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Liste des sujets

Nouvelle : Crescendo

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
24 juin 2006 à 20:52:38

Et non, je suis pas mort! Je sors juste d´une longue période révisions/concours/exams/bourrage de gueule, et j´ai pensé à vous.
Donc, au programme, une ptite nouvelle en quatre-cinq parties (pas petite, donc), dont je poste la première, que je viens juste de finir. J´essaierai de poster une partie par jour, ce qui fait que ca devrait être bientôt fini (mais j´mavance pas trop, j´me connais).
Voilà donc, enjoyez ou pas, comme d´hab.

________________

Detroit, Michigan
Mardi 16 mai, 07:04 am

La sonnerie de son téléphone portable le fit lentement émerger d’un sommeil vaporeux. A contrecœur, il souleva lentement les paupières, gardant les yeux fixés un moment sur le plafond blanc délavé de l’appartement. Prenant son temps, encore a moitié assoupi et espérant que l’on raccrocherait avant qu’il ne mette la main sur le portable, il promena son regard rougi autour de lui. Il s’était encore endormi sur le canapé, et sentit la télécommande de la télévision s’enfoncer entre ses côtes lorsqu’il se tourna sur le côté. Il la dégagea avec un grognement et la jeta sur la table basse, où elle fit vaciller un flacon de cachets. Derrière le petit tube orangé, faisant vibrer le carton à pizza sur lequel il était posé, le téléphone continuait de sonner.
Il tendit la main, slalomant avec plus d’habileté que son alcoolémie ne l’aurait laissé supposer entre une autre boîte de pilules et quelques canettes de bière, et se saisit finalement de l’appareil.

« Ouais ? grommela-t-il.
- Nate ? répondit la voix indécemment éveillée de Martin. Sincèrement navré de te tirer des bras de Morphée, vieux. Ca va ?
- Mmmmh.
- Euh… » La voix avait perdu de son assurance, comme si l’interlocuteur commençait à s’interroger sur le bien fondé de son coup de fil. « Bref, reprit-il, désireux d’aller droit au but, tu pourrais me rejoindre ? Présomption de 187. T’as de quoi noter l’adresse ?
- Ouais, deux secondes. »
Il attrapa un stylo sur la table, et en posa la pointe sur la boîte graisseuse de la pizza.
« 46 Reicester Road, quartier ouest. Tu trouveras facilement, c’est une-
- Une pizzeria, le coupa Nate.
- Ouais, répondit Martin, mi-amusé mi-étonné. Comment tu sais ? »

L’adresse qu’avait recopiée Nate sous la dictée de Martin était exactement la même que celle inscrite en grandes lettres vertes sur le coin supérieur gauche du carton à pizzas.

« «Tout chaud, tout droit sorti du fourneau », cita-t-il. J’me suis fait livrer par eux hier soir. Une pepperoni et une Hawaïenne. Bon euh… j’suis là dans vingt minutes.
- Super. Oh, mets une cravate, la presse est là.
- J’y penserai », marmonna Nate avant de raccrocher.

Il garda un moment les yeux rivés sur le champ de bataille qu’était devenue en trois jours sa table basse. Le carton de pizza était posé sur quatre autres, l’ensemble étant entouré d’un ensemble de canettes et bouteilles de bière, de paquets de chips et de cigarettes, et des deux flacons de comprimés.
Nate se leva en faisant craquer ses vertèbres, et se dirigea d’un pas traînant vers la salle de bain. Le désordre qui régnait ici aussi était à l’image du reste de l’appartement. Il s’appuya sur le lavabo, et fit couler abondamment l’eau froide. Il s’aspergea le visage et, se plaquant les cheveux en arrière, considéra le résultat que lui présentait le miroir. Avec les cernes violacés qui lui soulignaient les yeux mieux que n’importe quel mascara, sa barbe d’une semaine et sa mèche indomptable, il avait l’air d’un vrai zombie. Mais qu’importait, après tout. Il n’avait pas besoin de ça pour que tout le monde se retourne sur son passage et murmure dans son dos. Il coupa l’eau, glissa les pans de la chemise qu’il n’avait pas quittée depuis la veille dans son pantalon, laça sa chaussure gauche, et regagna le salon.
Il s’immobilisa un instant devant le canapé, puis prit les deux flacons de pilules. Il en ouvrit un du bout d’un ongle rongé, faisant glisser dans sa main deux cachets qu’il goba aussi sec. Il souleva les coussins du canapé les uns après les autres jusqu´à trouver son arme de service, glissée dans son holster, qu’il accrocha à sa ceinture. Puis il attrapa son blouson et quitta son domicile.

« Inspecteur Nate Chambers, se présenta-t-il au planton en uniforme. J’ai peur d’avoir euh… oublié mon badge. »
Alors que l’autre s’apprêtait à protester, Martin apparut derrière son épaule, son costume aussi impeccable que toujours, et se dirigea vers eux. Derrière, les flashs des appareils photo explosaient sur les vitres de l’immeuble, accentuant sa migraine.
« C’est bon, il est de la maison », fit Martin en tirant Nate par le coude. Puis, plus bas, mais souriant : « je t’avais dit de mettre une cravate, de quoi t’auras l’air au JT !
- Continue à me tenir le bras, et j’aurais l’air du suspect que tu viens de coincer. »
Toujours souriant, il le lâcha, et, tendant la main en avant : « C’est sur le toit, par-là. »

« Comme t’as pu le constater, c’est pas qu’une pizzeria. On accède au resto par la double-porte à gauche, en entrant ; le reste, c’est des apparts, tu sais le genre pas cher pour étudiants, serveuses et compagnie. Enfin bref, voilà tout ce qu’on a pour l’instant. »

Tout ce qu’ils avaient pour l’instant, c’était une mare de sang lentement absorbé par les petits cailloux du toit de l’immeuble, et devant laquelle se tenaient les deux policiers. Baignant à moitié dedans, un pistolet reposait sur le côté, non loin d’un sac à main entrouvert.

« 45 ? questionna Nate en désignant l’arme.
- Ouaip. Deux douilles trouvées à côté, mais avec ce genre de graviers, c’est pas exclu qu’on en trouve d’autres. On a vérifié la ruelle en bas, aucun corps. Vu le sang qu’il y a là, si on l’avait traîné après l’avoir buté, y’en aurait toute une rivière. J’pense qu’on a du l’envelopper, peut-être dans un sac poubelle ou un tapis, pour faire plus discret. »
- Ca s’tient, acquiesça distraitement Chambers. On sait qui est la victime ?
- Euh… ouais. Enfin, on pense. Pas de papiers dans le sac à main, aucune pièce d’identité, nada. Juste un reçu d’un pressing, pour l’appart 33. Je suis allé jeter un coup d’œil, et… Enfin, c’est pour ça que je t’ai appelé. Viens. »

Martin s’immobilisa devant la porte ouverte de l’appartement, et fit signe à deux policiers de quitter leur poste. Il se passa la main dans les cheveux, en arrière, et se frotta la nuque, chose qu’il faisait à chaque fois qu’il était nerveux ou gêné.

« Quoi ? fit Nate, impatient. Un problème ? »
Martin fit quelques pas dans le modeste appartement, puis, sans se retourner, dit :
« Désolé de te demander ça, vieux, mais… J’ai demandé au central d’abord, mais t’es arrivé avant leur réponse… Enfin voilà, est-ce que Molly avait une sœur jumelle ?
« Quoi ? répéta Nate, toute trace de fatigue ou d’exaspération envolée. Non, pourquoi, qu’est ce que ça veut dire ? C’est quoi cette putain de question, Martin ? »

Son collègue s’approcha du bureau qui occupait la moitié du mur opposé à la porte d’entrée, et prit le petit cadre en bois qui y était posé.
« La victime, Charlene Maters », présenta-t-il en tendant la photographie à Nate.

Ce dernier sentit ses genoux vaciller, et crut bien qu’il allait laisser la photo rejoindre le sol.
Charlene Maters était le portrait craché de Molly Chambers, feu sa femme.

_______________________

A suivre.

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 juin 2006 à 22:07:01

Bonne ambiance, peut-être pas assez de description (on sait pas trop quelle tête a Martin), un début de nouvelle sympa qui me promet une suite intéressante. J´attends le prochain épisode. :)

Ou comment faire un commentaire parfaitement creux quand on sait pas quoi dire. Prenez-en de la graine, les jeunes.

:-)

Unknowledge
Unknowledge
Niveau 7
24 juin 2006 à 22:51:48

Wow, un style maitrisé du bout des doigts, aucune phrase de trop, aucune lourdeur, ca coule, c´est fluide, et j´attends la suite. :-)
Le manque de descriptions aurait alourdi, quoi qu´une breve presentation sur partin a son entrée en scène n´aurait pas été de refus en effet. Peut etre aussi aurais tu du montrer plus le desarroi de nates a la fin, mais peut etre le reserves tu pour le prochain post. :(
Mais le reste, rien a dire, on attend la suite :)

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
24 juin 2006 à 22:59:45

Merci à vous deux d´avoir lu. Pour l´absence de description de Martin, ben... ouais. Désolé. Je m´en suis rendu compte avant de poster, mais j´ai du avoir la flemme^^
Sinon Amir (encore un pseudo?), la fin est effectivement voulue, et ce sera effectivement pour le prochain post :-)

Negatum
Negatum
Niveau 10
24 juin 2006 à 23:10:06

pas mal, c´est fluide et facile à lire :-)

EN plus l´idée de départ à l´air d´être pas mal. J´attends la suite :)

KaiM :d) tu vois sur ce coup la je t´ai battu :o))

Zlink
Zlink
Niveau 9
25 juin 2006 à 00:13:41

J´aime bien :) en ce moment je fais pas des comentaires très constructifs donc désolé. De toute façon j´ai jamais eu beaucoup de trucs a redire avec toi.

Les exams :) je connais ça a moindre echelle : je passe l´oral du bac de français mardi matin.

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
25 juin 2006 à 20:20:49

Merci à vous deux.
ZLink :d) bonne chance pour mardi^^

Et sinon, mea culpa mais pas de suite ce soir, gros problèmes d´ordi.

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
27 juin 2006 à 15:45:42

Bon allez, un ptit up avant la suite qui arrivera ce soir si mes problèmes d´ordi sont réglés.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2006 à 15:59:19

Des problèmes d´ordis ? Mon dieu, que t´arrive-t-il ? Tu ne parviens plus à atteindre le haut du clavier ?

Bon, trêve de plaisanteries. Attendons ce soir.

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
28 juin 2006 à 12:00:35

Finalement, ce sera ce soir, sans faute (ce qui est bien maintenant c´est qu´a tout moment je peux effacer ce message^^)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
28 juin 2006 à 12:12:58

C´est allucinant comme ton style est plaisant à lire. Les mots coulent d´eux-même et à la fin de la lecture on se dit "Déjà !" .

C´est fluide, aéré et intéréssant de bout en bout. Et la fin est pas mal du tout.

Chapeau bas ! :ok:

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
28 juin 2006 à 14:20:06

Merci d´avoir lu et commenté Ostra :)

Zlink
Zlink
Niveau 9
28 juin 2006 à 14:25:10

je pensais que t´avais mis la suite. C´est pas parceque t´es devenu modo qu´il faut t´arreter hein !

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
28 juin 2006 à 23:51:32

Non en fait c´est parce que j´ai des problemes d´ordi^^ Au passage, ouf, on est encore ce soir :-)

Mardi 16 mai, 08:32 am

Nate tournait et retournait la photo entre ses mains depuis qu’il s’était assis à son bureau. A vrai dire, il n’avait cessé de fixer de ses yeux incrédules le visage fin et délicat encadré de longs cheveux blonds de la jeune femme, se répétant sans cesse qu’il ne s’agissait pas de celle que son esprit lui criait. Qu’il ne s’agissait pas de Molly, qui gisait immobile dans un cercueil en chêne du Colorado depuis maintenant neuf jours. Pourtant, quel que fut l’angle sous lequel il scrutait la photo, aucun détail ne venait réfuter l’impensable ressemblance physique. Pour n’importe qui l’ayant connu, la femme qui souriait à l’objectif aurait été Molly Chambers.

La totalité de ses sens absorbée par la photo, il n’entendait que vaguement son téléphone sonner, quelque part, loin en périphérie de son esprit embrumé à la fois par le sommeil et une douloureuse incompréhension. Ce fut Martin, s’appuyant au bureau, qui le tira de sa rêverie tourmentée :
« Tu réponds pas ?
- Rappelleront, maugréa-t-il en guise de réponse. Quoi de neuf du labo ? ajouta-t-il, se souvenant du sac à main et des quelques prélèvements effectués dans l’appartement de la victime.
- Les empreintes relevées un peu partout correspondent à l’ADN de la brosse à cheveux. La mauvaise nouvelle, c’est que le sang sur le toit aussi. On l’a passé dans les fichiers, mais nada. Pas de casier, pas de permis de conduire, pas de relevé d’impôts. Cette femme est un vrai mystère. »
Il tira une chaise d’un bureau voisin et s’y assit, bras croisés sur le dossier, face à Nate. Il le regarda un moment sans rien dire, tandis que celui-ci continuait à fixer la photo. De trois ans son cadet, Martin était rapidement devenu l’ami de Nate, en plus de son coéquipier. Depuis six ans qu’ils travaillaient ensemble sur les affaires les plus banales comme sur les cas les plus délicats, leur relation s’était muée en plus que de l’amitié, évoluant vers une compréhension mutuelle, que le jeune homme avait un jour caractérisée de la façon suivante : « On sait quand la fermer, et on sait quand pas l’ouvrir. » Cependant, la tentation était souvent trop forte, et, couplée au désir d’aider et de bien faire, pouvait amener à poser des questions assez peu pertinentes, telles que :
« Et toi, ça va ?
- Impec, éluda Nate. Alors on a vraiment rien sur elle ?
- Euh… c’est à dire que… »

Pour la première fois depuis leur arrivée dans les locaux de la police, et presque douloureusement, Nate reposa le cadre devant l’écran, et déporta son regard sur celui, gêné, de son collègue.

« Si tu veux aider, et si t’as encore un minimum de respect pour moi, essaye pas de me ménager. Je suis sur l’affaire au même titre que toi, alors ne t’avise même pas de me cacher des données, ok ? Et avant que tu poses d’autres questions stupides, je vais aussi bien qu’on peut aller quand on est en deuil. Maintenant, dis moi tout ce que tu sais. S’il te plaît, Martin. »

Le jeune homme garda le silence un moment, puis sourit faiblement.
« Toute façon, c’est pas comme si on pouvait te cacher quelque chose, hein ? Enfin… » Il soupira sans grande conviction, retourna sa chaise, et se lança : « Comme je te l’ai dit, on a presque rien sur elle. Charlene Maters est le nom qui apparaît sur ses factures, sur une carte de vidéo-club, sur le contrat de location de son appart et deux-trois trucs dans le genre. Tu le sais, on demande pas de pièce d’identité pour ça, sauf pour l’appart, mais neuf fois sur dix les proprios se passent des formalités administratives. Essentiellement parce que les personnes qui louent ce genre de logement ont pas de papiers, à vrai dire. Bref, c’est le cas pour le proprio de Charlene. Ce qui est encourageant, c’est que les types du labo affirment que malgré la quantité de sang qu’il y avait sur le toit, elle peut ne pas être morte, si on l’a emmenée vite fait à l’hosto En fait, pas mal d’eau de pluie s’était mélangé au sang, donc y’en avait pas tant que ça. Je t’épargne leurs analyses statistiques, mais elle est pas forcément morte.
- Et le ticket du pressing?
- Là encore, c’est ses empreintes. Tu prends ou je prends ? »

Les yeux fatigués de Nate se perdirent à nouveau sur la photo, pendant un court instant.
« Je prends, répondit-il finalement. J’ai besoin de prendre l’air. Je voudrais que tu examines soigneusement le contenu du sac, et puis… »

Il jeta un coup d’œil autour de lui. Il était encore tôt, et l’agent le plus proche d’eux se trouvait trois bons mètres derrière. Quant aux autres personnes encore présentes, elles étaient certainement de l’autre côté de la vitre qui séparait en deux la grande pièce semi-circulaire.
Comme s’il s’apprêtait à recevoir une confidence, Martin se pencha en avant.
« Je voudrais que tu sortes le dossier complet de ma femme, lâcha Nate d’une traite, comme si les mots lui brûlaient la gorge. Je veux… Enfin je dois savoir…
- Tu veux savoir si elle avait une sœur jumelle.
- Oui. Je sais pas si j’aurais la force de rouvrir son dossier, Martin. Je… C’est… »
Sa voix se crispa, et il sentit des larmes s’accumuler sous ses pupilles. Il baissa la tête, et sentit la main de son équipier se poser doucement sur son épaule.
« Pas de problème, fit ce dernier, murmurant presque. Je comprends, rassure-toi. »
Nate eut brusquement et douloureusement envie de lui faire savoir que non, il ne comprenait pas ; que sa femme à lui n’était pas morte seule en l’attendant, le laissant veuf et père éploré. Il eut envie de lui cracher au visage des mots qui ne sortiraient jamais, de canaliser toute sa hargne sur la seule personne qui ne l’avait jamais lâché. Il en eut envie, mais guère longtemps. Au lieu de quoi il se contenta de chuchoter un faible « merci » en s’essuyant rapidement les yeux.
Il se leva, chercha quelques secondes son blouson, avant de se rendre compte qu’il ne l’avait pas quitté en arrivant. Puis il fixa Martin dans les yeux. A ce moment plus que jamais, il eut conscience du courant qui passait entre eux, et sut que Martin ne demandait pas grand-chose d’autre qu’être une oreille attentive, voire une épaule sur laquelle reposer toutes ces pensées qui tourbillonnaient sous son crâne. Plus tard, peut-être.
« Merci, Martin », répéta-t-il avant de quitter la pièce.

« Police de Detroit », fit-il en présentant sous le nez du vieil homme à la fois son insigne et le reçu de Charlene Maters. « J’ai besoin de voir ces vêtements, s’il vous plait. »
L’homme considéra le reçu un instant, puis porta sur Nate le regard chafouin et vicieux que l’inspecteur avait déjà vu des dizaines de fois.
« Sûr ! s’exclama-t-il joyeusement. J’m’en vais vous chercher ça ! »
Il se faufila entre deux tables de repassage et disparu derrière un manteau de fourrure synthétique. Il revint quelques minutes plus tard, tendant du bout de son bras dressé une housse de polyester.
« Et voilà ! Qu’est-c’qu’elle a donc la d’moiselle ?
- Enquête de routine, répondit Nate d’un ton généralement apte à couper court à toute autre question. C’est elle qui vous a déposé ça ? »
Il tira de la poche intérieure de son blouson la photo de Charlene, protégée par un feuillet plastifié.
« Mignonne, fit le type d’un ton suave, mais je saurais pas vous dire, pardon. C’est qu’il en passe du monde, et d’après c’papier là, c’est dit qu’elle a déposé ça y’a deux semaines déjà.
- Ouais, acquiesça distraitement Nate, peu surpris. Ouvrez-le, s’il vous plaît. »

L’employé étala la housse sur le comptoir, et tira la fermeture éclair, visiblement excité de participer, même de loin, à une « enquête de routine ».
Le sac de protection contenait, de haut en bas, une casquette noire des forces de police, une chemise bleue d’uniforme bien courte et découpée au niveau de la taille, un short noir visiblement moulant au possible, une paire de menottes, un soutien-gorge rouge et un string blanc.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? fit Nate, tout en connaissant la réponse. Ce fut le gérant qui lui en apporta la confirmation, d’une voix presque haletante :
- A moins que vous ayez récemment changé vos uniformes, les outils de travail d’une strip-teaseuse, je suppose. Dites, vous devriez regarder si y’a pas une étiquette qui dit de quelle boîte sa vient, ça pourrait aider votre enquête, croyez pas ? »

Nate repoussa la main que l’employé avançait déjà dans un but purement altruiste, et rabattit la housse.
« On fera ça, ouais. Merci de votre coopération, monsieur. »

Il déposa soigneusement la housse sur la banquette arrière de la Plymouth, en proie à un de ses récurrents maelströms intellectuels, que seules les pilules parvenaient à apaiser. L’idée qu’une jeune femme qui soit le portrait craché de Molly se fasse glisser des billets d’un dollar entre les seins l’emplissait d’un mélange de dégoût et d’autre chose qu’il refusait de prendre pour de l’excitation. Il s’installa au volant, et avala deux nouveaux cachets. Avant de démarrer, il jeta un œil dans le rétroviseur.
Charlene Maters était assise à l’arrière.

___________________
A suivre.

Unknowledge
Unknowledge
Niveau 7
29 juin 2006 à 00:07:56

Arg, non seulement l´ecriture est si limpide qu´on arrive a la fin du post en quelques minutes, mais en plus de ça l´extrait se coupe au moment crucial, tout ce qu´il y a de plus vicieux :D
Soyons chiants une seconde: "Il se faufila entre deux tables de repassage et disparuT derrière un manteau de fourrure"
Et j´attends la suite :hap:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
29 juin 2006 à 00:56:58

Je ne voudrais pas faire foirer toute l´histoire mais en général, quand il arrive quelque chose à un proche dans la police, les supérieurs écartent l´intéréssé de l´affaire pour pas que cela devienne personnel. Un peu comme un chirurgien qui n´opère jamais de sa famille.
Donc ce n´est pas très crédible à mon goût qu´on laisse à Nate le droit d´enquêter sur une affaire qui le touche visiblement des très près.

Sinon c´est toujours aussi fluide et plaisant.

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
29 juin 2006 à 13:27:23

Ouais mais bon, on va mettre ça sur la stupidité des américains Ostra, d´accord? :o))

Sinon, ben...pour faire plus creux que tout le monde, je dirai : c´est bien, j´attends la suite, t´as toujours ce style excellent. :-) Au passage, si t´avais respecté tes délais, on en serait presque à la fin... :sarcastic:

Zlink
Zlink
Niveau 9
29 juin 2006 à 14:55:54

bon ben j´ai pas de commentaire constructif a faire. Le plus gros a été dit : c´est à dire que c´est très bien ^^ .
Donc je ne vais faire que répéter pour dire que j´ai aimé.
Au fait, j´ai pas relevé où mais ya un endroit où t´as oublié le point a la fin de la phrase.

KaiM_
KaiM_
Niveau 3
29 juin 2006 à 18:24:08

C´est bien et j´aime. Rien à ajouter à ce qui a été dit. C´est pour ça qu´il vaut mieux commenter après les autres.

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
29 juin 2006 à 21:27:19

Merci d´avoir lu (et merci pour la faute Amir, c´est corrigé).
Pour ce qui est de l´implication des proches, y´a toujours des exceptions; un chirurgien peut opérer un parent, comme un policier peut enquêter sur un proche. C´est pas un détail que j´ignorais, mais comme les deux parties de l´histoire sont assez proches dans le temps, personne a encore eu l´occasion d´écarter Nate. Toute façon, c´était prévu pour ce chapitre :p)

Mardi 16 mai, 09:19 am

Nate se retourna si brusquement que son épaule heurta le bas de l’appui-tête, et une onde de douleur se propagea dans tout son bras. En grognant, il cligna rapidement des yeux. Il n’y avait rien d’autre à l’arrière que la housse en polyester abritant la tenue de travail de Charlene Maters. Agrippant le haut de son siège, il se pencha pour vérifier l’espace séparant le bas de la banquette des sièges avant. Là non plus, rien que la poussière accumulée par des jours de patrouille printanière.
Il se laissa retomber lourdement sur le dossier et passa une main moite sur son front non moins humide.
« Fait chier… »
Depuis sa mort, il n’avait cru voir Molly qu’une seule fois, derrière lui, dans le miroir de l’armoire à pharmacie de la salle de bains. La prise rapide d’antidépresseurs avait cependant mis un terme à d’éventuelles réminiscences fantomatiques, mais il semblait que le point n’était pas final. Quoi qu’il en soit, Nate n’était pas le seul policier affecté par l’enquête qu’il menait. Et quand ladite enquête concernait une jeune femme ressemblant à son épouse récemment morte, quelques hallucinations de ce genre n’étaient guère surprenantes. Alors couplées à plusieurs nuits blanches arrosées d’alcool et de pilules tricolores, elles en devenaient presque banales.
Nate leva les yeux vers la droite. Charlene était toujours là, immobile, le visage neutre.
« T’existes pas », trancha-t-il en faisant pivoter le rétroviseur du plat de la main. Lorsqu’il le ramena en position normale, Charlene avait disparu.

« Du nouveau ? demandèrent les deux hommes à l’unisson.
- Toi d’abord », dit Nate après un court silence.

Il était de retour dans les locaux de la police, et se tenait debout face à Martin, qu’il venait de croiser au milieu du couloir, face à la fontaine à eau. Le bâtiment grouillait maintenant d’agitation ; des téléphones sonnaient continuellement, des hommes et femmes marchaient d’un pas rapide entre les bureaux, échangeant dossiers et informations. Une ambiance soulignée par une banderole accrochée de travers au-dessus du coin café, qui proclamait en lettres capitales : « Pas de repos pour les braves (mais c’est les contribuables qui payent) ».

« Rien de bien passionnant dans le sac, commença Martin. Des mouchoirs, un magazine de mots croisés, des serviettes hygiéniques, enfin tu vois le genre. Le truc qui pourrait le plus servir, c’est des serviettes papier et des sachets de sel du Havana Café. Y’en a pas mal, au moins une semaine de déjeuners là-bas. Peut-être que quelqu’un la reconnaîtrait.
- Ca vaut le coup d’essayer. Et concernant… Enfin, tu sais. »
Martin baissa d’un ton et se rapprocha de son coéquipier, prenant appui sur le réservoir d’eau.
« Molly n’a pas eu de jumelle. Elle n’a pas eu de sœur du tout. A vrai dire, les seules jumelles nées dans le même hôpital et la même année qu’elle sont noires. Je suppose que c’est une bonne nouvelle, non ?
- Je suppose, ouais. Merci.
- Je t’en prie, répondit Martin en souriant. Et de ton côté ?
- Le ticket du pressing concernait un ensemble de… une tenue de strip-tease. Y’a pas un millimètre carré de tissu en trop dessus, mais y’a quand même une étiquette à l’intérieur de la casquette, avec inscrit le nom de la boîte. J’irai ce soir. (Martin amorça un sourire que Nate fit aussitôt disparaître : ) j’irai seul.
- Hey, comme si j’avais seulement envisagé d’aller m’égarer dans tel lieu de débauche ! » protesta le jeune flic d’un ton faussement offensé. Après quelques secondes d’un silence pesant, il ajouta, pesant soigneusement ses mots : « T’as vraiment l’air naze. Peut-être que tu devrais te reposer et passer la main… Au moins pour aujourd’hui », compléta-t-il hâtivement sous le regard noir de Nate.

Celui-ci se versa un verre d’eau qu’il avala à grandes gorgées bruyantes.
« Non », répondit-il simplement.
Martin, sachant reconnaître une décision sans appel de la part de son ami, hocha silencieusement la tête. Il ouvrait la bouche pour engager la conversation vers une nouvelle voie, quand le timbre grave et sonore du capitaine enveloppa la quasi-totalité de l’étage :
« Chambers ! Dans mon bureau ! »
Le silence tomba comme un couperet sur la salle, et ne se dissipa que lorsque Nate, son gobelet à la main, poussa la double porte du bureau de son supérieur.
Il avança sur la moquette duveteuse, et se laissa choir sur une des deux chaises qui faisaient face à l’imposant bureau, orné d’une plaque de marbre au nom du « Cpt. S. Foster ».

« Je t’ai dit de t’asseoir ?
- Tu comptais pas le faire ? Je t’ai dit de travailler tes relations humaines, tu finiras jamais commissaire, mon vieux.
-Bah ! Pour ce que ça changera », éluda le capitaine, balayant l’air de sa large paluche.
A bientôt soixante ans, c’était un homme imposant, guetté par une calvitie menaçante mais compensée par une épaisse et broussailleuse moustache.
« Alors, reprit-il, comment va la vie ?
- Au but, s’il te plait Stephen. Tu vas me retirer l’affaire ? »
Le capitaine parût gêné, ce qui était relativement rare. Il se reprit vite :
« J’y ai sérieusement pensé. Martin dit que tu peux te débrouiller, mais tu le connais, il est-
- Conciliant. Confiant. C’est un ami. Toi aussi, Stephen, alors fais-moi confiance. Je t’ai rien demandé quand Molly est morte, alors je te le demande aujourd’hui : fais-moi confiance.
- Là n’est pas la question. Tu parles pas, Nate, tu dis rien. Tu prends pas de congé pour faire ton deuil, tu t’abrutis de boulot, t’as l’air d’un vrai zombie… J’ai peur que tu fasses une connerie, même sans le vouloir.
- J’ai peut-être l’air lessivé, mais je sais ce que je fais. Je suis toujours en pleine possession de mes moyens, même si j’en ai pas l’air. Alors oui j’ai du chagrin, oui je donnerai tout ce que j’ai pour que Molly ne soit pas morte, oui je veux que ma petite fille revienne chez moi et que tout soit comme avant, mais bon dieu, Stephen ! C’est pas possible, et après ? Je devrais faire quoi, me recroqueviller dans un coin et pleurer ? Aller voir la psy de la brigade ? Me faire prescrire deux fois plus de ces putains d’antidépresseurs ? Merde, c’est pas parce que je montre pas mes émotions qu’elles sont pas là, et qu’elles me font pas mal ! »

C’est seulement quand il s’interrompit, le souffle court, qu’il mesura à quel point il avait haussé la voix. Et à quel point il avait eu besoin de prononcer ces paroles, douloureuses mais presque salvatrices. Derrière la vitre à moitié dissimulée par des stores vénitiens, des silhouettes ralentissaient. Stephen, quant à lui, n’avait pas cillé.
« Je sais, Nate, finit-il par déclarer. Ecoute, je te l’ai déjà dit, et la moitié des gars te l’ont dit, mais si t’as besoin de parler, je suis la 24 heures sur 24. Et crois-moi, c’est on ne peut plus sincère. Maintenant, si tu crois sincèrement avoir besoin de tant bosser, si tu crois vraiment devoir t’occuper du dossier Maters, si ta décision est mûrement réfléchie, alors d’accord, le dossier est à toi. Promets-moi juste de faire gaffe.
- J’en ai besoin, affirma Nate. Vraiment. Et pas parce qu’elle est le sosie de Molly. J’ai besoin de bosser, de réussir un truc. Laisse le moi, Stephen. S’il te plaît. »

Le capitaine poussa un soupir sans grande conviction. Puis il sourit, comme il finissait toujours par le faire, quoi qu’il arrive.
« Très bien. Promets moi juste qu’après celle-là, tu feras un break.
- Juré ! Je crache où ?
- Allez, fous-moi le camp. Et oublie pas ce que je t’ai dit, Nathan. Vingt-quatre sur vingt-quatre.
- Je suis pas encore mort, rétorqua-t-il en se levant et en envoyant son gobelet vers la corbeille à papier. Il tournoya brièvement avant de retomber à plusieurs centimètres de sa cible.
- Mais t’es toujours une merde au basket, gamin. Allez, va polluer ailleurs. »

Nate se glissa à nouveau au volant de sa voiture. Il ne sursauta même pas en constatant que Charlene était à nouveau assise à l’arrière.
« Tu veux vraiment pas foutre le camp, pas vrai ?
- Je peux pas, Nate », répondit-elle d´une voix triste.

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A suivre.

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