter l’adresse ? »
Je remercie mille fois le signor Dueroni puis raccroche et soupire de soulagement. Je retourne en courant au banc où j’ai laissé Antonio. Je pousse un cri : il est vide ! Mon sac et le sien sont toujours par terre mais lui, il a disparu. Je fais le tour de la place, affolée. Dans un coin, j’aperçois un attroupement. Je me précipite dans cette direction tout en craignant le pire. Lorsque j’arrive, je découvre Antonio allongé par terre, une bouteille de vodka à la main. Il avale de grandes gorgées au goulot. Il chante à tue-tête sous l’œil amusé des passants. Je bouscule la foule et me précipite à côté de mon ami. Je m’accroupie et le secoue :
« _ Antonio lève-toi ! Tu te ridiculise ! Je t’en prie ! Lève-toi ! » J’essaie de le soulever mais il est bien trop lourd et ne fais aucun effort pour m’aider. Je me tourne vers les badauds ricanant. Je demande à un homme de m’aider à le porter. Il comprend que je ne plaisante pas et s’approche. Nous le soulevons et le portons jusqu’à la grande fontaine au centre la place. J’attrape Antonio par son pantalon et d’un coup de genou j’arrive à le pousser dans l’eau. Il pousse un cri. Il se relève, chancèle et retombe dans l’eau froide. Je reste debout, immobile et attend qu’il arrive à tenir debout. Il lance, furieux :
«  _ Ma..Maria ! Qu’est-ce que, tu..tu fais ? T’es folle ?! » Je proteste, ne pouvant plus contenir ma rage :
« _ C’est moi qui suis folle ? On est des fugueurs Antonio ! On est censés être discrets si on veut pas se retrouver chez nous ce soir entre deux policiers ! Tu comprends ? Et toi tout ce que tu trouves à faire c’est te saouler en pleine place publique ! T’as vraiment rien dans la tête ! Je vais finir par regretter que tu m’accompagnes tu sais ! »
Mon ami me regarde, bouche bée. Je bouillonne. J’ai envie de le gifler tellement je suis en colère contre lui. Je lui colle son sac dans les bras et je pars dans la direction opposée. Quelques instants plus tard, j’entends des pas précipités derrière moi. Je me retourne. Antonio me fixe avec un air désolée :
«  _ Excuse moi Maria, je m’en veux, vraiment… Je ne recommencerai pas, je te le promets. T’es fâchée ?
_ Humm….non….hésite-je.
_ HIC ! »
Antonio plaque sa main sur sa bouche en rougissant. Dégoulinant, les joues en feu et les yeux vitreux, il est vraiment comique. J’éclate de rire. Lui aussi. Je lui annonce où nous allons passer la nuit. Il me félicite. Une vraie petite débrouillarde. Je rougis, fière de moi quand même. Nous montons dans un autobus en direction de la villa des Dueroni.

Meyar
Meyar
Niveau 4
31 août 2006 à 11:29:10

Chapitre 8

Lorsque nous descendons de l’autobus, je me sens un peu perdue. Je tente de me souvenir des indications que le signor Dueroni m’a données par téléphone. La première à gauche, puis encore à gauche. Une maison avec une porte rouge. On ne peut pas la rater m’a-t-il assuré. « Nous y sommes » crie-je à Antonio qui sursaute, encore un peu somnolant. Je grimpe les marches qui mènent à la petite villa. Je sonne. Je regarde mon ami qui me sourit. J’entends des pas précipités derrière la porte qui s’entrouvre, laissant apparaître un petit visage rond et souriant.
« _ Bonsoir ! Je suppose que vous êtes les jeunes amis de mon mari, ne restez pas dehors ! » déclare Mme Dueroni d’une voix chaleureuse.
Nous entrons dans le vestibule. Mme Dueroni s’empare de nos vestes et disparaît dans le couloir. Nous l’entendons appeler son mari. Quelques instants plus tard, notre chauffeur de ce matin arrive. Il nous salue amicalement et nous invite à le suivre. «  Vous devez êtres affamés mes enfants. » Il n’est pas loin de la vérité. Nous le suivons dans le couloir. Sur les murs je regarde les nombreuses photos qui y sont encadrées. Elles m’apprennent que les Dueroni ont deux enfants, une fille et un garçon. Nous pénétrons dans une vaste pièce. D’un côté, la cuisine où Mme Dueroni s’active en fredonnant et de l’autre le salon-salle à manger où le signor nous conduits et nous invite à nous asseoir dans le canapé. Je ne me fais pas prier. Je pousse un soupir de soulagement. Ce foyer douillet et accueillant me fait penser à ma fermette bien aimée et je sens les larmes me monter aux yeux. A Lyon, mon père doit se ronger les sangs… Antonio me secoue légèrement. Mme Dueroni dépose sur la table un imposant plat de pâtes. Elle nous sert abondamment et nous dévorons sans un mot. Lorsque je lève les yeux de mon assiette, le couple Dueroni nous regarde. Je me tourne vers Antonio qui essuie avec sa langue un peu de sauce au coin de ses lèvres. Nous nous observons silencieusement, tous les quatre. Mme Dueroni étouffe un gloussement. Je vois un sourire se dessiner sur les lèvres de mon ami. Le signor Dueroni a l’œil malicieux. Nous éclatons de rire en chœur. J’ai la pensée idiote que ce tableau pourrait avoir lieu dans une famille banale.
Alors, soudain, des souvenirs affluent. Je me revois, enfant, assise entre mes parents. C’est un dimanche. Je le sais parce que, au milieu de la table, dans une assiette, il y a trois gros éclairs au chocolat. Tous les dimanches, Maman m’emmenait à l’église et quand nous revenions, Papa disait « Quelqu’un a déposé un paquet pour toi ma chérie » et moi je courais dans la cuisine. Chaque dimanche, je trouvais les mêmes éclairs et chaque dimanche je feignais l’étonnement quand mon père m’annonçait qu’il y avait un paquet pour moi. Depuis le départ de Maman, Papa n’en a jamais rapporté. Sans doute qu’un paquet avec seulement deux éclairs aurait été dur à regarder, et les gâteaux durs à manger. J’entends une voix au loin. «  Maria ! » Et soudain je reviens dans le salon des Dueroni. Trois visages sont tournés vers moi. Je lis un peu d’inquiétude dans celui d’Antonio et beaucoup de bienveillance dans celui du couple Dueroni. Je me frotte les yeux comme pour effacer ces souvenirs qui reviennent.
« _ Excusez-moi, pouvez-vous m’indiquer où je peux dormir s’il vous plait, je suis très fatiguée, demande-je à Mme Dueroni.
_ Bien-sûr mon petit, me répond-elle dans un sourire. »
Je la suis à l’étage. Elle me fais entrer dans une petit chambre mansardée. Elle m’apprend que c’est la chambre de sa fille, Sara. Je la remercie. Elle quitte la pièce en me souhaitant une bonne nuit. Je m’assois sur le lit. Toute la fatigue de la journée me reviens d’un bloc. Mes paupières sont lourdes. Je sombre… J’entends la porte s’ouvrir mais tout me paraît à des années lumière. Je vois l’ombre d’Antonio se dessiner près de moi. Il me parle. Je n’entends pas. Je dors déjà…

« _Maria ! Réveilles-toi ! Debout vite ! »
Je sursaute et m’assieds dans mon lit. Mon cœur bat la chamade. Antonio, les cheveux en bataille, les yeux creusés par les cernes a une allure de zombie. Il me secoue en chuchotant :
«  _ Il faut qu’on s’en aille ! Rassemble tes affaires, vite ! »
Devant son air affolé, je m’inquiète.
«  _ Mais que se passe-t-il ? Qu’est ce qui te prend ? Il est trois heures du matin ! T’es fou ?
_ Les Dueroni ! Je les ai entendus parler, ils ont deviné qu’on est des fugueurs, ils vont appeler la police ! Faut qu’on parte avant qu’ils arrivent ! Dépêche-toi ! »
En voyant des larmes de désespoir briller dans ses yeux, je m’affole. Je saute du lit et lui dit :
« _ Je m’habille, je viens te voir dans ta chambre dans cinq minutes, j’arrive ! »
J’attrape mon jean et m’habille en 4e vitesse. Comme promis, cinq minutes plus tard, je gratte à la porte de mon ami. Il m’ouvre. Toujours cette expression de terreur sur son visage. « Tu es prête ? » Je hoche la tête vigoureusement. Il m’intime le silence et se dirige vers sa fenêtre qu’il ouvre sans bruit. Je secoue la tête d’un air apeuré :
« _ Non ! Je ne passe pas par là !
_ Pourquoi ? Tu vois une autre solution ? répond Antonio.
_ Je ne peux pas ! J’ai le vertige ! dis-je. Mes genoux tremblent déjà.
_ Mais on ne va pas passer par la porte d’entrée ! Ils sont dans le salon ! Ils ont peut-être déjà contacté la police française à l’heure qu’il est ! Maria sois raisonnable je t’en prie…
_ Tonio…non…supplie-je. »
Mon ami a déjà enjambé le rebord de la fenêtre. Il me fixe d’un air décidé. «  Tu me suis ou je pars sans toi, mais je ne rentrerai pas chez moi entre deux flics, je te préviens. » me décrète Antonio d’un ton rageur. M’efforçant de maîtriser les tremblements dont je suis sujette, je me dirige à petit pas vers la fenêtre par laquelle mon ami a déjà disparu. Je me penche. Il descend le long de la vigne vierge. Je le regarde s’accrocher de part et d’autre du mur et descendre avec l’agilité d’un singe. Je ferme les yeux et inspire profondément. Prudemment, je passe une jambe par la fenêtre, puis l’autre, lentement. Je m’agrippe au rebord puis me hisse à l’extérieur. Je cherche des prises pour mes pieds hésitant. J’entends mon ami qui chuchote :
« _ Oui…très bien ! Un peu plus à gauche, bravo ! Tu es presque en bas, courage ! » Je m’applique à ne pas regarder en bas car ça serait la chute assurée. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Je sens mes larmes chaudes glisser dans mon cou. Mes oreilles bourdonnent et je sens le sang battre à mes tempes. Je n’entends même plus mon ami m’encourager. Puis, tout à coup, je sens le sol sous mes pieds. Je tourne la tête. Je suis en bas ! Je pousse un soupir de soulagement. Je tombe dans les bras de mon ami qui me sourie gentiment. Je sanglote dans ses bras, encore sous le choc. Il me souffle à l’oreille «  C’est fini…c’est fini » Je me redresse. Mon ami me prend la main et nous poussons le portail qui grince, déchirant le silence. Je me tourne une dernière fois vers la maison. Je fixe la fenêtre ouverte d’Antonio, étincelante dans la nuit noire. Nous nous éloignons et, lentement, la lumière diminue jusqu’à disparaître complètement…
J’avance dans la pénombre, ma main serrée dans la paume chaude d’Antonio…
Nous marchons en silence pendant quelques minutes, peut-être quelques heures. Je perds toute notion du temps. Grisée par la fatigue de cette longue journée riche en émotion, je me laisse entraîner par Antonio qui ne semble pas plus énergique que moi.
Soudain, il s’arrête. Il se tourne vers moi. A la lueur du clair de lune, je distingue à peine ses traits :
« _ Où on va ? demande-t-il d’une voix d’outre-tombe.
_ ‘cune idée…souffle-je en étouffant un bâillement.
_ Qu’est ce que tu veux faire ?
_ Dormir…
_ D’accord. »
Antonio jette son sac à dos par terre. Il s’assoit dans un coin d’herbe au bord du trottoir. Sans réfléchir, incapable de faire un pas de plus, je l’imite. Je m’allonge à côté de lui dans la pelouse. Je ferme les yeux, essayant d’oublier que je dors à même le sol à des centaines de kilomètres de chez moi. Je n’ose même pas imaginer ce qui se passe chez moi. Je suppose que ma douce fermette n’est pas aussi calme qu’à l’ordinaire. Je vois Manuelo assis dans la cuisine, les coudes posés sur la table, les sourcils froncés. Il doit s’en vouloir, penser que c’est lui qui m’a poussée à fuguer. Mon père, lui, doit faire les cents pas autour de la table en maugréant qu’il aurait dû rester et ne jamais partir dans la famille sans moi. Tous les deux doivent se reprocher une décision que j’ai prise toute seule. Il me faudra bien du courage pour leur expliquer tout cela à mon retour. Si je reviens…
Je cesse mes réflexions. A côté de moi, Antonio dort déjà. Dans l’ombre, je vois son ventre se soulever au rythme de sa respiration. Rassurée par sa présence, je me laisse, moi aussi, gagner par un sommeil profond…

* * *

Je suis réveillée par le bruit des voitures sur le boulevard. Le jour est à peine levé. Une fine bruine matinale rafraîchit mon visage endolori. Mon cou me fait mal. Je jette un coup d’œil à la pelouse sur laquelle nous avons dormi. Pas étonnant. Antonio ne bouge toujours pas. A quelques mètres de nous, une vieille femme distribue des quignons de pain à une horde de pigeons bruyants. Elle marche autour d’eux, s’arrête, fredonne puis met la main dans son panier. Elle ressort un morceau de pain qu’elle émiette avec attention, un sourire tendre sur les lèvres. Elle reprend son manège, patiente et passionnée. Voir les oiseaux se précipiter sur le pain me fait entendre les gémissements de mon estomac douloureux. Depuis mon départ, je n’ai pas mangé grand chose. Plus loin dans la rue, je vois l’enseigne clignotante d’une boulangerie. Je jette un coup d’œil à mon ami qui ronfle bruyamment. Je souris puis, m’emparant de mon sac, je me lève et me dirige vers la boutique. Je fouille dans mes poches, il me reste un peu de monnaie mais après, je n’aurai plus rien. Je commence à comprendre Papa qui me répétait sans cesse «  L’argent ne pousse pas dans les arbres Maria, quand tu devras te nourrir toute seule, tu comprendras ce que je te dis ». Oui Papa, je te comprends maintenant. Je n’ai pas intérêt à m’éterniser dans la rue si je ne veux pas que nous ne mourions de faim. Lorsque je pousse la porte, une clochette tinte. Une boulangère dodue et luisante comme ses croissant au beurre sort de l’arrière boutique.
« _ Qu’est-ce que je vous sers Mademoiselle ? »
Je regarde les vitrines alléchantes. Tout me fait envie. Mon estomac gargouille de plus belle. Je secoue les pièces dans ma main. J’aurai de quoi m’offrir un copieux petit déjeuner mais, nous sommes deux. Antonio doit être aussi affamé que moi.
« _ Deux pains aux chocolats, s’il vous plaît »
La boulangère me dévisage puis déclare :
« _ Ca me fait de la peine de vous voir regarder mes pâtisseries avec tant d’envie. Je vous rajoute deux croissants, ça ne vous fera pas de mal. »
Je la regarde, éberluée :
« _ Mais je…je n’ai pas d’argent, risque-je timidement.
_ C’est pour ça que je vous les donne, dit-elle dans un sourire. Ils sont faits pour être mangés. »
Je me confonds en remerciements puis attrape le sac en papier qu’elle me tend. Je sors de la boutique rapidement, comme si j’avais peur qu’elle change d’avis.
Sur le trottoir, je me retourne vers la vitrine. La boulangère me fait un petit signe de la main. Je le lui rends en rougissant légèrement. Je retourne dans le parc en serrant le paquet dans mes bras. Quand j’arrive, Antonio est assis dans l’herbe. Il se frotte les yeux en baillant. Je m’assieds près de lui en soupirant. Je lui tends le sachet. «  Sers-toi, c’est gratuit ». Il me regarde d’un air interrogateur. Je hoche la tête pour insister. Il prend un croissant et mord dedans. Il l’engloutit en quelques minutes, confirmant mes pensées. Lui aussi mourait de faim.
Je savoure mon pain au chocolat en regardant les gens passer dans l’allée du parc. A cette heure matinale, ce sont pour la plupart des hommes en costumes, pressés et soucieux, des lycéens traînant les pieds ou des personnages âgées avides d’un peu d’air frais. Quand nous avons dévoré notre festin, je questionne mon ami :
«  _ Alors, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ?
_ Je propose de retourner voir le détective, répond-t-il.
_ Déjà ? Il avait dit deux jours. Il n’aura rien trouvé !
_ On ne sait jamais. De toute façon, on ne va pas encore traîner dans la rue pendant des jours.
_ Tu as raison, admets-je. Tu te souviens de l’adresse ?
_ J’ai toujours sa carte. Allons-y maintenant, il faut traverser la ville. »
Je me lève péniblement. Je rêve d’une douche brûlante, de vêtements propres et d’un grand bol de café bien chaud.
Antonio me prend la main et nous nous élançons dans les rues qui commencent à s’activer.

Tout pendant que nous progressons vers la demeure du signor Juglio, je revois dans ma tête la journée d’hier. Le visage affolé de l’hôtelière me revient. Voir Antonio craquer ainsi après la rencontre de cette femme me bouleverse. Qui est-elle ? Qui mon ami croit-il qu’elle est ? Sa mère. C’est impossible. Elle est partie il y des années, elle a peut-être quitté Bari depuis longtemps. Et puis, revoir son fils n’aurait sans doute pas engendré cette réaction si ça avait été elle. Elle aurait été folle de joie, pas de tristesse. Cependant, je suis certaine que le passé de mon ami et le sien sont liés. Ce discours muet entre eux deux m’a profondément ébranlée. Ils paraissaient faire l’usage d’un autre langage. Un langage compris par eux seuls, dont je me suis sentie exclue. Je regarde mon ami. Il paraît avoir effacé la scène de la veille de son esprit. Ne gardant de ses émotions d’hier qu’une légère ride soucieuse au coin de ses yeux. Je me retiens d’engager la conversation sur le sujet. Pas la peine de le chambouler de nouveau. Du moins pas pour l’instant.

Nous arrivons enfin chez le détective. La porte d’entrée est entrouverte. Antonio la pousse. Elle s’ouvre dans un grincement qui me fait froid dans le dos. Nous entrons dans le couloir sombre que nous avons traversé la veille. Nous arrivons devant la porte du bureau de Juglio. Je frappe. Pas de réponse. Antonio donne trois coups brefs à son tour. Toujours rien. Je pose la main sur la poignée en jetant un regard interrogateur à mon ami. D’un hochement de tête il me fait signe d’entrer. Je pousse la porte. Nous pénétrons dans la pièce. Les volets sont clos, les rideaux tirés. Dans la pénombre, je ne distingue que le bureau du détective, au centre de la pièce. Antonio cherche fébrilement l’interrupteur. Enfin, l’ampoule au plafond grésille puis s’allume. J’avance vers le fond de la pièce. Je contourne le bureau. Soudain, je me fige.
Un cri perçant me déchire les oreilles. Je mets un instant à comprendre que c’est de ma gorge qu’il sort. Les larmes me brouillent la vue. Ma tête tourne, mes oreilles bourdonnent. Je sens mes jambes trembler. Je ferme les yeux mais l’image reste là, gravée dans mes pupilles à l’encre indélébile.
Au sol, le signor Juglio baigne dans une mare de sang, le torse criblé de balles.
Un nouveau cri. Puis plus rien…

Meyar
Meyar
Niveau 4
01 septembre 2006 à 13:00:18

Chapitre 9

Quand j’ouvre les yeux, je suis allongé sur un lit dans un endroit inconnu. Je fouille la pièce du regard. Une petite commode en pin, une armoire rongée par les mites. Au sol, un tapis délavé sur un parquet usé. Je ferme les yeux. Je revois le corps ensanglanté du détective. Je gémis. Au même moment, on frappe à la porte. Antonio entre dans la pièce. Il me sourit et je discerne dans son regard une pointe d’inquiétude.
Il s’assoit au bord du lit :
«  _ Ca va mieux ? Tu m’as fais peur tu sais ! Ne t’effondre plus jamais comme ça à mes pieds, par pitié !
_ Excuse-moi, chuchote-je. Que s’est-il passé ?
_ Tu t’es évanouie, j’ai appelé la police avec le téléphone du signor Juglio puis je t’ai portée jusqu’ici.
_ Oui, mais, justement, c’est où « ici » ? demande-je 
_ Il faut que je te présente quelqu’un » déclare Antonio, un sourire malicieux aux lèvres.
Il se lève et court vers la porte qu’il ouvre. Il passe la tête dans l’embrasure et crie :
«  _ Tu peux monter ! Elle est réveillée ! »
Je m’assieds dans le lit, passe ma main dans mes cheveux. Mon estomac se serre. Mais à qui parle-t-il ?
La porte grince. Un talon claque sur le parquet. Je baisse les yeux. Un pied de femme. La porte s’ouvre complètement. J’étouffe un cri de surprise. Devant moi, un sourire crispé sur les lèvre, se tient l’hôtelière de la veille. Celle qu’Antonio a prise pour sa mère. Tout à coup, je comprends. Je me tourne vers Antonio, toute remuée :
« _ Alors tu…tu avais raison ? C’est…c’est…bégaye-je.
_ Oui ! Maman, je te présente Maria. » Antonio rayonne. Il me sourie puis, se tournant vers sa mère, la couvre d’un regard rempli de tendresse.
« _ C’est merveilleux…murmure-je, bouleversée. Mais, racontez-moi, comment est-ce arrivé ? Pourquoi…hier ? Vous… »
La mère de mon ami s’assoit dans une chaise en osier. Elle me sourie gentiment puis déclare :
« _ Quand je vous ai vus entrer dans l’hôtel hier, mon cœur a fait un bond. Je n’avais pas vu Antonio depuis des années mais l’instinct maternel ne se trompe pas. Bien-sûr que j’étais folle de joie de le revoir mais, je n’étais pas prête. Je savais qu’un jour il faudrait que je revois mes fils mais, j’aurais préféré y être préparée. Voilà pourquoi, hier, je n’ai pas réagi comme j’aurais dû le faire. Pardonnez-moi. »
Je dévisage la mère de mon ami. Elle est plutôt petite. Ses cheveux bruns sont coupés courts. Elle a le teint mat et des yeux magnifiques, grands et bleus. Elle époussette nerveusement son tablier. Un silence pesant s’installe. Elle soupire puis se lève :
« _ Je vais vous laisser un peu. Je suis à l’accueil, si vous avez besoin de quelque chose. Maria, repose-toi bien. »
Elle quitte la pièce sans bruit en refermant la porte derrière elle.
Nous entendons ses pas résonner dans la cage d’escalier.
Je questionne mon ami :
« _ Qui a pu tuer le signor Juglio ? Ce n’est pas…à cause de nous ? N’est-ce pas ? » Je suis bouleversée à l’idée qu’il ait été assassiné par ma faute.
« _ Non, je ne pense pas, me rassure Antonio. Il devait se charger d’une affaire dangereuse, il aurait du se méfier, c’est tout. Tu n’y es pour rien.
_ Comment vais-je retrouver mes parents maintenant, il était notre seule chance…soupire-je.
_ Il faudrait trouver quelqu’un d’autre qui puisse nous apporter son aide.
_ Qui ? nous ne connaissons personne en Italie. Ta mère aurait-elle des relations qui nous permettraient de trouver des informations ?
_ Non, je lui ai déjà demandé. Le nom de tes parents ne lui dit rien et, Bari est une grande ville, ils peuvent vivre ici depuis des années et ne s’être jamais croisés.
_ Tu as raison…admet-je. »
Antonio marche de long en large dans la pièce. Je réfléchis. Brusquement, une idée. Je pousse les draps et me lève. Je cherche dans la pièce. « Où est mon sac ? ». Mon ami ouvre l’armoire et me le tends. Je l’ouvre, les mains tremblantes. Je fouille fébrilement puis je brandis un morceau de papier.
« _ Elizabeth ! crie-je.
_ Quoi, Elizabeth ? me demande Antonio, l’air sceptique.
_ Elizabeth, la jeune femme du train !
_ Oui, je sais, mais en quoi peut-elle nous être utile ?
_ Elle m’a laissé son numéro, je suis sûre qu’elle pourra nous venir en aide. Elle est gentille et entreprenante. Appelons-la, déclare-je. »
Antonio soupire puis acquiesce, pas très convaincu. Il sort de la pièce. Je m’habille et descends au rez-de-chaussée. Antonio est accoudé au comptoir, il discute avec sa mère qui s’affaire, penchée au dessus d’un livre de comptes. Je sourie à la signora et prend la parole :
«  _ Serait-il possible d’emprunter votre téléphone ? C’est urgent. »
Elle accepte d’un hochement de tête et je la suis. Elle me conduit dans une petite pièce exiguë qui semble être son bureau. Elle me dit de prendre mon temps et me laisse. Je compose le numéro en priant pour qu’elle réponde. Au bout de trois sonneries, quelqu’un décroche. Je reconnais la voix d’Elizabeth.
« _ Elizabeth ! Bonjour ! C’est Maria ! Vous vous souvenez ? » Je crie dans l’appareil.
« _ Maria ! Bien-sûr ! Tout va bien ? Tu n’as pas d’ennuis j’espère ? »
Sa voix familière et douce m’émeut. Je me rend compte que je ne veux plus rien d’autre que rentrer chez moi, mon père me manque, que ce soit le vrai ou non. Je craque. Je fond en larmes. Elizabeth me questionne alors je lui dis tout. Je termine en mentionnant le meurtre du détective et Antonio qui a retrouvé sa mère pour de bon.
« _ Maintenant qu’il l’a revue, il va me laisser toute seule, sanglote-je. Je ne pourrai jamais les retrouver sans lui !
_ Calme-toi, il y a toujours une solution, me rassure mon amie.
_ Laquelle ? La seule personne qui avait des chances de m’aider a été assassiné…Je ne sais plus quoi faire ! Je voudrais tellement les trouver !
_ Je te comprends. Ecoute-moi, nous allons faire quelque chose mais pour cela il faut d’abord que tu reprenne tes esprits.
_ D’accord…dis-je en reniflant.
_ Bon, comme tu le sais, je suis chez ma tante. A Naples. Ce n’est pas si loin de Bari. Si je pars cet après-midi, je serais à Bari ce soir tard.
_ Vous allez venir ? Oh merci Elizabeth !
_ C’est normal, ça me fait plaisir de te venir en aide. Tu as l’adresse de l’hôtel de la mère d’Antonio ?
_ Oui…oui…Voilà ! C’est écrit ici. Alors, 13 via Venezia, Bari.
_ Merci, c’est noté. Réserve une chambre pour moi, j’arriverai ce soir, ou plutôt cette nuit.
_ C’est promis ! Merci encore Elizabeth ! A ce soir !
_ Je t’embrasse, à ce soir Maria. »
Je retourne en courant dans le hall. J’annonce à Antonio et sa mère la bonne nouvelle puis je monte dans ma chambre. J’ouvre la fenêtre et m’y appuie. Le soleil est déjà haut dans le ciel, midi approche. Je sens de bonnes odeurs s’échapper de la cuisine où j’entends déjà s’activer la mère de mon ami. J’essaie de penser à autre chose qu’à l’horrible scène de ce matin. Dès que je ferme les yeux, je revois le corps sans vie du signor Juglio. Je frissonne puis referme la fenêtre. Malgré les dires de mon ami, je ne peux m’empêcher de me sentir coupable. Nous allons demander ses services au détective et, le lendemain il est assassiné. Je ne trouve pourtant pas le lien entre la recherche de mes parents et sa mort. Mais, au fond de moi, j’ai la certitude qu’un rapport existe. Y-a-t-il quelqu’un qui refuse que je retrouve mes parents ?
Je décide d’aller me dégourdir les jambes dans le quartier et de profiter du beau temps. Quand je passe dans le hall, Antonio me dit que le repas sera servi d’ici une demi-heure. Je promets d’être rentrée.
Je sors dans la rue. Il y règne une agitation croissante. Ca et là, des marchands ont installé leur stand. Ils hurlent d’une voix enjouée le prix d’une botte de carotte en adressant des clins d’œils amusés aux grosses Mammas traînant leurs bambins braillards.
Je sautille, le cœur léger, en m’efforçant de chasser mes mauvaises pensées et de ne pas m’impatienter quant à l’arrivée d’Elizabeth.
Soudain, c’est comme si j’étais devenue sourde. Je lève la tête. Tout autour de moi, les gens semblent s’être figés. Je dévisage les passants devenus statues de glace. En suivant le regard craintif d’un enfant qui court vers sa mère, je découvre la raison de la métamorphose que la rue vient de vivre. Devant l’étalage d’un marchand de fruits, il y a deux hommes, immobiles.
L’un est grand, les épaules larges. Ses yeux sont petits et rentrés mais ils donnent l’impression d’être toujours actifs, à l’affût du moindre mouvement qui pourrait survenir. L’autre et plutôt petit, maigre. Il respire la cruauté. Ses doigts sont longs et fins, son visage émacié et ses traits nerveux, comme tracés au couteau. C’est comme si tout mon sang s’était réfugié dans mes orteils, pour laisser mon corps entier vidé, froid. Je tremble. Le premier homme a glissé une main dans sa poche. Je devine tout à coup. Comme un flash-back, je revois le détective souriant puis la scène du lendemain, son corps ensanglanté. Et, la vérité m’apparaît comme évidente. Ces hommes sont les assassins du signor Juglio. Je me retourne et dévale la rue à toutes jambes. Ne pas se retourner, aller à l’hôtel, prévenir Antonio et surtout, ne pas avoir peur. Trop tard. J’entends un cri derrière moi :
«  _ Attrapons la ! Elle va s’enfuir ! ».
La voix me propulse, je cours le plus vite possible. Le sang bat à mes tempes. Mon cœur palpite et je m’attends à vomir mon estomac. Je cours vite. Trop vite. Je ne vois pas le ballon à temps. Je trébuche en poussant un cri strident. Les deux gamins propriétaires du ballon accourent près de moi :
« _ Ca va Madame ? ». Ma vue se brouille. J’entends la voix des truands. Dans un dernier efforts, je murmure aux enfants :
« _ L’hôtel…rue Venezia…vite… ».
Ils sont là. La main dans la poche. Un revolver. Je ne veux pas mourir.

Sous forums
  • Modélisation 3D
  • Montage vidéo
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment