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Liste des sujets

La destinée du Prince Noir

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
19 juin 2006 à 19:12:57

J´ai vu pas mal de fautes de frappe, mais j´ai la flemme de les relever.

:truc nul: Si ça se trouve Livanius va faire une crise cardiaque pendant la nuit. :truc nul:
Vivement la suite, donc.

chris12
chris12
Niveau 9
19 juin 2006 à 20:35:24

mouais me demande comment ils vont ouvrir la porte, mais bon venant de Namaric ca m´etonnerait pas qu´il sorte qu´il a lu un livre sur Mc Gyver...

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 juin 2006 à 09:14:41

Namâric a plutôt lu du Star Wars, en fait.

La suite :

Chapitre 48 : Le plan s’effondre

Immense et écrasante.
Deux adjectifs guère originaux, mais qui qualifiaient à merveille l’époustouflante Salle du Tigre.
Titanesque caverne peuplée d’ombre et de mal, elle occupait le sommet de la plus large tour de la citadelle, celle qui s’adossait à l’énorme colonne centrale. Partant des jardins verdoyants qui s’étendaient au pied de l’édifice, d’interminables escaliers s’élevaient le long des murs et serpentaient autour du bâtiment avant de s’engouffrer dans ses entrailles pour poursuivre leur ascension en une spirale vertigineuse. Des portes s’ouvraient du côté extérieur, donnant sur des pièces visiblement désertées depuis longtemps. Seuls comptaient les derniers étages.
Les escaliers parcouraient l’intérieur de la tour sans toutefois s’engager dans sa région centrale, comme si le cœur du bâtiment devait rester inviolable. Ils s’entrecroisaient plusieurs fois avant de se rejoindre sous une verrière scintillante pour enfin se diviser en trois et gagner les entrées de la dernière salle. A peine franchi l’énorme voûte qui constituait l’entrée principale, la force du contraste frappait les visiteurs.
Alors que la citadelle était d’un blanc immaculé, la Salle du Tigre était entièrement noire. Un noir profond, étouffant. Absolu. Les lampes incrustées dans les murs, qui diffusaient une faible lumière blanchâtre, semblaient insignifiantes. Comme si cette salle niait de toute sa puissance jusqu’à l’existence même du jour.
Le plafond, circulaire et concave, s’ornait d’une version au diamètre insensé du symbole des Migrodis. Les deux entrées latérales donnaient accès à des gradins colossaux qui, tels ceux d’une arène, se déployaient en un cercle presque complet autour des murs sculptés de têtes de tigres. Les trente rangées de sièges, capables d’accueillir près de quatre mille spectateurs, surplombaient un gouffre insondable et ténébreux qui devait s’enfoncer dans la tour jusqu’à rejoindre ses fondations, cent mètres plus bas. La zone inviolable où couloirs et escaliers ne se risquaient même pas.
Soutenue par des colonnes de pierre qui jaillissaient des parois du gouffre, une large plate-forme occupait le centre de la salle. Les têtes d’Arkos et de ses fils étaient gravées sur sa surface, symbole terrible et maléfique. Deux passerelles de basalte finement taillées la reliaient aux bords de la salle. La première rejoignait l’entrée principale, qui perçait le mur dix mètres sous les gradins. La seconde, tout aussi longue et lisse, menait au fond de la Salle du Tigre, à la partie qui communiquait avec la colonne centrale de la citadelle. Là se dressait une porte massive, haute de huit mètres et large de six, faite toute entière d’un métal noir inébranlable. Trente Migrodis se tenaient devant, leurs épées prêtes à quitter leurs gaines.
« La salle de contrôle », songea Alexandre lorsqu’il pénétra dans la place.
Une gigantesque ovation explosa dans les gradins qui le dominaient. Les deux mille habitants de la forteresse, hommes, femmes et enfants, se trouvaient rassemblés pour l’intronisation. Leurs hurlements montèrent, retombèrent, repartirent et prirent bientôt un rythme régulier et quelque peu inquiétant. Les hommes tonnaient de toute la puissance de leurs poumons, les femmes les égalaient avec un certain succès tandis que les enfants battaient la mesure en frappant dans leurs mains. Le bruit assourdissant se prolongea une minutes, puis deux, et enfin prit la forme d’un chant profond, ancestral, qui pénétra Alexandre au plus profond de son âme. Derrière lui venaient ses compagnons, Karen, Axtros, Evan, les Gardes noirs et les Chevaliers Blancs. Tous restaient sans voix, impressionnés par l’incroyable spectacle.
Les Migrodis étaient venus les chercher une heure auparavant. Par chance, ils avaient déjà tous endossé leurs armures. Escortés par plus de cinquante guerriers, ils avaient parcouru un labyrinthe de couloirs blancs avant de s’engager dans la grande tour de la citadelle et de rejoindre la Salle du Tigre.
Alors que le chant des spectateurs s’éternisait, les yeux d’Alexandre se détachèrent de la porte du fond, se plongèrent un instant dans le vertigineux précipice, puis remontèrent vers les gradins qui le surmontaient avant de se poser sur le disque de la plate-forme centrale.
Livanius se tenait là, en compagnie de quatre autres vieillards et de cinq hommes autour de la trentaine, vêtus de longues robes blanches marquées de l’inévitable tatouage. Elena, encadrée par deux de ses combattants, complétait la formation. Nolkar n’était pas visible : il se trouvait dans sa salle de contrôle, de l’autre côté de la porte.
Alexandre regarda autour de lui. Entre la porte principale, par laquelle il venait d’entrer, et la passerelle noire qui menait à la plate-forme, s’alignait tout un assortiment d’objets hétéroclites : chandeliers renversés, roues tordues, meubles brisés, serpes usagées, marteaux cassés, faucilles émoussées, et même un aigle de bronze auquel il manquait une aile. Que faisaient-ils ici ? Alexandre songea qu’il s’agissait peut-être de reliques de l’ancien monde, puis il remarqua une bâche noire qui couvrait une masse indistincte.
Il fit signe à Karen.
- J’ai un plan, murmura-t-il au milieu du chant maintenant lancinant des spectateurs. Tout est prévu. Quand je donnerai le signal, allez récupérer vos armes et foncez vers la porte.
Il désigna la bâche. L’ombre d’un sourire passa sur les lèvres de Karen, puis elle se renfrogna, comme il convenait à quelqu’un qui allait subir un terrible sortilège. Personne ne les avait entendus.
Livanius leva le bras.
Le silence s’établit aussitôt. Total. Respectueux.
Deux mille personnes attendaient les paroles d’un vieil homme fatigué qui s’apprêtait à les trahir.
- Aujourd’hui, commença-t-il, aujourd’hui est un grand jour pour notre communauté. Aujourd’hui, des hommes qui nous ont défiés, qui nous ont combattus, que nous avons vaincus et capturés, se rangent à nos côtés pour servir notre grand dessein : la renaissance du Tigre Noir !
Un seul mot jaillit à l’unisson de toutes les gorges présentes :
- Arkos.
Le nom vibra dans toute la salle, porteur de souffrance et de destruction. La lumière des lampes vacilla. Evan se mit à trembler. Tout ça le dépassait. L’annihilait.
- Aujourd’hui, reprit Livanius, d’anciens ennemis se rallient à nous pour nous apporter leur soutien. Ils méritent notre respect et notre bienveillance.
Aucune réaction. Le vieil homme poursuivit :
- Il n’est guère courant pour nous de procéder à plusieurs intronisations par an, mais les circonstances nous y obligent. Aujourd’hui, ces hommes issus de tous les horizons vont s’unir sous un seul nom : Migrodis. Qu’Alexandre, Prince de Dümra, s’avance pour intégrer notre ordre !
Des acclamations fusèrent tandis que le Prince s’engageait sur la passerelle. Au centre de cette salle incroyable, elle-même nichée au sommet d’une tour irréelle, dissimulée dans un magnifique sanctuaire, au cœur d’infranchissables montagnes qui se dressaient dans le plus grand désert au monde, il aurait dû se sentir important. Ce n’était pas le cas. Même si tous les regards étaient braqués sur lui, il ne s’en souciait pas. Le moment de vérité approchait, et tout son être se concentrait sur l’action à venir.
Il avançait sur le pont de basalte, lentement, à pas mesurés. A chaque mètre parcouru, il lui semblait qu’il se rapprochait de son destin. La plus grande bataille de sa vie allait se jouer dans moins d’une minute. Il n’avait pas le droit d’échouer. Pas le droit de mener à leur perte des hommes qui lui vouaient une confiance absolue. Pas le droit de laisser les Migrodis l’emporter et Molloch s’échapper. Le désir de vengeance s’éveilla en lui, et il redressa encore un peu la tête.
Le temps qu’il mit à atteindre la plate-forme lui parut une éternité. Il s’immobilisa enfin face à Livanius, et nota le regard méprisant d’Elena rivé sur lui. Qu’avait-elle à son encontre, exactement ? Un léger doute s’insinua dans son esprit, mais sa conviction le chassa aussitôt.
Deux des vieux mages passèrent dans son dos tandis que les quatre jeunes hommes se répartissaient à sa gauche et à sa droite. Encadré par les deux derniers vieillards, Livanius tendit ses deux mains vers Alexandre, ouvrit la bouche pour une incantation…
… et lui fit un clin d’œil.
Une décharge d’adrénaline se répandit dans le corps du Prince. « Maintenant ! »
Livanius claqua des doigts. Des explosions assourdissantes retentirent dans toute la Salle du Tigre et ravagèrent les gradins dans des gerbes de flammes. Des dizaines de Migrodis furent projetés dans les airs et retombèrent en désordre. Quelques-uns disparurent en hurlant dans le gouffre ténébreux alors qu’une épaisse fumée noire se répandait dans l’amphithéâtre.
Pour une diversion, c’était une diversion. Et particulièrement puissante. Livanius n’avait pas lésiné.
Restait à lui faire honneur.
Les coudes d’Alexandre partirent en arrière, frappèrent les deux mages en plein visage. Ils s’effondrèrent, assommés nets, tandis que les pieds d’Alexandre fouettaient l’air de gauche et de droite. Les hommes qui l’entouraient s’abattirent, fauchés au niveau des genoux.
Devant la grande porte, la Garde et l’escadron de Karen s’étaient jetés sur leurs armes et avaient attaqué leurs ennemis. Débordés, ceux-ci reculèrent sous l’assaut mortel des quarante lames brandies devant eux. Varlian bondit en avant, traça une ligne sanglante sur la poitrine d’un homme, se baissa pour éviter un coup de taille et riposta d’une estocade. Son épée se planta dans le ventre de son agresseur tandis que Karen abattait un autre Migrodi d’un coup vertical à la tête. L’arme d’Axtros tournoya, trancha le cou d’un guerrier, para l’attaque d’un autre et le repoussa au loin. Emmanuel contra un balayage horizontal, feinta au visage de son adversaire pour finalement tenter de le toucher au torse. Son assaut fut paré dans un claquement de métal.
Dans les gradins, c’était la panique. Les Migrodis se bousculaient sans comprendre ce qui se passait, tentaient de s’enfuir en se piétinant les uns les autres. D’autres charges explosaient dans la foule, ajoutant à la confusion. Livanius était décidément un véritable maître.
Alexandre vit ses hommes s’engager sur le pont. En moins de quinze secondes de combat, ils avaient tué ou blessé une dizaine d’ennemis, s’ouvrant une voie vers la plate-forme. Etrangement, les Migrodis ne les poursuivaient pas. Le Prince se rua sur les deux hommes qui accompagnaient Elena, assena au premier une manchette à la gorge, bloqua le coup de poing d’un second et le frappa trois fois à la mâchoire. Il s’écroula. Alexandre pivota, évita la main d’Elena qui fusait vers son cou, s’élança vers le pont qui menait à la salle de contrôle…
Et tout bascula.
Livanius porta soudain la main à son cœur. Sa bouche s’entrouvrit, ses yeux s’écarquillèrent de surprise avant de se voiler et de se révulser. Ses genoux lâchèrent, et il s’effondra sans un bruit sur la plate-forme marquée de la tête d’Arkos.
Mort.
Un frisson d’angoisse parcourut le dos d’Alexandre. Simultanément, quarante Migrodis se levèrent dans les gradins, brandissant des arcs prêts à tirer. Trente flèches se braquèrent sur les hommes d’Alexandre exposés au milieu du pont. Ils se figèrent sous la menace.
Alexandre bondissait vers la salle de contrôle quand un pied le cueillit au niveau des chevilles. Il bascula en avant et s’écrasa sur la passerelle. Un coup à la nuque abattit sa tête sur le sol. Sa vue se brouilla. Il sentit des mains puissantes saisir ses poignets et les attacher dans son dos. Il voulut résister, mais un coup de pied sur le côté de la tête lui en ôta la possibilité. Il ne voyait plus rien, le goût du sang se répandait dans sa bouche, et une certitude écrasante l’accablait : il avait perdu.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 juin 2006 à 09:15:16

Des mains le prirent par les épaules et le redressèrent. Retrouvant une vision normale, il aperçut ses hommes, remettant leurs armes aux Migrodis qui les encerclaient tandis que les archers les maintenaient toujours en respect. Il vit Livanius, étendu au sol à jamais. Et il vit Elena, ses yeux bleus vibrant de pouvoir, ses lèvres plissées en un sourire satisfait.
Alors, comme Elena le fixait de son intense regard, tout lui revint en mémoire. Sa rencontre avec elle dans les couloirs. Sa proposition : tuer Nolkar puis réveiller Arkos pour utiliser son pouvoir. Maîtriser la puissance du Tigre, une idée si folle et si incroyable qu’elle lui donnait le vertige. Son refus.
Et puis la suite. Elena lui avait fait oublier cette scène, mais elle l’avait aussi contraint à parler. Sous hypnose, il lui avait révélé ses plans, les intentions de Livanius. Elle savait tout. Au moment d’entrer dans la Salle du Tigre, il était déjà condamné. Les hommes d’Elena avaient pris position à l’avance. Depuis sa salle de contrôle, Nolkar se tenait prêt à supprimer son ancien maître. La stratégie du Prince était vouée à l’échec depuis le début. Elena l’avait piégé.
Alexandre sentit le désespoir l’envahir. Il avait tout perdu. Il s’était laissé vaincre par un adversaire autrement plus puissant que lui. Il n’avait pas su reprendre l’avantage. Tout était fini. Il allait devenir un Migrodi, servir Arkos jusqu’à la fin de ses jours. Anéanti, sa résolution sapée, son moral annihilé, il chancela sur ses jambes tandis que son regard se vidait. Sa dernière heure était venue. Il ne demeurait rien de ses projets, de ses ambitions, de sa volonté de vengeance. Seul restait le goût amer de l’échec.
A moins que…
Quelque chose clochait dans cette scène. D’abord, les Migrodis utilisaient des arcs alors qu’ils méprisaient les armes de jet. Cela pouvait encore s’expliquer : Elena avait dû juger que la tradition pouvait être bafouée dans les cas exceptionnels. Mais justement, Elena avait pris beaucoup de libertés. Puisqu’elle pouvait forcer n’importe qui à parler, pourquoi n’avait-elle pas interrogé Alexandre devant Nolkar au sujet des hommes qui restaient peut-être cachés dans les montagnes ? Si elle savait tout à l’avance, pourquoi avait-elle attendu que Livanius entre en action ? Pourquoi ses hommes n’avaient-ils pas empêché Karen et ses Chevaliers de s’emparer de leurs armes ? En intervenant plus tôt, Elena aurait évité des dizaines de morts inutiles !
Il n’y avait qu’une seule explication.
Les Migrodis venus de la salle de contrôle ramenèrent à la porte les compagnons d’Alexandre à présent désarmés, pendant que les archers dans les gradins abaissaient leurs arcs de chasse. Karen semblait furieuse, mais ne pouvait rien faire. Emmanuel, les poings serrés, bouillait de rage au milieu de ses hommes. Evan tremblait comme une feuille, dépassé par les événements. Varlian, Axtros et les autres Gardes ne conservaient leur calme qu’à grand-peine. Les spectateurs se reprenaient, observant le déroulement des opérations.
L’intuition d’Alexandre se confirma quand Elena prit la parole.
- Que tout le monde sorte ! clama-t-elle d’une voix qui n’admettait pas de réplique.
Sans protester, les Migrodis évacuèrent doucement les gradins, et les gardes poussèrent les Vzad’orû’bausns par la grande porte avant de quitter la salle à leur tour. Alexandre et Elena restèrent seuls, face à face sur la plate-forme centrale, immobiles à côté du corps de Livanius. Un silence étouffant s’établit dans la Salle du Tigre.
C’est alors que la voix de Nolkar, surgie de nulle part, résonna entre les murs.
- Qu’est-ce que ça signifie, Elena ? Pourquoi avoir chassé les spectateurs et les soldats ? Rappelle-les tout de suite !
Elena ne répondit pas. Alexandre cherchait encore la source de la voix quand Nolkar s’adressa à lui.
- Et vous, Altesse, voyez à quoi votre rébellion vous a mené ! Des dizaines de morts, pour rien ! Vous avez corrompu Livanius, et j’ai dû le tuer ! Par votre faute !
Le Prince comprit soudain qu’Elena n’avait rien dit à Nolkar. Elle avait laissé agir Alexandre pour pouvoir ensuite s’imposer comme celle qui avait redressé la situation. Ses yeux fichés dans ceux d’Alexandre, elle remua légèrement les lèvres, et il entendit sa voix résonner dans son esprit.
« Altesse, vous n’êtes qu’un imbécile. Cette tentative était stupide, organisée par un vieillard sénile qui ne connaissait rien de ma capacité de riposte. Vous avez lamentablement échoué ; vous auriez mieux fait d’accepter ma proposition.
« Mais je suis généreuse, je vous offre une seconde chance. Nolkar est seul, dans sa salle de contrôle. Il n’y a plus de témoins dans cette pièce. Vous connaissez déjà les codes d’accès. Allez-y, et tuez-le. Je pourrais vous forcer à frapper, comme Evan l’autre nuit, mais vous seriez moins efficace. Je veux que vous alliez assassiner Nolkar de votre propre chef. Cela fait, je prendrai le contrôle des Migrodis. Et nous pourrons nous emparer de la force du Tigre Noir. »
Des images impressionnantes défilèrent dans l’esprit d’Alexandre. Il commandait les Migrodis, rassemblait les yeux des tigres. Il réveillait Arkos et s’appropriait son pouvoir. Il partait à la conquête du monde et soumettait tous les peuples à son autorité. Il prenait le contrôle de chaque nation, et instaurait une prospérité jamais vue. Grâce à la puissance du Tigre Noir, il devenait le plus grand souverain jamais vu sur cette terre. Et enfin, il obtenait la force de terrasser son pire ennemi. Molloch périssait sous sa lame et sous les dents d’Arkos. Alexandre sentit son être entier approuver cette idée et goûter par avance au pouvoir.
Elena sourit et glissa sa main dans le manteau de Livanius. Elle en sortit le glaive d’Alexandre, logé dans son fourreau de cuir, puis le lui tendit d’un geste vif et impérieux.
« Allez, et frappez. »
La voix de Nolkar s’éleva à nouveau.
- Elena ! A quoi rime tout ceci ? Je t’ai donné un ordre !
« Vous devriez peut-être me détacher pour cela » répondit Alexandre.
« Dès que vous m’aurez juré de tuer Nolkar. »
Alexandre réfléchit durant une poignée de secondes. Au fond de lui, son instinct lui hurlait de refuser cet accord. Il comprit soudain que s’il éliminait Nolkar, Elena l’exécuterait aussitôt pour effacer les preuves. C’était évident. Elle comptait le trahir dès qu’il aurait agi. Elle n’avait jamais eu l’intention de partager le pouvoir.
Alexandre envisagea plusieurs solutions. Avec les codes d’accès, il pouvait pénétrer dans la salle de contrôle et abattre Nolkar. Ensuite, il se retournerait contre Elena. Mauvaise idée : elle était plus puissante que lui, elle le vaincrait sans mal. Il aurait besoin de l’aide de ses hommes. Mais pour l’instant, ils étaient sous bonne garde, à l’extérieur de la salle.
En outre, lorsqu’il aurait supprimé Nolkar, Elena se tiendrait sur ses gardes. Elle le prendrait par surprise, sans lui laisser la moindre chance. Il devait trouver un moyen de l’éliminer la première, puis aller régler son compte au chef des Migrodis. C’était la seule solution.
« Alors ? lança Elena. Il est temps pour vous de choisir. »
Alexandre avait pris sa décision. Quitte à mourir, ce ne serait pas en permettant à une folle avide de pouvoir de réaliser ses ambitions.
« Je refuse. »
« Quoi ? »
« Vous m’abattrez au moment même où je tuerai Nolkar. Inutile de nier. Je ne serai pas l’instrument de votre victoire. Je préfère la mort. »
Un lueur furieuse brilla dans les yeux d’Elena quand elle comprit qu’elle n’infléchirait jamais la volonté du Prince. Et que ses rêves de puissance allaient être réduits à néant par un gamin prétentieux.
« Pauvre imbécile ! Si tu insistes pour mourir, je vais te satisfaire ! »
Nolkar parla encore une fois :
- Elena ! J’exige une réponse ! Que fais-tu ?
Elle ne prêta aucune attention à son maître. Sa main droite saisit la fine épée qu’elle portait à la ceinture tandis que la gauche dégainait le glaive d’Alexandre.
« Je ne crois pas que vous allez me tuer » fit celui-ci.
« Ah bon ? Et pourquoi ? »
Alexandre eut un petit sourire. Il se tenait là, les mains attachées dans le dos, un collier de dantarium autour du cou, face à une femme armée de deux lames, dont les pouvoirs magiques le surpassaient complètement, et il défiait la mort ! C’était si absurde qu’il se sentit parfaitement ridicule.
Il justifia toutefois sa position :
« Je vais vous exposer trois arguments qui prouvent que je peux encore m’en sortir. Le premier est que j’ai une chance de pendu. Et ce n’est pas un mauvais jeu de mots. Vous voyez, j’ai parfois l’impression que ma vie n’est un récit jailli de la plume d’un dieu qui me dépasse et qui veut me garder en vie. Parfois, j’ai des coups de bol absolument incroyables. Je ne doute donc absolument pas qu’aujourd’hui encore la providence va me servir. »
Elena eut un rictus méprisant.
« J’aimerais bien voir ça. »

chris12
chris12
Niveau 9
21 juin 2006 à 10:46:23

beaux combats, on arrive vers la fin... :snif:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
21 juin 2006 à 12:25:09

La suite, la suite, la suiiiiiiiiiteeeeeeeeeeeeeeeeeuh! :-)

Dylfos
Dylfos
Niveau 5
21 juin 2006 à 13:30:43

C´est magnifique !

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
21 juin 2006 à 18:13:04

Le renversement de la situation est un peu brusque et le coup des trois arguments exposés, ils ne sont pas très crédible comme de dire : "J´ai un cul inimaginable".

Enfin bref, la choses se mettent enfin à bouger ...

J´attends donc la suite.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
21 juin 2006 à 18:14:29

Je crois que les trois arguments font figure d´humour Ostramus. :-)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
21 juin 2006 à 18:18:46

L´humour que distille Kaim dans ses textes est ténu est sans grande conséquence sur le récit lui-même. Or, cette plaisanterie empêche Elena d´achever Alexandre et ça à l´air de la déstabiliser alors que les arguments n´ont rien d´éffrayants en soi.

Negatum
Negatum
Niveau 10
22 juin 2006 à 02:01:38

Et bien et bien c´est excellent. :)

J´ai lu Les bracelets d´arzhan, la cathédrale de Kridath et le siége de Dumrist grance au fichier word que m´a refilé Amir.
J´ai lu toute la destinée du prince noir d´un bloc sur ce topic.
On va faire court car je suis pressé, mais sache que j´ai adoré tout le cycle d´alexandre, et que j´attends avec impatience la suite :ok:

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 juin 2006 à 15:25:54

Chapitre 51 : Infiltration musclée

Olaf et Namâric firent halte juste avant l’orée du bois. A l’abri derrière la dernière ligne d’arbre qui les séparait de la citadelle blanche, ils observèrent l’immense bâtiment en cherchant une entrée.
Les tours couleur d’ivoire se dressaient devant eux, légères ou massives, gracieuses ou imposantes, coiffées de flèches ou de terrasses, groupées autour de l’énorme colonne qui trônait au centre de l’édifice. Aucune ouverture n’était visible au niveau du sol ; les premières fenêtres s’ouvraient à dix mètres de haut, et les murs restaient parfaitement lisses. Les statues étranges qui émergeaient des façades semblaient narguer les visiteurs depuis leurs perchoirs inaccessibles.
Olaf activa son masque. Encore une fois, il eut la sensation que tout devenait plus facile dans ces montagnes. Jamais cette relique ne s’était montrée aussi docile, aussi précise. Les perceptions du Paladin s’en trouvaient largement renforcées.
Il désigna la plus haute tour appuyée contre le cylindre central.
- On trouve de la vie un peu partout dans le bâtiment, et notamment à dix mètres de nous, juste de l’autre côté du mur. Mais surtout, il y a de l’agitation là-haut. Beaucoup de gens cherchent à s’enfuir, d’autres s’affrontent. C’est confus, je vois mal.
- Tu vois déjà à travers les murs, et c’est bien suffisant, répondit Namâric. Je suppose que ce sont les hommes d’Alexandre qui luttent contre les Migrodis.
Il posa un regard décidé sur la tour vertigineuse qui abritait le bataille.
- Nous arrivons juste à temps. Il ne faut pas manquer la fête.
Frid poussa un soupir plaintif.
- Et voilà ! Vous allez encore risquer votre peau et me laisser dans l’angoisse.
- L’angoisse ? releva Olaf.
- A chaque fois que vous vous battez, j’ai peur. Peur que vous surviviez et me forciez à vous accompagner encore. Et à chaque fois, mes pires craintes se réalisent.
Olaf serra les dents.
- Ravi de voir quelle importance tu attaches à nos vies. Et si tu allais plutôt chercher un moyen de s’introduire dans cette forteresse ?
- Facile ! J’ai qu’à voler jusqu’à une fenêtre !
- Je parlais d’un moyen pour nous…
- Ah ouais… Pour vous… Les humains balourds et impotents, incapables de s’élever plus haut que leur misérable condition…
Pris d’un accès de lyrisme, Frid poursuivit d’une voie mélancolique.
- Bien triste vie que celle de l’homme, condamné à errer dans les sinistres gouffres de son impuissance, assombris par les pénibles souvenirs de ses échecs, hantés par les miasmes fétides de ses viles et innommables passions. Quel malheur que de venir au monde ainsi, voué par sa seule naissance à connaître le tourment et l’amertume d’une existence insipide et entravée. Comment…
- Frid, fous le camp et va inspecter ces murailles avant que je ne t’étripe !
- Ouais, ouais, j’y vais…
L’oiseau s’envola et s’éloigna vers les cimes des tours.
- On est pas rendus… soupira Olaf. Je suppose que tu as un plan ?
Namâric observa les tourelles, les fenêtres et les murs.
- Appliquons le plan B.
- Pas de plan A ?
- Je n’en fais plus depuis des années. J’ai remarqué que, tôt ou tard, on finissait toujours par passer au plan B. Alors autant partir d’emblée sur celui-là.
- Je vois… Et quel est ce fameux plan B ?
- On fonce dans le tas et on tue tout le monde. Simple et efficace.
Olaf leva les yeux au ciel.
- Namâric, je ne sais pas où tu as traîné pendant mon absence, mais je sens que tu as eu de mauvaises fréquentations. Je t’ai connu plus subtil…
- Sans nul doute. A présent, tiens-toi prêt.
Olaf ramena brusquement son regard sur son compagnon.
- Prêt à quoi ?
Namâric désigna un mur sur leur gauche.
- Les pierres semblent mal scellées. Il doit s’agir d’une porte. Et mon instinct me dit que Frid ne va pas tarder à l’ouvrir. Tu peux vérifier ?
Olaf, surpris, laissa son esprit se fondre dans son masque. Et en effet il repéra très vite, de l’autre côté du mur, un minuscule oiseau qui voletait à toute vitesse au-dessus des têtes d’une demi-douzaine d’hommes. L’un d’eux levait une épée pour l’embrocher quand Frid se posa violemment sur un levier fixé dans le mur. Malgré son poids ridicule, il parvint à faire basculer la barre de métal. Un pan de la muraille coulissa, révélant une entrée dérobée qui s’ouvrait sur un entrepôt encombré de caisses en bois.
Namâric bondit.
Ses doigts en une danse magique volèrent de son carquois à son arc. Une flèche fila, puis une autre. Toutes deux se fichèrent dans une poitrine tatouée de noir. Le Migrodi s’écroula, raide mort. Les cinq autres se tournèrent aussitôt vers l’ouverture. Deux périrent sans avoir pu esquisser le moindre geste pour esquiver les projectiles meurtriers. Deux autres coururent s’abriter derrière des caisses tandis qu’un troisième bandait un arc de chasse et décochait une flèche. Namâric, d’un fulgurant revers de la main, la détourna de sa tête. Dans le même mouvement, il tendit à nouveau sa corde et lâcha encore un trait. L’homme s’effondra, la gorge transpercée.
Les deux derniers jaillirent de leur abri. Le premier s’élança sur Namâric en brandissant un cimeterre tandis que le second se ruait vers une porte au fond de l’entrepôt, sans nul doute pour aller donner l’alerte.
Il n’avait pas parcouru la moitié de la distance lorsque Frid lui percuta la tête avec assez de violence pour lui faire perdre l’équilibre. Il se reprit pourtant et poursuivit sa course sous une pluie de coups de bec furieux.
Namâric évita souplement la charge de son assaillant et le cueillit d’un coup de genou à l’entrejambe. L’homme poussa un cri et se plia en deux – au moment où le Paladin levait son pied pour le frapper au visage. Un craquement sinistre retentit, le Migrodi cracha une poignée de dents maculées de sang puis s’écroula sous une manchette à la nuque.
Namâric s’écarta de l’homme à terre et encocha une flèche en visant le dernier survivant qui, bien qu’accablé par Frid, avait presque atteint la porte. Il n’avait pas encore tiré quand la hache d’Olaf fendit l’air en vrombissant et se planta dans le dos du Migrodi. L’homme s’abattit lourdement sur le sol, tendant une main impuissante vers la poignée de la porte.
Namâric récupéra ses flèches pendant qu’Olaf ramassait sa hache et que Frid raillait la faible résistance opposée par leurs adversaires.
- Quels incapables ! Six contre deux, et ils se font laminer ! Pitoyable !
Namâric ne partageait pas cet avis. Au contraire, les Migrodis étaient forts. Très forts. Il n’aurait pas le droit à la moindre erreur.
Il posa la main sur la poignée de la porte. Alerté par son masque, Olaf pivota brusquement et porta la main à sa ceinture. Un poignard brillant quitta ses doigts pour aller se ficher dans le cou du Migrodi au cimeterre, qui s’était relevé pour les attaquer dans le dos. Des gouttelettes de sang jaillirent, et l’ennemi bascula en arrière tandis que ses yeux se fermaient.
- Plus résistant que je ne le pensais, commenta Namâric. Il va falloir cogner dur. Et merci, au fait.
Puis il ouvrit la porte.

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24 juin 2006 à 15:26:32

Chapitre 52 : Le système de défense

Une épée à la main, Evan se débrouillait très mal.
Les quelques leçons de Karen n’avaient pas suffi, comme il aurait aimé le croire, à faire de lui un combattant honorable. Peu habitué à la violence et encore moins aux batailles, il peinait à défendre sa vie dans la mêlée chaotique qui le noyait. Il ne parait et n’esquivait qu’à grand-peine les coups des Migrodis, et plusieurs fois il avait failli blesser l’un des siens.
Gardes et Chevaliers remontaient le grand escalier pour rejoindre la Salle du Tigre. Derrière eux, des dizaines de Migrodis les talonnaient. Devant, d’autres surgissaient par dizaines des couloirs latéraux pour leur barrer la route. Les soldats du Prince se frayaient à coups de lame un chemin dans cette marée humaine, dans un épouvantable vacarme de cliquetis et de hurlements. D’horribles traînées rouges maculaient le marbre blanc de l’escalier, autour des corps mutilés étendus sur le sol. Des corps de Migrodis, bien sûr, mais aussi de Chevaliers qui avaient succombé sous le nombre. Dix d’entre eux avaient déjà péri, et le pire restait probablement à venir.
Attaqué par un grand échalas qui maniait une épée, Evan para le coup à la dernière seconde. Le Migrodi récidiva. Evan recula pour s’échapper, manqua trébucher contre une marche, la gravit d’un pas mal assuré et bloqua une troisième attaque. Lançant des regards éperdus autour de lui, il chercha un soutien et n’en trouva aucun. Les Chevaliers qui l’entouraient peinaient déjà face à leurs assaillants.
Le Migrodi se fendit. Evan dévia la botte et riposta d’un coup de taille. Son adversaire le contra sans mal avant de lui porter un coup de pied à la hanche. Le garçon tomba dans les marches.
- Karen ! hurla-t-il.
L’Elfe ne réagit pas. Peut-être ne l’entendit-elle même pas. Debout en tête de la colonne, elle affrontait trois ennemis avec son incroyable brio. Evan comprit soudain qu’elle ne lui viendrait pas en aide. La terreur le saisit à la gorge.
Le Migrodi leva son épée. Evan ferma les yeux malgré lui…
Cliquetis d’acier.
La lame de Varlian écarta celle du Migrodi et enchaîna une série de coups foudroyants. Débordé, l’ennemi céda du terrain puis plaça un coup d’estoc. Le Garde l’esquiva sans peine puis, d’une volée d’attaques aussi sauvages que précises, repoussa le Migrodi dans les rangs de ses camarades. Enfin, d’un revers flamboyant et implacable, il lui trancha la tête. Un geyser de sang inonda les autres assaillants.
Varlian battit en retraite en bloquant chacun des assauts qui s’abattaient sur lui, puis vint aider Evan qui cherchait à se relever. Tous deux se redressèrent et reprirent leur course folle vers le sommet de la tour.
Evan ne songeait plus à se battre. Une seule pensée l’obsédait.
Il avait failli mourir, et Karen, qu’il aimait tant, ne lui avait même pas accordé un regard. Au lieu de cela, c’était ce monstre de Varlian qui lui avait sauvé la vie. Ca ne pouvait avoir qu’une seule signification.
Karen n’éprouvait rien pour lui.

Alexandre se pencha pour récupérer son glaive puis se tourna vers la porte blindée.
- Altesse ! hurla Nolkar. Qu’avez-vous fait ?!
- Elle comptait vous trahir, et vous n’auriez jamais eu le cran de la tuer vous-même, répondit le Prince.
Il jouait serré. A présent que Livanius était tombé, il ne lui restait plus qu’un seul espoir : capturer Nolkar et le forcer à anéantir lui-même la totalité de ses serviteurs. Un plan irréalisable, mais le seul dont il disposât.
Et pour commencer, il fallait entrer dans la salle de contrôle.
Alexandre avança sur le pont de basalte en se remémorant les codes d’accès. 1423, A, 9527, AB, 35674, CA, 468219735, CAC 40, 36489, BAC 2006. La clef qui allait lui permettre de s’introduire dans le centre névralgique de la citadelle.
- Elena ? Me trahir ? Avez-vous perdu l’esprit ?
- Elle savait ce que préparait Livanius. Elle n’a pas agi, afin de vous discréditer et de se faire passer pour celle qui a repris les choses en main. Elle voulait que je vous tue.
Alexandre pesait chacun de ses mots. Nolkar portait peut-être une confiance absolue à ses lieutenants, mais cet optimisme n’en faisait pas un idiot. Il pouvait réagir d’une seconde à l’autre. Il fallait donc gagner un maximum de temps.
- Racontez-moi ça, grinça Nolkar.
Le Prince atteignit la gigantesque alcôve dans laquelle s’enfonçait la porte de la salle de contrôle. Il s’arrêta là puis énonça d’une voix tranquille :
- Elle m’a piégé dans un couloir et a tenté de m’hypnotiser. D’après elle…
Alexandre repéra le panneau de contrôle aux touches marqués de chiffres et de lettres.
- … d’après elle, vous faisiez fausse route. Elle pensait que…
Cessant brutalement de parler, le Prince se jeta sur le clavier et enfonça les boutons.
1432 A 9527…
Nolkar n’émit aucun commentaire. Alexandre réalisa que son adversaire avait compris ce qui se passait. Frénétiquement, il tapa la suite de la séquence…
AB 3574 CA 4682…
Et si Nolkar disposait d’autres protections ? Si ce plan était voué à l’échec ? Alexandre mit ces doutes de côté et se concentra sur le code.
19735 CAC 40 36489…
C’était une course de vitesse. De son côté, Nolkar devait s’efforcer de dresser d’autres barrières. Incapable de penser à autre chose, Alexandre acheva le code.
BAC 2006.
Le Prince attendit.
Rien ne se produisit.
La voix de Nolkar qui résonna, triomphante, dans l’immensité de la Salle du Tigre, doucha ses dernières illusions.
- Dommage, Altesse. Je me doutais que vous alliez tenter un coup de ce genre. Et j’ai modifié le code d’accès pendant notre conversation. A présent, vous m’en voyez désolé, mais je crois que je vais devoir vous supprimer.
Alexandre s’efforça d’afficher un sourire cynique.
- Pour cela, vous feriez mieux de sortir de votre planque.
Nolkar répondit d’un ton réellement décontracté.
- Pas forcément. N’oubliez pas que cette citadelle, et surtout sa partie centrale, est antérieure à l’Âge de Mort. Dans les environs de cette salle de contrôle, je possède des moyens que vous n’imaginez même pas.
Un bruit étrange s’éleva au niveau du plafond. Une sorte de chuintement, mais plus grave et plus puissant. Deux trappes coulissèrent de chaque côté de la porte, et d’effroyables machines apparurent.
C’étaient des sphères de métal retenues par de longues tiges mobiles capables de les diriger dans toutes les directions. Des tuyaux noirs et souples les reliaient à une machinerie dissimulée dans le plafond, tandis que deux longs tubes d’acier, au fond desquels rougeoyait une inquiétante lueur, jaillissaient de leur surface.
Ils se pointèrent droit sur Alexandre.
- Adieu, Altesse.
Des rayons de lumière écarlate jaillirent des quatre canons dans un claquement assourdissant. Ils frappèrent la passerelle avec un bruit d’apocalypse et explosèrent dans un déchaînement de violence à l’endroit précis où se tenait Alexandre.
Enfin, où il s’était tenu.
Le Prince bondit au dernier moment, et le feu dévastateur éclata derrière lui. Un second tir suivit, qu’il esquiva de la même manière, en se ruant vers la sortie de la salle.
Les explosions de lumière le poursuivirent dans une série de détonations impitoyables. L’une d’elles le jeta à terre par son souffle irrésistible. Le Prince se redressa, évita une nouvelle attaque, atteignit la plate-forme centrale.
Il ne parvenait pas à y croire. Une arme hallucinante, héritée d’un passé que tous pensaient perdu ! Voilà ce dont Nolkar disposait pour se défendre ! Comment pouvait-on espérer l’emporter contre un tel adversaire ?
Le Prince s’engageait sur la seconde passerelle quand les tirs se concentrèrent devant lui. Dans une débauche d’éclairs rouges et de grondements écrasants, les deux canons déversèrent leur puissance sur le pont. Un bloc de plusieurs tonnes se détacha sous les impacts et disparut dans les profondeurs du gouffre.
La passerelle était coupée.
Alexandre s’efforça de ne pas paniquer alors que les instruments de mort se braquaient sur lui. Dix mètres le séparaient de la sortie. Jamais il ne pourrait les sauter.
Puis une idée désespérée lui vint.
Les canons tirèrent en même temps. A l’instant où les décharges d’énergie s’abattaient sur lui, Alexandre bondit vers la grande porte.
Les rayons explosèrent dans son dos, et l’onde de choc le cueillit en plein vol, triplant sa vitesse initiale. Projeté par ce souffle titanesque, le Prince vola au-dessus du précipice et reprit pied sur l’autre partie du pont avant de courir vers la sortie.
Alors qu’une dernière déflagration ravageait ses arrières, il se jeta à travers la porte.

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24 juin 2006 à 15:26:57

Chapitre 53 : Au pied de la grande tour

Frid et ses Paladins Noirs traversèrent la citadelle au pas de course sans rencontrer de résistance. Les Migrodis restaient concentrés au niveau de la tour principale et, grâce à son masque capable de voir à travers les murs, Olaf pouvait éviter les plus rapides qui s’éloignaient en hâte du lieu de l’affrontement.
Sans un regard pour le style immaculé des couloirs de la forteresse, Olaf et Namâric se dirigèrent vers la grande tour puis s’arrêtèrent sur un signe du vieux Paladin.
- Les jardins au pied de la bâtisse sont infestés d’ennemis. Mieux vaut les contourner.
- Une autre entrée ? s’enquit Namâric.
Olaf sonda de son masque l’architecture de la citadelle.
- Une petite cour. Coincée entre la colonne centrale et une annexe de la tour. Quelques gardes à peine.
- Et tu sais comment y aller ? piailla Frid. Parce que ça sert à rien de trouver une entrée si on peut pas s’y rendre sans traverser un régiment ennemi !
Olaf soupira.
- Oui, je sais comment rejoindre cette cour. Prenons le couloir de droite.
Ils s’engouffrèrent dans un étroit corridor, coururent en silence entre les murs de pierre blanche, évitèrent une patrouille ennemie pour enfin s’immobiliser devant une porte de bois.
- La cour est de l’autre côté, déclara Olaf. Dix hommes à l’intérieur. Et au fond, une porte qui donne accès à la tour.
Namâric posa une main sur la poignée.
- Une seule solution : entrée projetée et fauchage circulaire. Allons-y.
Il poussa le battant et, d’un bond époustouflant, se propulsa dans la cour.
C’était un cercle de quinze mètres de diamètre, pavé de dalles blanches et cerné de murs en granit peint. Des vasques de pierre polie abritaient des massifs de fleurs chatoyants tandis qu’au fond de l’aire s’ouvrait une porte qui donnait accès à l’immense tour principale – là où combattait Alexandre. En jaillissant au grand jour, Namâric remarqua aussi les fissures qui zébraient le mur de gauche, et l’échafaudage en bois qui s’élevait à cet emplacement. Mais au lieu des ouvriers qui auraient dû travailler là, dix gardes armés se tenaient dans la cour.
Deux d’entre eux moururent sans pouvoir réagir. Namâric toucha terre en tournoyant sur-lui-même et les taillada d’un ample mouvement de sa lame. Ils s’écroulèrent. Un troisième, se reprenant avant ses compagnons, pointa sa lance et fondit sur le Paladin. Namâric l’esquiva d’un bond, retomba de l’autre côté d’une vasque sans même effleurer les pétales des roses. Son épée étincela alors que les deux hommes qui l’entouraient commençaient à peine à réaliser se qui ce passait. Le premier périt aussitôt, le deuxième sauta en arrière pour ne pas finir éventré. Le lancier revenait à la charge quand Olaf fit irruption dans la cour et lui lança un couteau entre les omoplates. L’homme s’écroula.
Namâric bondit sur l’échafaudage, empoigna l’une des barres verticales et se rétablit sur une planche. Un Migrodi le poursuivit, assenant un coup d’estoc. Le Paladin dévia l’attaque, et la lame adverse se planta dans le bois. Une riposte cinglante l’arracha des mains du garde, qui recula en dégainant un poignard. Un autre ennemi se rua en avant et abattit son épée. Celle de Namâric s’interposa avec un claquement sonore, puis le Paladin se dégagea et, d’un mouvement félin, se hissa à l’étage supérieur de la construction. Le combat commençait à s’organiser.
Olaf se porta au contact des Migrodis afin de réduire la pression qui s’exerçait sur Namâric. Sa hache se balança, ouvrant une profonde blessure dans une cuisse, avant de remonter pour parer un violent coup de taille. Repoussant son agresseur, Olaf lâcha d’une main le manche de son arme, et tira le sabre fixé dans son dos. Ses lames sifflèrent dans le chaos puis percutèrent celles de ses adversaires. Sous le terrible impact, les Migrodis reculèrent.
Un homme escalada l’échafaudage et frappa de son épée. Namâric contra son assaut puis, d’un coup de pied, le rejeta au sol. Un autre homme prit pied sur les planches avant de passer à l’attaque. Namâric recula sous la furieuse offensive, interceptant de justesse l’épée tourbillonnante de son agresseur. Puis, rompant le duel, il sauta au bas de l’édifice.
Il effectua un vol plané empreint de grâce et d’élégance, roula souplement en touchant les dalles, se releva en sortant son arc de son étui, lâcha son épée pour saisir son carquois, pivota…
Trois flèches fusèrent.
Invisibles.
Parfaitement ajustées.
Toutes trois ricochèrent contre le mur d’enceinte après avoir tranché les cordes qui maintenaient l’échafaudage en place. Planches de bois et barres d’acier s’effondrèrent avec fracas avant d’ensevelir les Migrodis qui n’avaient pu s’éloigner.
Olaf bloqua une rapière entre ses lourdes lames, et l’amena habilement contre le sol ; puis, d’un puissant coup de pied, il cueillit son adversaire à la tête. L’homme chancela, presque assommé, et gêna dans sa chute un de ses camarades. Le sabre d’Olaf scintilla sous le soleil, et un arc de sang jaillit.
L’homme blessé à la cuisse se redressa et empoigna son épée avant de repartir au combat. Namâric tira une flèche du carquois puis sur son assaillant. Atteint au cœur, l’homme s’écroula. Un autre fit tournoyer une arme étrange, composée de trois sphères d’acier reliées par des cordelettes noires. Quand le Migrodi ouvrit les doigts, le projectile fendit l’air vers le cou du Paladin, tournant sur lui-même à une vitesse hallucinante.
Namâric n’avait jamais vu une telle arme. Il comprit cependant que les cordes, en se refermant sur sa gorge, le tueraient à coup sûr. Abandonnant son arc, il élança une main en avant. Ses doigts cueillirent l’objet en plein vol, lui firent décrire une courbe harmonieuse et le retournèrent contre son lanceur. Ebahi par un tel exploit, le Migrodi n’eut pas le temps d’esquiver. Les cordes s’enroulèrent autour de son cou comme les anneaux d’un serpent ; puis les trois boules d’acier, en s’abattant sur sa nuque, lui brisèrent les vertèbres. L’homme eut un cri étouffé et s’abattit dans un massif.
Au même instant, le sabre d’Olaf contra une hallebarde tandis que sa hache déchirait un abdomen. Le dernier garde poussa un hurlement d’agonie et s’effondra sur les dalles, couvrant leur blancheur d’une flaque vermeil.
Dix secondes plus tard, d’autres hommes débouchèrent dans la cour, alertés par les bruits de la lutte.
Olaf et Namâric avaient déjà disparu dans les escaliers de la tour.

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24 juin 2006 à 15:28:11

Chapitre 55 : Convergences

Même les pires ennemis d’Alexandre devaient lui reconnaître une qualité.
Il savait mener une bataille.
Piégé dans une tour où ses adversaires se bousculaient, aussi épuisé que ses compagnons par les précédents combats, il remplaça Karen à la tête des vingt hommes qui lui restaient. Dirigeant une incroyable percée, il se fraya un chemin dans les rangs des Migrodis et engagea son escorte dans l’un des deux escaliers secondaires. Il devait à tout prix rejoindre la Salle du Tigre.
Au cours des derniers affrontements, les Gardes noirs et les Vzad’orû’bausns avaient sérieusement mis à mal les forces armées des Migrodis. Aussi les serviteurs d’Arkos avaient-ils lancé dans la bataille tous les hommes disponibles, même ceux qui n’avaient jamais tenu d’arme. Ce n’étaient pas des combattants, mais leur nombre représentait leur meilleur atout.
La troupe du Prince progressait dans l’escalier en livrant une bataille désespérée, abattant à la fois les ennemis qui s’avançaient face à eux et ceux qui les assaillaient par-derrière. Les corps jonchaient le marbre blanc, les lames couvertes de sang taillaient sans relâche les chairs des Migrodis, l’acier claquait avec violence au milieu des cris de guerre et des hommes qui s’écroulaient, mortellement blessés. Privés de chef, les ennemis peinaient à s’organiser : leur stratégie se résumait à attaquer de front, encore et toujours, sans se soucier de leurs pertes. N’ayant aucune volonté, ils ne perdaient pas courage, et ne renonceraient jamais. De leur côté, les hommes du Prince faiblissaient, presque débordés par le nombre ; mais chaque fois qu’un des leurs tombait, leur rage meurtrière enflait.
C’était un carnage.
Alexandre gravit une dizaine de marches, para le coup vertical que lui assenait un homme maigre armé d’un cimeterre acéré. Il saisit son adversaire au poignet, lui porta un coup de pied dans le tibia, et d’une prise imparable le fit passer par-dessus sa tête pour l’envoyer s’écraser dans l’escalier. Un autre assaillant se jeta sur lui par la droite et frappa de son épée. Le Prince s’accroupit, esquiva le coup de taille avant d’ouvrir une blessure sanglante dans le ventre du Migrodi. L’homme s’écroula. Alexandre pivota pour éviter une nouvelle attaque, posa une main sur l’épaule de son agresseur puis, d’un bond spectaculaire, passa dans son dos avant de le pousser dans l’escalier. L’homme perdit l’équilibre et alla s’empaler sur l’épée de Varlian.
Alexandre jeta un coup d’œil à sa dernière ligne. Menés par Emmanuel, moins de dix Chevaliers résistaient tant bien que mal. L’un d’eux s’effondra sous l’impact d’une hache, un autre poussa un cri quand une flèche transperça son bras droit. Emmanuel céda du terrain sans cesser de combattre, empêchant les Migrodis de le poursuivre.
Okiel et Sandar, les deux Gardes qui encadraient Alexandre, parèrent une série de coups puissants et répliquèrent d’une rafale d’attaques qui repoussèrent leur adversaires. Ceux-ci remontèrent l’escalier pour se regrouper, et Alexandre aperçut enfin la porte.
La Salle du Tigre n’était plus qu’à vingt mètres, défendue par une poignée d’ennemis qui ne les contiendraient pas longtemps.
« Nolkar, me revoilà. »
Avisant une fenêtre sur sa gauche, Alexandre s’y élança. Il agrippa le rebord droit et, d’une détente précise de ses jambes, bondit jusqu’à l’ouverture suivante. Sans se soucier du vide au-dessous de lui, il répéta l’opération pour gagner une autre fenêtre et pénétrer à nouveau dans la tour, cette fois dans le dos des Migrodis.
Son glaive brisa une épaule, fendit une nuque, trancha une tête et traversa un dos. Les Migrodis se reprirent et se ruèrent sur le Prince. Deux succombèrent aussitôt ; les autres engagèrent le combat puis firent volte-face pour affronter les Gardes noirs. Alexandre prit le dessus et, en quelques secondes, remporta la victoire.
A côté de lui, l’immense porte à l’arcade de pierre s’ouvrait sur la noirceur de la Salle du Tigre…
Et une grille d’acier barrait le passage.
Anéanti, Alexandre contempla la herse inébranlable qui lui faisait face et l’empêchait de pénétrer dans la Salle. Une barrière forgée d’une seule pièce, actionnée par un mécanisme inaccessible, prête à contrer n’importe quelle offensive.
- Nolkar a pensé à tout, remarqua Varlian sans la moindre nuance de pessimisme. Vous pensez que nous pouvons soulever cette grille ?
Emmanuel s’appuya sur son épée, essoufflé.
- Faisons vite, alors. Il reste encore des centaines d’ennemis en contrebas, et ils ne vont pas tarder à attaquer en masse.
- A quoi bon ? fit Evan. Nous avons perdu.
Malgré son aversion pour les défaitistes, Alexandre ne le reprit pas. Il partageait son avis.
Nolkar était à l’abri dans une salle imprenable, protégé par des canons surpuissants, une porte colossale et cette grille infranchissable. Il avait encore des centaines de gardes pour le protéger et, de toute façon, le tuer n’aurait servi à rien. Le seul espoir du Prince, basé sur l’hypothèse hasardeuse que la salle de contrôle lui offrirait de nouvelles armes, lui parut soudain bien maigre.
C’était fini.
Karen, pour sa part, ne se laissait pas abattre. Renoncer n’était pas dans sa nature. Pour elle, si les Migrodis avaient défendu cette porte, c’est qu’il existait un moyen de forcer le passage. Sur ses ordres, trois Gardes noirs se placèrent face à la herse, glissèrent leurs mains sous la barre la plus basse et tirèrent de toutes leurs forces.
- Inutile, fit Alexandre. Ca ne marchera pas.
Il jeta un coup d’œil à Evan, aussi désespéré que lui.
- Désolé de t’avoir entraîné dans cette histoire. J’aurais aimé que tout ça finisse autrement.
- Pas grave.
Les premiers Migrodis apparurent au bas de l’escalier. Ils étaient plusieurs dizaines, montant les marches au pas de charge, brandissant devant eux des armes redoutables. Et pour s’opposer à eux, il ne restait qu’un Prince sans illusions, un garçon épuisé, dix Gardes noirs affaiblis, une Elfe fatiguée et six soldats décomposés. L’issue ne faisait aucun doute…
C’est alors qu’un grincement s’éleva.
- Ca marche ! hurla Karen.
Alexandre releva la tête.
Le visage rougi par l’effort, les trois Gardes étaient parvenus à lever légèrement la herse. D’une nouvelle traction, ils la montèrent de quelques centimètres supplémentaires.
Une énergie nouvelle envahit le Prince. Il se dressa de toute sa hauteur et pointa son glaive vers les Migrodis.
- Soldats ! Gagnons du temps ! Et montrons à cette vermine ce que valent les êtres inférieurs !
Pendant que les trois Gardes poursuivaient leurs efforts, les autres guerriers se regroupèrent autour du Prince. Les armures brillèrent dans la lumière des lampes, les épées se levèrent une dernière fois…
Et les deux premières lames se croisèrent.

- Y a pas à dire, le gamin est doué, lança Frid.
Olaf et Namâric progressaient discrètement dans la tour principale. Des dizaines de Migrodis infestaient le bâtiment, mais ils se concentraient dans son sommet, là où se déroulait la bataille. Les deux Paladins avançaient sans difficulté par des escaliers dérobés, semant leurs poursuivants dès qu’ils étaient repérés. Et au cours de leur ascension, ils avaient tout loisir de contempler le massacre auquel s’était livré le Prince. Alexandre n’avait pas fait les choses à moitié.
Namâric se préparait à livrer un combat sans pitié. Il allait secourir Alexandre, l’aider à supprimer les Migrodis, puis le tuer sans hésitation. Sa mission allait enfin trouver son terme. Et cette fois, rien ne retiendrait son bras.
Olaf, lui, était moins optimiste. D’après son masque, Alexandre faisait face, avec moins de vingt hommes, à une bonne cinquantaine d’adversaires. Et bien que des centaines de Migrodis incapables de combattre eussent quitté la tour pour s’abriter dans les autres parties de la citadelle, il en restait encore plusieurs dizaines, qui se regroupaient dans le bâtiment. Même si Alexandre triomphait de ses assaillants actuels, cela ne lui offrirait que quelques minutes de répit.
Comment le Prince comptait-il abattre une armée aussi puissante ?
Arrivés à la bifurcation, les deux Paladins sortirent de l’ombre et prirent l’escalier de gauche, seul moyen de rejoindre Alexandre. Ils rattrapèrent un groupe de six combattants qui montaient à l’assaut. Namâric les tua de ses dernières flèches, sans même ralentir. L’un d’eux voulut se relever. En deux coups de bec, Frid lui creva les yeux.
Ils poursuivirent leur course.

Le désespoir retombait lentement sur Alexandre.
Au début du combat, il avait cru détenir une chance de l’emporter. Ses hommes luttaient avec toute l’énergie qui leur restait, décidés à vaincre une bonne fois pour toutes. Mais cette fois, acculés devant la porte, ils avaient perdu l’avantage de la mobilité. Une mobilité qui leur avait permis, dans l’escalier, d’abattre une bonne centaine d’adversaires, et qui à présent leur faisait cruellement défaut.
Deux autres Chevaliers avaient mordu la poussière. Pire encore, un Garde noir était tombé, à moitié décapité par une hache. Alexandre ne savait pas de qui il s’agissait, mais cette perte minait ce qui lui restait de moral.
Un Garde noir, un membre de son invincible escorte, avait péri au combat. La disparition d’Axtros l’avait déjà affecté, mais il n’avait pas vu son cadavre. Désormais, à la vue du corps inerte du Garde, ses dernières convictions s’effondraient.
C’était la fin.
Trois autres Chevaliers s’abattirent. Les Gardes qui soulevaient la herse la laissèrent retomber pour secourir leurs camarades. Karen bloqua deux épées du plat de sa lame, puis faucha d’un coup de pied les genoux de ses adversaires avant de reculer sous l’assaut d’une hallebarde. Varlian para une attaque sauvage, trébucha contre un cadavre, s’effondra. Une épée ricocha contre son casque, le délogeant, puis fondit sur sa tête dénudée. Emmanuel para le coup, et Varlian transperça son agresseur. Une hache entailla la main d’Evan, qui lâcha son épée avec un cri de douleur. Le sang ruissela sur son bras. Un Garde surgit à son côté et porta un coup de taille. Le Migrodi esquiva d’un bond en arrière. Pris en étau, Alexandre céda du terrain pour se placer face à ses deux attaquants. Un troisième le chargea par la droite. Le Prince para le coup, riposta et manqua sa cible.
Les hommes d’Alexandre resserrèrent les rangs, formant un carré défensif autour de leur maître.
Peu à peu, l’ennemi prenait l’avantage.

Les premiers bruits de l’affrontement parvinrent à Namâric juste avant qu’il ne débouche sur les lieux. Devant lui, les Migrodis accablaient un ennemi encore invisible, faisant pleuvoir des coups impitoyables. Leur victoire semblait très proche.
Namâric arriva dans leur dos. Il était prêt.
Et il passa aussitôt à l’action.
Sa lame décrivit une courbe fulgurante, et trois têtes sautèrent dans une gerbe de sang. Un Migrodi se retourna et, sans marquer de surprise, plaça un coup d’estoc. Namâric le contra, son pied frappa à l’entrejambe, et l’homme se plia en deux avec un cri étouffé. L’épée du Paladin siffla à deux reprises, écarta une lame ennemie, et lacéra une gorge trop exposée. Il plongea dans les rangs de ses adversaires, toucha terre en tournoyant et tailla de tous les côtés.
Olaf entra en scène à ce moment-là. Sa hache dans une main, son sabre dans l’autre, il enfonça d’un coup de boutoir la cage thoracique du plus proche adversaire. Un autre Migrodi l’attaqua. Le Paladin para l’assaut, vint chercher le contact et cogna son casque contre le visage de son adversaire. Il se baissa pour éviter un balayage, et frappa avec puissance de ses lames affûtées. D’autres ennemis tombèrent.

Sans voir ce qui se passait, Alexandre constata que les rangs ennemis paraissaient sur le point de se rompre. Quelque chose, derrière eux, leur donnait du fil à retorde. Axtros, peut-être ?
Quoi qu’il en soit, le Prince n’allait pas laisser passer une telle chance. Son glaive se faufila sous la garde de son assaillant, et se ficha dans sa poitrine. Son coude se balança, percuta une mâchoire qui craqua sinistrement. Il dégagea son arme, glissa sur la droite, esquiva un coup de taille. Agrippant d’une main le bras de son adversaire, il plaça une violente estocade. L’acier frappa le Migrodi en pleine bouche et se couvrit de sang.

Namâric se redressa, tira son couteau tandis que son épée interceptait un sabre. La lame de son père brilla une fraction de seconde avant de se planter dans le torse du Migrodi, qui s’effondra. Le pied du Paladin décrivit un arc de cercle dévastateur qui cueillit un autre homme à la nuque. Un craquement retentit.

Les hommes d’Alexandre prenaient l’avantage. Varlian éventra un nouvel adversaire, Karen toucha la tête d’un autre, Emmanuel brisa une clavicule d’un revers imprévu. Un Garde noir succomba à un coup dans la poitrine. Alexandre élimina son meurtrier d’un coup d’estoc foudroyant.

La hache d’Olaf fendit un crâne, son sabre ouvrit une hanche. Il contra l’attaque d’une épée, et porta un coup de pied qui assomma son adversaire.

Il ne restait que quelques Migrodis, aux prises avec une horde d’adversaires déchaînés.

Alexandre plaça une botte audacieuse qui déchira le flanc de son ultime assaillant, chercha des yeux le soutien qui lui avait sauvé la vie.

Namâric élimina d’un seul coup les deux Migrodis qui lui faisaient encore face.

Les yeux du Prince se posèrent sur un homme en armure noire.

L’épée de Namâric se pointa sur le garçon qui se tenait devant lui.

KaiM
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24 juin 2006 à 15:28:52

Chapitre 56 : Terrain d’entente

Comme il convenait en de telles circonstances, un silence absolu s’établit et se prolongea quelque temps. Debout au milieu des cadavres, Prince, Gardes, Chevaliers et Paladins s’observaient sans mot dire. Toutefois, ce calme ne durerait pas.
En fait, une seule chose l’empêchait de se rompre.
L’effet de surprise.
Chacun des combattants restait ébahi devant cette situation. Chacun d’eux avait ses raisons de la trouver incroyable, inimaginable, irréelle. Chacun d’eux avait au moins un fantôme sous les yeux.
Alexandre fixait Namâric, sidéré. Il avait tué le Paladin. Il l’avait projeté à travers la fenêtre de sa chambre. Il l’avait vu disparaître, brisé par la magie, condamné par sa chute. Comment avait-il pu survivre, rejoindre Olaf, et le retrouver, lui, au beau milieu des Terres Mortes ?
Namâric détaillait le Prince, jaugeant le garçon qu’il était censé abattre, et qu’il avait enfin devant lui, après six mois de traque. Mais ses yeux s’aventuraient aussi du côté de Karen. Il l’avait transpercée six mois auparavant, il lui avait enfoncé son épée dans le ventre sans la moindre pitié. Et il la retrouvait face à lui. Elle était beaucoup plus coriace qu’il l’avait cru lors de leur première rencontre.
Karen lui rendait son regard, tout aussi stupéfaite de revoir un Paladin Noir dont la mort était tenue pour certaine. Très vite, son ahurissement fit place à la haine. Elle brûlait toujours de venger sa sœur. Et le responsable de sa mort se trouvait juste devant elle ! L’homme qui l’avait mutilée était à sa portée !
Emmanuel et les autres soldats, pour leur part, se contentaient d’une surprise compréhensible à la vue des Paladins Noirs, leurs ennemis de toujours, changés pour l’occasion en alliés providentiels.
Leurs regards vrillés l’un dans l’autre, Olaf et Varlian se contemplaient, également médusés. Le vieux Paladin ne se serait jamais attendu à revoir son ancien élève parmi les hommes du Prince Alexandre, et le Garde croyait son maître décédé depuis presque un an. Se retrouver maintenant, et dans des camps opposés, les tétanisait.
Evan, de son côté, n’y comprenait rien.
Ce fut donc lui qui rompit le silence.
- Euh, vous vous connaissez ?
Le glaive d’Alexandre se leva et croisa l’épée de Namâric.
- En effet, nous ne sommes pas totalement étrangers les uns aux autres. Cela dit, Paladins, je m’étonne de vous revoir aujourd’hui.
Un doux euphémisme. En réalité, malgré sa voix posée, il était abasourdi.
Namâric abaissa légèrement sa lame et jeta un coup d’œil à Varlian.
- J’avoue que quelques détails suffisent à me surprendre, moi aussi, déclara-t-il d’un ton tranquille qui cachait son ébahissement à la perfection.
Alexandre ne relâcha pas son attention.
- Vous êtes là pour me tuer ?
- A la base, oui, intervint Olaf. Namâric m’a convaincu de l’aider à accomplir sa mission. Mais vu les circonstances, je pense qu’il vaudrait mieux faire cause commune. Au fait, bonjour Varlian.
Le Garde voulut répondre, mais Karen le devança.
- Cause commune !
Tous se tournèrent vers elle.
- Vous voudriez que nous acceptions votre aide ?! Alors que vous êtes venus nous assassiner ? Alors que toi, Namâric, tu m’as éventrée sans un remord ? Je refuse.
Son épée bondit vers la poitrine du Paladin. Mais le glaive d’Alexandre la détourna en pleine course.
- Désolé, Karen, mais les règlements de comptes attendront. Nous ne pouvons pas repousser une telle offre. Vous, lança-t-il aux Gardes, levez la herse !
Les trois hommes se penchèrent sur la grille et reprirent leur travail.
- Il leur faudra une bonne minute, nota Alexandre. Le temps de mettre les choses au point.
Comme toujours, il reprenait le contrôle de la situation sans marquer de surprise ni se laisser aveugler, réfléchissant plus vite que n’importe lequel de ses hommes.
Il planta ses yeux marron dans ceux, rouges, de Namâric.
- Je suppose que vous avez survécu par un moyen mystérieux qui ne me regarde pas, puis qu’au lieu de déserter vous avez décidé de finir votre travail. Vous avez retrouvé ma trace et suivi ma piste jusqu’ici avec le génie qui vous caractérise. Au passage, vous avez récupéré Lord Draxor…
- Olaf, lança celui-ci. Draxor reviendra plus tard.
- … vous avez récupéré Olaf, et oublié vos différends pour vous lancer tous les deux à ma poursuite. J’imagine que si vous n’avez encore rien tenté contre moi, c’est que vous savez ce que représentent les Migrodis.
Namâric poussa un long soupir. Alexandre était là, devant lui, à portée de son épée, et il ne pouvait pas se permettre de l’attaquer. Après une si longue chasse à l’homme, c’était presque frustrant.
Mais Namâric, parfaitement formé par son maître, savait se contenir.
- Je sais qui sont ces hommes. Et je veux vous aider à les combattre.
Des bruits de pas se faisaient entendre dans l’escalier. D’autres ennemis accouraient.
Les trois Gardes avaient soulevé la herse de quelques dizaines de centimètres, assez pour qu’un homme puisse ramper au-dessous.
- Il faut y aller, dit Emmanuel, se désintéressant des Paladins.
Alexandre jeta un coup d’œil à la porte. De l’autre côté, un couloir de huit mètres conduisait à la Salle du Tigre. Passé cet angle mort, ils seraient dans le champ de tir des canons de Nolkar.
- Passez sous la grille, ordonna le Prince. Mais ne sortez pas du couloir.
Il reporta son attention sur Namâric, qu’il sentait prêt à le frapper.
- Ne l’écoutez pas ! s’écria Karen. Il n’est pas notre allié ! C’est un piège pour vous poignarder dans le dos !
Varlian parut se tirer d’une intense stupéfaction.
- Maître ! Je vous croyais mort !
- Je te croyais membre de l’Ordre, répliqua Olaf.
- Il a déserté, lâcha Namâric. Je ne te l’avais pas signalé ? Cela dit, je n’aurais jamais pensé qu’il avait rejoint les rangs de Son Altesse.
- Namâric l’a laissé partir, à Hözel, expliqua Alexandre à Varlian. J’aurais dû vous le dire, mais je ne savais pas comment.
Le Prince réalisa soudain qu’un nouveau problème allait se poser. Varlian avait quitté l’Ordre des Paladins Noirs parce qu’il croyait son maître mort. Comment allait-il réagir, maintenant qu’Olaf revenait à lui ? Quel camp allait-il choisir ?
Emmanuel se glissa sous la herse, accompagnant Evan tout aussi dépassé que lui par les événements. Les trois Chevaliers survivants avaient déjà franchi la grille, ainsi qu’un Garde. Les autres restaient groupés autour d’Alexandre.
- Je vous en prie, Altesse ! fit Karen. Ne vous laissez pas abuser.
Olaf et Varlian se fixaient toujours, incapables de trouver leurs mots. Alexandre, quant à lui, mesurait Namâric du regard.
- Refuser votre aide serait la pire erreur de ma vie, décida-t-il soudain. Je ne gagnerai pas cette bataille sans vous. Allons-y.
Karen poussa un juron, mais le Prince lui intima le silence.
Un assaillant surgit dans l’escalier. Olaf ramassa une épée et la projeta dans les jambes du Migrodi. Il s’effondra, gênant ses camarades qui le suivaient.
Les hommes qui avaient passé la herse prirent le relais des trois Gardes, leur permettant de ramper à leur tour sous la herse. Varlian et Okiel les suivirent, puis Karen toujours furieuse, ainsi qu’Olaf.
Alexandre et Namâric échangèrent un dernier regard.
- Puis-je vraiment vous faire confiance ? demanda le Prince.
- Non.
- Parfait.
En quelques mouvements souples et reptiliens, ils se coulèrent sous les pointes de la herse. Quand les Migrodis atteignirent la grande porte, la lourde grille d’acier se rabattit violemment devant eux.
La dernière manche débutait.

KaiM
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24 juin 2006 à 15:29:23

Chapitre 57 : Sous le feu des tourelles

Alexandre considéra ses alliés. Un garçon qui ne cédait pas à la terreur simplement parce qu’il était trop perdu pour avoir peur, trois soldats exténués, un lieutenant désorienté, six Gardes sur les onze de son escorte, une Elfe encore outrée, et deux Paladins qui le trahiraient sans nul doute dès la fin de cette bataille. Treize guerriers et un gamin face à un homme mieux protégé que quiconque.
Alexandre songea qu’en matière d’équipe bancale, il atteignait un sommet qu’il n’avait pas connu depuis Kridath.
Deux Gardes bloquèrent la herse en coinçant dans les glissières des épées ramassées sur les cadavres de leurs ennemis. De cette manière, Nolkar ne pourrait pas la relever et lâcher ses hommes sur eux.
Tous s’éloignèrent de la herse en décochant leurs ultimes flèches pour éloigner les Migrodis qui se pressaient de l’autre côté. Mais avant qu’ils n’atteignent l’autre extrémité du couloir, Alexandre leur fit signe d’arrêter.
- Je n’ai pas eu le temps de vous le dire, mais Nolkar dispose d’une arme redoutable. Deux engins capables de projeter des rayons d’énergie destructeurs. Dès que nous aurons pénétré dans la Salle du Tigre, ils commenceront à tirer pour nous empêcher d’atteindre le poste de contrôle. Dans ces conditions, traverser les gradins et sauter sur la passerelle centrale ne sera pas aisé.
Karen leva un sourcil.
- Vous auriez quand même pu nous en parler plus tôt. Mais rassurez-moi, Altesse : vous avez bien un plan ?
Namâric et Olaf échangèrent un regard inquiet, conscients d’avoir peut-être mis les pieds dans le pire guêpier imaginable. Emmanuel déglutit péniblement, Evan jeta un coup d’œil apeuré dans la Salle, les Gardes hochèrent sobrement la tête.
Alexandre esquissa un sourire.
- Si j’ai un plan ? Evidemment.

Nolkar avait guetté avec anxiété l’apparition des hommes d’Alexandre. A l’instant même où ils débouchaient dans la Salle du Tigre, il déchaîna ses tourelles de défense.
Alexandre bondit le premier et dévala les gradins tandis qu’une gerbe de feu explosait dans son dos. Deux Gardes noirs jaillirent à leur tour du couloir, filant dans des directions opposées. Un trait de lumière fusa vers le Prince, qui l’esquiva alors que Karen s’élançait à son tour dans les marches sous le feu de la seconde tourelle. Elle virevolta en dévalant les gradins, des décharges écarlates s’écrasant autour d’elle.
Nolkar décida d’affecter un canon au pilonnage de l’entrée et de braquer l’autre sur Alexandre. C’était lui la tête. Quand il serait tombé, les autres ne feraient pas long feu.
Le Prince plongea en avant pour échapper à un tir dévastateur, se rattrapa par une roue qu’il changea en saut périlleux arrière pour éviter une nouvelle attaque. Insaisissable, il bondit d’une rangée de bancs à l’autre sans qu’aucun rayon de l’atteigne.
A chaque seconde, une explosion d’énergie emplissait la sortie du couloir. Namâric repéra le rythme, choisit le bond moment et bondit.
Il franchit l’ouverture à l’instant où la précédente détonation retombait, et roula contre le sol pendant qu’un autre tir se fracassait dans son dos.
Olaf jeta un regard à Varlian.
- C’est le moment de me faire honneur, mon élève.
Le Garde hocha la tête.
- Je vaux largement Namâric.
Et il s’élança.
Il traversa la rafale mortelle sans la moindre difficulté et commença à courir vers le gouffre central. Les trois Gardes restants franchirent à leur tour le tir de barrage, suivis d’Olaf et d’Emmanuel. Nolkar songeait que sa tactique avait échoué lorsqu’un Chevalier, s’engageant à la suite de ses compagnons, calcula mal son élan.
Un rayon de lumière le cueillit en pleine tête, arrachant son crâne et brûlant ses épaules. Nolkar eut un petit sourire. Cela faisait toujours un de moins.
Mais dix de ses assaillants se trouvaient déjà dans la Salle. Concentrer les décharges sur la porte ne lui apporterait plus grand-chose. Il chargea donc les deux tourelles de viser les hommes qui descendaient les gradins.
De toute façon, il n’avait pas à s’inquiéter. Alexandre n’ouvrirait jamais la porte de la salle de contrôle.
C’est alors qu’un soupçon agaçant s’insinua dans l’esprit de Nolkar. Si Alexandre ne pouvait le rejoindre, pourquoi s’aventurait-il dans la Salle ? Avait-il un plan que le chef des Migrodis n’ait pas imaginé ?
Nolkar ne voulait prendre aucun risque. Il régla les canons sur leur puissance maximale. Les dégâts qu’il causeraient à la Salle du Tigre seraient certes considérables, mais de cette manière le Prince et ses hommes ne tiendraient pas longtemps.
De terribles explosions illuminèrent les murs noirs de la Salle. Une énergie colossale s’accumulait dans les tourelles avant d’éclater dans les gradins, créant un souffle si violent que les assaillants, même en esquivant les décharges, étaient projetés au sol.
Poursuivi par une salve capable de pulvériser un éléphant, Alexandre parvint à la rambarde du gradin et sauta dans le vide. Il se reçut souplement sur la plate-forme centrale, et courut vers la porte sous le feu ennemi. Un Garde toucha la passerelle derrière lui. Un autre fut touché en plein vol et disparut dans les profondeurs du puits.
Deux attaquants éliminés. N’en restaient plus que douze.
Namâric tourbillonna entre les éclairs de lumière. L’un d’eux explosa à sa droite, le projetant de l’autre côté. Il reprit le contrôle de sa trajectoire et changea de direction avant même de toucher terre, se dérobant ainsi au canon qui s’était braqué vers son point de chute supposé. Une autre rafale se fracassa devant lui. Le Paladin évita les impacts et bondit vers la plate-forme, où il esquiva de justesse une attaque vicieuse et bien calculée.
Evan était sorti de son abri avec les deux derniers Chevaliers. Sa condition physique ne lui permettait pas de franchir la distance qui le séparait de la passerelle, aussi Olaf le saisit-il sans ménagement pour le jeter sur le pont de basalte, où Namâric le réceptionna avec habilité.
- Bien, petit. Tu t’appelles ?
- Evan… balbutia-t-il, secoué.
- Joli nom. Maintenant, si tu permets…
Namâric l’empoigna et plongea sur le côté, échappant à un rayon d’une force effrayante.
Les canons abattirent encore un Garde et un Chevalier alors que Karen rejoignait la passerelle. Alexandre, de son côté, avait atteint la porte, pourchassé par les gerbes de flammes crachées par l’un des canons. Il esquiva un tir en bondissant vers les battants de métal, ricocha sur leur surface pour éviter un second éclair…
… qui se fracassa sur la porte, l’enfonçant vers l’intérieur et arrachant à moitié ses gonds. Les plaques d’acier se déformèrent sous l’impact, menaçant de céder.
Mais elles tinrent bon.
Nolkar poussa un juron. Alors c’était ça, le plan du Prince ! Le forcer à tirer sur sa propre porte afin de ménager une ouverture !
Mais dommage ! Les battants avaient supporté l’attaque. Et Nolkar ne commettrait plus cette erreur.
En constatant l’échec de sa tentative, Alexandre sentit un étau glacé se refermer sur ses entrailles. Ca n’avait pas marché. Même à leur maximum, les canons ne pouvaient démolir l’énorme masse métallique. La défaite semblait plus proche que jamais.
Tous ses hommes avaient rejoint le pont, et tentaient à présent d’esquiver les tirs impitoyables. Un morceau de la passerelle se détacha sous un éclair, un autre vola tout simplement en poussière. Le corps d’Elena fut réduit en pièces en même temps que la moitié de la plate-forme centrale. Bientôt, Alexandre et les siens n’auraient plus assez d’espace pour se dérober aux attaques.
C’est alors qu’un prodigieuse détonation souffla le Prince et le jeta dans le vide. Il se retint de justesse, à la force des bras, en agrippant le bord de la passerelle.
Okiel était le Garde noir le plus proche d’Alexandre. Voyant son maître en danger, accroché au pont, pris pour cible par les tourelles, il se précipita vers lui. Au beau milieu de son plongeon, il prit conscience que le plan du Prince avait échoué. Ils allaient tous mourir.
A moins que lui, Okiel, ne fasse quelque chose pour ses amis.
Sa main se referma sur le bras d’Alexandre au moment où les canons tiraient dans leur direction. Renforçant son élan par une nouvelle poussée des jambes, Okiel bondit à l’écart en entraînant le Prince avec lui. Les rayons éclatèrent à l’endroit précis où, une fraction de seconde auparavant, Alexandre s’était trouvé.
Okiel savait ce qui lui restait à faire. Les tourelles se pointaient vers lui pour éliminer le Prince. D’un grand geste de ses bras puissants, le Garde noir lança Alexandre à plusieurs mètres de là. Puis, d’une série de roulades, il traversa la passerelle.
Dans le chaos et les lumières, Nolkar n’avait pas pu voir Okiel éloigner le Prince. Il lui tirait toujours dessus, espérant anéantir Alexandre. Le Garde se redressa, enchaîna deux bonds sous des rafales nourries, puis s’immobilisa.
Les deux canons se braquèrent sur lui et ouvrirent le feu.
Sans se soucier des portes auquel il était adossé.
Les quatre décharges écarlates frappèrent Okiel en pleine poitrine. Un effroyable claquement retentit, son corps brûla puis vola en éclats…
… tout comme les portes.
Déjà affaiblis par le premier tir, les battants d’acier ne résistèrent pas à ceux-ci. Les plaques titanesques plièrent sous le choc et s’affaissèrent lourdement tandis qu’une pluie de métal en fusion jaillissait de leur surface.
Dans un fracas assourdissant, les portes s’abattirent dans la salle de contrôle.
Alexandre avait suivi la scène d’un regard horrifié. Ainsi, Okiel s’était sacrifié pour leur permettre d’atteindre leur but. Le Prince avait toujours su que ses Gardes n’hésiteraient pas à donner leur vie pour lui, mais en avoir la preuve lui retournait l’estomac.
Pour la première fois depuis son départ de Dümrist, la mort d’un soldat parvenait à l’émouvoir. La gorge serrée, il contempla les lambeaux de l’armure noire qui retombaient sur le sol.
Okiel les avait tous sauvés.
Mais son sacrifice serait vain si Alexandre ne profitait pas de son avantage.
- Allons-y ! hurla-t-il.
Il s’élança. Ses hommes se reprirent et, sous les ultimes rafales des tourelles de défense, pénétrèrent dans la salle de contrôle.

KaiM
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Niveau 11
24 juin 2006 à 15:30:38

Chapitre 58 : Nolkar le redoutable

Varlian peinait à ordonner ses pensées.
Olaf avait survécu. Cette nouvelle était si bouleversante qu’il ne l’avait pas encore complètement admise. Lui qui avait quitté l’Ordre suite à la mort de son maître, il découvrait que ce maître était toujours vivant. Et qu’il faisait partie des ennemis du Prince.
Namâric non plus n’avait pas péri au combat. Il paraissait même plus en forme que jamais, bien décidé à aller jusqu’au bout de sa mission. Varlian l’avait toujours admiré, tentant de se hisser à son niveau pour se montrer digne d’Olaf. En vain.
Namâric était un génie, et lui un agent ordinaire. Il n’y avait rien à faire pour changer cette situation.
Varlian savait que leur alliance ne durerait pas. Un doux euphémisme pour dire qu’elle pouvait exploser à tout moment. Tels des fantômes, Olaf et Namâric étaient revenus d’entre les morts dans le seul but d’éliminer Alexandre. Ils s’acquitteraient de cette tâche dès que les Migrodis seraient vaincus.
Et Varlian, encore perdu malgré sa vivacité d’esprit, ne parvenait pas à faire de choix.
D’un côté, son professeur bien-aimé, ressuscité par miracle, accompagné du meilleur Paladin de l’Ordre. Ses idoles de toujours.
De l’autre, le Prince Alexandre, son employeur, son instructeur, celui qui l’avait aidé à se relever après sa désertion, qui avait fait de lui un membre de la Garde noire. Un sauveur, un frère d’armes. Plus encore, un véritable ami.
Varlian ne savait quel parti il devait prendre.
Mais heureusement, l’heure de cette décision n’avait pas encore sonné.
La bataille n’était pas encore terminée.
Alexandre, Karen, Olaf, Namâric et Varlian échappèrent aux canons de défense et s’engagèrent dans un couloir sombre, suivis d’Evan, d’Emmanuel, ainsi que de Sorelial, le dernier Chevalier encore en vie, et des deux autres Gardes survivants.
Au bout des cinq mètres du corridor, ils débouchèrent dans la salle de contrôle.
C’était une pièce semi-circulaire de vingt mètres de large, aux murs d’un gris froid et métallique. Des plaques de fer couvraient le sol tandis que des escaliers aux reflets glacés menaient à une passerelle surélevée, soutenue par des colonnes d’acier. Au niveau de cette plate-forme, un sombre couloir s’ouvrait dans le mur du fond, s’enfonçant dans la colonne centrale de la citadelle.
La salle était éclairée par une lampe au pâle éclat blanchâtre, qui diffusait sa lueur sur une série de tables où s’alignaient des machines étranges : des blocs de métal reliés au mur par des câbles, dont la surface s’ornait de plaques de verre orientées vers les chaises qui leur faisaient face. Apparemment, un homme pouvait s’installer sur le siège et observer ces fenêtres. Les lignes de boutons incrustés dans les plaques qui garnissaient les bureaux devaient être des instrument de commande.
Ces appareils emplissaient la salle, au niveau du sol comme sur la passerelle. De part et d’autre de la porte du fond, deux fenêtres géantes s’ouvraient sur ce qui semblait une réplique de la Salle du Tigre. Alexandre comprit qu’il s’agissait d’écrans retransmettant ce que voyaient les deux tourelles. C’était donc ainsi que Nolkar avait pu les canarder !
La salle de contrôle restait glaciale et silencieuse. Y entrer était comme pénétrer dans un tombeau. On y éprouvait le même frisson dans l’échine, provoqué par le sentiment étouffant de ne rien avoir à faire en ce lieu, par l’impression que les murs pouvaient à tout moment se refermer sur les imprudents profanateurs…
- Impressionnant, n’est-ce pas ?
Plusieurs hommes sursautèrent. Alexandre resta calme, pointant son glaive vers la source de la voix.
Nolkar apparut sur la passerelle, émergeant de derrière un énorme pupitre de commande. Devant sa carrure d’athlète et son regard rusé, le Prince se demanda ce qu’il valait au combat.
Le chef des Migrodis avança jusqu’au sommet d’un escalier et toisa ses adversaires rassemblés quelques mètres plus bas. Il ne portait aucune arme et encore moins de cuirasse, se contentant des habits blancs de son peuple.
- Alors c’est ça, la glorieuse compagnie qui tente d’anéantir notre communauté ? Une bande de misérables qui tient à peine debout ? Rendez-vous à l’évidence, vous avez perdu.
Il désigna d’un geste large l’incroyable technologie qui bourdonnait dans la salle de contrôle.
- Ces machines me viennent tout droit de l’ancien monde. C’est un système admirable, que les chefs de ce peuple ont entretenu avec soin au cours des millénaires. Il contrôle à la fois la production d’énergie et la défense de cette salle. Nous l’avons en outre aménagé pour mieux gérer notre peuple.
Ses yeux implacables se posèrent sur Alexandre.
- Si je vous dis ça, c’est parce que je suis très fier de cette installation et que j’ai rarement l’occasion de la montrer. Considérer cette page de culture générale comme un cadeau d’adieu. Car votre heure a sonné.
Sa voix s’était faite menaçante. Le Prince ne se démonta pas.
- C’est vous qui avez perdu, Nolkar. Vous êtes seul contre dix. Et vu l’état du pont qui mène à cette salle, vos hommes ne viendront pas vous secourir de sitôt.
Nolkar eut un mince sourire.
- Admettons. Vous pouvez me vaincre, et après ? Qu’y gagnerez-vous ?
- Ce que je veux, répondit Alexandre, c’est l’arme qui a tué Livanius. Elle se trouve ici.
Le sourire du Migrodi s’élargit.
- Vous comptez anéantir mon peuple ? Je ne vous empêche pas d’essayer.
Il désigna l’immense console de contrôle.
- Cet appareil vous permettra de tuer chacun des Migrodis déjà intronisés qui vivent dans ce palais. Mais je ne pense pas que vous y parviendrez. Je suis le seul capable de mettre ce processus en route. Le fonctionnement du programme est très complexe et tout aussi sécurisé.
Alexandre haussa les épaules. Il s’y attendait.
- Je devrai donc vous forcer à agir.
- Vous imaginez que je vais trahir mon peuple ?
Karen se demandait si l’assurance du Prince provenait d’un plan diabolique soigneusement conçu, où s’il refusait tout simplement d’admettre sa défaite. Car la situation semblait tout à fait insoluble. Seul Nolkar pouvait annihiler les Migrodis, et il ne le ferait jamais, même sous la contrainte. La jeune Elfe n’entrevoyait aucune issue.
Mais quoi qu’il en soit, il n’y avait pas de temps à perdre. Les Migrodis pouvaient à tout moment traverser les restes du pont et investir la salle de contrôle. Il fallait agir vite.
Alexandre se tourna vers un de ses Gardes.
- Uriaq, empare-toi de lui.
Le guerrier hocha la tête et s’engagea dans l’escalier, son épée brandie devant lui. Nolkar se contenta de sourire.
- Il existe une autre issue à cette pièce, Altesse. Croyez-vous que je serais resté ici à vous attendre si je n’avais pas été sûr de vous battre ?
Sans s’occuper de cette menace, Uriaq s’élança.
Nolkar réagit avec une promptitude inattendue. Son bras se tendit, sa main vola vers une table à sa droite et se referma sur un manche aux reflets dorés. Une immense lame d’argent brilla sous la lampe avant de s’abattre sur Uriaq. Le Garde contra de justesse le coup d’une force titanesque, perdit l’équilibre et dégringola l’escalier.
Le cœur d’Alexandre s’arrêta.
Les énormes mains de Nolkar brandissaient fermement une hache de guerre impressionnante, dotée de deux tranchants mortellement aiguisés et d’une pointe effilée qui prolongeait son long manche. Mais plus que son aspect redoutable, c’étaient les ornements de cette arme qui avaient ébranlé Alexandre.
Des runes.
Les mêmes runes que sur le sabre et le bouclier de Kridath.
Nolkar détenait l’une de ces armes.
- Surpris ? fit le Migrodi. Je vous comprends. Livanius n’était pas au courant, il n’a donc rien pu vous dire. Sachez simplement que j’ai lancé des recherches concernant les armes que vous aviez découvertes à Kridath. Et qu’il y a deux mois, mes hommes ont retrouvé cette hache.
Alexandre et Karen échangèrent un regard entendu. Olaf et Namâric n’y comprenaient rien, mais cette histoire les mettait mal à l’aise.
Non pas parce que l’idée d’armes runiques indiquant les emplacement des yeux d’Arkos les dérangeait, mais parce qu’ils avaient observé le mouvement de Nolkar. Un mouvement plus fluide, plus rapide, plus précis que ce dont eux-mêmes s’estimaient capables. Une attaque fulgurante et implacable.
Nolkar était un expert, ça ne faisait aucun doute.
Et ce n’était pas rassurant.
Uriaq se redressa d’un bond et remonta l’escalier, bien décidé à ne pas se laisser surprendre une seconde fois.
Les runes qui ornaient les lames argentées de la hache se mirent à briller.
- Attends ! lança Alexandre.
Trop tard.
Uriaq bondit de l’escalier vers la plate-forme pour priver Nolkar de l’avantage de la hauteur. Retombant à côté du Migrodi, il esquissa une feinte avant de porter un coup de taille magistral, à la fois puissant et déroutant. Le colosse aux cheveux blancs para l’attaque du plat de sa lame, sans la moindre difficulté. D’un mouvement tournant, il se dégagea de son adversaire et frappa avec une violence inouïe.
Le Garde noir, pourtant prodigieusement rapide et doté de réflexes surhumains, n’eut même pas le temps d’amorcer une esquive. La hache de Nolkar le faucha à la base du cou, et sa tête se sépara de son corps pour retomber dix mètres plus loin.
L’échange n’avait pas duré deux secondes.
Alexandre regarda le tronc décapité d’Uriaq s’affaisser en silence. L’instant de compassion qui lui avait fait regretté la mort d’Okiel était bel et bien passé. Cette nouvelle perte ne lui inspirait aucune tristesse. Uriaq avait agi sans réfléchir et en avait payé le prix.
Nolkar se retourna vers lui. Ses yeux brillaient d’une lueur dorée, comme si un esprit le possédait. Alexandre comprit que les armes runiques conféraient à leur possesseur des capacités extraordinaires. S’il l’avait su plus tôt, il ne se serait jamais séparé du sabre !
- Très bien, lança le Prince à ses compagnons. Je suis heureux d’avoir accepté votre aide, Namâric. Nous allons devoir l’attaquer tous ensemble, et personne ne sera de trop. Allons-y.
Karen, Varlian et Emmanuel acquiescèrent puis se déployèrent. Les deux Paladins approuvèrent d’un hochement de tête. De toute façon, ils n’avaient pas le choix.
- Tu as un plan ? demanda Olaf à Namâric.
- Aucun. Ce n’est qu’au cours du combat qu’on décèle les failles de l’ennemi.
- Ce n’est pas moi qui t’ai appris ça.
- Non. Ca vient de mes propres expériences.
Ils s’écartèrent, se dirigeant chacun vers un des escaliers.
Alexandre jeta un coup d’œil à Evan.
- Ne t’en mêle pas. Tu serais tué dès la première seconde.
Terrifié par la puissance de Nolkar, le garçon ne répondit rien, tenant d’une main tremblante son épée dérisoire.
Le Prince s’avança vers le Migrodi, suivi de Sorelial et de Casta, son dernier Garde avec Varlian.
Olaf et Emmanuel gravirent les escaliers. Karen et Namâric bondirent gracieusement sur la passerelle et contournèrent des bureaux pour encercler Nolkar.
Tous se figèrent un instant.
Puis la tempête se déchaîna.
Karen attaqua la première, son épée fendant l’air en une parabole mortelle. Emmanuel chargea par l’autre côté, prenant Nolkar en étau. Le Migrodi évita la lame de l’Elfe avec une souplesse qu’on n’aurait jamais attendue de lui, puis assena un coup de pied sauvage qui percuta Karen au creux de l’estomac, l’envoyant rouler au bas de la plate-forme. Nolkar para ensuite le coup d’Emmanuel, amenant les armes contre le sol, et le frappa du coude en plein visage. Le nez du lieutenant se brisa sous l’impact. Projeté en arrière, il s’effondra sur la passerelle. Nolkar releva sa hache.
Alexandre, Casta et Varlian tombèrent sur lui au même instant. Le Migrodi dévia toutes les lames d’un ample coup circulaire, puis d’une formidable détente se projeta dans les airs. Il atterrit droit sur Karen, lui écrasant le ventre d’un terrible coup de pied qui déforma son baudrier, puis abattit sa hache.
La jeune Elfe ne dut la vie sauve qu’à une chance incroyable. Au moment où, dans un réflexe désespéré, elle levait son épée pour parer l’assaut, le glaive d’Alexandre heurta l’arme de Nolkar. Les deux lames parvirent à dévier la hache, qui fendit le sol de fer avec un bruit affreux.
Sans perdre de temps, le Prince enchaîna trois bottes foudroyantes. Le Migrodi esquiva la première, arracha son arme du sol et recula en parant les deux autres. Varlian accourut et plaça un coup d’estoc alors qu’Alexandre tentait un balayage.
Nolkar se montra plus rapide qu’eux. Tandis que sa lame interceptait celle de Varlian, son poing croisa le glaive du Prince et le frappa à la poitrine. L’amure de cuir amortit le choc, sans parvenir à l’absorber totalement. Le souffle coupé, Alexandre tomba à la renverse.
Karen sauta sur ses pieds et son épée cingla l’air dans une attaque furieuse. Nolkar dut céder du terrain pour contenir ses assauts ainsi que ceux de Varlian puis, d’un nouveau bond spectaculaire, il s’échappa pour regagner la passerelle surélevée…
… et bloqua in extremis une hache qui le visait. Se décalant d’un pas léger, il passa à un cheveu d’un sabre étincelant manié d’une poigne sûre. Olaf, qui avait sagement attendu le retour du Migrodi, plaça une nouvelle attaque qui força son adversaire à sauter en arrière et l’accula contre un pupitre.
Le sabre du Paladin plongea vers le sol avant de remonter en un coup vertical tandis que sa hache s’abattait sur l’épaule de Nolkar. Celui-ci para les deux assauts en de violents moulinets de son arme, puis riposta d’un coup furieux. Olaf s’écarta, sa hache glissa contre celle du Migrodi dans une pluie d’étincelles. Il porta un revers de son sabre, visant la tête de son ennemi. Nolkar se baissa et lança son pied en avant. Le Paladin dut reculer pour esquiver.

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 juin 2006 à 15:32:42

Chapitre 59 : Les fils de la vie

Varlian s’occupait de Casta tandis qu’Emmanuel tentait de ranimer Sorelial et qu’Olaf aidait Evan à se relever. Sans leur accorder un regard, Karen saisit Nolkar par l’épaule et le jeta devant le pupitre principal.
Des lampes minuscules clignotaient sur sa surface. L’écran affichait une liste de noms, chacun accompagné des fonctions vitales correspondants. Les vies de tous les Migrodis ne tenaient qu’aux fils de cette machine.
Et aucun dispositif de commande ne semblait intégré à l’engin. Aucun bouton, aucun clavier. Rien.
Karen donna un coup sur l’épaule de Nolkar.
- Tu as perdu. Maintenant, fais ce qu’on te dit. Anéantis tes hommes.
Ce ne marcherait jamais, elle le savait. Nolkar ne trahirait pas les Migrodis. Mais elle était prête à se raccrocher au plus infime espoir.
- Ne rêvez pas, cracha Nolkar. Vous pouvez me tuer tout de suite.
Karen jura et le frappa à la tête. Alexandre, qui examinait la hache avec intérêt, s’approcha du pupitre.
- Livanius s’estimait capable de le faire fonctionner. Donc il n’est pas indispensable que le chef des Migrodis manipule lui-même cet appareil.
Il se tourna vers Nolkar, à genoux et à bout de forces, menacé par l’épée de Karen.
- C’est d’ailleurs pour ça que vous n’avez pas fui. Vous ne vouliez pas me laisser une chance de gagner, vous comptiez me tuer avant que je n’inspecte cette machine. Il m’est donc possible de tuer vos hommes.
Il marqua un silence, fichant son regard glacial dans celui de Nolkar.
- Je vais trouver comment ça fonctionne. Je peux le faire seul mais, avec votre aide, ce sera plus rapide. Alors voilà ma proposition. Détruisez les Migrodis, et je vous laisse la vie sauve. Sinon, je vous élimine tous.
Nolkar eut un sourire.
- Livanius a mis des mois à m’enseigner le fonctionnement de cet appareil. Vous, vous n’y connaissez rien. Et dans quelques minutes, tout au plus, mes hommes seront là. Vous avez perdu.
Une flamme farouche s’alluma dans ses yeux.
- Et je ne vous laisserai pas m’utiliser, lança-t-il d’un ton dur. Vous ne tirerez rien de moi.
Sur ces mots, il tira la langue et la mordit sauvagement. Alexandre comprit en un éclair, et se rua sur lui pour l’empêcher de se suicider. Trop tard.
Les dents de Nolkar tranchèrent sa langue, qui tomba de sa bouche comme un morceau de viande flasque. Un torrent de sang bouillonna. Nolkar en avala un maximum pour tenter de s’étouffer.
- Faites-le cracher ! hurla Alexandre. Et stoppez l’hémorragie !
Il regretta soudain l’absence de Jobas puis, pendant que Varlian et Karen tentaient de maîtriser Nolkar, il s’intéressa au pupitre.
C’est alors que des cris retentirent.
Emmanuel lança un regard vers la porte d’entrée. Dans la Salle du Tigre, les Migrodis bâtissaient un pont de fortune, un ensemble grossier de planches liées par des cordes, pour remplacer celui que les canons avaient détruit. Des flèches filèrent dans la direction du lieutenant. Il s’éloigna et alla retrouver ses compagnons.
- Ca va mal ! Dans quelques minutes, il seront là !
- Essaye d’activer les tourelles ! répondit Alexandre. Nolkar en était capable, pourquoi pas nous ?
Emmanuel se dirigea vers les écrans géants et observa les commandes sans comprendre comment les régler. Olaf et Namâric le rejoignirent, mais ne lui furent pas d’un grand secours.
Alexandre se concentrait sur le pupitre qui pouvait annihiler les Migrodis. Il devait maîtriser cette engin. C’était sa seule solution. Karen et Varlian se battaient toujours pour sauver Nolkar, mais ils n’y parviendraient probablement pas. A moins que ses camarades ne parviennent à utiliser les canons, il lui fallait comprendre seul, en cinq minutes, le fonctionnement de l’appareil.
Cette machine n’avait pas de clavier, contrairement aux autres, mais il devait bien y avoir un moyen de la contrôler. Alexandre l’examina en détail et découvrit, juste au-dessous de l’écran, une surface carrée, d’une autre matière que l’acier du revêtement. Plus souple, plus rugueux.
Mû par son intuition, il y posa la main.
C’était ça. Il eut aussitôt l’impression de plonger au cœur de l’appareil, de serpenter dans ses circuits, de courir dans les câbles qui le garnissaient. Pas de commande extérieure. C’était par l’esprit qu’on pouvait diriger la machine.
Ses pensées voyageaient dans les composants de la console, cherchant un moyen d’agir. Nolkar avait supprimé Livanius en quelques secondes, la procédure était donc courte. Il suffisait de comprendre.

Les Migrodis avaient posé un pont entre la porte principale et les restes de la plate-forme centrale. Il ne leur restait plus qu’à franchir la seconde moitié de la distance.

Alexandre laissa son esprit errer dans les méandres du pupitre. Il remonta un fil, louvoya entre des batteries, longea une série de pièces minuscules et bourdonnantes.
Puis il trouva.
Au cœur de l’appareil se trouvait une boîte noire, un bloc compact de métal débordant d’énergie. Alexandre en fit plusieurs fois le tour, cherchant un moyen de s’y introduire. Il n’en vit pas.

En actionnant divers boutons, Namâric fit s’allumer des voyants sur un levier moulé à la forme d’un main. Au même instant, une croix verte apparut sur l’écran qui lui faisait face et affichait les images prises par l’un des canons.
Le Paladin songea qu’il avait peut-être marqué un point, puis tâtonna pour trouver un moyen d’en profiter. En bougeant le levier, il constata que l’image changeait. Le canon devait se déplacer. Intéressant…

Alexandre finit par trouver une ouverture dans le bloc. Minuscule. Et protégée par une grille bourdonnante. Le Prince comprit que s’il calculait mal son approche, que si la partie de son être qui s’était infiltrée dans la machine effleurait la moindre maille du grillage, son cerveau serait réduit en cendres. Il se concentra longuement et fonça. Guidé par son instinct.

Un premier Migrodi sauta au-dessus du gouffre et retomba sur les restes de la porte. Il les enjamba d’un pas vif et chargea, épée brandie.
Le sabre d’Olaf lui trancha la tête avant qu’il ne comprenne ce qui lui arrivait. Le vieux Paladin se posta devant l’ouverture, prêt à recevoir d’autres agresseurs…
… et s’écarta vivement tandis qu’une pluie de flèche fusait à travers la porte. Varlian renonça à secourir Nolkar et, laissant Karen seule avec le blessé, vint se ranger au côté de son professeur. Tous deux se postèrent de part et d’autre de la porte, attendant l’ennemi.

Alexandre frôla les maillons de si près qu’il crut sa dernière heure arrivée. Mais il parvint à franchir la grille, et pénétra dans la boîte noire.
Un spectacle hallucinant l’attendait.
Des milliers d’images défilaient devant ses yeux : des hommes, des femmes, des centaines et des centaines de Migrodis. Image du présent ou du passé, de travaux ou de batailles. Il vit des hommes se battre contre lui et tomber sous sa lame. Il en vit d’autres qui posaient leur pont devant la porte de la salle de contrôle. Ces visions se dissipèrent, remplacées par des Migrodis à la cueillette, à la chasse, aux forges. Livanius. Elena. Deux hommes qui recousaient des tuniques. Des femmes allaitant leurs enfants.
C’était ça. Les vies des Migrodis étaient à sa portée.
Alexandre essaya de ne prêter aucune attention à ces visions. Elles le détournaient de sa tâche. Il devait se concentrer sur l’essentiel. Trouver le moyen de mettre un terme à toutes ces existences.
A cette seule idée, une douleur fulgurante explosa dans sa tête. Des mesures de défense se mettaient en place pour l’empêcher d’agir. Sa vue se brouilla, des images issues de son propre passé tourbillonnèrent dans son esprit avant de se muer en visions d’horreur. Tarlaq et Vladek, couverts de sang, dardaient sur lui un regard accusateur. Dario, tenant sa tête sous son bras, le menaçait de l’index. Alice l’implorait de ne pas la tuer.
Une vague de tristesse et de désespoir submergea Alexandre, s’ajoutant à sa souffrance physique. Il avait l’impression que sa tête était sur le point d’éclater.

Namâric pressa une détente sur le levier. Un rayon d’énergie fusa de du canon qu’il contrôlait et se perdit dans le gouffre. Le Paladin eut un sourire féroce. Il avait compris. Il réorienta la tourelle et tira de nouveau. Sur les Migrodis, cette fois.
Une explosion de flammes rouges submergea les rangs ennemis. Le pont de bois s’écroula, disparaissant dans le gouffre avec une demi-douzaine d’hommes.
Namâric visa puis enfonça encore la gâchette.

Par un monumental effort de volonté, Alexandre réussit à se hisser au-delà de ses douleurs. Il reporta son attention sur les images des Migrodis, essayant de repérer l’essentiel. Le cœur de leurs vies.
Lorsqu’il y parvint, il sut qu’il avait presque gagné.
Les visions étaient reliées entre elles par des fils conducteurs, des lignes de force qui suivaient chaque Migrodi tout au long de son existence. Le fil de la vie.
Il y en avait des milliers, tendus à travers la boîte noire, sur lesquels s’enfilaient d’innombrables événements. D’autres milliers gisaient au fond du bloc, usé ou sectionnés.
Il suffisait de trancher tous ceux qui restaient.

La tourelle de Namâric sema la mort et la destruction dans les rangs ennemis. Mais les Migrodis ne renoncèrent pas. Plusieurs d’entre eux lancèrent des grappins sur le canons, et tentèrent le l’immobiliser. Namâric manœuvra pour résister.

La première tentative d’Alexandre se solda par un échec cuisant. Même en se lançant de toutes ses forces contre un des fils, il n’arriva qu’à le faire légèrement vibrer. Comment le couper ?
Il réfléchit à toute vitesse. Cette machine était guidée par l’esprit. Qu’est-ce qui, dans l’esprit, avait le pouvoir de sectionner quelque chose ? Une ironie mordante ? Peu probable.
Et la situation empirait.

A force de tirer sur leurs cordes, les Migrodis arrachèrent à moitié la tourelle de Namâric. Leurs compagnons amenèrent un second pont de fortune. Le Paladin bondit sur Emmanuel, l’écarta de son siège et activa son canon.

Alexandre désespérait de trouver une solution. Ses chances de victoire s’amenuisaient à chaque seconde. Il ne voyait vraiment pas comment trancher les fils des vies de ses ennemis. Nolkar avait raison. Il ne pouvait pas maîtriser cette machine.

Karen jeta un coup d’œil à Alexandre. Son corps était raide, son regard vide. Comme si son âme l’avait quitté.
- Altesse, ça va ?

Le Prince ne voyait aucune issue. Il volait en tous sens dans la boîte noire, ne parvenant qu’à rebondir entre les lignes de vie. Il allait certes causer quelques nausées, mais pas grand-chose de plus. Partagé entre la fureur et le désespoir, il ne pouvait plus que frapper comme un dément sur les fils qui le narguaient.
C’est alors que le miracle se fit.
Une force dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, enfouie au plus profond de lui, se réveilla soudain. Une énergie colossale vint s’accumuler dans son esprit comme si, depuis sa naissance, elle avait attendu le moment d’intervenir. Bardant son âme d’une puissance implacable, elle rayonna comme le soleil dans les pensées d’Alexandre.
Les explications de Thenetos lui revinrent en mémoire.
La marque d’un sorcier.

Les Migrodis neutralisèrent la seconde tourelle et s’engouffrèrent dans la salle de contrôle. Olaf accueillit le premier d’un coup de hache en pleine tête, Varlian en faucha deux d’un revers de sa lame. Puis il reculèrent sous la charge.

Alexandre passa à l’attaque. Sa volonté inébranlable, pareille à une lame acérée forgée pour une seule offensive, traversa en sifflant l’inviolable boîte noire. Elle déchira les visions, fendit les protections.
Trancha les lignes de vie.
Jusqu’à la dernière.
Impitoyable.
La lumière qui brillait dans les fils s’éteignit.
Tous retombèrent.

Tous les Migrodis s’effondrèrent.

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Et Ostramus qui pensait qu´Alexandre ne les vaincrait pas...

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 juin 2006 à 15:34:52

Chapitre 60 : De nouveaux ennuis

Alexandre regagna son corps, épuisé mais triomphant. Il tomba à genoux, adressa un sourire victorieux à Karen qui se penchait sur lui.
Au bas de la passerelle, Olaf et Varlian contemplaient les corps des Migrodis, étendus par dizaines devant leurs pieds. Ils avaient tous péri en même temps. Sans la moindre chance de survie.
C’était fini.
Lentement, cette pensée s’ancra dans tous les esprits. C’était fini. Les Migrodis étaient morts. Le retour d’Arkos rendu impossible. La menace qui planait sur le monde évanouie.
La bataille avait été terrible. Des dizaines d’hommes étaient tombés, avaient donné leur vie pour défendre le monde. Et leur sacrifice n’avait pas été vain.
Une secte qui avait franchi les millénaires venait de s’éteindre sous leurs yeux.
Ils avaient remporté la plus grande victoire de l’Histoire.
C’était si formidable que personne ne parvenait à trouver ses mots. Tous restaient immobiles, contemplant les cadavres étendus devant eux. Acceptant doucement l’idée de leur triomphe.
Puis Varlian donna une accolade à Emmanuel. Ce fut le signal des effusions.
En quelques secondes, la salle de contrôle devint le théâtre de congratulations passionnées. Karen serrait Alexandre dans ses bras, Olaf envoyait des bourrades sur toutes les épaules, Emmanuel passait une main dans les cheveux d’Evan, Sorelial et Casta s’étreignaient en ménageant leurs blessures respectives, Varlian, tout en félicitant le Prince, cherchait sur les machines un moyen de mettre de la musique.
Ils pouvaient se détendre. Ils venaient de sauver le monde.
Malheureusement, la joie fut de courte durée.
Peu sensible à l’ambiance, Alexandre réfléchissait à l’histoire de sa marque – d’où venait-elle ? pourquoi s’était-elle réveillée maintenant ? – quand il aperçut Nolkar, encore vivant, affalé sur une console. Il réalisa avec horreur que le chef des Migrodis ne pouvaient être tué par le pupitre de commande, et que s’il avait surmonté ses blessures, ce n’était certainement pas pour le plaisir de ramper un peu avant de mourir.
Il préparait une vengeance.
Alexandre s’élança, mais trop tard. Nolkar avait déjà soulevé une plaque de verre et enfoncé un énorme bouton rouge. Après quoi il bascula sur le côté et s’écroula.
Mort pour de bon.
Alexandre n’eut pas à s’interroger longtemps sur le but de cette dernière action. Une voix métallique s’éleva de nulle part et emplit la salle de contrôle de ses intonations effrayantes.
- Auto-destruction activée. Batteries énergétiques en charge non contrôlée. Saturation atteinte dans dix minutes. Rapport prévisionnel des conséquences : destruction de l’ensemble du sanctuaire.
Alexandre passa deux secondes à ordonner ces phrases. Quand il les comprit, il se retourna vers ses compagnons, véritablement affolé.
- Tout va exploser ! La citadelle, la forêt, tout ! Il faut fuir !
A ces mots, tous les yeux s’écarquillèrent. Evan devint livide, Emmanuel aussi. Varlian déglutit péniblement, la mâchoire d’Olaf s’affaissa.
- En dix minutes, nous ne pourrons pas quitter la forêt. Nous n’avons même pas de clé pour ouvrir la falaise. Il faut une autre solution.
Le cerveau d’Alexandre tourna à pleine vitesse.
Puis il eut une idée.
- D’après Livanius, l’énergie qui alimente les lampes et les machines de la citadelle est produite dans la colonne centrale.
Il désigna la porte du fond.
- Autrement dit, c’est là-bas que se produit la réaction qui va entraîner l’explosion du bâtiment. Si nous avons une chance d’endiguer ce mécanisme, c’est là-bas qu’elle se trouve.
Alexandre se retourna vers Karen… et constata qu’elle filait vers lui comme une flèche, terriblement paniquée. Elle franchit en un quart de seconde la distance qui les séparait. Le Prince la vit arriver sur lui, le saisir aux épaules…
Et c’est à cet instant qu’un poignard s’enfonça dans son dos.

:)

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