A qui le dis-tu, mon cher Nanaki, à qui le dis-tu...
Que puis-je proposer pour ma défense ? Peu, je le crains. Je suis occupé, très occupé, par plusieurs projets personnels qui malheureusement prennent le pas sur l´écriture... Je vais essayer de faire un petit effort pour ces vacances, mais je ne vous promet rien...
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AAAAAAAAsh´!
J´ai bien cru que nous ne te reverrions pas.
Le forum est bien plus terne sans toi, je me sens un peu seul cinglé en fait.
Reviens-nous viiiiiiteeeeeeee!
On peut en savoir un peu plus sur ces projets personnels ou ils sont trop...personnels? ![]()
Hey c´est pas grave, chacun ses problèmes, chacun sa vie.
C´est pas pour ça qu´tu resteras pas dans nos coeurs t´inquiète.
Z´voulais zuste savoir si t´avais abandonné ou si le temps te manquait. Et vu que le temps te manque et que tu n´as pas abandonné, bah chuis content
Allez, vis ta vie à fond, celle d´internet n´est qu´optionnelle, et si t´es heureux dans ta vie on n´en sera qu´plus heureux pour toi !! !
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La Quite
quand même lol
Yop Az´ ![]()
Nan, tu peux pas en savoir plus sur mes desseins. Si je les dévoilais ici, vous me prendriez surement pour un fou...
Toujours est-il que je pense en avoir fini pour les vacances (2007), donc je come backerai...
En fait, j´ai rien écrit depuis facile un mois ou deux, mais j´ai trouvé (pioché devrais-je dire ?? ) des masses d´idées toutes plus sympatiques
les unes que les autres
. par coçnséquent, préparez-vous à une nouvelle fois subir ma terrible puissance !! Niark niark niark !! !
Un changement majeur survient dans le chapitre suivant, non pas une question de scénario mais de synthaxe/forme. Je ne sais pas si ça va passer (c´est sensé durer jusqu´à la fin), mais ce serait bien parce que ça me crée plein de nouvelles possibilités...
Bon, je vous laisse ++
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Ba alors c´est pour quand le prochain chapitre ![]()
Hé ! Du calme ! J´ai écrit au moins une demi-page hier soir... bon, je n´en suis pas satisfait, et alors ? Ca viendra...
++
Times New Roman
12
42 pages
Commentaire dans plusieurs jours. xD
(C´est ça d´arriver à la bourre T___T)
Pas grave. Sur ce forum, la première chose à apprendre, c´est à être patient.
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Snif !
Je patiente, je patiente...
A quand la Quiteuh !
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J´estime que 95% de la suite étaient prêts tapé et tout. Etaient. Car pour une cause mistérieuse, une partie a disparue. Allez savoir pourquoi. Bon, c´était pas la majeure partie, mais une belle quand même. Doit me rester entre 60 et 80%, et vous en conviendrez certainement, re-taper est extrèmement chiant. Donc voilà, ça vient, ça vient...
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Putain, il est pas mort. Il hante toujours.
Bon, eh bien merci à vous d´avoir patienté (vous n´aviez pas le choix, en fait, et je ne sais même pas si vous continuerez à lire mais qu´importe).
J´ai eu quelques problèmes d´ordre... eh merde, oui, d´ordre sentimental. Faut croire que je suis bêtement humain. Ça me fait autant chier que vous (voire bien plus).
Toujours est-il qu´après quatre mois, un jour, cinq heures et des minutes, je suis de retour. Avec un nouveau chapitre. Si on peut appeler cela de la sorte. On me l´a dit "passable", c´est plus que je ne l´espérais. Vous savez à quoi vous attendre. Peut être en referai-je une nouvelle version, mais ça reste à voir. J´ajoute qu´il ets en deux parties, et que la seconde viendra aujourd´hui ou demain.
Je crois que vous savez tout. Tiens non. Attendu que ce site ne prend pas les alinéas et qu´ici la ponctuation et la mise ne page sont importantes, je les ai remplacés par "__". Voilà.
V : L´Armée d´Insania ; (oui le titre aussi est naze)
__Le nombre de seigneurs qui se sont fièrement assis sur le trône d’Insania, de l’instauration de la principauté à sa récente chute, s’élève à plus d’une centaine. En ces temps bénis de prospérité, ceindre la couronne d’or tendue de soie vert émeraude revenait à occuper une place non seulement des plus importantes, mais aussi des plus avantageuses. Fondée par et pour le commerce, à la croisée de deux des plus grandes voies marchandes, la cité état s’est toujours montrée irréprochablement neutre dans tous les conflits majeurs ayant secoué Yriock. Elle n’est cependant pas dépourvue de défenses, et les pillards des terres barbares de l’Ouest eux-mêmes se sont résignés à devoir la contempler sans pouvoir l’entamer. Insania apparaissait donc comme un havre de paix et de richesse, du moins pour les nobles et les puissants bourgeois.
Chacun des princes à qui les différents complots internes ont permit de perdurer plus de quelques lunes, a voulu marquer son époque, son règne, comme le désirent tous les hommes par ailleurs, inconsciemment ou non. Ce n’est pas tant l’utilité qui les pousse qui à élever une statue, qui à ériger une tour ou encore à faire bâtir une annexe au Palais. Non. Mais plutôt la peur, la peur de disparaître sans laisser de trace dans le temps, sans rien léguer à la postérité. Inutile mais fondamentalement humain. Les souterrains, cependant, n’obéissent pas à cette règle. Eux sont purement fonctionnels. Leur première restauration et aménagement, sur des bases sans âge, date de l’initiative d’Insano-le-second. Depuis, leur agrandissement n’a jamais véritablement cessé, si bien qu’un plan complet de ces tunnels est à présent impossible à dresser. Encore une caractéristique bien humaine que d’oublier ce qui pourrait le servir.
Pour l’heure, j’arpente l’un des rares conduits dont l’existence est encore connue, et de fait, il est particulièrement bien conçu. La plupart des ses frères ne sont rien d’autres que des blessures vives dans la matière de la terre, à peine soutenus par quelques étayages croulants sous la charge. Mais lui est entièrement de pierres de taille, certes mangées de mousses, de lichens et d’une étrange moisissure écarlate, mais tout à fait à même de durer pour des siècles encore. La torche que porte devant moi un petit serviteur du nom de Siol de la Dynne ajoute sa touche personnelle à l’épaisse couche de suie qui enténèbre le plafond de son noir irréel et scintillant. A bien y regarder, mon porteur de lumière ne semble pas dans ses meilleures dispositions. Sa main serre le bois du flambeau mourrant à s’en faire pâlir les doigts, ce qui ne l’empêche pas de trembler. Ses pas sont courts, empressés. Il suffirait d’un rien pour qu’il trébuche. L’insigne honneur que je fais là à sa famille et à lui-même ne paraît pas l’emplir de joie, mais bien de terreur. Peut-être que se retrouver sous la surface, dans une obscurité croissante et seul en compagnie d’un tueur à moitié fou…
L’empereur hésite un instant. Il s’appuie d’un bras sur le mur humide et poisseux, tandis que de l’autre il se cache la bouche. Il est prêt à s’évanouir, tandis que les nerfs de son serviteur affolé manquent de lâcher.
Je… Toutes ces voix ! Toutes, toutes, elles se sont mises à hurler, à vomir leurs noms inconnus. J’ai bien cru en mourir. Que… je… espérons que cela ne se reproduira plus…
Je rassure le jeune éclaireur d’un signe de la main. Ces maudites paroles, sans queue ni tête, résonnent douloureusement à mes oreilles. Des chants barbares, au rythme insensé, aux chœurs déments et aux consonances blessantes. D’où viennent-ils donc ?
Depuis longtemps, je subodore que l’on me souffle la marche à suivre, que l’on me guide. Mais jamais, jamais, non jamais par les enfers ! je n’avais entendu cela. Subit cela. Peut-être que…
Cette fois-ci, le souverain tombe à genoux, ses deux mains crispées sur sa tête. Ses dents serrées semblent retenir à grand peine un cri monstrueux. Le jeune noble, terrifié, se plaque dos au mur, laissant sa torche tomber et s’éteindre pour de bon. Il y est presque arrivé. Déjà devant eux se reflétaient les clous d’acier d’une lourde porte métallique. Presque. Mais pas entièrement, et dans le cas présent, le choix se limite à tout ou à rien. Rien, donc. Car à présent il le sait. Il en a la confirmation. Il va mourir ici, tué de la main de son maître.
Qu… ch… je…
Quelle horreur ! Je n’ai jamais rien eu à endurer d’aussi… insupportable. La vie… ma vie… elle m’a semblé m’échapper par tous les pores de mon corps. Il s’en est fallu d’un rien. J’aurais pu mourir… Non, en vérité, non. Je l’entrevois maintenant. C’est cela qui m’inflige cette torture quand je… quand il… Il me suffit de… penser… à autre chose. N’est-ce pas ? Oui. Oui, bien entendu. Feindre le naturel, se lever tous les matins et écouter ce que j’ai à faire, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ?
Un peu de calme. Une barre d’acier portée à rouge est plaquée derrière mes yeux. Mais la douleur commence à s’estomper.
Ce pauvre petit Siol ! Ça aura bien mérité et sa récompense et son congé. Quel âge est-ce que ça a ? Quinze ans ? Seize ? Dix-sept au mieux. Au moins n’a-t-il pas perdu conscience.
Je lui désigne la porte et lui fait signe de l’ouvrir. Nous ne sommes plus éclairés que par le rougeoiement de son brandon. Mes jambes et ma voix se refusent toujours à m’obéir. Il trésaille. La porte. Derrière… la porte ! Par tous les Dieux auxquels tu n’as certainement pas renoncé, ouvre cette porte !
Siol de la Dynne fixe d’un œil affolé son empereur qui se convulse au sol. Malgré l’apparent dénuement de sens de ses gestes saccadés, il comprend que le souverain tente de s’exprimer. L’homme, visiblement à l’agonie, désigne l’obscurité devant lui avec acharnement. A défaut de les entourer, la lumière se fait dans l’esprit du serviteur. La porte. Il ne sait pas exactement ce qui se trouve de l’autre côté, mais il y aura d’autres hommes, cela il en est sûr. Il se précipite.
A peine a-t-il le temps de faire quelques pas q’un coup violent lui est porté au front. Instantanément, le sol vient heurter sa nuque, et d’étranges feu follets se forment devant ses yeux. Une vague envie de vomir lui enserre l’estomac. Cependant, ayant prit très à cœur sa formation au combat de future noble, il reprend vite l’essentiel de ses moyens. Il se redresse souplement tout en faisant coulisser sa dague hors de son fourreau. Dans le même élan, il imprime à sa lame un large demi cercle horizontal, réprimant un vertige. Le tintement du métal contre le métal lui répond, accompagné d’une gerbe d’étincelles aussitôt engloutie par la ténèbre ambiante. A nouveau, il comprend. Empressé qu’il était de s’éloigner du Fou, il n’a pas prit garde à la distance qui le séparait de la porte, et l’a heurté de plein fouet. Il maudit son impatience. Une douleur sourde pulse sous son crâne, et chaque battement de paupières est un supplice. Son sens de l’équilibre se rétablit peu à peu mais la nausée ne le relâche pas. Toutefois, il est vivant, et qu’il sorte vivant de cette épreuve ne relève plus de l’impossible. A tâtons, il cherche les anneaux des battants. Il les trouve rapidement, énormes pièces de bronze d’un poids étonnant. Il le saisit et les tire à lui. Cependant, l’imposante masse représentée par la port ne se laisse pas émouvoir par son effort, pas même lorsqu’il prend appui sur l’un des battants à l’aide de sa jambe. Il se tourne vers l’agonisant, et lui jette un regard en partie désolé.
Melanos semble se calmer, ou chercher à le faire. A genoux, chancelant, il joint ses mains en signe de dévotion. Est-ce donc le temps des prières ? Puis il les écarte, lentement. Les battants d’acier fort suivent son geste, quittant péniblement leur confortable inertie. Bientôt, le passage dégagé est suffisant pour laisser passer un homme. L’empereur s’effondre dans un sursaut maladif.
Il fait noir. Il fait noir et je flotte. Quel est ce néant qui m’entoure ? Il est froid. Glacé. Je ne respire pas, j’en serais bien incapable, mais je n’en éprouve nul besoin. Je sens le Vide qui s’infiltre en moi par tous mes pores, par ma bouche, par ma gorge. Il me brûle tant il est froid.
C’est cela, la mort.
Réflexion primaire et vide de sens. Je connais la mort, je connais la Mort. Et je ne peux pas mourir. C’est cela. Pas maintenant. Comment le sais-je ? On me l’a dit. J’ai comprit. Je le crois.
Eh bien vivons, puisqu’il le faut…
Le froid reflue, petit à petit, pour tout à coup faire place à une véritable chaleur. Deux traits de lumière horizontaux percent le vide ténébreux devant moi. J’ouvre les yeux.
- Monseigneur l’Alchimiste ! Il revient à lui !
Un plafond humide. Une pierre à demi recouverte de mousse m’adresse un sourire végétal. Je ne ressens pas la douleur à laquelle je m’attendais. Je me sens faible, et j’ai envie de revoir les Soleils. C’est tout.
On m’a étendu sur un établit débarrassé à la hâte. Est-ce donc toute la déférence à laquelle j’ai droit ? Stupide. Que pouvaient-ils faire d’autre ?
Un vieil homme barbu se penche sur moi. Il est l’Alchimiste, et dirige les recherches dans ce caveau désaffecté. Il est pâle d’être trop peu remonté ces derniers temps.
- Comment vous sentez-vous, Seigneur ?
- Exceptionnellement bien, ma foi. Vous n’êtes pas sans savoir que m’évanouir dans les couloirs sombres est l’un de mes loisirs favoris…
- Je vous prie de m’excuser. Je ne voulais que m’enquérir de votre état. Je peux sans doute vous aider à résoudre ces… crises. Ou du moins en trouver l’origine.
- J’en connais fort bien la cause.
Mensonge, mais qu’importe. Ça n’est pas si faux que cela, en réalité.
- Je puis vous aider à y mettre…
- Oubliez cela je vous prie. Vous n’y pouvez rien faire, ni vous ni personne.
- Je me permets d’insister, il serait fâcheux qu’un mal quelconque prive cette nation de son souverain…
Exaspérant. Pourquoi faut-il toujours en arriver aux extrémités ?
- Vous vous permettez beaucoup de choses, Alchimiste. Voulez-vous que je vous remette en mémoire la place toute relative que vous occupez à mes yeux ? Non. Non, je ne pense pas. Alors cessez de vous mêler de cela.
- Comme vous voudrez…
Tu serais trop heureux de m’empoisonner sous prétexte médical, charlatan. Je sens que tu me contrarieras sous peu…
- Quoi qu’il en soit, je ne suis pas descendu jusqu’ici pour perdre connaissance. Non, j’ai apprit par hasard que vous aviez prit du retard dans votre ouvrage.
- Du retard, Seigneur ?
- Inutile de répéter mes paroles. Vous savez de quoi je veux parler.
- Je jure par… la Mort que non, Seigneur. Vous nous aviez accordé trois lunes pour réussir. Les derniers tests ont prit fin ce matin même.
- Je me serais trompé. Me garantissez-vous le succès de votre philtre ?
Le vieux mélangeur de potions se tord les mains, et affiche une moue gênée.
- Notre art, Seigneur, n’est pas science exacte. Ainsi, il se peut que…
- Mon temps est précieux. Abrégeons.
- Je ne peux vous promettre qu’il n’y aura pas d’erreur. Cependant, le taux de réussite est jusqu’ici très élevé. Mais le résultat dépend aussi du sujet. Il y aura, c’est presque certain, des mutations imprévues.
- Dangereuses ?
- Pas en théorie.
- Cela me satisfait. Faites-le porter au second grenier, et veillez à ce que personne d’autre n’y accède.
- Fort bien. Avez vous des consignes pour la suite ?
- Je n’ai plus besoin de vous.
Un éclair traverse le regard de l’Alchimiste, éclair dont l’Empereur ne perd rien. Son interlocuteur reste toutefois d’un calme total.
- Pour l’instant, du moins. Faites vider cette pièce entièrement. Le trésorier impérial vous remettra votre dû.
- J’en remercie votre Seigneurie, je ne…
- Trêve de tous ces épanchements. Obéissez, c’est tout ce que je vous demande. Je suis las de tout ceci. Je rejoins sur-le-champ la surface.
Il s’incline. Ses os lui font mal, il a peur et m’a déjà sans doute trahit, mais il s’incline. Sans doute saurais-je sous peu ce qu’il m’a concocté…
La suite,
__La nuit est tombée sur la capitale impériale, amenant avec elle une pluie fine qui ne demande qu’à se muer en une averse mémorable. La terre souillée se purge sous le regard vide des cinq lunes exceptionnellement réunies, comme par un fait-exprès.
Melanos se tien appuyé contre le garde-fou du plus haut balcon de l’ancien beffroi. L’épaisse cape qu’il porte, gorgée d’eau, lui semble peser dix fois son poids. D’un geste vague, il défait la lourde fibule d’argent et laisse tomber au sol le vêtement. Ses épaules, à peine recouvertes d’une fine tenue estivale, ne tardent pas à ruisseler à leur tour. Sa chevelure, d’ordinaire sombre, paraît à présent d’un noir de jais.
Il songe. Il passe de plus en plus de temps à réfléchir, à ressasser le passé, depuis qu’il est monté sur le trône. Et il n’aime pas cela. Un nom, un nom qu’il a oublié depuis des siècles, lui remonte à la gorge et l’étouffe. Il tente de l’enfouir à nouveau dans les profondeurs de ses souvenirs. Mais le Nom résiste et se débat, luttant contre cet oubli forcé. Il veut revoir la lumière qu’il n’aurait jamais dû quitter. Mais cette lumière est morte, par une antique journée ensoleillée. Il y a si longtemps de cela.
Un mouvement à peine perceptible en contrebas le ramène brusquement à la réalité. Il n’a pas vaincu le Nom, mais le Nom ne l’a pas vaincu. Ce n’est que partie remise. Ça va commencer.
Un homme entre deux âges, un soldat exterior, s’est assoupi sous l’un des rares arbres encore pourvus de feuilles. Il ne profite pas du sommeil du juste, mais bien de celui de l’ivrogne. Le mauvais vin qui circule dans ses veines l’a empêché de rejoindre sa caserne. En théorie, cela constitue un grave manquement aux règles militaires en vigueur. En théorie.
Il s’agite. Non pas l’un de ces mouvements involontaires qui peuplent le sommeil profond, pas plus que l’un de ceux qui précèdent l’éveil. Un soubresaut, plutôt. Ses muscles se tendent. Il se tétanise. Seuls ses talons bottés et son occiput dégarni touchent les pavés patinés par le temps. Il tremble convulsivement.
Melanos braque sur lui une longue lunette de cuivre. Encore un instrument de l’un de ces maudits lecteurs d’étoiles. Les rayures verticales des lunes sur la pluie lui permettent tout juste de distinguer sa cible.
Les vêtements humides et rapiécés du soldat se déchirent de tous côtés. Sa peau, à nu, se tuméfie, formant une croûte noirâtre qui se recroqueville et tombe, par plaques entières. Une épaisse couche de corne jaune pâle envahit le corps parcouru de spasmes, réduisant les yeux à deux fentes.
Puis la créature se détend. Elle se couche en position fœtale et ne bouge plus.
Mes nouveaux guerriers…
Bien. Il est sans doute temps de rendre visite à ce bon Alchimiste.
__Les épais battant d’acier viennent frapper les murs avec force, manquant de quitter leurs gonds. La salle est vide, ou presque. L’unique torche présente s’apprête à faiblir. Elle projette ses ultimes lueurs sur les corps couverts de tâches sombres des huit mages mineurs au service de l’Alchimiste. Ce dernier se tient, assis en tailleur, dos au mur. Ses doigts serrent fermement une courte lame courbe qui épouse grossièrement les chairs flasques de sa gorge.
- Seigneur Alchimiste ! J’avais ouï dire que vous me vouliez faire une surprise. Mais il ne fallait pas tuer tous ces gens rien que pour moi. C’est trop, je…
- Par les Dieux, cessez d’ironiser ! Je ne puis plus le supporter, tout comme je ne puis plus vous supporter vous.
- Comme c’est aimable. En ce cas, reprenons notre sérieux. Vous m’avez trahit, n’est-ce pas. Vous en connaissez certainement les conséquences…
- Bien entendu. Vous ne méritez pas de vivre. Toute votre vie n’est que blasphème, vous bafouez les Dieux à longueur de temps.
- Et surtout, je porte atteinte à vos privilèges… Mais ne m’avez-vous point écouté ? Les divinités auxquelles vous faites référence n’existent pas. Seule la Mort est réelle.
Le vieil homme crache au sol.
- Gardez ce discours pour le peuple crédule, je vous prie.
- Si vous saviez…
- Il est trop tard. Sur ce, je vous laisse et vous souhaite bien du plaisir.
Il prend une vive inspiration et imprime un court arc de cercle à sa dague. Sa carotide, sectionnée, se déverse dans sa trachée avec moult bruits humides. Un épais ruisselet se met à couler paresseusement sur sa tunique claire avant de se tarir. La tête penchée de côté, il sourit béatement.
L’imbécile. S’il savait.
__L’Alchimiste ouvre les yeux. La mémoire lui revient tout à coup. Il porte précipitamment les mains à sa gorge. Intacte.
Il se trouve dans une petite pièce, dépourvue de portes comme de fenêtres. Une lumière malsaine et verdâtre suinte de la roche des murs parfaitement réguliers.
Il s’interroge à haute voix.
- Est-ce donc ceci, la mort ?
Une voix derrière lui répond.
- Non pas.
L’Alchimiste se retourne du mieux qu’il peut et reprend tant bien que mal une station bipède. Melanos le contemple, se tenant la bouche d’une main, pensif.
- Ou en tout cas n’est-ce pas la mort que la majorité connaît. J’ai conçu cette salle à l’instant, tout spécialement pour notre… entretient.
- Impossible !
- C’est ce que tout le monde dit.
L’empereur fixe avec intérêt le mur sur sa droite avant d’en revenir au vieillard désemparé.
- Et si nous discutions un peu ? J’ai tout mon temps, et vous… vous avez l’éternité.
- Je ne laisserai pas ma mort être vaine.
- Louable intention.
- Je ne suis plus, et vous n’avez plus aucune emprise sur moi.
- Force m’est d’avouer que j’aurais le plus grand mal du monde à vous tuer de nouveau. Cependant, pour ce qui est de la douleur…
La cage thoracique du vieux mage se compresse brutalement, lui arrachant un hoquet.
- La plupart des morts qui séjournent ici perdent leur apparence humaine pour une sorte de… vapeur, dirons-nous. J’ai fait en sorte que vous restiez intact, même si en réalité votre corps est bien loin d’ici, et en fort mauvais état.
Une nouvelle bague de douleur submerge le prisonnier, qui ne tarde pas à hurler. Au bout d’un instant, Melanos relâche son emprise.
- J’ai besoin de savoir une chose, et vous pouvez me l’apprendre. Vous ne pouvez plus rien faire, abandonnez donc.
- Jamais ! Je ne… dirai rien !
- Faux.
Les cris reprennent. Plus longtemps cette fois. Alors que le vieil homme commence à ne plus trouver l’air nécessaire pour exprimer sa douleur, l’empereur fait cesser la souffrance.
- Or donc ? Que décidez-vous ?
- Je… je parlerai ! Je parlerai ! Cessez, je parlerai !
- A la bonne heure.
L’Alchimiste reprend son souffle un instant.
- Les monstres qui ont étés créés…
- Les soldats. Ce sont des soldats.
- Peu importe… Ils… Ils étaient sensés vous suivre aveuglément. Mais j’ai enchanté un talisman qui trouble leur esprit. Ils… ils vous attaqueront à vue.
Un fugitif sourire lui monte aux lèvres, aussitôt réprimé.
- Il ne me reste donc plus qu’à le détruire. Où est-il ?
- Allez aux enfers !
- Vous n’avez pas envie que je recommence, et moi-même je ne tiens pas vraiment à vous entendre hurler.
Moue contrite.
- Au cimetière exterior.
- J’ai toujours pensé qu’ils n’avaient qu’au mieux une fosse commune. D’autres précisions ?
- Dans la tombe de ta mère.
Aucune réaction de la part de Melanos. Peut-être une infime surprise.
- Il ne me semble pas vous avoir autorisé à me tutoyer. Quel est son nom ?
- Woomb. C’est cela, Woomb.
- Je pars donc. Voici votre récompense pour m’avoir trahit.
L’empereur se dématérialise dans les cris de l’Alchimiste.
Intraduisible. L´anglais comprendra le titre.
La suite et fin du chapitre. Courage, vous y êtes presque
La pluie a redoublé, bien sûr. Et deux lunes sont tombées. Les éléments se liguent contre moi, comme les hommes. Je ne peux nier ce droit aux humains, mais que la nature se mêle de ce qui la regarde, ce n’est point là son affaire.
Il me faut agir, et vite. Leur transformation semble laisser ces créatures dans une sorte de torpeur, de repos peut-être. Combien de temps cela me laisse-t-il ? Bien peu, au mieux.
J’interpelle les deux gardes en faction devant la porte principale. L’un d’eux dissimule prestement un quignon de pain crasseux dans son dos.
- Prenez de quoi creuser et suivez-moi. Vite !
Du diable si nous nous en tirons vivants, cette fois. On n’y voit pas à cent coudées. Les pavés lissés par les années sont glissants comme la glace. Je leur intime toutefois de presser le pas.
- Où donc qu’on va, Seigneur ?
- Au cimetière. Au cimetière exterior.
Je les sens se lancer un regard interloqué dans mon dos.
- Et qu’est-ce qu’on va y faire, Seigneur ?
- Essayer de sauver nos vies. Silence, à présent.
La rue que nous suivons aboutit directement sur la muraille de démarcation. Je la vois se profiler au loin, forme trouble et incertaine.
Un pavé démis. Je tombe. Le monde se met à tourner. Des lumières apparaissent devant mes yeux. Je sens les deux soldats se précipiter pour me relever. Ça n’est pas le moment, par la Mort ! Pas le moment de traîner en route. Je crache une dent, descellée par le choc. Je goûte mon sang. Il est teinté d’amertume.
Je fais signe à mes gardes que tout va bien, qu’il faut continuer. Tout va bien ! Tout va bien…
Le rempart se dresse enfin devant nous. Vu d’ici, il n’est guère plus haut qu’un homme, mais il exploite la pente, et côté exterior, il peut atteindre le triple. Au moins. Je fais sauter l’une des portes blindées de barres métalliques. Une poussée nette, droite, parfaitement dirigée sur le centre de la cible. Mon professeur eut été content de moi. S’il avait vécu.
Oublie les souvenirs. Oublie-les, oublie… la ? Ta situation ne te permet pas de sombrer dans la nostalgie maintenant.
C’est vrai.
- Ne nous attardons pas ! Nous y sommes presque…
Un mouvement, sur ma droite. L’éclair fugitif du reflet d’une lune sur une peau cornée, jaunâtre et humide. L’adrénaline se diffuse en moi et vient provoquer ce si jouissif frisson sous mes côtes. Comme il est paradoxal de se sentir si bien dans pareil cas… Je me prends à sourire.
- Seigneur, vous…
- Je sais ! Courrez à présent, et ne vous arrêtez sous aucun prétexte !
Ces imbéciles ont gardé une partie de leur armure. Leurs lourds solerets frappent le sol avec force bruit.
Le cimetière est en vue. Je prends appuie sur l’antique muret de pierre et le franchis d’un bond.
Tant de tombes !
Woomb…
Woomb…
Woomb ! Un carré de terre sur lequel est posée une planchette de bois gravée. Je souris nerveusement.
- Creusez.
- Dans la… ?
- Où d’autre ? Faites ce que je vous dis, ou nous sommes perdus !
Ma mère est là-dedans ? Ce qu’il en reste, du moins. Elle était l’une des prostituées les plus recherchées de la Bordure. Les riches bourgeois eux-mêmes se déplaçaient jusqu’ici pour assouvir leurs envies sur elle.
Ma mère…
Comme cela résonne étrangement à mes oreilles. Je ne vous ai pas connu, madame, et je doute que vous soyez enchantée de voir comment votre fils a fini. Ou plutôt comment il a tourné, car ce n’est pas la fin. En fin de compte, la meilleure des places pour vous est peut-être bien celle que vous occupez…
- Seigneur ! Derrière vous !
Je me retourne aussi rapidement que possible. Une forme claire me bondit dessus. C’est l’un d’eux. Je tombe à la renverse, il me suit. Ses griffes, mais peut-on seulement appeler cela de la sorte, se plantent profondément dans mes avant-bras. Je n’ai pas mal, je suis encore détaché de ce monde. Je le repousse d’une forte impulsion qui l’envoie s’écraser hors du cimetière. Il emporte avec lui des lambeaux de ma chair. Qu’il les garde !
J’érige un bouclier.
- Nous avons quelque chose, Seigneur. Ça m’a ben l’air d’être magique.
- Détruisez-le. C’est notre salut. Brisez ceci !
Ils sont là, par dizaines, par centaines. Combien peut-il bien en avoir ?
J’entends le bruit d’une pioche qui s’acharne. Le fragile artefact magique ne résiste pas bien longtemps à ces assauts. Toutes les créatures se figent. Je sens leurs présences, à chacune d’elle, dans ma tête. Elles m’écoutent, elles attendent.
- Ils sont toujours là, Seigneur.
Une indicible terreur humecte son ton. Le pauvre ne sait pas que tout est fini.
- Ne craignez plus rien. Ils sont sous mon contrôle, à présent.
- Vous êtes sûr ?
Qui donc ose douter de moi ? Un misérable garde. Si ma propre armée, ou ce qu’il en reste d’humain, commence à émettre des doutes… Où allons-nous, je vous le demande ?
Je touche l’esprit de l’un de mes tout nouveaux guerriers, et lui murmure mes ordres. Il s’élance d’un bond et atterrit à mes côtés, une main dans les entrailles du Soupçonneux. Parfait. Au doigt et à l’œil.
L’empereur s’allonge, les bras en croix, dans la terre détrempée. Il rit. La pluie lui fouette le visage. Il rit.
Ce n´était pas terminé? ^^
Ma foi, j´ai lun parce qu´un tel bijou ne mérite pas un tel bide.
Alors, je ne me rappelle plus trop de l´ancien style, mais celui-ci est excellent. Alors si tu le gardes jusqu´à la fin, y´a strictement aucun problème.
Il me semble qu´en fait c´est plus étoffé comme style, donc que ce sera beaucoup plus long. Quoiqu´il en soit, ce n´est pas un problème. ![]()
![]()
Ouuuuups, j´ai toujours pas lu !
Mea Culpa
J´lirai ça d´main j´pense, si j´ai un peu d´temps, mais j´oublie pas, pro-mis ! ![]()
J´ai tout lu!!
Je viens de rentrer de vacances sur la Méditerranée, donc j´avais pris du retard...
Moi non plus, je me rapelle pas trop de l´ancien style, et j´avais oublié une bonne partie de l´histoire!Donc ça me fait du bien de relire...
Continue!
Je n´avais pas vu ton message, la Miss. Content que ça te plaise
Et Nanak, j´ai l´impression que tu as oublié quand même ![]()