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Liste des sujets

La destinée du Prince Noir

chaoz
chaoz
Niveau 10
06 juin 2006 à 18:06:32

:up: pour un retour en première page et si possible bientôt une petite suite :p) :)

chris12
chris12
Niveau 9
06 juin 2006 à 20:37:58

"Belanar n’avait plus le temps de s’arrêter avant l’impact. Risquant le tout pour le tout, Olaf beugla :
- Dérapage !
Son cheval l’entendit, et pivota sur le côté en repliant ses genoux. Il se coucha presque, ses sabots raclèrent les pavés de la rue, il continua de foncer sur la charrette…
Dans un horrible crissement, et sous le regard stupéfait des paysans, Belanar et Olaf glissèrent entre les roues du véhicule, évitant de justesse d’être fauchés par la plate-forme."

lol me suis dit "et apres il va passer sous la charette genre film americain en moto" et il le fait...

"Ce qui signifie que derrière cette falaise ce trouve le cœur du massif." Se trouve

Pour frid, c´est une creature magique, le sort devrait succomber dans les terres mortes...

Je sais pas quoi rajouter, j´ai lu en 2 fois donc me rappelle plus ^^

KaiM
KaiM
Niveau 11
07 juin 2006 à 10:20:56

J´envoie la suite. Bonne lecture.

Chapitre 37 : Un sanctuaire de verdure

Les Terres Mortes, comme leur nom l’indiquait, n’abritaient nulle vie.
Bien sûr, cette certitude avait été ébranlée par la rencontre de l’araignée géante qui avait transformé le pénible voyage en un drame sanglant ; sans compter les quelques cactus qui bordaient la vallée de Sigornis. Mais malgré cela, Evan ne se serait jamais attendu à ce qu’il allait découvrir de l’autre côté des portes de pierre. Un spectacle tellement incroyable qu’il crut tout simplement rêver. Une véritable aberration qui bousculait les règles de la logique et de la raison.
Comment les montagnes de Sigornis, ces masses de roche dépeuplées et inhospitalières, nichées au beau milieu du pire désert au monde, pouvaient-elles abriter une forêt aussi luxuriante ?
Verte et profonde, elle s’étendait au milieu du massif, dans un immense cirque large de dix kilomètres. Défendue de tous côtés par des falaises hérissées d’éperons, elle étalait ses arbres, ses buissons, ses clairières et ses bosquets dans une explosion de vie et de verdure. Le soleil, s’abaissant sur l’horizon, illuminait ce stupéfiant paysage, scintillant dans les eaux qui coulaient des sommets, miroitant dans des volutes de brume qui flottaient entre les troncs et les feuilles.
Ce lieu avait quelque chose d’irréel. Malgré l’approche de l’hiver, les arbres n’avaient pas perdu la moitié de leur feuillage ; des fruits aux couleurs éclatantes perçaient encore la végétation ; une biche et son faon traversaient une clairière ; des insectes bourdonnaient au-dessus d’un tapis de fleurs blanches. Evan suivit le cours des ruisseaux. Ils descendaient de sommets qu’on aurait crus arides pour aller se mêler aux sources qui jaillissaient partout dans la forêt, formant des lacs étincelants, nimbés de brume, qui s’écoulaient en rivières vers une impressionnante falaise. Evan comprit qu’elles se déversaient ensuite dans le reste des montagnes pour donner naissance au fleuve principal.
Autour de lui, les hommes partageaient son admiration, figés devant la beauté du fabuleux spectacle. Incrédules, ils étaient montés au sommet d’une butte pour mieux contempler le paysage qui s’étendait sous leurs yeux. L’émerveillement avait clos toutes les bouches, étouffé le moindre souffle.
Evidemment, ce fut Axtros qui rompit le silence. Mais pas de la manière à laquelle on aurait pu s’attendre.
- Je ne peux pas regarder ce lieu, déclara le Zahr, une note étrange dans sa voix grave. Mais j’entends le chant de l’eau, le bruissement du vent dans les feuilles, les cris des animaux et le vol des oiseaux. Je ne comprends pas comment j’ai pu ne pas les percevoir plus tôt, mais ça n’a aucune importance. C’est magnifique.
Il se tut. Pour quelqu’un qui ne pouvait ressentir aucune émotion, il parlait avec beaucoup de tristesse, de nostalgie et d’espoir. Evan s’en rendit compte au moment où Alexandre prenait la parole.
- Bien ! Je suppose que pendant que vous regardiez le paysage, vous n’avez pas pensé à jeter un œil au nord ?
Son intervention brisa l’ambiance quasi religieuse qui s’était installée dans la troupe. Les soldats se secouèrent, se tournèrent vers la droite pour suivre son regard…
… et aperçurent la citadelle.
C’était une haute construction d’un blanc immaculé, bâtie dans un matériau indéfinissable, peut-être de la pierre ou bien des briques peintes, ou un mélange des deux, ou tout autre chose. Une immense colonne cylindrique, large de cent mètres et au moins deux fois plus haute, se dressait non loin de la bordure du cirque. Des tours blanches, de tailles inégales, se pressaient tout autour en un ensemble de tiges dardées vers le ciel. Evan distingua des fenêtres en verre qui réverbéraient l’éclat du soleil. En quelques endroits, des toits couleur saphir surmontaient des constructions plus anguleuses. Les tourelles se côtoyaient, encadrant des cours intérieures, s’ornant de ce qui ressemblait à des statues ou des gargouilles, avant de s’arrêter brusquement pour laisser la place à la forêt.
Evan se demanda soudain comment il avait pu ne pas remarquer cette bâtisse. A présent, il lui semblait impossible de la manquer en balayant des yeux le paysage.
Karen se tourna vers Alexandre.
- Vous pensez que c’est habité ?
Le Prince eut un sourire carnassier.
- J’en suis sûr. Mais plus pour longtemps.
Karen voulut répliquer, mais à cet instant Emmanuel s’approcha d’eux.
- Si des gens vivent dans le coin, comment peuvent-ils survivre ? Je ne vois pas de champs…
- Cette forêt n’a rien de naturel, répondit Alexandre. Regardez : nous sommes en automne, et les arbres conservent non seulement une partie de leurs feuilles, mais aussi leurs fruits. Ensuite, examinez ces mêmes arbres : si loin au nord, il ne devrait y avoir que des conifères couvert de mousse. Pourtant, nous voyons des chênes garnis de lierre, des oliviers, des fougères, des hêtres, des érables, et même des palmiers et des cocotiers ! Sans compter les lianes qui pendent joyeusement un peu partout. Je suis sûr que ces bois doivent abriter aussi bien des cerfs et des sangliers que des singes et des tamanoirs.
Evan observa attentivement la forêt, et dut se ranger à l’avis d’Alexandre. Non seulement aucune espèce ne dominait, mais en plus on trouvait ici des variétés de végétaux qui n’avaient rien à faire dans ces régions. C’était sidérant, et certainement pas naturel.
- Donc, poursuivit le Prince, si des hommes vivent dans cette citadelle, ils doivent pouvoir se nourrir de fruits et de viande tout au long de l’année. Tiens, un dattier ! Je ne l’avais pas vu.
- C’est complètement…
- … surréaliste, acheva Varlian.
Derrière eux, les hommes échangeaient des commentaires. Alexandre se retourna vers ses Gardes et les Chevaliers Blancs.
- Soldats ! Nous voici maintenant au véritable terme de notre voyage ! Je sais que l’objectif de cette mission est longtemps resté secret pour vous, et que vous brûlez de le connaître. A l’heure où le combat approche, je peux vous le révéler.
Il désigna la citadelle.
- Dans cette forteresse à l’écart du monde, protégée par les Terres Mortes et les montagnes de Sigornis, se cachent des êtres infâmes, des hommes dont le but ultime est de détruire ce monde : les Migrodis. Tous, vous avez entendu parler d’Arkos, le Tigre Noir, le démon qui, il y a dix mille ans, ravagea chaque contrée et massacra ses habitants. Les hommes qui vivent ici poursuivent un but horrible et terrifiant : ramener ce monstre à la vie !
Les hommes frémirent et murmurèrent. Evan vit Karen se raidir.
- Les Migrodis se tapissent ici, mais par chance ils ont des agents plus exposés, continua le Prince. Ces agents, qui oeuvrent dans le monde, disposent de clés pour rentrer dans ce sanctuaire. Ces clés, ce sont des croix comme celle que j’ai utilisée. Chacun d’eux en possède une. J’ai retrouvé la trace d’un de ces hommes, et récupéré sa clé. Maintenant, notre mission s’achève. Notre dernière tâche sera d’anéantir…
Il braqua un doigt accusateur vers la forteresse blanche :
- … chaque habitant de cette citadelle !
Des acclamations fusèrent. Les soldats brandirent leurs armes en poussant de sauvages cris de guerre, les Gardes noirs eux-mêmes se laissèrent aller à…
- Stop !
La voix de Karen avait claqué, si autoritaire que le silence s’abattit en une fraction de seconde.
- Stop ! répéta-t-elle. Ce n’est pas du tout ce que nous avions prévu. Soldats ! Vous obéissez à l’Ordre des Vzad’orû’bausns ! Et nos consignes ne sont pas de combattre les Migrodis, mais seulement de les localiser.
A son tour, elle désigna la citadelle.
- Combien d’hommes y a-t-il là-bas ? Deux cents ? Cinq cents ? Mille ? Admettez que cette bâtisse est immense ! Nous ne sommes pas de taille à les affronter. En outre, avec le vacarme qu’a fait l’ouverture de la porte, nous sommes sûrement déjà repérés.
Son regard fier et dur se posa longuement sur chacun de ses hommes.
- Nous savons où se trouve l’ennemi. Désormais, il nous faut repartir pour revenir avec des renforts.
Le silence retomba, pesant. Puis Alexandre le rompit d’une voix tranchante :
- Fuir ? C’est ça que vous proposez ? Ils s’enfuiront eux aussi, et quand nous reviendrons l’ennemi aura disparu ! Nous ne pouvons pas nous le permettre !
Evan commençait à s’inquiéter. La proposition de Karen lui semblait la plus raisonnable, mais l’obstination d’Alexandre ne présageait rien de bon quant à l’avenir de l’expédition. La situation prenait une tournure dangereuse…
- Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de mourir sans avoir averti nos supérieurs ! rétorqua Karen.
- Qui donne les ordres, ici ? s’emporta Alexandre.
- C’est en effet un point qu’on aurait dû régler avant de partir !
Une lame d’acier glissa contre le cuir de son fourreau ; le glaive d’Alexandre étincela dans le soleil, jetant ses éclats sur la brume au ras du sol. Karen dégaina à son tour, et son épée se pointa sur le cœur du Prince. Les Gardes noirs réagirent en même temps que les Vzad’orû’bausns. Les armes furent tirées et brillèrent dans les lueurs du soir. Un arc se braqua sur Okiel. La lame de Varlian se posa sur la gorge d’Emmanuel tandis que Sorelial menaçait Casta de son épée. Evan sortit son couteau de chasse et le brandit devant lui d’une main tremblante.
Tous se figèrent dans un silence absolu. L’affaire était mal engagée. Un affrontement entre la Garde noire et les Chevaliers Blancs tournerait forcément au massacre. La situation paraissait sur le point d’exploser quand une voix grave et rocailleuse s’éleva, apaisante.
- Inutile de nous battre, déclara Axtros.
Son arme reposait à ses pieds, incapable du moindre mal.
- Nous nous trouvons dans une situation de crise, et devons donc faire des compromis. Altesse, je sais quelle obéissance je vous dois, mais je ne peux vous suivre aveuglément. Enfin, si, puisque je fais tout aveuglément. Mais c’était une métaphore.
L’ambiance se détendit un peu. Quelques sourires s’esquissèrent.
- Il nous faut une solution intermédiaire. Voilà ce que je vous propose. Notre but ultime est d’anéantir les Migrodis. Comme il sera difficile de nous faire passer pour des alliés, nous devons impérativement jauger les forces adverses. Espionner. Quand nous saurons à quoi nous en tenir, nous pourrons décider si nous devons combattre maintenant où aller rassembler une véritable armée.
Il se tut un instant, laissant planer dans l’air la sagesse de ses paroles. Puis il reprit :
- Puisque l’ennemi nous a repérés, nous ne devons pas le laisser attaquer. Cette forêt est vaste. Choisissons une position défensive et installons le camp. A la tombée de la nuit, nous nous déplacerons pour aller examiner cette citadelle. Et demain matin, nous aviserons.
Les hommes réfléchirent à cette proposition, Karen hocha la tête et, finalement, Alexandre désigna une clairière en contrebas, qui bordait un lac à cinq cent mètres de la butte.
- Qu’il en soit ainsi. Nous allons nous installer là-bas pour la soirée.
Et il descendit dans la direction opposée.
- Que faites-vous ? interrogea Karen alors que les soldats baissaient leurs armes.
Alexandre se retourna, faisant onduler les volutes de brumes qui dansaient entre ses mollets.
- Je dois d’abord récupérer la clé. Et ensuite, j’aurai besoin de réfléchir. Seul. Prenez le commandement.
Karen opina et fit signe à ses hommes. Alexandre ordonna aux Gardes noirs de la suivre, puis se dirigea vers la porte de pierre. La silhouette d’Axtros, dressée au sommet de la butte, le suivit de son regard sans yeux, avant de disparaître à son tour.
Alexandre arriva devant les portes alors que la brume caressait ses genoux. Il repéra la croix d’argent, l’arracha de son emplacement.
Un effroyable grondement retentit, les parois de pierre se rapprochèrent en crissant. Alexandre remit la clé en place, et le mouvement s’inversa. Le silence revint.
« Très bien. Si je garde la croix, la porte se referme. Mais si je la laisse là, les Migrodis pourrons très bien me la voler… »
Il ne lui fallut qu’une seconde pour prendre sa décision. La croix quitta la serrure et vint se ranger dans une poche de son armure. Puis il s’éloigna, laissant les battants de roc se resserrer dans son dos avec un bruit de fin du monde.

KaiM
KaiM
Niveau 11
07 juin 2006 à 10:22:13

Chapitre 38 : Quand les choses tournent mal…

Comme tous ses camarades, Kebald sentit une pointe de glace se ficher dans son cœur lorsqu’il entendit coulisser les portes du cirque. Ainsi ils étaient piégés ! Axtros les rassura en affirmant qu’Alexandre avait dû simplement reprendre la croix, ce qui avait entraîné la fermeture des portes. Les hommes poursuivirent leur route et atteignirent bientôt la clairière.
C’était une bande herbeuse de trente mètres de large, bordée d’un côté par un lac aux eaux claires et pures, et de l’autre par une ligne d’arbres parfaitement hétéroclite : un chêne solitaire se dressait au milieu d’une armée de noyers tandis qu’un régime de bananes poussait entre deux pommiers et que des ananas brillaient au pied d’un trio de sapins. Les Gardes noirs se méfièrent des fruits, mais Karen donna l’exemple, décrochant une grappe de raisins d’une branche de vigne qui pointait d’un buisson de fougères. Une famille d’écureuils s’enfuit à l’approche des soldats qui vinrent imiter leur commandant.
Mécanique bien huilée, la troupe se mit à l’œuvre, et bientôt les tentes couvrirent le sol de la clairière tandis que des marmites se balançaient aux dessus de feux crépitants. Le camp s’installait.
Après avoir rempli les gourdes, quelques hommes profitèrent du lac pour prendre un bain. Puis cinq des Gardes noirs ôtèrent leurs armures et se joignirent à eux pendant que l’autre moitié surveillait les environs en attendant son tour.
Kebald s’éloigna dans la forêt pour satisfaire un besoin naturel. Il trouva un endroit à l’écart et, face à un arbre, soulagea sa vessie. Il bouclait son ceinturon quand un faible craquement s’éleva dans son dos.
Kebald était un solide gaillard, sa peau mate zébrée de cicatrices témoignait de son expérience du combat. Il avait connu bien des batailles et bien des dangers ; il aimait à se considérer comme un soldat loyal et sans peur. Pourtant, à cet instant, en entendant ce bruit derrière lui, il sentit sa poitrine se serrer sous l’angoisse. Quelque chose n’allait pas.
Lentement, il se retourna…

Jarsil avait toujours apprécié la nature. Enfant, déjà, il adorait se promener dans les forêts près de son village. Après la mort de ses parents, c’était devenu plus qu’un plaisir : un moyen de s’échapper, de fuit sa tristesse et son désespoir. Même son entrée dans les Vzad’orû’bausns n’avait pas effacé son goût pour les bois.
Après avoir aidé à dresser le camp, il s’était donc dirigé vers les arbres pour aller flâner sous les feuillages. Les lumières du crépuscule, les derniers chants des oiseaux, donnaient au lieu un côté magique. Jarsil avança avec légèreté dans la forêt, appréciant la chaleur d’un faible vent sur son visage, la couleur des poires suspendues au-dessus de sa tête, la forme des mûres qui poussaient dans un taillis de ronces, le grésillement des cigales devant lui, le vol agréable d’un corbeau, le brouillard qui tapissait le sol, l’éclat scintillant de l’acier qui surgit tout à coup sur sa gauche…
Jarsil mourut sans même comprendre ce qui lui arrivait.

Courir, c’était vivre, s’arrêter c’était mourir. Alors, face à l’implacable réalité de ce postulat, Kebald courait, toujours plus vite, toujours plus loin, ignorant la douleur dans sa hanche et celle dans sa poitrine, les deux se rassemblant en un horrible carillon qui lui vrillait les tympans. Les branches lui giflaient le visage, lui balafraient les joues, ses larmes mêlées à son sang se répandaient sur son visage. Et derrière lui, toujours…
Soudain il

Au milieu d’une clairière tapissée de feuilles mortes, Alexandre avait mit un genou à terre. Autour de lui, une douce brise agitait les branches des arbres, détachant à l’occasion une feuille couleur de vin qui virevoltait dans les airs avant de se poser dans la brume. Le Prince n’y prêtait aucune attention.
Il réfléchissait.
La solution d’Axtros avait évité un bain de sang, certes, mais elle ne faisait que reporter son affrontement avec Karen. Bien sûr que les Migrodis étaient nombreux. Bien sûr qu’ils n’avaient que peu de chances de les vaincre. Mais à la simple idée de différer ce combat, Alexandre sentait une terrible colère bouillonner au fond de lui.
Il anéantirait les Migrodis. Jusqu’au dernier.
Pour retrouver Molloch.
Jour et nuit, le souvenir de sa pendaison le hantait, impitoyable. Il revoyait le sourire cynique de son père, l’air morose de son peuple, la désinvolture du bœuf qui tirait le chariot. A chaque fois, il se sentait tomber, hurlait presque de terreur quand le nœud se refermait sur son cou. Et, inlassablement, revenait la scène qui avait précédé son sauvetage, cet effroyable moment où tout s’obscurcissait pour laisser la parole à une entité infiniment plus puissante que tout ce qu’on pouvait imaginer.
« Les Migrodis d’abord, moi ensuite. »
Molloch avait ruiné sa vie. Il avait guéri son père. Il lui avait dit que le Prince était l’instigateur du complot qui avait failli le tuer. Sans Molloch, Alexandre serait roi, à présent, et il aurait soustrait Dümra à l’autorité de son incapable de père. Sans Molloch, il n’aurait pas été banni et, surtout, il n’aurait pas tué Alice.
Cette scène le tourmentait elle aussi. Dès qu’il laissait son esprit vagabonder, il revenait au moment où, d’un éclair des Bracelets d’Arzhan, il avait anéanti la jeune fille. C’était lui qui avait frappé, bien sûr, mais c’était Molloch qui le lui avait ordonné. Il n’avait pas pu se dérober.
Pour ces crimes, Molloch devait payer.
Il avait promis à Alexandre de venir à sa rencontre lorsqu’il aurait abattu les Migrodis et. A présent, le Prince se trouvait juste à côté d’eux. Il lui suffisait de mener une attaque victorieuse, et il tiendrait Molloch à sa merci !
Se venger du Maître du Destin et anéantir la menace du Tigre Noir. Il pouvait faire d’une pierre deux coups. Deux coups décisifs qui le couvriraient de gloire et soulageraient son âme.
Penchant la tête dans un brouillard toujours plus épais, Alexandre baissa les yeux sur les Bracelets d’Arzhan. En temps normal, ces objets lui conféraient un formidable pouvoir. Mais dans les Terres Mortes, ce n’étaient que de simples bijoux, totalement inertes. Il ne pourrait pas compter sur eux pour affronter Molloch…
Affronter Molloch…
Impossible d’éviter ce combat ; le Maître du Destin le lui avait promis. Il mettait sa vie en jeu pour pousser Alexandre à exterminer les Migrodis. Il ne pouvait y avoir que deux explications à cela.
Soit Molloch tenait tellement à empêcher le retour d’Arkos qu’il était prêt à se sacrifier pour que quelqu’un triomphe de ses servants. Ce qui, au vu des massacres et des destructions perpétrés par le Tigre Noir dix mille ans auparavant, était compréhensible.
Soit le Maître du Destin était si sûr de sa victoire sur Alexandre qu’il ne craignait pas de l’affronter. Mais dans ce cas, pourquoi ne s’attaquait-il pas lui-même aux Migrodis ?
Une question de plus qui obscurcissait cette affaire. Alexandre la rangea dans un coin de son esprit, avec celles des armes runiques, de la crypte sous Kridath, des plans des Migrodis et de la manière dont Arkos pouvait revenir à la vie.
Depuis les questions sans réponse au sujet du Tigre Noir, Alexandre glissa vers celles qui concernaient sa naissance. Les mots du roi de Dümra résonnaient encore à ses oreilles. « Je ne suis pas ton père », avait-il dit. Le vrai Prince était mort avant l’âge de deux ans. Et quelque chose l’avait remplacé par l’Alexandre d’aujourd’hui. Un secret qu’il avait découvert au moment d’achever le roi, et qui l’avait empêché de frapper.
Alors, d’où venait-il ? Qui étaient ses parents ? Du sang zahr coulait dans ses veines, un sorcier l’avait enchanté pour renforcer ses capacités, puis lui avait fait prendre la place du Prince de Dümra. Que voulait-il obtenir ? Alexandre songea soudain que, quelle que fût l’identité de son géniteur, il s’était efforcé de lui fournir de la puissance. Puissance physique et intellectuelle, par l’enchantement, et politique, par le rang de Prince qu’il lui avait donné. Un rang qui lui avait aussi permis de bénéficier d’une formation incomparable aux sciences et aux armes, auprès du meilleur maître dont il aurait pu rêver…
Alexandre réprima un sanglot, comme à chaque fois qu’il pensait à Dario. A l’image du maître Chanteur succédèrent celles de Tarlaq et Vladek, morts par sa faute, puis de Namâric, d’Hustouk, de…
« Stop. »
Alexandre cessa de ruminer le passé. Autour de lui, le brouillard, à présent très dense, se déroulait en circonvolutions opaques qui masquaient jusqu’aux arbres de la clairière. A l’ouest, une tache rose brillait dans l’écran immaculé, tandis que se taisaient les derniers sons de la forêt.
Le Prince se tendit, un imperceptible raidissement s’empara de ses épaules tandis que sa main droite se repliait en un poing solide et que la gauche s’approchait du poignard à sa cuisse. Son esprit, tout entier axé sur le présent, se concentrait sur son environnement à un point que lui seul pouvait atteindre. Une attention infaillible, aiguisée par des années d’entraînement, saisit chacun de ses sens, à l’affût du moindre signe. Une odeur d’humus parvint à son nez, un bruit feutré à ses oreilles. Ses genoux se fléchirent, ses bras s’armèrent…
Quand la brume se déchira sur sa droite, il était prêt. Quand l’acier d’une épée fendit le brouillard pour fondre vers sa tête, il l’évita d’un souple mouvement d’épaules. Dans le même élan, il détendit les jambes, esquiva une seconde attaque en se penchant vers l’arrière, puis bondit.
L’épée siffla une troisième fois, passant au ras de son abdomen. Il mua son bond en un saut périlleux arrière, se rétablit en douceur, roula dans la brume et se releva pour faire face à son agresseur.
C’était un homme de taille moyenne, aux longs cheveux blancs comme la neige. Un tatouage noir en forme de tête de tigre ornait sa tunique couleur d’ivoire. Au centre de son visage livide dépourvu de toute expression, des yeux qui paraissaient morts fixaient le Prince sans ciller.
Un Migrodi. Ainsi ils n’avaient pas attendu pour attaquer. Il fallait avertir Karen…
L’homme s’élança de nouveau, si blanc qu’il semblait s’unir au brouillard. Alexandre se déroba à son coup d’épée, glissa sur le côté. Ses doigts s’enroulèrent autour de ses bras, et deux poignards brillèrent tout à coup dans ses mains. Rapide et silencieux comme une ombre, le Prince se jeta en avant pour porter un coup d’estoc. Une rafale de vent s’engouffra dans la clairière, une pluie de feuilles mortes virevolta dans la brume. Lorsqu’elle retombèrent, le Migrodi avait disparu.
Alexandre ne bougea pas. Il ne ressentait ni peur ni excitation, ni panique ni colère. Vide de toute émotion, il restait concentré sur la prochaine attaque et le duel qui s’ensuivrait. Pas question de dégainer son glaive : l’ennemi en profiterait pour frapper.
La lame adverse ressurgit dans son dos. Alexandre fit volte face, détourna l’épée d’un revers de sa dague droite, et abattit la gauche en une courbe fulgurante. Le Migrodi se baissa, évita son coup mortel, pivota dans le même mouvement pour lui décocher un coup de pied dans les chevilles. Alexandre s’échappa d’un bond, rajusta ses appuis, fondit sur son agresseur. L’homme esquiva l’attaque de ses poignards, riposta d’un coup cinglant qu’Alexandre intercepta entre ses lames croisées. Leurs pieds fusèrent, se rencontrèrent, et se livrèrent pendant une seconde un combat foudroyant et acharné. Le Prince parvint à glisser son pied droit derrière celui du Migrodi avant de pousser sur ses lames pour le renverser. L’homme bascula, s’écroula dans la brume et sembla s’y noyer ; puis il réapparut à trois mètres de là et porta une estocade. Alexandre se jeta en arrière, lança un de ses poignards. Pendant que son adversaire déviait d’un balayage la course de la dague, le Prince tira son glaive…
Et se retourna juste à temps pour parer l’assaut d’une lance. L’arme, longue de presque deux mètres et munie d’une pointe effilée, tournoya dans les mains d’une jeune femme avant de frapper au bassin. Alexandre bloqua la botte vicieuse, esquissa une riposte qu’il ne mena pas à terme, puis rompit d’un pas. Son assaillante devait avoir le même âge que le premier homme – soit environ trente ans –, elle portait le même genre de tenue blanche, coiffait ses cheveux de la même manière et arborait le même regard vide de sentiments. Alexandre se demanda brièvement pourquoi les Migrodis n’utilisaient pas d’armes de jet. Ils auraient pu l’abattre beaucoup plus facilement. Peut-être un rapport avec leur code de l’honneur…
L’épée de l’homme revenait à la charge, lacérant les volutes de brume. Alexandre para le coup de taille, sauta par-dessus la lance et visa la tête de la femme. Elle se pencha, évitant l’acier aussi froid que de la glace, et s’écartant pour laisser frapper son camarade. Celui-ci se fendit, propulsant son épée au-dessus du corps arqué de sa compagne. Alexandre dévia l’attaque d’un battement de son glaive tandis que son poignard fusait vers le ventre de la femme. Elle plongea en avant, effectua une gracieuse roulade et se redressa en bondissant sur le Prince. Alexandre évita la pointe de sa lance, contra un balayage de l’homme à l’épée au moment où un vent tourbillonnant soufflait sur la clairière. Les feuilles volèrent, les nappes de brouillard ondulèrent, les branches des arbres s’agitèrent. Un cliquetis d’acier retentit, une gerbe d’étincelles scintilla dans la blancheur des brumes. Une nouvelle rafale balaya l’endroit, écartant le brouillard.
Il n’y avait plus personne.
Trois secondes s’égrenèrent avant que la femme en blanc ne touche terre, accroupie, sa longue lance pointée vers le vide. Pour la première fois, elle semblait hésiter.
Puis vint un claquement de lames s’entrechoquant. La femme leva les yeux pour découvrir son compagnon engagé dans une passe aérienne avec Alexandre. Ils s’étaient laissés tomber de la cime des arbres, et croisaient le fer en pleine chute avec une adresse et une rapidité sidérantes.
Le Prince para un coup de taille, riposta de sa dague. Le Migrodi écarta les bras pour freiner sa chute, esquivant le poignard ; mais le glaive d’Alexandre remonta vers sa tête. L’homme bloqua l’attaque avec son épée, une pluie d’étincelles l’aveugla. Le pied du Prince décrivit un arc de cercle sauvage et le frappa aux reins. Le Migrodi se plia en deux.
Alexandre, d’un coup de pied, se propulsa loin de son adversaire. L’homme n’avait pas atteint le sol quand le Prince ricocha contre un arbre et, sous les yeux impuissant de la femme, fondit sur lui. Ses lames étincelèrent dans la lueur du couchant avant de se croiser dans la gorge du Migrodi.
Une traînée écarlate souilla la blancheur du brouillard.
Le femme poussa un hurlement. Toute grâce disparue, elle se rua sur Alexandre en pointant sa lance vers son cœur. Le Prince dévia la lame d’acier, s’approcha, se plaqua contre la femme et, d’un mouvement presque délicat, lui planta son glaive dans le cœur.
Elle s’effondra sans un bruit. Déjà Alexandre ne lui accordait plus aucune attention.
Il courait vers le campement.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
07 juin 2006 à 13:01:09

Salaud! En plein suspense. :(

:spoiler:

Il est pas mort Axtros, hein, dis, hein? Et Karen, non plus, hein?

fin :spoiler:

En tout cas, d´excellents chapitres encore une fois, (la description de la citadelle est très bonne. :ok: ), vivement la suite quoi. :-)

chaoz
chaoz
Niveau 10
07 juin 2006 à 15:07:52

ha là j´adore vraiment, jusque là je commençais à trouvé ça un peu monotone mais ces derniers chapitres sont vraiment trop biens :p)

les combats, les sentiments des persos, le suspens (la mort de Simplet aussi :o)) ) enfin bref là j´ai encore plus envie que d´habitude d´avoir la suite :)

chris12
chris12
Niveau 9
07 juin 2006 à 18:17:21

supers chapitres, rien d´autres à rajouter !! !

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
07 juin 2006 à 18:57:56

C´était un peu rpévisible le piège avec l´Eden ... m´enfin bon le piège est bien cécrit.

J´ai remarqué du plagiat sur un texe de ptit hobbit.

Et cela aurait été mieux de placer un chapitre avec Namâric entre pour birser l´action et donner plus de suspens.

Valavala :)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
07 juin 2006 à 19:02:52

J´aimerais bien savoir de quel texte tu parles, Ostramus...surtout que faut pas oublier que ces chaps ont été écrits y´a quand même pas mal de temps. :-)

KaiM
KaiM
Niveau 11
07 juin 2006 à 19:22:34

Non, là j´ai reprit tout un paragraphe presque à l´identique, je pensais que plus de monde le remarquerait.

Et en ce qui concerne Namâric... On ne le reverra plus pendant un certain temps.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
07 juin 2006 à 19:49:08

Et bien, il ne faut jamais souséstimer ma mémoire, ni ma capacité à déceler les failles. :-d

Le paragraphe copié/collé est le prologue de "La forêt" de ptit-hobbit. Juste quelques lignes ...

KaiM
KaiM
Niveau 11
09 juin 2006 à 12:05:16

Et c´est parti pour la suite :

Chapitre 40 : En face des Migrodis

Lorsqu’il reprit conscience, Alexandre n’ouvrit pas les yeux.
Ceci parce que le fait qu’il revienne à lui impliquait qu’il soit encore en vie. D’où il pouvait déduire qu’il n’avait pas été tué. Ce qui lui permettait de conclure qu’il ne prendrait un risque qu’en écartant les paupières.
Perdu dans le noir, il chercha sans bouger des signes capables de le renseigner sur sa situation, qu’il supposait peu glorieuse.
Il sentait tous ses membres, mais aucune douleur hormis celle de quelques bleus. Ses jambes restaient ankylosées. Derrière lui, il perçut un dossier dur. Il réalisa soudain qu’il était assis sur un fauteuil assez raide, peut-être en bois. Des anneaux de métal, fixés aux pieds et aux accoudoirs, bloquaient ses chevilles comme ses poignets. Le contact glacial d’un étrange collier qui enserrait son cou faillit le faire frissonner.
« Prisonnier, donc. »
Il se demanda fugitivement ce qu’il était advenu du reste de ses hommes. Avaient-ils été capturés comme lui, ou bien abattus sur place par des adversaires peu soucieux de s’encombrer de sous-fifres ?
Il élargit le champ de ses perceptions, cherchant à collecter un maximum d’informations. Une chaleur qu’il supposa être celle du soleil baignait sa joue droite. Une fenêtre devait donc se trouver dans cette direction. Le chant d’un oiseau lui parvenait. On était bien le jour. Mais lequel ? Lendemain, surlendemain ? Combien de temps avait-il dormi ?
Si les Migrodis l’avaient capturé, il devait se trouver dans leur citadelle. C’était au moins ça de gagné. Pour le reste, en revanche… Il avait perdu tous ses avantages : surprise, mobilité et organisation.
Il songea soudain qu’il était tombé dans un piège stupide. Il avait commis une erreur en autorisant Axtros à installer le camp. Ce qui aurait dû rester un leurre s’était transformé en une nasse indéfendable. Mais surtout, surtout, il avait sous-estimé ses adversaires. Les Migrodis étaient aussi nombreux que puissants et bien formés à l’escrime.
- Et si tu arrêtais ce jeu ? lança une voix féminine. Je sais que tu es réveillé, c’est moi qui t’y ai autorisé !
Cette voix…
La femme de l’attaque !
Alexandre sentit monter la colère. Il la réprima, inspira profondément et ouvrit les yeux.
Il se trouvait dans une pièce circulaire aux murs de pierre blanche. Sur sa droite, deux fenêtres à barreaux s’ouvraient sur la splendide forêt au cœur de la montagne. A gauche, une armoire en chêne mêlé de pin côtoyait un coffre de fer strié de rayures en or. Aucune porte n’était visible : elle devait se situer dans son dos.
Alexandre enregistra ses détails, mais se concentra principalement sur la scène qui lui faisait face. Le mur blanc s’ornait de la marque des Migrodis, une immense tête de tigre, sa gueule ouverte sur des crocs menaçants, encadrée de douze autres plus petites, le tout cerclé de pointes et parcouru d’arabesques malsaines. Retranchées derrière une table de marbre qui formait une courbe élégante, trois personnes le regardaient, installées dans des fauteuils de cuir.
A gauche se tenait un vieil homme presque chauve, dont l’air intéressé ne parvenait pas à cacher une profonde lassitude. Son visage émacié creusé de rides laissait supposer qu’il avait dépassé les quatre-vingt-dix ans. Ses yeux gris, fatigués par la vie, ne gardaient rien de la force qui avait pu brûler en eux dans sa jeunesse.
A droite était la femme, aussi belle et redoutable que la nuit précédente. Les traits fins, le visage ovale, les lèvres pâles et un teint de lait, elle n’avait rien à envier à Karen. Ses longs cheveux blancs cascadaient sur ses épaules nues tandis qu’un habit de la même couleur, marqué de la tête du Tigre, couvrait son corps mince et musclé. Ses stupéfiants yeux bleus, presque surnaturels, laissaient imaginer sa puissance magique.
Magique ? Mais la magie était impossible dans les Terres Mortes !
Alexandre mit cette question de côté et considéra l’homme qui siégeait au centre. De dix ans plus âgé que la femme, il approchait de la quarantaine. Grand, large d’épaules et pâle comme un mort, le front haut et la mâchoire carrée, il arborait un air rusé qui contrastait avec ses allures de colosse. Ses yeux gris, encadrés de mèches blanches et lisses, brillaient d’intelligence, d’ambition et de courage.
Nul n’avait bougé durant cet examen. Ils attendaient qu’Alexandre prenne la parole.
- Bonjour, nobles seigneurs.
« Ne pas commettre d’impairs avec des gens qui vous tiennent à leur merci. Surtout quand on ne dispose d’aucun moyen de pression. »
Un léger sourire étira les lèvres de l’homme au centre.
- Inutile de nous attribuer ce titre, Altesse. Notre rang est grandement inférieur au vôtre.
« Ils savent qui je suis. Par mes hommes, ou autrement ? »
- Mais je manque à tous mes devoirs, fit le Migrodi. Permettez-moi de faire les présentations : je suis Nolkar, le chef de cette communauté. Cet homme est Livanius, notre précédent guide, et à présent mon conseiller.
Le vieillard eut un imperceptible hochement de tête. Nolkar indiqua la femme d’un geste de la main.
- Et voici Elena, commandant de nos forces armées.
- Enchanté, fit Alexandre.
« Communauté ». « Forces armées. » Quelque chose le dérangeait.
Nolkar se racla la gorge.
- Bien, maintenant parlons peu mais parlons bien. Vous vous êtes introduit dans notre sanctuaire, et nous avons réagi. Vous êtes notre prisonnier. Vos hommes, ajouta-t-il comme Alexandre allait l’interrompre, ont eux aussi été capturés. Plusieurs ont péri dans l’affrontement, et nous le regrettons, comme nous regrettons nos propres pertes. Je sais ce que vous allez dire, nous aurions pu venir parlementer et vous offrir la possibilité de vous rendre. Mais Elena a choisi d’agir par surprise afin de parer à toute éventualité.
Une légère crispation déforma son visage. Visiblement, il n’approuvait pas cette décision.
- Sachez que vos hommes sont encore quarante-six. Parmi eux se trouvent trente-trois de ces soldats vêtus de blanc, plus vos dix gardes du corps, le Zahr, l’Elfe et le garçon qui vous accompagnait.
Trente-trois Chevaliers, la Garde noire au complet, Axtros et Karen encore en course. Ca aurait pu être pire.
- Ravi de l’apprendre, répondit Alexandre. Je constate avec plaisir que vous n’avez pas exécuté mes compagnons. Quand pourrais-je les voir ?
- Plus tard, répliqua le Migrodi. Je veux d’abord quelques informations que j’estime capitales. Comment nous avez-vous trouvés, pour qui travaillez-vous, et où est le reste de votre troupe ?
« Il veut savoir s’il a neutralisé l’ennemi ou si une menace pèse encore sur lui » comprit Alexandre.
- J’ai organisé cette expédition avec le soutien de l’empereur d’Affoth. Je suis au regret de vous informer qu’il sait tout de l’affaire et attendait notre rapport pour envoyer des renforts. J’ignore comment il réagira si nous ne revenons pas des Terres Mortes.
Les trois Migrodis se raidirent.
- Quant au reste de mes guerriers… J’imagine que même si je vous disais qu’il n’y en a pas, vous ne me croiriez pas.
Nolkar voulut parler, mais Elena le devança.
- Non. Mais vous feriez mieux de nous indiquer leur position. J’ai envoyé des patrouilles dans les montagnes. Lorsqu’elles débusquerons vos hommes, ce sera un carnage.
- Je vous dis qu’il n’y a personne. Mais vous pourriez peut-être lire dans mes pensées… si vos pouvoirs sont réels.
Le Prince baissa les yeux sur le collier qu’il portait au cou.
- Du dantarium… Vous bloquez les Bracelets d’Arzhan, alors que nul ne peut pratiquer la magie dans les Terres Mortes. Curieux… Mais, j’y pense soudain… (Il releva la tête.) Vous, Elena, vous avez bien recouru à des sorts d’hypnose… Et cette brume n’avait rien de naturel, n’est-ce pas ? Sans compter qu’aucun animal ne vit dans ce désert, à part dans cette forêt. Une forêt très étrange, d’ailleurs. Sans aucune organisation logique…
Pour la première fois, Livanius prit la parole :
- Faites-vous à cette idée, Altesse : le sanctuaire de Sigornis est un havre de vie d’autant plus impressionnant qu’il se trouve au milieu de terres dépeuplées. Un sorcier entraîné trouve moyen d’y utiliser sa magie. De l’eau pure y coule en abondance. Toutes les espèces se côtoient et prospèrent dans ces lieux.
- Y compris les araignées géantes ?
Livanius eut un mouvement de recul. Ce fut Nolkar qui enchaîna à sa place.
- Vous avez bien deviné, Altesse. Nos mages ont connaissance de ce qui se déroule dans les Terres Mortes. En sentant approcher votre expédition, nous avons décidé de l’intercepter.
Alexandre pesta contre lui-même. Il n’avait jamais eu l’avantage de la surprise ! Les Migrodis savaient tout depuis le début !
- Et si vous saviez que je venais, pourquoi ne pouvez-vous pas repérer les hommes qu’il me reste dans les montagnes, s’ils existent vraiment ?
- Nous pouvons sentir les êtres vivants qui arpentent le désert, expliqua Livanius, mais pas déterminer leur nombre. En outre, cette perception est perturbée dans les montagnes, qui abritent beaucoup trop de vie. C’est pourquoi vous devez absolument nous dire où se trouvent vos autres soldats.
- Et nous expliquer comment vous avez découvert le sanctuaire, ajouta Elena.
Alexandre restait tendu, sur ses gardes. Les Migrodis ne l’avaient gardé en vie que pour l’interroger. Il songea fugitivement que s’il parvenait à se libérer, il pourrait décapiter l’organisation en quelques secondes. Puis il se souvint avec quelle facilité Elena l’avait vaincu. Un sentiment d’impuissance s’abattit sur ses épaules. Il ne pourrait jamais triompher d’un tel adversaire…
- Très bien. Je vous traque depuis des mois. J’ai eu la chance de découvrir, à Yagatâr, des informations concernant la venue d’un Migrodi au temple de Kanzurg. Là-bas, j’ai appris qu’il avait vendu sa « clé » à un ancêtre de l’empereur d’Affoth. Ce dernier m’en a volontiers fait cadeau quand il a su de quoi il s’agissait. Je résume un peu, mais en gros c’est ça.
Nolkar serra les dents.
- Arcenus. Le seul des nôtres qui ait jamais trahi.
Puis il se détendit et, d’un geste désinvolte, exhiba la croix en argent.
- Heureusement, nous avons récupéré la clé.
Alexandre se força à sourire. Quelque chose clochait dans cet entretien. Il était là, menotté sur une chaise, en face des chefs de la plus terrible organisation que ce monde ait porté, et il s’expliquait sur des points de détail comme si sa venue était tout à fait naturelle. Il n’avait même pas été question de…
- La résurrection d’Arkos, dit le Prince. Les yeux des tigres. Les armes runiques. Vos plans. Mon avenir et celui de mes hommes. Voilà des sujets que j’aimerais aborder, si ça ne vous gêne pas.
Le ton abrupt parut surprendre les trois Migrodis. Alexandre eut pourtant la conviction qu’il jouaient avec lui depuis le début.
Elena se leva, un sourire glacial aux lèvres.
- Altesse, je comprends dans quel embarras vous vous trouvez. Sachez que vous trouverez réponse à vos questions. Livanius se fera un plaisir de vous expliquer tout ce qui concerne notre communauté et notre mission. Mais pour parler sereinement, il nous faut d’abord régler les détails. Combien d’hommes reste-il dans les montagnes ?
Alexandre ne voulait pas perdre son seul moyen de pression. Il choisit de se braquer.
- Avant toute chose, je veux être sûr que vous n’avez pas tué mes compagnons. Je veux les voir. Maintenant.
Un éclair fureur flamboya dans les yeux envoûtants d’Elena. Livanius resta impassible tandis que Nolkar, visiblement contrarié, se levait de sa chaise.
- Altesse, j’imagine très bien votre anxiété. D’abord, rappelez-vous bien que nous ne vous voulons aucun mal. Pour vous prouver notre bonne foi, je vais vous faire conduire à vos hommes.
Il claqua des doigts. Quatre hommes, qu’Alexandre n’avait pas pu voir depuis sa chaise, apparurent pour le détacher. Le Prince se leva docilement et se laissa conduire à la porte de la pièce, qui donnait sur un long couloir aux murs évidemment blancs.
Avant de partir, il se retourna vers Nolkar.
- Un détail m’intrigue. Vous avez parlé d’une communauté. Vous êtes…
- Cette citadelle est une ville, Altesse. Une ville secrète qui abrite plus de deux mille hommes, femmes et enfants, et qui subsiste seule depuis plus de dix mille ans. Une ville dont la population parfaite repeuplera ce monde.

KaiM
KaiM
Niveau 11
09 juin 2006 à 12:06:05

Chapitre 41 : Une agréable prison

Evan tournait en rond.
Il avait repris conscience, privé de son couteau, dans une large pièce aux murs blancs. Se levant d’un matelas confortable, il avait remarqué les soldats de l’expédition autour de lui. Certains, blessés, restaient étendus sur des lits tandis que d’autres veillaient sur eux. Evan avait salué les hommes, quitté la pièce et fait le tour des lieux.
Ils se trouvaient dans une suite composées de plusieurs dizaines de pièces, vivement éclairées par des fenêtres munies de barreaux. Parfois, une fontaine d’eau jaillissait au centre d’un petit bassin, plus loin une statue représentait un vieil homme plongé dans ses méditations. Dans les pièces intérieures, privées de fenêtres, des sphères de verre fixées au plafond diffusaient une lumière d’origine probablement magique.
Tout était blanc ici : les murs, le sol, le plafond, les meubles… jusqu’aux roses épanouies qui poussaient dans des vasques de cristal. Evan en avait presque eu le vertige. D’un balcon obstrué par des grilles, Evan avait pu admirer une nouvelle fois l’incroyable vitalité de la forêt de Sigornis.
« Qui aurait pu croire qu’un endroit pareil se cachait au milieu des Terres Mortes ? »
Déambulant dans les calmes couloirs de la suite, il avait fini par retrouver Karen dans une grande salle ovale dallée de marbre blanc. Assise à une table chargée de victuailles, elle discutait avec une partie de ses hommes et la Garde noire au grand complet. Evan avait pris place à leurs côtés, saisissant une miche de pain, du beurre et de la confiture de fraises, puis avait écouté ses compagnons en demandant parfois des détails.
Aucun homme n’avait pu s’échapper. Les Migrodis, bien trop nombreux, les avaient tous acculés. A chaque fois, la mystérieuse femme aux yeux bleus les avait endormis d’un regard. Ils s’étaient réveillés dans ces pièces étranges, confortables et garnies de nourriture, mais sans issue. Une prison dorée.
Il semblait même que les Migrodis avaient guéri leurs blessures par magie : l’épaule d’Emmanuel était comme neuve, le crâne d’Axtros ne portait aucune marque du terrible coup qu’il avait reçu. Cependant, leurs geôliers avaient dérobé leurs armes.
Certains hommes ne se trouvaient pas parmi eux. Sans nul doute, ils étaient morts. Le plus grave était qu’Alexandre faisait partie des absents.
Quand Evan s’enquit des possibilités de fuites, Karen se contenta de lui désigner une ouverture au fond de la pièce, qui donnait sur un long couloir blanc. Une énorme herse d’acier la défendait.
- Nous avons cherché pendant des heures un moyen de fuir, expliqua-t-elle. Peine perdue. Même Axtros ne voit pas comment s’en tirer.
Les Migrodis ne s’étaient pas montrés une seule fois. Les Chevaliers Blancs restaient dans l’ignorance la plus totale. Une seule certitude : ils se trouvaient dans la citadelle au cœur de la forêt.
Evan attendait donc, arpentant la grande salle sans trouver de quoi s’occuper. Axtros, parfaitement remis de sa blessure à la tête. méditait dans un coin. Varlian conversait avec Emmanuel tandis que les Gardes noirs, histoire de se donner une contenance, s’exerçaient au combat à mains nues. Karen, elle, gardait ses yeux braqués sur la sortie.
Après des heures d’attente insupportable, un bruit se fit entendre dans les profondeurs du couloir. Alexandre apparut quelques secondes plus tard, escorté par une vingtaine de soldats en armes. L’un d’eux dépassa le groupe et s’approcha de la grille.
Elle se souleva en silence devant lui sans qu’il n’ait activé le moindre mécanisme.
Karen bondit.
Telle un tigre qui pendant des heures est resté tapi dans les herbes à l’affût de sa proie, et détend enfin ses muscles prodigieux dans une explosion de violence, l’Elfe traversa la salle d’un seul et formidable élan pour se jeter sur les Migrodis.
- Pas la peine, fit Alexandre.
Elle s’arrêta net, incrédule.
Les gardes poussèrent le Prince dans la salle et refermèrent la grille avant de s’éloigner. Les Gardes noirs se pressèrent autour d’Alexandre en lui demandant des explications.
- Pourquoi m’avez-vous empêchée d’intervenir ? l’interrogea Karen.
- La citadelle est infestée de Migrodis, et nous n’en connaissons pas l’architecture. Nous n’avons donc aucune chance de nous échapper, et encore moins d’éliminer la totalité de nos ennemis. Pour information, ils sont au moins deux mille. Pas tous des combattants, c’est vrai. Mais à moins de cinquante, nous ne risquons pas de l’emporter sur eux.
Des exclamations stupéfaites fusèrent de toutes les bouches. Emmanuel jura, Varlian se caressa le menton en regardant la herse alors qu’Axtros restait impassible.
- Racontez-nous tout, dit le Zahr.
Après avoir tenté, en vain, de retirer son collier de dantarium, Alexandre entreprit de narrer sa rencontre avec les chefs des Migrodis, Nolkar, Livanius et Elena. Plus que les renseignements, ce fut l’incroyable mémoire du Prince qui impressionna Evan. Il se souvenait de chaque détail, de chaque geste de ses interlocuteurs.
- Très étrange, commenta Karen au terme du récit. Ils n’ont vraiment pas évoqué Arkos ?
- Pendant tout l’entretien, je ne pouvais pas détacher mon regard de l’énorme symbole sur le mur, répondit Alexandre. Mais eux n’ont rien dit à ce sujet. Je suppose que les explications viendront plus tard. Leur seule remarque est venue à la fin : la population de cette citadelle est vouée à « repeupler ce monde ». Les Migrodis sont peut-être dans le même genre qu’Itraïr : ils veulent balayer les « races inférieures » pour rendre sa place à un peuple qu’ils considèrent comme légitime.
- Je croyais qu’ils étaient des fidèles d’Arkos, intervint Evan.
Alexandre se tourna vers lui.
- C’est ça qui est étrange. Leur but ultime devrait être de réveiller Arkos et de le laisser faire ce que bon lui semble. Mais peut-être qu’après dix mille ans, leurs objectifs ont changé. Il nous faut en apprendre plus. Beaucoup plus. Et pas seulement sur eux.
- Par exemple ? lança Emmanuel.
Ce fut Axtros, désignant le plafond, qui lui répondit.
- Ces lampes sont manifestement magiques. La grille à l’entrée aussi. Nous devons savoir comment c’est possible. Nous devons nous renseigner sur les origines de cette forêt et de cette citadelle. Nous devons visiter cette forteresse pour prendre la mesure de la force de cette communauté. Nous devons traquer chaque faiblesse dans le but de renverser la situation. Et nous devrions éviter d’en dire trop car nous sommes probablement écoutés.
Un murmure de malaise parcourut les soldats. Karen poussa un long soupir.
- Franchement, on est mal. Nous aurions dû repartir dès notre arrivée.
Evan l’approuva d’un hochement de tête.
- Je ne crois pas, répliqua Alexandre. Certes notre situation n’est pas brillante, mais nous avons un énorme avantage. A présent, nous sommes dans la place.

« A présent, nous sommes dans la place ».
Elena passa deux doigts sur la surface de l’écran, qui redevint aussitôt une plaque de verre inerte. L’image de la prison s’éteignit et cessa d’éclairer la grande salle de contrôle. Elena recula, ses pas claquant sur le sol de métal, puis elle se retourna vers Nolkar et lui jeta un regard pénétrant.
- Evidemment, ils ne sont pas prêts à se soumettre, déclara-t-elle avec un brin d’ironie.
- On peut les comprendre. Ils ignorent encore tout de la renaissance du Tigre, et l’ignorance suscite l’inquiétude puis la rébellion. Je vais demander à Livanius de faire visiter la cité au Prince et de lui expliquer nos objectifs. S’il parvient à le convaincre, les autres suivront.
Elena retint une grimace. Elle savait très bien ce qu’Alexandre penserait de leurs plans, et ne partageait pas l’optimisme parfois béat de Nolkar. La vérité, c’est que l’Ordre se trouvait face à sa première vraie situation de crise depuis sa fondation, et que son chef ne savait pas comment la régler. En dépit de sa carrure, Nolkar était un gestionnaire, un administrateur habitué à ce que tout se déroule comme il l’avait prévu. Pas un homme d’action. Seule Elena, par son intervention rapide et efficace, avait évité que les événements ne leur échappent.
Une main sur une rampe d’acier, elle descendit l’escalier qui reliait la plate-forme supérieure au sol de la salle de contrôle.
- Très bien, lança-t-elle par-dessus son épaule. Laisse faire Livanius. Mais s’il échoue, tu devras prendre une décision.
- Et laquelle ?
Elena ficha ses yeux bleus dans ceux, gris, de son seigneur et maître.
- Les prisonniers représentent un danger. Nous n’aurons que deux options : les tuer ou les introniser. Je te laisse y réfléchir.
Et elle quitta la salle de contrôle.

:)

chaoz
chaoz
Niveau 10
09 juin 2006 à 12:53:29

rah c´est pas assez long :fou: :o))

bon bah vivement la suite alors :)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
09 juin 2006 à 12:58:25

Pas mieux. :-) Trop court. :-) La suite. :-)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
09 juin 2006 à 13:12:23

Une citadelle est par définition une ville, mais une ville fortifiée donc ta phrase de la fin du chapitre 40 perd un peu de son effet comme on s´y attendait.

La description des migrodis est intéréssante, je les imaginais plus sournois, plus habile mais ils ne semblent pas aussi térrifiant bien que très intelligent.

On devine donc facilement le cour des évênements : la forêt est une sorte d´arche qui sert à garder tous les animaux et espèces de végétaux pour repeupler le monde, etc ...

Je n´y mettrais pas ma main au feu mais je soupçone les Terres Mortes d´être en faite des terres artificiellement mortes afin d´empêcher les gens de venir et un sortillège doit empêcher la magie de fonctionner. Il faut tout de même avouer que c´est une cachette quasi-idéale.

Un écran ? Une salle de contrôle ? Des lampes qui paraissent magiques ...? Mais dis moi, cela ne ressemble-t-il pas à de l´électronique tout ça ?. .. Je ne sais trop quoi penser de tout ceci mais on peut très bien imaginer que le précédent monde avait réussi à développer ce genre de technologie et que les Migrodis ont par la suite gardé ...

Alexandre va peut être succomber à la tentation et aider les Migrodis afin de s´octroyer un royaume une fois l´"épuration" finie.

Enfin voilà, une suite qui tombe à pique dans un récit qui commençat à s´éssoufler. Les énigmes reviennent et notre envie irrépréssible de lire la suite est revenue, à mon plus grand bonheur. :)

chris12
chris12
Niveau 9
10 juin 2006 à 15:42:26

C´est bien jolie de vouloir repeupler le monde, mais c´est marrant de vouloir réessayer des milliers d´années plus tard apres un echec. Qu´es ce qui motive dans ce cas ?

chaoz
chaoz
Niveau 10
11 juin 2006 à 16:18:53

peut-on esperer une suite pour aujourd´hui ? :p) :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
12 juin 2006 à 13:06:54

Pfou... Après avoir surmonté l´épreuve de philo du bac, je fais un petit passage sur le forum, le temps de poster une suite et d´annoncer que je ne reviendrai pas avant samedi. Priorité aux priorités.

Chapitre 42 : Ai-je confiance en eux ?

A la tombée de la nuit, Evan ne parvint pas à s’endormir.
Dans un premier temps, l’étrangeté de sa situation avait obnubilé son esprit. En faisant le point sur les derniers événements, en cherchant un moyen de se tirer de ce guêpier, il avait pu mettre de côté ses plus mauvais souvenirs. Mais le soir, dans son lit, les images de l’attaque lui revinrent en mémoire. Il vit à nouveau les Migrodis jaillir des bois comme des démons pour se jeter sur eux, il entendit les cris des hommes à l’agonie, il ressentit encore une fois l’horreur et la confusion de la mêlée. Tremblant, couvert de sueur, il se tournait et se retournait dans ses draps. Non loin de lui, les Chevaliers Blancs semblaient plus calmes. Evan ne doutait pourtant pas que, s’ils parvenaient à cacher leurs émotions, ils étaient aux fonds d’eux-mêmes profondément tristes, abattus et désespérés.
Les étoiles scintillaient derrière les fenêtres barrées. Etrangement, l’air restait tiède malgré l’altitude, la saison et la latitude. Evan décida de ne pas s’en étonner : ça ne ferait après tout qu’un miracle de plus dans les monts de Sigornis.
Il replongea dans son cauchemar éveillé. Les lames étincelaient dans les lueurs du soir, les coups fendaient la brume tourbillonnantes, les hommes tombaient de part et d’autre…
Une ombre fine et délicate se dressa devant la fenêtre, s’immobilisa un instant avant de se pencher vers lui.
Les peurs d’Evan disparurent d’un seul coup.
- Karen… murmura-t-il.

Dans la grand salle, Alexandre et quelques Gardes noirs restaient assis à la table, parfaitement silencieux. En face du Prince, Axtros méditait. La lumière de la lampe suspendue au plafond semblait ne pas vouloir s’éteindre.
Ils avaient convenu de demeurer dans la pièce, toute la nuit si besoin, afin de comprendre comment les Migrodis comptaient les nourrir. Ils avaient pour cela épuisé toutes les réserves de victuailles stockées dans l’énorme garde-manger cubique aux bords arrondis qui trônait dans un creux de la salle ovale. Ainsi, leurs geôliers seraient forcés de les réapprovisionner. Et ils pourraient peut-être trouver une faille dans la prison.
Alexandre se servait machinalement une tasse de café quand Axtros releva la tête.
- Altesse, vous nous cachez des choses.
Le Prince ne montra aucun signe de trouble. Il acheva de verser le café, saisit délicatement la tasse et but une petite gorgée. Il se passa ensuite la langue sur les lèves avant de ficher son regard dans les orbites vides du Zahr.
- Vos réflexions vous ont poussé plus loin que je ne m’y attendais.
- Vu le peu d’éléments dont nous disposons, il ne m’a pas fallu longtemps pour envisager trois cent vingt-quatre scénarios de fuite et comprendre qu’ils échoueraient tous. Je me suis ensuite consacré à l’étude de vos réactions. Et, après de longues déductions, j’estime que votre obstination à vaincre les Migrodis ne peut pas avoir comme seule origine la volonté de protéger le monde. Chez quelqu’un d’aussi calme que vous, un tel énervement n’est pas normal. Vous avez une raison secrète pour mener cette guerre.
Les Gardes noirs ne prononcèrent pas un mot. Varlian se rapprocha légèrement d’Alexandre.
Le Prince hésita à parler. Axtros était le capitaine de la Garde noire. Une rupture entre le chef et son second entraînerait un schisme au sein de la troupe. Il ne fallait pas laisser planer des doutes. D’un autre côté, Axtros était un Zahr. Malgré ses mois d’entraînement et de conditionnement, il restait probablement fidèle à ses seuls et uniques intérêts. L’histoire de Molloch le pousserait peut-être à abandonner.
Pendant une seconde, Alexandre passa toutes ses options en revue. Il s’avéra que le problème se résumait à une seule question : faisait-il confiance à Axtros et à sa Garde ?
Il regarda ses hommes tour à tour, ses yeux s’attardant longuement sur chacun d’eux. Il les avait sélectionnés, recrutés, formés. Ils l’avaient protégé, ils avaient pris tous les risques pour lui. Ils étaient braves, loyaux. Et intelligents.
- Très bien, dit finalement Alexandre. Je sais que cette histoire va vous paraître incroyable, mais…

- … et c’est pourquoi je conduis la lutte contre les Migrodis avec une ardeur qui a fini par vous sembler étrange.
Un lourd silence tomba sur la table. Les Gardes conservaient un regard fixe tandis qu’ils résumaient dans leur tête les propos d’Alexandre. Le Prince ne leur avait rien caché. Ni l’existence de Molloch, ni les marchés qu’il avait passés avec lui, ni le mystère de ses origines. Rien. A présent, il attendait leur verdict.
Ce fut Varlian qui bougea le premier. Avec un hochement de tête significatif, il leva sa main droite et la dressa ver sa tempe en un garde-à-vous ertussien. Le premier qu’il avait appris.
- Altesse, je vous suivrai quoi qu’il arrive. Ma détermination ne peut être que renforcée par votre honnêteté.
Les autres Gardes approuvèrent à leur tour, et Alexandre sentit un poids s’envoler de ses épaules.
Seul Axtros demeura silencieux.

Plus tard dans la nuit, Alexandre réalisa que ses Gardes, censés restés debout, s’endormaient les uns après les autres. Varlian, affalé sur la table, les yeux clos, respirait régulièrement. Jusqu’à Axtros dont la tête s’était abaissée en avant, dans le sommeil caractéristique des Zahr.
Alexandre se leva de sa chaise. La nuit était calme. S’approchant d’une fenêtre, il contempla longuement la forêt endormie. Dire qu’il allait détruire un aussi bel endroit…
Ses paupières se faisaient lourdes, ses yeux le picotaient. Il se frotta le visage, essayant de lutter contre le sommeil. Il revint vers la table pour reprendre du café…
Il s’écroula de fatigue avant d’avoir traversé la pièce.

En se réveillant le lendemain matin, Alexandre et ses Gardes découvrirent avec frustration un petit déjeuner copieux sur la table. Le Prince nota la présence de pain, étrange dans des montagnes dépourvues de champs pour cultiver le blé. Varlian ouvrit le garde-manger pour découvrir qu’il s’était rempli pendant la nuit.
Par un moyen ou un autre, les Migrodis s’étaient montrés plus malins qu’eux.
Emmanuel arriva quelques minutes plus tard en se frottant les yeux, suivi de Karen et de trois Chevaliers. Evan les rejoignit au bout d’une autre minute, accompagné de Jilar, le soldat qui avait perdu un bras dans le combat contre l’araignée géante. On résuma les faits.
- Bref, conclut Karen, nous sommes coincés.
- En effet, confirma Alexandre. Il nous faut…
Il s’interrompit et se tourna vers la porte. Suivant son regard, ses compagnons découvrirent une troupe de gardes lourdement armés, qui escortaient un vieil homme au visage couvert de rides, s’appuyant sur une canne sculptée au pommeau en ivoire. Alexandre se souvenait de lui : Livanius, le conseiller de Nolkar.
La herse se souleva à son approche. Les gardes bandèrent leurs arcs et les pointèrent sur les prisonniers.
- Bonjour, Altesse, dit Livanius en s’inclinant – très légèrement, pour ménager son dos. Si vous avez achevé votre repas, je vous invite à me suivre pour une visite de la cité.
Alexandre avala la dernière bouchée d’un croissant aux amandes.
- Bien entendu. Je vous suis.
Il se leva. Dix flèches se braquèrent sur lui.
- Ne vous inquiétez pas, lança Livanius à ses hommes. Il ne me fera aucun mal, n’est-ce pas ?
Alexandre opina. Sous les regards d’une bonne partie de ses soldats, il franchit la porte de la suite. La grille se referma dans son dos, et le groupe se mit en route vers la sortie.
- Eh bien, fit Evan, espérons qu’il en apprendra plus sur nos adversaires.
Un murmure d’approbation suivit ces paroles. Karen ne s’y joignit pas. Elle observait les Gardes noirs.
Ils paraissaient étrangement perturbés.

KaiM
KaiM
Niveau 11
12 juin 2006 à 13:08:37

Chapitre 43 : Visite guidée, leçon d’histoire

Marchant lentement et s’aidant de sa canne, Livanius guida Alexandre dans un labyrinthe de couloirs et d’escaliers dont je vous laisse deviner la couleur. Le Prince mémorisait avec méthode l’architecture de la citadelle tout en surveillant les gardes dans son dos pour tenter de déceler leurs faiblesses. Ils finirent par déboucher sur un large balcon qui surplombait une bonne partie de la forteresse. Alexandre considéra une nouvelle fois les dizaines de tours blanches qui jaillissaient de la forêt, s’agglutinant tout autour de l’immense colonne centrale.
- Comment avez-vous pu construire ça ? demanda le Prince en essayant de cacher son admiration.
Livanius eut un petit sourire, ses yeux plongèrent dans le vague et il répondit d’une voix curieusement émue :
- Nous n’avons rien construit. Cette citadelle date de l’époque qui a précédé l’Âge de Mort. Elle fait partie des rares et inestimables reliques de l’ancien monde, tout comme la forêt. Nous n’avons fait que nous y installer.
- Un sanctuaire, un concentré de vie caché au milieu de nulle part… Qui a pu bâtir ça ? et pourquoi ?
Livanius haussa très légèrement les épaules.
- Nous ne le saurons jamais. Les hommes de l’ancien monde avaient sans doute des motivations que nous ne pourrions même pas comprendre. Dans tous les cas, cette ville est le lieu idéal pour abriter notre communauté. Abrité, isolé, caché au milieu d’une forêt aux ressources abondantes…
Alexandre leva un sourcil.
- Vous parlez beaucoup de cette « communauté ». Mais pour l’instant, en dehors de vos hommes d’armes, je n’ai pas vu grand-monde ici…
Il désigna les tours blanches, leurs balcons vides, leurs cours intérieures verdoyantes mais désertes, leurs terrasses à l’abandon, leurs statues immobiles, et l’énorme cylindre immaculé au milieu.
- C’est mort.
Livanius tendit un bras vers la porte.
- Je comprends votre scepticisme. Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre…
Juste avant de partir, Alexandre mit enfin le doigt sur le détail qui le perturbait. Livanius avait parlé des « rares et inestimables reliques de l’ancien monde », comme s’il regrettait les destructions du passé. Pourtant, il servait Arkos, et c’était le Tigre Noir qui avait dévasté les royaumes de jadis…

Ils parcoururent une nouvelle série de couloirs dont tous les murs arboraient la couleur réglementaire, jusqu’à une porte donnant sur un balcon intérieur.
- Entrez, dit Livanius.
Alexandre franchit l’ouverture et se retrouva sur une plate-forme qui surplombait une grande salle au sol dallé couvert de dizaines de petits bureaux. Assis sur des chaises de bois blanc renforcées de métal, des enfants d’environ six ans, vêtus évidemment de blanc, s’appliquaient sur des dessins pour une fois très colorés. Un professeur passait entre les rangs, donnant des conseils à ses élèves, félicitant ceux qui réalisaient les plus beaux travaux, encourageant ceux qui peinaient sur leurs feuilles. Alexandre vit une petite fille blonde, un pinceau noir à la main, dessiner une chose qui devait figurer une forêt. Plus loin, une autre marquait sa préférence pour l’art abstrait tandis qu’un garçon brun et solide, à côté d’elle, avait définitivement basculé dans le néo-bordélisme tertiaire. Le professeur les réprimanda.
- Nos enfants reçoivent une éducation variée dès l’âge de quatre ans., commenta Livanius. Ceci est une classe de troisième année. En quatrième, nous leur enseignons la lecture.
- Il n’y a que des humains ici ? s’enquit Alexandre.
Livanius parut presque surpris de cette question.
- Bien sûr ! Une communauté multi-raciale ne saurait être viable !
Dans la salle de classe, un garçon les aperçut.
- Monsieur, monsieur ! appela-t-il. (Le professeur se tourna vers lui.) C’est qui les gens là-haut ? Pourquoi le monsieur il a des traits sur la tête ? Pourquoi l’autre il a pas des habits blancs ?
Livanius sourit tendrement.
- C’est mignon les enfants. Ca pose pleine de questions.
Il fit un signe au professeur qui attira l’attention de ses élèves pour leur donner des explications sur la présence d’un étranger dans la citadelle. Alexandre et Livanius en profitèrent pour s’esquiver, toujours suivi des gardes.
- Dites-moi, lança le Prince en traversant un couloir. Comment se fait-il que nous ayons pu manger du pain ce matin ? Je n’ai vu aucun champ de blé…
Livanius ne quitta pas son sourire.
- Il vaut mieux que je vous montre tout.
Il se dirigea vers un nouvel escalier et descendit vers le sol pour atteindre un entrepôt muni d’une gigantesque porte qui s’ouvrait sur la forêt. Des Migrodis étaient à l’œuvre, certains s’équipant de matériel de chasse, d’autres sortant avec de grands paniers tandis qu’un bon nombre revenait à la cité en portant des sacs pleins à ras bords de fruits et de baies.
- C’est ainsi que nous nous ravitaillons, commenta Livanius. La forêt est très vivante ; les fruits repoussent en une nuit et le gibier pullule.
- Et pour le blé ?
- Il pousse à l’état sauvage, par bouquets. Il nous suffit de les cueillir.
- C’est n’importe quoi !
- Pour vous, sûrement. Vous venez d’un monde où la logique est reine. Apprenez que le sanctuaire de Sigornis obéit à ses propres règles.
Un Migrodi muni d’une serpe aperçut le groupe de visiteurs.
- Maître Livanius, salua-t-il en s’inclinant. C’est le prisonnier ?
- Oui, répondit le vieil homme.
Le cueilleur se détourna. Alexandre avait toutefois pu noter ses yeux vides de sentiments, pareils à ceux des soldats. Il y avait quelque chose d’anormal chez les Migrodis. Cette absence d’émotion, ces cheveux toujours blancs…
Blancs ?
Mais les enfants de l’école ? Il y avait des blonds, des bruns, des roux ! Quelque chose clochait. Alexandre garda cependant cette réflexion pour lui.
Ils employèrent de longues heures à sillonner la forteresse. Ils visitaient chaque pièce, Alexandre enregistrant un maximum de détails tandis que Livanius lui donnait des explications à profusion. Ils virent la maternité, où des nouveaux-nés dormaient dans des berceaux ou tétaient le sein de leur mère ; les forges, où cinquante ouvriers s’employaient à forger armes et outils ; les cuisines, où près d’une centaine d’hommes transformaient les produits des récoltes en une collections de mets alléchants. Plus loin, ils traversèrent des ateliers divers. Celui de menuiserie était particulièrement petit tandis que la blanchisserie avait des proportions étonnantes. Dans une salle rectangulaire, des dizaines de femmes étaient penchées sur des métiers à tisser ; d’autres cousaient des vêtements ou découpaient des draps. Alexandre ne chercha même pas à savoir d’où provenaient la laine et le coton. Tout ça commençait à le dépasser.
Les Migrodis formaient une communauté remarquablement bien organisée. Chacun avait sa place, sa fonction. Pour un peuple qui se cachait depuis dix mille ans, ça n’avait cependant rien d’étonnant.
Ils arrivèrent finalement dans la pièce qui intéressait le plus Alexandre : la salle d’entraînement des forces armées. Perchés sur un balcon, Alexandre et Livanius regardèrent longuement les hommes et les femmes qui s’exerçaient aux armes sur un sol de pierre rugueuse et irrégulière. Les lames virevoltaient dans un tourbillon scintillant, démontrant les formidables capacités des combattants. Au centre, dans une symphonie de cris et de claquements, la troublante Elena faisait face à trois adversaires aux épées étincelantes.
Deux des assaillants frappèrent de taille. Elle para la première attaque tout en esquivant la seconde puis, bondissant à deux mètres du sol, elle décocha deux redoutables coups de pieds qui percutèrent ses adversaires sous le torse et les envoyèrent rouler contre terre. Elena retomba en face du dernier Migrodi, qui se fendit avec adresse et puissance. Elle se montra plus rapide que lui, déviant son estocade d’un revers de sa lame avant de lui porter une manchette à la gorge qu’elle doubla d’un coup de genou dans la hanche. L’homme s’écroula. L’un des deux autres se releva et chargea par-derrière. Elena contra son assaut d’un moulinet gracieux, puis le repoussa d’une impitoyable rafale de coups avant de le désarmer d’un mouvement vicieux du poignet.
- Très impressionnante, dit Alexandre.
Elena se tourna vers le balcon et lui lança un regard glacé.
- Et dangereuse… murmura-t-il.
Tout en parlant, il évaluait les capacités au combat de ses futurs adversaires. Ils étaient bien deux cents à s’entraîner dans la salle, maniant des armes de toutes sortes, faisant montre d’une technique et d’un talent redoutable. Les vaincre ne serait pas aisé.
Alexandre détourna les yeux et s’adressa à Livanius.
- Je ne vois aucune arme de jet. Pouvez-vous me l’expliquer ?
Le vieil homme hocha la tête.
- Certainement. Notre philosophie privilégie le contact. Frapper à distance est un acte d’une lâcheté intolérable.
- J’en prends note.
Ils quittèrent les lieux.
Livanius conduisit Alexandre à travers d’autres couloirs, gravit un escalier avec peine et s’immobilisa devant une porte de bois frappée du symbole des Migrodis.
- Gardes, restez ici. Altesse, je vous prie de me suivre.

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