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Guilty Claims

xbq_
xbq_
Niveau 9
12 décembre 2005 à 18:45:55

Bonne lecture (si vous le pouvez, comme d´hab^^)

___

Christopher reposa le dossier, et s’enfonça dans le canapé. Son regard se porta sur l’angle nord-est du plafond, à partir duquel une tache d’humidité se répandait, cadeau de l’étage supérieur.

Si des points noirs subsistaient, l’accusation restait tout de même défendable. Cependant, avec le nouvel éclairage apporté par Mandy, il fallait tout remettre en question.

La jeune femme, d’origine australienne, n’avait fini par s’établir à Boston que trois semaines auparavant, mais il lui arrivait de s’y attarder quelques jours, chez son oncle, pendant les années précédentes. Au cours de l’une de ces occasions, dans l’après-midi du 23 octobre 2002, elle avait croisé la route de Nathan Linnerson, dans le bar duquel il avait plus tard prétendu ne pas être parti. Ils n’avaient échangé que quelques mots courtois, mais elle s’en souvenait très bien, parce qu’au matin du surlendemain, dans l’avion qui la transportait par-delà l’océan, sa photo s’étalait dans tous les journaux, sous le gros titre « Les enfants d’un basketteur assassinés dans sa propre demeure ». Pas moyen de l’ébranler : c’était bien l’homme qu’elle avait entrevu.

Le dossier, en équilibre précaire sur le coin de la table basse, finit par tomber et s’éparpiller sur le sol, ainsi que le lui dictait la gravité. Le journaliste se baissa et ramassa machinalement les feuillets.

De retour chez elle, Mandy avait fini par oublier cet interlude. Mais deux semaines plus tôt, en repassant devant l’établissement en question, elle s’était interrogée sur l’issue des investigations. Elle décrivit cela non pas comme de la curiosité, mais plutôt comme un mouvement de compassion pour cet homme qui se s’enivrait tandis que, de l’autre côté de la ville, on lui arrachait sa progéniture.

En se basant sur un vieil exemplaire d’un journal spécialisé de Boston, elle avait appris le déroulement de l’enquête. D’abord sceptique, elle se remit elle-même en doute, supposant que le personnage qu’elle croyait avoir reconnu ne faisait que ressembler à Nathan. Mais, ayant pris connaissance de la version des faits de l’accusé, son hésitation s’envola pour de bon.

Malgré l’appréhension que lui inspirait tout contact avec les tribunaux, son sens civique (et, compléta-t-il ultérieurement, la perspective de se ménager une prime en récompense de son témoignage) avait fini par prendre le dessus. Mais Samuel Palmer avait contré son désir d’honnêteté d’une manière fort expéditive : il avait tout bonnement refusé de la recevoir, pour une raison qu’il allait falloir éclaircir. D’abord étonnée, Mandy avait laissé passer une semaine, dans l’attente d’une explication, mais en vain. Ensuite seulement, elle s’était résolue à se tourner vers la presse, et par conséquent vers lui-même.

Chris se releva, gagna la deuxième (et dernière) pièce de son appartement, dans l’intention d’appeler la pizzeria du quartier. Une fois son repas commandé, il se replongea
dans sa réflexion.

La condamnation de Nathan résultait d’une mauvaise stratégie légale et du témoignage de son épouse. Si l’on tenait son innocence pour acquise, il convenait d’analyser les faits qui la contredisaient.

En premier lieu, malgré son hésitation de bon aloi, Deborah ne pouvait ignorer qu’en liant les physiques de son mari et du tueur, elle lui causerait du tort. De l’autre côté du miroir, elle pouvait aussi bien piéger le basketteur dans un but qu’il faudrait déterminer. Beaucoup de travail…

Ce qui l’intriguait le plus, c’était l’attitude de l’avocat. Pourquoi refouler sans même l’écouter une personne qui se propose de l’aider ? Pourquoi ne pas s’en tenir à la version de son client ?

Avant de pousser ses déductions plus avant, il se résolut à rendre une nouvelle visite au coupable présumé. Il souhaitait ainsi le jauger, de peur de trop s’enthousiasmer devant un mirage.

___

Et voilà. On m´a fait remarquer que je postais limite pas assez à la fois, qu´est-ce que vous en pensez ? Ce serait mieux deux parties, avec le même rythme de postage ?

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 décembre 2005 à 17:52:15

Pour moi, longueur et fréquence me vont ^^ Je poste le début des remarques, je l´ai pas encore fini.

"Christopher reposa le dossier, et s’enfonça dans le canapé."
Virgule un peu inutile nan ?

"à partir duquel une tache d’humidité se répandait"
Ca manque de précision je trouve : ça se répand là tout de suite, ou depuis des mois ? Et puis la construction est bof, ainsi que le "nord-est" que j´avais eu la flemme de relever.

"Si des points noirs subsistaient"
C´est parce que l´enquête n´est encore qu´à son adolescence :) Bah, des zones d´ombre c´est cool aussi nan ? Ou toute autre expression moins... boutonneuse.

"l’accusation restait tout de même défendable. Cependant, avec le nouvel éclairage apporté par Mandy, il fallait tout remettre en question."
Bon, je pointille (quel beau mot), mais je sais que tu aimes ça ;) Deux fois "tout" en peu de temps.

"La jeune femme, d’origine australienne, n’avait fini par s’établir à Boston que trois semaines auparavant, mais il lui arrivait de s’y attarder quelques jours, chez son oncle, pendant les années précédentes."
Je pense que "mais il lui était arrivé" serait plus correct pour la correspondance des temps. Et le "pendant" est bof aussi.

"dans l’avion qui la transportait par-delà l’océan, sa photo s’étalait..."
C´est très compréhensible, mais tu passe de "la" qui désigne la damoiselle à "sa" qui se réfère à Nathan (Ou alors j´ai vraiment rien piGé).
"« Les enfants d’un basketteur assassinés dans sa propre demeure »"
Mais, si c´est Nathan le basketteur, c´est pas un peu étrange comme titre ? Si sa photo est passée à la télé, c´est qu´il était déjà reconnu coupable par la presse, donc le titre aurait été plus explicite nan ?

"finit par tomber et s’éparpiller sur le sol"
J´aurais soit mis "finit par tomber et s´éparpilla" soit "finit par tomber, pour s´éparpiller", bref quelque chose d´autre.

"Le journaliste se baissa et ramassa machinalement les feuillets."
Si je ne l´avais pas mis pour ma précédente remarque, j´aurais le "pour" ici, puisqu´il se baisse pour ramasser.

"De retour chez elle, Mandy avait fini par oublier cet interlude."
C´est un tout ptit peu contradictoire avec ce que tu as dis précédement, même si ça passe.

"cet homme qui se s’enivrait"
Mmh vàlà vàlà...

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
14 décembre 2005 à 18:02:39

Lu. Pour moi c´est toujours tout bon, et puis de toute façon quand Grhyll est passée, il ne reste pas grand´chose à dire^^

:)

:fou:

ptit_hobbit
ptit_hobbit
Niveau 8
14 décembre 2005 à 18:10:34

Voila exactement, j´accroche toujours autant, et puis en plus rien ne m´a choqué cette fois. Quoique choqué est un bien grand mot pour de si petites erreurs.

xbq_
xbq_
Niveau 9
14 décembre 2005 à 19:00:52

Je vais être un peu en retard, je dois aller faire de la figuration pour un truc qui concernera le service militaire (putain de saloperie de Suisse...). J´vous ai pas oublié, je posterai en rentrant :/

A tout à l´heure, et merci pour vos critiques et commentaires.

xbq_
xbq_
Niveau 9
14 décembre 2005 à 20:46:40

Valà^^

En l´absence apparente d´avis contraire, je me borne à une seule partie, même si c´est toujours aussi lent. D´ailleurs, j´espère que cette lenteur rebute pas trop...

Petite précision pour Grhyll, le basketteur qu´on évoque ici est relativement connu, donc il est possible qu´une partie de la presse se réfère à lui, même s´il est plus naturel d´avoir une photo des enfants, je te l´accorde.

Enfin bon, trève de justifications, voilà la chose. On arrive bientôt à la moitié, courage

Bonne lecture si vous le pouvez, comme d´hab...
___

Christopher Wallington se présenta devant Patrick Carr le lendemain même. Cette démarche se justifiait d’une part par l’amitié qui les liait, mais surtout par l’emploi du vieil homme ; depuis plus de trente ans, il dirigeait avec sévérité et succès les gardiens du pénitencier de Charles Street, l’établissement où Nathan s’était vu interner.

- Salut, Pete ! lança-t-il avec un sourire engageant.

Les traits secs du gardien-chef se détendirent à la vue du journaliste.

- Si tu viens pour Alicia Doyle, hasarda-t-il, tu tireras aucun article d’elle. Elle a avoué hier soir, trop de pression.
- A vrai dire, j’aimerais revoir Nathan Linnerson.

De l’expression inquisitrice de Patrick, il déduisit que ce nom ne s’était pas entièrement fondu dans la masse des captifs.

- Nathan ? Qu’est-ce que tu lui veux ?

Depuis le début de leur relation, il avait coutume de s’intéresser à chaque chronique du jeune homme. Profondément épris de justice, il ne supportait pas l’idée qu’un innocent puisse se trouver dans son domaine. Qu’aucun des comptes-rendus du journaliste n’aient jamais débouché sur la libération de quiconque ne suffisait pas à le décourager, et cette entrevue un peu tardive excitait sa curiosité.

- Juste une ou deux précisions supplémentaires, éluda-t-il.

Hochant silencieusement la tête, le chef se leva, pour aller avertir le détenu. Christopher l’interpella au dernier moment.

- Ne lui donne pas mon nom, s’il te plaît… Raconte-lui qu’un certain Roger Kint désire cet entretien.

Malgré l’incongruité de la chose, il savait que Pete accepterait. Ce brave vieux aurait ri au nez de n’importe qui d’autre, mais il n’ignorait pas les difficultés que pouvait rencontrer son ami, dans sa collecte d’indices. Et à compter que le lendemain de sa première visite, une deuxième tentative d’interviewer l’ancien basketteur avait viré au désastre, celui-ci n’ayant même pas daigné se présenter au parloir, il n’avait plus vraiment le choix.

- Réticent, hein ? acquiesça charitablement le prévisible Patrick. Je peux pas dire que ça m’étonne de lui.
- Et pourquoi ? enchaîna son interlocuteur, sautant sur l’occasion.

Le vieil homme s’arrêta à nouveau et pivota sur lui-même, de la démarche branlante de ceux qui ne réalisent pas encore la dégradation de leur condition physique. Il réfléchit quelques instants, avant de répondre :

- Sa conduite… Il arrête pas de se foutre tout le monde à dos, et le QHS le calme pas. Son physique impressionne peut-être, mais il survivra pas longtemps avec cette attitude.
« Normal, Il est déjà mort… » se retint d’ajouter le reporter.

Cela collait parfaitement avec le profil qu’il avait dressé lors de sa première approche, et il s’en félicita. Mais d’une certaine manière, cela le gênait aussi : donner à Nathan un espoir, sans parvenir à le concrétiser, ne servirait qu’à l’achever plus vite. L’espoir véhicule un rêve qui, parfois, se révèle cruel. Pendant un bref laps de temps, il envisagea de laisser l’esprit de Nathan tranquille, endormi dans le néant au fond duquel il se protégeait.

Puis, il se reprit. Si la justice avait failli, il se devait d’y remédier. Sa clairvoyance le plaçait dans une position de force pour cette tâche.

Pete n’avait pas quitté l’embrasure de la porte, indécis comme un flamant rose auquel on aurait sans préavis fait don d’une autre patte.

- Tu y vas ? le pressa-t-il simplement.

Et tandis que le gardien disparaissait, Chris s’engagea dans un autre couloir, en direction du parloir dans lequel se jouerait une destinée.

___

Bonne soirée, et merci pour vos commentaires (je vais finir par me rouiller à répéter pareil tout le temps)

ekukas
ekukas
Niveau 7
16 décembre 2005 à 19:20:11

Alors, alors...
Cela fait longtemps que l´on me conseille des fictions et c´est la première que je lis et je le dis franchement, je ne suis pas déçu!
Je suis ravi!

:d) L´intrigue est parfaite, c´est un policier de haut niveau!

:d) Les personnages sont passionnats!

:d) Les descriptions sont très bien faites palgré quelques tournures de phrases quelque peu hasardeuses.

:d) Tes dialogues sont bien vivants, nous laissent en suspend.

:d) Le suspens règne et c´est le meilleur point pour un policier!

:d) En somme une fiction géniale!

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
18 décembre 2005 à 15:43:48

Fin de la correction de l´avant dernière partie postée... Pas terrible cette correction mais chaipas j´arrive pas à bien analyser là, la fatigue sans doute.

"En se basant sur un vieil exemplaire d’un journal spécialisé de Boston, elle avait appris le déroulement de l’enquête. D’abord sceptique, elle se remit elle-même en doute, supposant que le personnage qu’elle croyait avoir reconnu ne faisait que ressembler à Nathan."
Concordance des temps ( et pareil pour la phrase suivante). Le plus-que-parfait est plus adapté.

"Mais, ayant pris connaissance de la version des faits de l’accusé, son hésitation s’envola pour de bon."
Mince, où va-t-on, si même les hésitations se mettent à se renseigner :)

"(et, compléta-t-il ultérieurement, la perspective de se ménager une prime en récompense de son témoignage)"
Qui ça, "il" ? Bon ok on s´en doute, mais ça arrive bizarrement.

"D’abord étonnée, Mandy avait laissé passer une semaine, dans l’attente d’une explication, mais en vain."
Le "mais" en trop, je trouve.

"Ensuite seulement, elle s’était résolue à se tourner vers la presse, et par conséquent vers lui-même."
Pourquoi lui-"même" ?

"Chris se releva, gagna la deuxième (et dernière) pièce de son appartement, dans l’intention d’appeler la pizzeria du quartier."
J´ai mis un certain temps à comprendre ce qui me dérangeait ici, mais je crois que j´ai trouvé, ça doit être la dernière virgule, qu´a rien à faire ici. Les parenthèses ont aussi dû jouer un rôle, quelque part elles cassent un peu le rythme de la phrase.

"il se replongea dans sa réflexion."
Mmh une seule réflexion ça fait peu, m´enfin c´est à toi de voir, ça fait juste bizarre.

"une mauvaise stratégie légale"
Chuis pas certain que l´expression soit terrible.

"En premier lieu, malgré son hésitation de bon aloi, Deborah ne pouvait ignorer qu’en liant les physiques de son mari et du tueur, elle lui causerait du tort. De l’autre côté du miroir, elle pouvait aussi bien piéger le basketteur dans un but qu’il faudrait déterminer."
Kowaa ? Quel miroir ? C´est quoi cette expression XD Enfin euh bof.

"Ce qui l’intriguait le plus, c’était l’attitude de l’avocat."
Un peu lourd.

xbq_
xbq_
Niveau 9
18 décembre 2005 à 19:51:49

Et hop.
Désolé pour le retard, j´étais occupé à faire semblant d´avoir une vie.
Pas grand-chose à dire, on entre dans la partie ratée de l´histoire. J´espère que ça se remarque pas trop :-)

Bonne lecture ! (genre)

___

Avant de laisser Christopher Wallington sonner à la porte de madame Deborah Linnerson, un petit récapitulatif des différentes actions dont ce fait découla paraît nécessaire.
Tout d’abord, la jeune employée de la Boston Private Bank avait grandement réduit le champ des suspects : le compte de Nathan n’affichait plus un cent, et ce depuis dix mois, c’est-à-dire peu après son arrestation. En toute logique, ces informations n’auraient pas dû lui être transmises, mais le journaliste avait misé avec raison sur l’impressionnabilité de la guichetière. Quand l’expérience ne guide pas encore les actions de la personne que vous cherchez à convaincre, il suffit d’évoquer un mystère, ou une injustice, pour ouvrir nombre de portes dérobées qui, en fin de compte, vous mènent droit au savoir que vous convoitez. Psychologie de base. En l’occurrence, cela alla même plus loin, puisqu’il s’avéra que la jeune femme avait également servi celle qui avait réclamé l’argent. Une femme blanche – elle confirma sa déclaration, malgré l’objection incrédule de l’enquêteur –, blonde, plutôt mince, selon sa description sommaire. Elle avait dû signer de la paperasse, à présent conservée dans les archives. Evidemment, l’accès à cette pièce lui avait été refusé, mais s’il trouvait un élément de comparaison et des preuves suffisantes, la police s’octroierait ce droit par un mandat. On pourrait donc facilement lier l’argent à la criminelle.
Bien sûr, il n’avait rien d’irréfutable : retirer de l’argent ne sous-entend pas le meurtre de deux enfants. Mais s’il pouvait la piéger, la faire se contredire, tout se simplifierait. C’est dans cette optique qu’il avait enclenché le petit enregistreur, de puissance moyenne, qu’il portait dans la poche intérieure de sa chemise, juste avant de peser sur le bouton.
Si madame Linnerson répondit d’un air ennuyé, manifestement pressée, il ne s’agissait certes pas d’une de ces coïncidences qui accompagnent fréquemment les histoires fictionnelles : le plan de Chris se basait presque entièrement sur la négligence que lui inspirerait son retard, aussi avait-il attendu de la voir se profiler dans le vestibule, enfilant ses chaussures, pour signaler sa présence.
- Que désirez-vous ? débuta-t-elle, d’un ton froid.
Il fallut quelques instants au reporter pour se ressaisir, et quelques autres pour taire sa jubilation. Il n’avait jamais songé que Deborah Linnerson puisse être blanche ; l’épisode de la caissière s’imbriquait soudain dans la toile qui se tissait autour de la mince et blonde épouse de Nathan. Sa théorie devenait soudain limpide, et sans doute correcte. Mais toujours pas prouvée.
La jeune femme le fixait toujours d’un regard interrogateur.
- Madame Linnerson ? Je travaille au cabinet de Monsieur Samuel Palmer…
Elle acquiesça, avec un mouvement de sourcil difficilement interprétable.
- En classant le dossier de votre mari, poursuivit-il en lui tendant un dossier, un archiviste a constaté que votre signature ne figurait pas sur ces documents.
Il avait énoncé tout cela d’une voix claire et lente. Là encore, du calcul : ainsi, il accentuait le caractère retardateur de cette tâche, et poussait Deborah à s’y atteler sans réfléchir ou, exemple parmi d’autres, lire les feuillets. Il eut été malvenu qu’elle se rende compte qu’on la dérangeait avec des photocopies sommaires.
Mais tout se passa sans anicroche : elle s’empara du papier et, se servant du mur comme appui, le parapha à l’endroit idoine, sans autre forme de procès.
Voyant sa vigilance à ce point relâchée, il n’hésita pas à entrer dans le vif du sujet.
- Je me suis informé sur votre affaire… Je compatis à votre douleur, fit-il tristement. Vous défendez toujours votre mari ?
Son regard se voila.
- Je.. Je ne sais plus, s’embrouilla-t-elle. Mes souvenirs s’effacent. Mais le tueur lui ressemblait vraiment. Là-dessus, je ne mentirai pas.
Ceci dit, elle s’excusa de son impolitesse, arguant qu’on l’attendait quelque part, et s’éclipsa précipitamment. Elle s’engouffra dans sa voiture et démarra, laissant derrière elle un journaliste seul et satisfait.

___

Bonne soirée^^

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
18 décembre 2005 à 19:58:05

Bof, pas si raté que ça je trouve :)
L´intrigue avance, mais je n´arrive toujours pas à la percer... Je verrai avec la suite, j´imagine...

+

xbq_
xbq_
Niveau 9
18 décembre 2005 à 19:59:59

Putain j´ai encore oublié la mise en forme ><.

Désolé. Je me flagelle avec des bouts de verre de plus d´un centimètre de diamètre.

xbq_
xbq_
Niveau 9
19 décembre 2005 à 20:01:47

AshNRuins -> Raté dans le sens que je n´ai pas atteint l´objectif que je m´étais fixé en l´écrivant. Mais bon, tant pis, on peut pas tout avoir^^ Peut-être que je serai plus précis à la fin de l´histoire quant à ce point.

ptit_hobbit
ptit_hobbit
Niveau 8
19 décembre 2005 à 20:10:51

Ben moi j´aime toujours autant, je trouve ça toujours aussi bien. Désolé de pas faire plus constructif, je vais laisser ça à Grhyll, elle s´en sort pas mal^^

xbq_
xbq_
Niveau 9
20 décembre 2005 à 20:37:40

Flemme de me relire là, pardon Grhyll... Il doit rester plein de fautes.
___

Le néon grésilla légèrement, manqua s’éteindre, puis reprit son régime habituel. Chris s’arrêta un instant pour lui jeter un regard de reproche, avant de s’asseoir devant la vitre. Nathan, dont l’humeur allait de pair avec la couleur de peau, occupait l’autre côté. Son « client » s’usait, s’effilochait lentement, d’une manière parfaitement logique. Par expérience, le journaliste savait qu’il était beaucoup plus difficile de se plier aux règles du monde carcéral quand il subsiste un espoir de s’en libérer sous peu.

Plus difficile à accepter.

- Nathan, je commence à réunir les morceaux du puzzle qui vous a fait aboutir ici, affirma-t-il, avant de tousser légèrement, pour s’éclaircir la gorge et se donner un peu d’effet.
- Racontez-moi, demanda-t-il, avec peut-être un peu plus d’excitation dans la voix qu’il ne l’aurait souhaité.

Alors, il lui narra tout, dans le détail. Comment il en était venu à prendre son cas en considération, comment il avait interprété les faits, comment sa visite à la Private Boston Bank avait dépassé ses espérances, comment enfin, il s’était joué de Deborah pour obtenir un échantillon de signature. Il évoqua Mandy, et même Betty, à la fois parce qu’il l’aimait, mine de rien, et parce qu’il se plaisait à placer la rencontre dans son contexte. Nathan écouta tout, sans montrer la moindre impatience. Sa voix chaude et fière traduisait toute l’autosatisfaction qu’il éprouvait à l’élocution de son monologue victorieux. Si bien qu’il ne comprit qu’à la fin que quelque chose clochait.

Le regard du prisonnier avait clignoté pendant quelques instants, puis tout éclat l’avait déserté. Ce qui se tenait à présent devant lui aurait aussi bien pu se faire ronger pendant trois mois par les vers, dans l’intimité de son cercueil.

- Vous pensez que ma femme est coupable ?
- Une partie des indices convergent, confirma-t-il. C’est mon opinion.

Nathan se tut alors, semblant plongé dans une réflexion intense. Quelques minutes passèrent encore avant que la discussion ne reprenne.

- Partez, déclara-t-il subitement.

Le sourire de Chris s’effaça.

- Je vous demande pardon ? fit-il, la voix tremblante.
- Je consens à vous l’accorder. Maintenant, partez.
- Non ! s’insurgea le journaliste.

Le cadavre soupira.

- Je ne veux pas de votre aide. Je suis coupable. J’ai tué mes enfants, et je ne supporterais pas que Debbie purge ma peine à ma place.

Sa tirade sortit d’une traite. Pas une fois sa voix ne vacilla.

- C’est impossible, vous… Enfin, je…
- Vous aviez l’air si sûr de vous, j’ai pensé que vous arriveriez à me tirer de là. Mais pas de cette façon-là. Pas aux dépens de la seule personne qui a cru en moi.

Il reposa l’appareil. Mais, sur une impulsion, il le reprit et adressa un sourire carnassier à son interlocuteur, avant d’ajouter d’une voix sulfureuse :

- Désolé pour votre scoop, et pour votre notoriété.

Puis il se leva, sans se départir de son expression féroce, et repoussa lentement son siège. Un zombie bienheureux. L’antithèse de toute forme de déduction logique.

Christopher Wallington frappa le verre insonorisant, d’abord avec son poing, puis avec l’appareil téléphonique, en vain. On ne concevait pas ces vitres pour qu’elles se fendillent, même sous l’effort. Et bien après que l’épave rigolarde ait quitté la pièce, des bruits de heurt résonnaient toujours, inlassablement, témoins d’une incompréhension profonde. Il se sentait trahi. Par Nathan, par un Dieu auquel il ne croyait que quand cela l’arrangeait, et peut-être par lui-même. Bien qu’il n’ait pas fait montre d’impéritie, son jugement semblait avoir été faussé.

Soudain enserré par un bras puissant, il fut maîtrisé et jeté à terre. Sans doute un garde. Peu importe. Dans sa main, le combiné du téléphone, arraché à son fil, qu’il continuait à agiter frénétiquement, dans l’espoir de le faire résonner contre quelque chose qui remplacerait ce silence aussi accablé qu’accablant.

___

Bonne fin de soirée, au passage^^

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
20 décembre 2005 à 23:29:07

Eh bien, eh bien, tout bonnement génial^^. Juste un truc qui m´a chiffoné "de race noire"==>Ca le fait pas trop de dire ça de cette façon je trouve, m´enfin.

Euh sinon j´ai rien d´autre à redire tu maîtrises parfaitement ton texte, vivement la suite. :-)

xbq_
xbq_
Niveau 9
22 décembre 2005 à 21:00:41

L’appartement de Mandy Wright se situait au fond du 1er étage de ce qui avait été, dans une autre vie – plus glorieuse –, un bâtiment acceptable. Elle lui avait laissé son adresse pour qu’il la tienne au courant de l’évolution de ses investigations, et à ce stade, Chris se devait de revoir la jeune femme.

Il se présenta à l’interphone, de peur de la déranger. Au bout de quelques instants, sa voix claire acquiesça, lui demandant de patienter un moment.

L’automne s’annonçait, mais le climat demeurait clément. Il s’adossa au mur extérieur, sortit une cigarette, et la fit tourner autour de son index avec un regard amusé. Il ne fumait pas, trop lucide pour détruire ainsi son propre corps, mais il savait quand même quelle marque il préférerait, si d’aventure les circonstances le forçaient à commencer.

Quand la porte s’ouvrit, il lâcha le mégot et l’écrasa nonchalamment, au milieu de ses congénères. Mandy l’attirait toujours autant ; de toute évidence, elle avait enfilé ses vêtements à la hâte, sans doute pour l’accueillir. Le journaliste se prit à l’imaginer avant cette préparation, et retint un sourire niais. En vérité, il n’apportait pas de nouvelles joyeuses.

- Ne restez pas dans la rue, lui dit la blême jeune femme, avant de le prendre par le poignet. Venez à l’intérieur.

Il se laissa guider le long de l’escalier, puis de l’unique couloir, et déboucha dans un logis étonnamment propre, au vu du reste de l’édifice. A vrai dire, son propre domicile ne rivalisait pas : pas de fuites, pas d’écaillages sur les murs, trois pièces. Pour un loyer modique dans un quartier miteux, elle aurait pu tomber bien pire.

- Bienvenue chez moi, fit-elle en agitant vaguement le bras, un peu ironiquement. Du café, quelque chose ?
- Pourquoi pas un café, acquiesça-t-il. Noir, sans sucre.
- Ça tombe bien, j’en ai pas, précisa-t-elle sans se retourner, en route vers les deux étagères qui tenaient lieu de cuisine.

Son hôtesse lui tournant le dos, il en profita pour mieux considérer les alentours. En plus de cuisine, cette pièce servait de salle de séjour : un vieux canapé, manifestement peu employé, occupait le coin opposé. Vers la gauche, une table ordinaire, sur laquelle Mandy déposa les deux tasses. Ils s’assirent.

- Si vous revenez me parler, vous devez avoir découvert quelque chose, lança-t-elle avant de souffler sur le café, pour le faire refroidir.

Chris la mit au fait des récents développements, profitant de ce prétexte pour ne pas la quitter des yeux. Elle l’écouta avec intérêt, sans l’interrompre, et sans jamais donner l’impression de s’ennuyer. Choquée par la réaction du détenu, elle écarquilla ses yeux en amande, accentuant encore leur beauté.

- Vous maintenez avoir croisé Nathan Linnerson cet après-midi-là ? questionna le journaliste, en conclusion de son monologue.

Il observait toujours ses yeux. Ils se tournèrent vers la droite, le côté du souvenir, dernière preuve qu’elle ne mentait pas.

- C’était vraiment lui, confirma-t-elle. Je ne comprends pas…
- Prétendons que vous ne vous trompez pas, il doit donc mentir. Pourquoi ?

Son raisonnement collait. Mais elle serait plus encline à l’aider si elle en venait toute seule à cette conclusion.

- Pour protéger sa femme… Non ?
- Je parviens à la même conclusion, agréa-t-il, taisant son contentement. Pour le ramener à la raison, il faudra le convaincre de la culpabilité de Deborah.

Il laissa planer le silence.

- Et vous avez besoin de moi pour ça, affirma-t-elle.

Elle ne le questionnait même pas. Chris admira sa perspicacité.

- Je dois accéder aux archives de la Private Boston Bank, admit-il, l’air ennuyé. Or, sans quelque chose de concluant, on ne m’en laissera pas l’occasion.

Mandy se leva avec une moue moqueuse.

- Vous vous passeriez bien d’autorisation, n’est-ce pas ? Venez, j’ai installé le PC dans ma chambre.

Elle l’entraîna dans l’autre pièce. Plus petite, plus personnalisée. Les murs proclamaient un goût prononcé pour le Metal, sans que le journaliste ne puisse identifier les artistes que représentaient ces posters. Il nota que des bouts de scotch adhéraient encore, ailleurs sur les parois, comme si d’autres affiches y trônaient jusqu’à récemment. Il se demanda si elle ne les avait pas arrachées juste avant de l’accueillir, de peur de sa réaction. Cette possibilité l’amusa au plus haut point.

- Asseyez-vous, lui proposa-t-elle. Ça risque de prendre un moment.

Il obéit.

- A part moi et maître Palmer, qui figurait sur la liste des visiteurs de Nathan ? demanda-t-il soudain, suivant une intuition.
- Personne, l’informa-t-elle à voix basse, concentrée sur son écran. Attendez…

Elle se remit à pianoter sur le clavier. Il reporta son attention sur le mur, et sur l’affiche précitée. Le nom du groupe, dégoulinant jusqu’au bas de l’affiche, restait opiniâtrement indéchiffrable. L’intérêt d’un logo illisible lui avait toujours paru limité… Ceci dit, il ne se fiait pas aux apparences.

- Owned, s’écria brusquement Mandy, avec allégresse. Je suis entrée.

Chris se leva et regarda par-dessus l’épaule de la jeune femme, en s’appuyant sur la chaise.

- C’est classé par ordre alphabétique, constata la hacker. Je parie qu’on se dirige vers les « L »…

Bientôt, une fenêtre décrivit les transactions qu’il convoitait.

- Ils ont scanné les documents, remarqua-t-elle. Plus court, et plus pratique que les bibliothèques. L’ère des livres s’achève.
- Impressionnant, murmura-t-il. Vous pourriez descendre…

La roulette remplit discrètement son office, affichant la signature qui figurait au bas du document. Chris consulta son propre exemplaire. Cela correspondait.

- On la tient, conclut-il, réjoui. Tu es géniale.

Tout concordait. Et tout concordait aussi dans la situation : la position de ses bras, le fait de se pencher légèrement vers elle, le fait de la tutoyer, le bonheur mutuel. Conditions rêvées : cela marcherait. Comme sur des roulettes. Il s’inclina un peu plus et atteignit tout doucement ses lèvres.

Il y eut quelques instants de flottement, dus à la surprise. Puis, sans brusquerie, elle le repoussa et se releva, rouge d’embarras.

- Christopher, je… Enfin, tu…

Malaise.

- Mandy…
- Pardon, mais…
- Ce n’est rien.

Il surmonta sa peine, et sa fierté. Contrôle.

- C’est moi. Je m’excuse. Je ferais mieux d’y aller.

Il s’éloigna doucement, avec un petit signe de la main, la laissant perdue dans la baie de la confusion, avant d’émerger dans un monde disharmonieux.

Erreur de jugement.

Au temps pour lui.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
22 décembre 2005 à 21:26:20

Mwarf c´est étrange mais je m´attendais à la fin... :rire2: pauv´ Chris... :snif2:

Euh sinon... :spoiler:

Je suis pas sûr que ce soit aussi aisé de pirater un truc sensé être bien protégé, quelques secondes ça fait fort quand même je trouve....

Fin du :spoiler:

Euh à part ça j´aime toujours autant. :-)

xbq_
xbq_
Niveau 9
24 décembre 2005 à 14:30:03

Joyeux Noël !
___

Un certain sentiment de déjà-vu empreignit « Verbal Kint » tandis que, avec nonchalance, il s’asseyait dans le box n°4 du parloir. En face de lui, Nathan semblait peu disposé au dialogue. Il se demanda un instant s’il n’avait pas accepté l’entretien par simple déférence envers le pseudonyme.

- Salut, Nathan, fit-il en décrochant le combiné.

Celui-ci lui répondit d’un vague signe de la main.

- J’ai une petite question à vous poser, commença-t-il, le regard inquisiteur, guettant son acquiescement.
- Allez-y, finit-il par souffler, comme à regret.

Il projetait sans doute de mettre un terme expéditif à son calvaire. Chris faillit préciser qu’il s’adressait à Nathan, et non à lui.

- Lorsque vous avez poursuivi votre enfant, à travers la maison, qu’est-ce que vous ressentiez ? Une sorte de jubilation macabre ?
- Que… ? gronda-t-il, la colère et la tristesse se partageant son esprit.
- Ou quand vous contempliez Terence, endormi paisiblement ? Vous souriez ?

Cette fois, il paraissait juste dérouté.

- Vous avez vécu près de dix ans avec eux, continua le journaliste. Vous êtes-vous demandé comment ils vous jugeraient après ça ?
- Les morts ne jugent pas, objecta-t-il sans conviction.
- Vraiment ? Vous ne les entendez pas crier ?

Il se tut, regardant la table.

- Leurs voix restent douces, mais ils hurlent, ajouta Chris dans un souffle. Ils doivent bien vous faire part de leurs récriminations.
- Arrêtez ça, gémit Nathan.
- Quand vous les avez poignardés, enchaîna-t-il sans s’attendrir, est-ce que vous jouissiez ?
- Non, s’offusqua-t-il, horrifié. Bien sûr que non.
- En ce cas, pourquoi autant de coups ? N’était-ce pas agréable ?
- Je…
- Pourquoi avoir pris le temps de les installer dans la baignoire ? Votre femme court-elle si vite qu’un athlète tel que vous ne soit pas capable de la rattraper dans sa fuite ?

Nathan frappa haineusement la vitre, puis se prit la tête dans les mains.

- Cela fait pas mal de pourquoi, vous ne trouvez pas ? décréta-t-il, très détendu. J’espérais que vous pourriez m’éclairer sur ces quelques détails.

Un sanglot étouffé tint lieu de réplique.

- En voici un dernier : combien de fois a-t-elle pris le temps de vous retrouver dans cette pièce, depuis la sentence ?

Il marqua une pause, pour le laisser assimiler tranquillement.

- Une personne persuadée de votre innocence se comporterait-elle ainsi ? asséna-t-il, toujours aussi relaxé. Favoriserait-elle votre accusation ?
- Elle n’a jamais… se défendit Nathan. Elle a toujours reconnu son doute. Elle ne m’a pas trahi.
- Vraiment ? Mais alors, sur quelle autre base que ses allégations le jury vous aurait-t-il condamné ?

La dépouille lâcha le téléphone, et s’affaissa plus encore. Il avait réussi à le déstabiliser. Le reste n’était que formalité.

- Elle ne vous a pas seulement abandonné, lâcha-t-il. Elle a tout orchestré. Vous clamez toujours votre culpabilité ?
- Je…, fit-il très faiblement, vaincu.
- Pensez à leurs cris. Ils méritent vengeance. Et vous aussi.
- Je n’ai pas quitté ce bar de l’après-midi, s’effondra-t-il.

Quand il releva la tête, Chris discerna de l’apaisement dans son regard. Peut-être même de la gratitude.

- Nous y voilà, paracheva-t-il, non sans soulagement.

*

* *

Certains moments de votre existence vous poursuivront indéniablement jusqu’à votre mort. Je vous vois venir, avec votre ironie, à trois kilomètres : une leçon de conduite de la part d’un type qu’on accuse du meurtre de ses propres enfants ? Mais là n’est pas la question. Votre conscience n’a pas eu besoin de mon intervention pour le percevoir. Le remords complote pour vous noyer, tapi au fond du vide qui gangrène votre cerveau – la raison.

Question responsabilité, je pourrais m’étaler plus largement, mais là encore, nous nous écartons du sujet, et je risque de passer pour ennuyeux. Cette caractéristique a déteint sur moi : jamais mon discours n’aurait suscité de telles réactions avant ma rencontre avec Lincoln Dale. Contempler chaque jour le même visage éploré, dépourvu des traces d’avenir coutumières, ça vous marque. Un vrai mentor, mon compagnon de cellule. Il me faudra du temps pour me réadapter à moi-même.

Ce que je cherchais à souligner, c’est que si certains de ces moments resteront gravés en vous, certains autres serviront à les y compenser. Pas très clair ? En exemple, se faire entraîner à travers les couloirs, vers l’extérieur, par James Dickinson, est une de ces expériences salvatrices. Savourer ces derniers est préférable à ravaler perpétuellement toute son amertume.

Un autre à avoir une bonne tête de vainqueur, c’est bien ce brave Jimmy. On n’accorde à un détenu rien de plus attrayant que de voir un de ses cerbères encore plus captif que lui-même. Après tout, ornée de ses ombres de grandeur, notre vie nous emprisonne aussi, mais d’une manière plus cruelle et plus sophistiquée : sans abolir l’impression de liberté. Le choix lui sert de pendule pour nous hypnotiser. Qui peut se vanter d’avoir vécu une alternative ? Infaillible. Le cours du temps est la guillotine du choix.

Dans quelques minutes, je serai plus libre que Linc, au sens propre, et que Jimmy, au figuré. Fabuleux, non ? « The Great Escape ».

Dès que mon procès en appel a risqué de passer à mon avantage, une sorte d’aura m’a entouré. On appelle cela la Grâce Divine : le directeur m’accorde un régime privilégié, de peur que, médiatisé comme je le serais en cas d’acquittement, ce que je rapporte au dehors nuise à sa réputation de probité. Et malgré les prêches de l’aumônier, Dieu, dans cette prison, c’est Norman Slater. Voilà pourquoi je peine à considérer ce qui m’arrive comme un miracle.

L’intervention de Wallington a permis à Sally Harris, ma nouvelle et charmante avocate, de se jouer de ma condamnation. En outre, elle ne cherche manifestement pas à se taper ma femme, ce qui l’a sans doute beaucoup plus motivée à remplir son office que ce bon vieux Sam.

Pour la première fois, je traverse cet endroit sans avoir à supporter le cliquetis incessant des chaînes contre le plancher. Pour la première fois, je peux lever la tête, n’ayant plus à me concentrer sur le rythme de mes pas. Pour la première fois, je souris à nouveau.

Patrick Carr m’attend à l’entrée, avec mes effets personnels. Il a piteuse mine, le chef des CO. Il a du mal à accepter l’injustice. Je lui adresse un sourire précis, celui qui veut dire « C’est pas ta faute, t’as été réglo, je t’en veux pas ». Je ne suis pas persuadé qu’il a compris la nuance.

- Excuse-nous, Nath’, me fait-il, genre chien battu. Y a des journalistes qui t’attendent à l’entrée, tu vas devoir te les coltiner.

J’acquiesce. J’ai préparé mes trois phrases. Je peux endurer ça.

- D’un autre côté, y a le garage des livraisons qui donne dans la ruelle, continue-t-il. Tu gagnerais un répit. C’est pas plus mal.

Au vu de la personnalité de Nathan, il serait étonnant que je refuse cette échappatoire. Ce que je suis censé vouloir, c’est reconstruire ma vie tranquillement, et qu’on m’oublie assez vite. Je hoche à nouveau la tête.

- Par ici.

Nous faisons le tour du pénitencier, et il me laisse à l’entrée, qui s’est pour l’occasion déguisée en sortie. Après tous ces mois, peut-être que je reverrai enfin le soleil sans les grilles qui entourent la cour. Le vrai soleil, celui qui réchauffe autant le cœur que la peau. Sôma et Sarx.

Je trépigne, dans ce garage. Le store s’ouvre finalement, et je franchis le seuil après un dernier regard en arrière.

Quelle connerie.

Il pleut.

*

* *

Et il pleut toujours. Comme quoi le dehors semble idyllique lorsque l’on s’en trouve coupé, mais ça reste Boston. Pas Miami, Boston.

Des flaques se sont formées dans l’allée, donnant à mon avance une résonance glauque. Je m’enfonce dans l’imperméable (dont la garantie ne dépassait sûrement pas deux ans), et je me mets à chantonner. Ça détend le climat, qui me remercie d’un souffle de vent frais. Apaisez l’atmosphère. Elle vous le rendra.

L’impasse aboutit sur une porte de fer, fermée à double tour. La serrure a tellement rouillé que j’ai du mal à y enfoncer la clé. Elle obtempère enfin, à regret, et s’ouvre dans un couinement de réprobation. Je la délaisse et me glisse à l’intérieur.

Des roues crissent dans la rue, une portière s’ouvre. Je me retourne brièvement, reconnaît la conductrice, acquiesce et pénètre à l’intérieur.

Après plusieurs pressions impérieuses, j’arrive à réveiller l’interrupteur. La lumière diffuse qui récompense mon effort transpire le sommeil et la contrainte. Si je la sollicite trop, je m’expose à une grève.

La masse est affalée contre le mur, sentinelle peu scrupuleuse. Je l’empoigne d’une main et, avant qu’elle n’ait pu protester, l’envoie de toutes mes forces contre le mur. Les deux blessés modulent de concert leur mugissement minéral.

J’éventre une brique. Elle s’effondre en arrière, dans un jaillissement de poussière rouge. Trois de ses compagnes connaissent le même destin, puis le pan de mur expire dans un dernier cri douloureux d’incompréhension.

L’automobiliste m’a rejoint. Je m’arrête un instant pour l’embrasser, puis me retourne vers la plaie béante que je viens d’ouvrir. J’en extirpe la valise. Elle frétille. Heureuse de sentir à nouveau le contact de doigts. Je la flatte du plat de la main, puis la balaye avec ma paume. L’extase. Elle ronronnerait presque.

- 450´000, fait Mandy, en désignant l’attaché-case du menton. Tu peux recompter.

Elle ne s’intéresse qu’à son contenu, évidemment. Quelle insensibilité. Cela vexe quelque peu la mallette, qui se renfrogne.

- Je te fais confiance, lui assuré-je, calmement. Tu t’es débarrassé de la perruque ?
- Juste avant de laisser entrer Chris chez moi, confirme-t-elle, avec un sourire en coin. En même temps que mes posters de toi…

Elle enlace ma taille, dans une attitude équivoque. Mais une ombre a dû passer sur mon visage, puisqu’elle s’enquiert :

- Qu’est-ce qui ne va pas ?

J’élude. « Rien de spécial. »

Je ne peux lui avouer que je compatissais à la douleur d’un papier déchiré. Les gens s’en fichent, mais ce genre de blessures entraîne une agonie lente…

Mais Mandy pense à autre chose.

- Tu t’en veux pour le journaliste ?
- Non. Quand on est assez imbu de son jugement pour se faire berner aussi facilement, on n’a que ce qu’on mérite. Nos mises en scènes étaient loin de friser l’excellence. Ma réaction face aux soupçons sur ma femme était trop stéréotypée, et je parle même pas de ta façon de l’aborder…
- Il fallait bien le mettre en confiance. Tu sais qu’il m’a draguée ?

Elle ricane. Je souris. Elle se pend à mon cou pour m’étreindre. J’enserre son cou pour le déboîter.

Non, je déconne.

Quoique…

Chiche ?

Sarx s’affaisse, Sôma s’évanouit. Pneuma s’envole, manifestement étonnée du traitement que je lui ai réservé. Ainsi disparaît Mandy Wright. Le sol de béton de la pièce ne tressaille même pas sous son poids, mais il m’en gardera sûrement rancune.

J’aurais dû suivre la stratégie de Palmer, finalement. Il doit s’approcher de la vérité, avec sa démence passagère.

Mandy m’a aimablement fourni un véhicule avec lequel quitter les lieux. Au préalable, j’enferme Sarx dans le coffre. Au moins, j’apprends de mes erreurs. Cette fois, on ne retrouvera pas de cadavre.

Je démarre lentement. Le volant s’habitue à ma conduite. Le moteur coopère. Je m’éloigne lentement, en route vers la seconde chance que Christopher Wallington m’a gracieusement accordée.

Par chance, il existe encore de clairvoyants journalistes indépendants pour sillonner les prisons, à la recherche d’injustices intolérables à corriger.

« My life in vain, Who said I was sane… »

___

End.
Comme c´est la mode, je décide que ceci est un cadeau de Noël, et je l´offre à Soul´. Voilà, enjoyez, si c´est possible.
Merci à tous ceux qui ont commenté tout au long de ces pages.

vierax-fan-ff
vierax-fan-ff
Niveau 10
24 décembre 2005 à 16:52:59

MAGNIFIQUE, tous simplement magistrale, j´adore, j´adhère, je lit, je continue, je finit. Encore et encore.

Histoire extrêment bien ficelés, je n´ai pas décroché une seul fois de l´intrigue, la chute m´a beaucoup surpris et j´ai bien aimé.

Les fautes, bah osef a vrai dire...
ET pis ovilà
en plus j´suis l´premier :content:

littlething
littlething
Niveau 6
24 décembre 2005 à 17:49:02

Bon, j´ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette histoire. Et je le pense en plus!

C´est du bon polar, une très bonne fin, avec un bon vocabulaire, aucune faute d´orthographe, des descriptions inventives, des idées originales, y´a de tout.

Et beaucoup de phrases qui restent.

C´est de l´excellent, un mélange de Stephen King et de Anna Gavalda.

On s´attend pas du tout à la fin, mais ça fait sourire malgré tout. L´inversion des valeurs, les objets sont importants mais pas les humains, c´est vraiment tripant. (j´ai un certain don pour énoncer les évidences)

"Elle ricane. Je souris. Elle se pend à mon cou pour m’étreindre. J’enserre son cou pour le déboîter.

Non, je déconne.

Quoique…

Chiche ? "

Failli ne pas m´en relever de celui là...

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