Bonjour ! 
Bla bla bla...
Ca va ? Oui, et vous ?
Bla bla bla...
Au cour de mon voyage j’ai vu des choses horribles, des choses affreuses et des choses surprenantes. Je suis le Chevalier sans nom, j’erre à la surface du monde à la recherche de je ne sais qui ou je ne sais quoi, et je ne sais où. Je suis une âme en peine qui cherche réconfort dans la destruction. Non, n’allez pas croire que je sois fou, je suis juste torturé, torturé par moi, par les autres, j’ai perdu mes parents quand deux hommes cagoulés les ont braqués dans leur magasin, j’ai perdu ma sœur parce qu’un conducteur ivre lui a foncé dessus, j’ai perdu mes frères, mes amis et mes amours par malchance, inattention ou stupidité. Et je marche seul, je n’ai plus besoin de personne.
Si l’homme était heureux, jamais il ne ressentirait le besoin de penser à autre chose qu’à ce qu’il fait, jamais il n’aurait l’envie de boire, de fumer, ou de s’aventurer dans des ruelles obscures pour se retrouver nez à nez avec un violeur ou un chien enragé.
J’erre donc, à cheval, j’ai parcouru le monde, j’ai vu tous les pays, j’ai rencontré chaque être humain, parlé à chacun d’eux, j’ai visité chaque village, chaque contrée, j’ai conversé avec la nature. Mais derrière-moi je ne laissais que dévastation et poussière, cœurs brisés ou tranchés, scènes ignobles de génocides injustes. Et l’on ne m’attrapait jamais car j’étais invisible, je suis comme l’ombre qui réside en chacun de vous, je suis ce qui vous fait le plus peur, ce qui vous fait des frissons dans le nom. Je ne crois pas qu’il existât jamais un être humain plus altruiste que moi. Venez que je vous libère, venez à moi que l’on discute un peu, quittez vos contraintes et vos acquis, quittez vos patrons mégalomanes, vos entreprises cruelles, vos confrères ivrognes, vos ruelles sordides, sortez du carcan intellectuel dans lequel vous êtes enfermés.
Non, non, je ne suis pas fou ! Je suis lucide, je suis le Grand Libérateur de l’Humanité, le messie, celui qu’on a toujours attendu, celui qui d’un mouvement de poignet vous fait voir le monde sous un autre angle. Laissez-moi vous conter mes aventures, vous avez l’éternité pour les mémoriser, votre vie est minable, vous êtes minables vous-même, vous puez l’égoïsme, la peur et la folie, vous me donnez envie de vomir tellement vous êtes dégueulasse. Rejoignez-moi pour devenir plus pur, suivez-moi dans ma marche, écoutez ma voie enchanteresse et mes paroles universelles. Maintenant que je vous ai situé le contexte, à vous qui me craignez comme tant d’autres, pourquoi avez-vous peur de moi ? Je ne suis ici que pour vous apporter une jouissance éternelle. Approchez, tendez-moi votre gorge ! TENDEZ-LA ! Oh… pardon, je me suis emporté, à votre contact je perds toujours pied, les effluves de frayeur qui se dégagent de votre peau me stressent affreusement, restez calmes, écoutez attentivement…
Vous sentez mon souffle ? Vous entendez l’air s’engouffrer en moi et émettre un bruit strident avant de disparaître comme vos souvenirs ?
Je ne serai heureux que lorsque je me serai vaincu, et vous serez alors condamnés à être éternels.
Mais en attendant, je suis juste derrière vous.